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Fille de Louis-Jean Ménard et de Jeanne-Charles de Portelance, Marie-Louise-Laurence Ménard de Boiscolin, est née à Saint-Domingue, paroisse Saint-Louis du Quartier-Morin, le 14 décembre 1767.

Mariée une première fois, le 9 novembre 1783, avec Augustin-Célestin Morand de La Sauvagère, né à Saint-Brieuc et décédé le 27 mai 1791, elle épouse en secondes noces, à Jersey, en la paroisse St-Hélier, le 19 novembre 1792, Gabriel-Pierre-Louis du Rocher du Quengo, né à Brusvily (22), le 3 février 1761, fils d'écuyer Gabriel-Bon-Alexis du Rocher, seigneur du Quengo, et de dame Marie-Anne de la Marche, soeur du dernier évêque de Saint-Pol de Léon ; dont Léontine-Louise, née le 14 septembre 1793, paroisse Saint-Laurent à Jersey.

Gabriel-Pierre-Louis était entré aux gardes de la Marine et fut garde du Pavillon le 1er juillet 1778 ; promu enseigne le 16 février 1780, il passa à la réforme de Castries, lieutenant de vaisseau, à la 5e escadre 3e division, à compter du 1er mai 1786. Émigré en 1791 à l'armée des Princes, il fut fusillé à Quiberon, le 14 termidor an III (1er août 1795). Son frère, Jean-Baptiste-Louis, né au château du Quengo, en Brusvily, le 25 juin 1769, sous-lieutenant dans Hector, fut, lui aussi, fusillé à Quiberon, le 15 thermidor.

Peu avant sa mort, il écrivait une lettre à sa femme :

"Ma pauvre femme, écrivait-il à celle qu'il avait épousée loin de sa patrie moins de quatre ans auparavant, ma pauvre femme, Dieu a disposé de moi, mais c'est dans sa plus grande miséricorde, puisqu'il m'a donné le temps de reconnaître mes fautes, et j'espère qu'il m'a fait la grâce de m'en repentir. J'ai trouvé et reçu tous les secours spirituels que je pouvais désirer. Ce sera pour toi un grand motif de consolation. Que c'en soit un aussi d'éternelles actions de grâces envers ce Dieu plein de bonté : il te frappe d'un coup bien dur, ma tendre amie ; mais j'espère que tu le supporteras en femme chrétienne et en mère qui se doit à deux petites filles, fruit d'une union qui m'a fait goûter tout le bonheur dont on peut jouir ici-bas ... mon sacrifice en est rendu bien plus pénible, mais il ne saurait l'être trop, si Dieu le compare à mes fautes et qu'il veuille le recevoir en expiation ... Quand mes filles seront grandes, parle-leur quelquefois de leur pauvre père ; dis-leur qu'il leur enjoint de faire tout ce qui dépendra d'elles pour contribuer à ton bonheur. Je t'engage à leur inculquer, dès qu'elles auront l'âge de raison, cette pensée, qu'en mille occasions de la vie, on ne trouve de consolations vraies et solides que dans notre sainte religion, et que, par conséquent, elles n'en sauraient être trop instruites, ni remplir leurs devoirs avec trop d'exactitude ... Adieu, je t'embrasse de toute mon âme ainsi que mes pauvres petites. Puissions-nous mériter tous de nous trouver un jour réunis !"

Madame du Quengo était nièce de M. le comte de Lamarche (Jean-François), ancien évêque de Saint-Pol-de-Léon, mort durant l'émigration en Angleterre.

Longtemps elle partagea les travaux d'éducation et les bonnes oeuvres du vertueux et célèbre abbé Carron (Guy-Toussaint-Julien), en Angleterre et en France.

En mars 1816, le roi Louis XVIII la nomma surintendante de la maison royale des Filles de la Légion d'honneur de Saint-Denis ; cette noble et pieuse dame s'appliqua à y faire régner l'amour et les pratiques de la religion. Elle succédait à Mme la baronne Dubouzet.

Dès les premiers mois de 1820, quelques difficultés d'administration et l'avis de Mgr de Quelen l'engagèrent à donner sa démission ; le reste de sa vie s'est passé dans la retraite et dans les sentiments et les pratiques d'une piété profonde, environnée des soins si touchants de sa fille, madame Léontine du Quengo.

Madame la comtesse du Quengo est décédée, le 25 décembre 1844, à l'âge de 77 ans en sa demeure, rue Servandoni, près Saint-Sulpice.

Ses obsèques ont eu lieu le 28 décembre 1844 à Saint-Sulpice (Paris) ; la messe de Requiem a été célébrée par M. l'abbé Alonvry, doyen des chanoines de Beauvais, son filleul, et dont la mère avait partagé les travaux d'éducation de la respectable défunte, en Angleterre et dans la maison royale de Saint-Denis.

décès

 

Revue de Bretagne et de Vendée - volume 34 - pp. 195 et 196 - 1873

L'Ami de la Religion - n° 4004 - Samedi 28 décembre 1844.

La Légion d'Honneur 1802-1900 - L. Bonneville de Marsangy - 1900