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JEAN JACOUPY est né le 28 avril 1761, à Ribérac, diocèse de Périgueux, paroisse de Saint-Martin et baptisé le lendemain. 

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Son père, digne et respectable vieillard, jouissait de l'estime et de la considération publiques dans toute la contrée.

Pour compléter l'instruction primaire qu'il avait reçue dans son village, le jeune Jacoupy fut envoyé au petit collège de Ribérac où il fit de rapides progrès. Mais il n'y resta pas longtemps ; son père le retira bientôt et le plaça en qualité de clerc chez M. Pourteyron, notaire royal à Ribérac.

Cette détermination du chef de sa famille l'attrista profondément, parce qu'il se vit par là même détourné de la voie dans laquelle il désirait secrètement entrer. Depuis longtemps, en effet, il se sentait un attrait irrésistible pour l'état ecclésiastique, mais il n'avait jamais osé en parler en sa famille, sachant bien qu'elle n'avait pas les ressources pour le pousser dans cette carrière.

Toutefois, au milieu de sa tristesse, un rayon d'espoir se fait jour dans son coeur. Il connaît la foi, le dévouement et la charité de M. Gros, curé de sa paroisse, de ce vénérable prêtre qui l'a baptisé, qui lui a fait faire sa première communion et qui l'a choisi parmi ses petits camarades pour le servir à l'autel ; il va le trouver et lui soumet naïvement le sujet de sa tristesse. Le bon pasteur se rend de suite chez la famille Jacoupy et, prévoyant l'objection qu'on va lui faire, il dit au père : "Je viens vous demander votre enfant pour l'Église ; Dieu l'appelle à son service. Quant aux frais de son éducation cléricale, je m'en charge." Le père, surpris d'apprendre en même temps et la vocation de son fils et le moyen d'y donner suite, accorda volontiers son consentement ...

Jean Jacopy reçut les premières leçons de latin au presbytère de Saint-Martin et fut envoyé plus tard à Périgueux et à Limoges pour achever ses études.

Ordonné prêtre, il fut nommé vicaire de la paroisse de Roncenac. Quelque temps après, la volonté de son évêque l'appela dans la paroisse de Cumond, près Saint-Privat, en qualité de curé.

Ayant refusé le serment à la constitution civile du clergé, il partit pour l'exil à la suite de son évêque, Mgr de Grossolles-Flamarens, évêque de Périgueux (d'une illustre famille dont le berceau est à Flamarens, ancien diocèse de Lectoure),  qui ne fut pas seulement pour lui un supérieur mais encore un ami.

La vie qu'il menait était précaire et le pain pouvait lui manquer d'un moment à l'autre. Une occasion se présenta d'échanger contre des offres séduisantes sa misère et ses privations. Un capitaine de navire anglais, fort riche et qui goûtait avec délices son éducation, ses bonnes manières et son amitié, lui proposa de le suivre dans un voyage de long cours ; une grande fortune lui était assurée. "Monsieur, répondit l'exilé sans demander un instant de réflexion, votre offre me flatte et je vous en remercie. Mais, pour vous suivre sur mer, il me faudrait renoncer à célébrer les saints mystères ; je ne puis y consentir. Je serai pauvre, exilé, tant que le Ciel le trouvera bon, mais ni la pauvreté ni l'exil ne m'ôteront jamais mon caractère et ma conscience. Reconnaissant pour vos bontés, je suis avant tout chrétien et prêtre."

Rentré d'Angleterre au moment du Concordat, M. Jacoupy fut, sur la recommandation de son cousin, le général Jean-Baptiste Jacopin, nommé à l'évêché d'Agen. Il fut sacré à Paris, le 18 juillet 1802, et fut fait chevalier de la Légion d'honneur, le 15 août 1810.

En 1825, une longue maladie avait usé ses forces et par là même cette vigueur nécessaire pour les longues et pénibles courses pastorales et pour une administration surchargée d'affaires. Il envoya sa démission au Souverain-Pontife en le priant de l'accepter et de lui donner un successeur. La réponse du Saint-Père fut des plus élogieuses et des plus affectueuses pour l'évêque d'Agen. Le Saint-Père le suppliait de ne pas laisser tomber de ses mains la houlette pastorale, mais de la reprendre au contraire avec une nouvelle énergie pour achever le bien qu'il avait commencé avec tant de succès. Docile à la voix du père commun des fidèles, Mgr Jacoupy reprit le fardeau de l'épiscopat et le garda pendant 15 ans encore.

Mais en 1840, il comprit qu'il lui est impossible de poursuivre plus longtemps encore sa carrière ; il avait 80 ans d'âge et 40 d'épiscopat. "C'est assez combattu ainsi, dit-il ; aujourd'hui les armes pourraient m'échapper ; qu'un autre les prenne, ma course est achevée". Il écrivit donc une seconde fois à Rome et reçut enfin une réponse favorable.

Jean Jacoupy mourut à Bordeaux, le 27 mai 1848. Il avait 87 ans.

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Son corps, selon ses désirs, fut transporté à Agen pour être inhumé dans sa cathédrale. On grava sur son tombeau cette épitaphe qui résume admirablement sa vie :

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Voici la traduction :

Ici repose

le Très Révérend Mgr Jean JACOUPY, évêque,

né à Saint-Martin-de-Ribérac le 28 avril 1761. Il

mourut à Bordeaux le 27 mai 1848. Prêtre pieux,

confesseur de la foi, il exila en Angleterre (1792).

Il reçut avec humilité, à son retour, le fardeau de l'épiscopat redoutable pour la sainteté des anges mêmes (1802). Il administra avec esprit de pacification l'Église d'Agen rétablie par ses soins et y fit croître la piété. Rendant à César ce qui appartient à César il réclama pour Dieu avec une foi intrépide ce qui appartient à Dieu (1811). Plein de jours et pensant aux années éternelles il se dépouilla avec une sainte crainte de la charge pontificale (1840).

Le clergé et le peuple le pleurèrent.

Qu'il repose en paix !

J'ai dit à Dieu : Qui suis-je pour conduire le peuple d'Israël ? Et il m'a répondu : je serai avec toi. (Exode III.)

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Veut-on savoir pourquoi les deux cousins, fils de frères, portent un nom différent ? En réalité le nom est le même, exprimé seulement dans deux langues différentes, Jacopin est français et Jacoupy est patois. Le père de l'évêque, qui n'était qu'un pauvre ouvrier, ou bien ses parrains, en le présentant après sa naissance à l'église de Saint-Martin de Ribérac, durent s'exprimer en leur patois périgourdin, et le secrétaire qui reçut leur déclaration, aussi illettré qu'eux, ne sût pas traduire en français le nom de l'enfant, et écrivit Jacoupy. Or, d'après la loi française, on doit conserver avec son orthographe le nom sous lequel on a été enregistré dans les actes officiels.

 


Notice biographique sur Mgr Jean-Jacoupy, ancien évêque d'Agen - par un prêtre du Périgord - 1868

Les illuminés ou anticoncordataires de l'ancien diocèse de Lombez (Gers) - Paul Gabe, curé de Pessan - 1906

AD24 - Registres paroissiaux de Ribérac

AD33 - Registres d'état-civil de Bordeaux.