LE PLUS FAMEUX CHEF DE BANDE DU VENDÔMOIS :
FRANÇOIS-JOSEPH DE NEVEU

effets d'un Vendéen


Né en 1757, "seigneur des Proustières et du Désert (Saint-Avit), du Boulay (Oigny)", François-Joseph de Neveu fut sous-lieutenant au régiment provincial du Nivernais. Il émigra en 1791, servit dans l'armée des Princes. Il participa à l'expédition de Quiberon (juin 1795) et arriva à Blois en septembre 1797. On lui conseilla de se cacher, "quoiqu'il eût ses papiers en règle". Il alla alors en Vendômois.

Victime d'une dénonciation, il fut arrêté et conduit à Blois en charrette, escorté de deux gendarmes ; sitôt arrivé, il parvint à s'évader, monta à cheval et disparut.

L'abbé Blanchard dit de lui :

"Le fameux chouan dont la force, l'agilité et les violences ont stupéfait pendant six ans le Bas-Vendômois et l'arrondissement de Saint-Calais, sans qu'on pût le saisir, tant il était redouté et protégé par la population."

signature z

Il se faisait appeler "capitaine Deneveu" ou "capitaine Hardi".

Au début de décembre 1798, avec trois compères, il entre chez son père à Savigny. Ils lient les domestiques aux quenouilles du lit et volent vingt et un couverts armoriés et un gobelet d'argent. François-Joseph se retire tantôt chez Marqueri, meunier à Lunay, tantôt au château de Fretay (Savigny), ou encore chez Giraud, cabaretier à Savigny, chez Trémault, père d'émigré à Azé, chez les meuniers d'Azé et de Mazangé, chez Mainville, canton de Bessé, à La Flotte (Poncé), toujours est-il qu'il est insaisissable.

L'activité de la bande s'accroît à partir d'octobre 1799.

Le 25 octobre, à 6 heures du soir, les gendarmes de Mondoubleau, une partie de la colonne mobile de cette localité et des chasseurs venus de Saint-Calais attaquent la maison du citoyen Pourmarin à Souday, de laquelle plus de quarante brigands se sont emparés :

"La fusillade a duré une demi-heure. Nous avons perdu deux chasseurs de Saint-Calais. Deux chouans ont été tués. Le chapeau de l'un et ses vêtements ont désigné un chef. Les chouans ont profité de l'obscurité de la nuit pour enlever le chef mort et l'autre chouan et s'évader. On eût pris toute la bande si un faux guide n'eût détourné la marche du gros de la troupe républicaine. On a pris un sac dans lequel étaient des balles, une chemise fine à poignets brodés marqués des lettres F. D., initiales à ce qu'on présume de François Deneveu ..."

27 octobre : apparition de Deneveu et sa bande à Savigny-sur-Braye ; pillage de trois particuliers.

"Le juge de paix a été rançonné et on lui demande 2.400 pour la huitaine. On le menace, ainsi que les autres citoyens qui ont déjà souffert, d'incendier leurs propriétés. Les papiers administratifs ont été brûlés ..."

6 novembre, vers 7 heures du soir, quinze chouans, parmi lesquels on reconnaît Deneveu, Du Chatellier, Fretay, Courtarvel entrent à Savigny. Ils pillent le percepteur. A la municipalité, ils brûlent les lois et décrets, les écharpes. Enfin, ils font rédiger des obligations de 1.800 et 2.400 livres à des acquéreurs de biens nationaux.

Vers le 15 novembre, quarante brigands (dont Deneveu et Courtarvel) entrent chez Lebas-Javary à Droué. Ils lui prennent argent, linge et effets. Lois et papiers municipaux sont portés au pied de l'arbre de la liberté ; on y met le feu, puis on coupe l'arbre.

Vers le 20 novembre, la bande Deneveu a désarmé la commune de Baillou. Elle s'est ensuite rendue au Gault, dont le commissaire, Thenaisie, s'est réfugié à Mondoubleau. Elle a prévenu La Ville-aux-Clercs de son prochain passage.

25 novembre, 7 heures du soir à Savigny, cinq chouans malmènent le curé assermenté (on reconnaît l'abbé Du Chatellier parmi eux). Deneveu prend la caisse du percepteur, puis réclame au citoyen Brière l'acquit d'un billet de 1.958 francs ; comme il ne peut payer, on procède au pillage de son magasin. Chez le juge de paix, il est pris des habits et une somme d'argent ; les chouans laissent un ordre de tenir prête sous huitaine une somme de 2.352 francs. Ils dépouillent Pasteau, notaire et adjoint, prennent de nombreux habits chez Chauvin, agent, ainsi qu'une somme d'argent ; ils laissent chez l'un et l'autre des ordres de paiement. A l'administration, ils brûlent les papiers (l'embrasement est tel qu'on craint un incendie). Enfin, ils fracturent les "boisures" de l'arbre de la liberté et l'entaillent à coups de cognée. Cinq chevaux attendaient la bande, près des Pâtis, pour emporter le butin.

21 frimaire (15 décembre). Le commissaire de Vendôme au commissaire du département :

"La bande chouanne de Deneveu s'augmente journellement et devient de plus en plus dangereuse ; voici ce qu'elle vient d'opérer dans la nuit du 30 brumaire au 1er frimaire (21 à 22 novembre) : deux cents hommes commandés par Deneveu se sont portés à Saint-Agil avec le drapeau blanc et ont pris au percepteur douze ou quinze francs. Ils se sont rendus chez le citoyen Olivier, propriétaire en la même commune, lui ont pris six cents francs écus et fait souscrire un billet de plus forte somme. Ils ont pris de l'argent chez le citoyen Courtin, son gendre, et lui ont fait signer un billet de 1.200 francs. Ils ont donné un délai pendant lequel plusieurs autres citoyens devront tenir prêtes des sommes. Notre collègue Tenaisie s'est réfugié à La Bazoche et y a fait transporter les papiers administratifs.

Dans la nuit, la même troupe s'est rendue à Arville et y a coupé l'arbre de la liberté. Le citoyen Chanteaux, qui a voulu s'y opposer a été traîné dans la boue, frappé à coups de pieds et on lui a pris 150 francs. Les chouans ont pris de la monnaie de cuivre chez le percepteur.

Ils se sont encore rendus à Oigny chez Hardi et l'ont enjoint de dénoncer à la justice le vol de 600 francs qu'il avait subi, qui n'était pas du fait des chouans mais des brigands.

Dans ces trois communes, ils ont désarmé partout où ils ont trouvé des armes. La bande de Deneveu a été d'abord de 15, est devenue de 40 et est aujourd'hui de 200 depuis 15 jours ; voilà dans la main de ce brigand des moyens en hommes, en argent et en armes capables de l'enhardir à de plus grandes entreprises ..."

25 frimaire (16 décembre). Le commissaire d'Oucques écrit au commissaire du département :

"Le bruit s'est répandu hier au soir que les chouans au nombre de dix, à la tête desquels se trouvait M. Deneveu, étaient allés à l'administration municipale de Vendôme qu'ils avaient sommée de lui délivrer 500 billets de logement pour loger leurs troupes qui, disaient-ils, devaient arriver sous quelques heures ... Nous avons été agréablement surpris d'apprendre que ces messieurs n'y étaient point entrés, qu'ils s'étaient contentés d'écrire une lettre au commissaire du gouvernement et une au lieutenant de gendarmerie. Les bons citoyens de Vendôme craignent cependant que leur entrée ne soit que différée ; nous, de notre côté, nous craignons qu'ils ne débouchent par La Ville-aux-Clercs, qu'ils ne passent la rivière à Fréteval et qu'ils ne viennent souiller notre territoire de leurs odieux forfaits et nous punir d'avoir été fidèles à nos serments ..."

12 décembre : dix à douze royalistes entrent à 1 heure du matin à La Ville-aux-Clercs, désarment les gardes. Apprenant que d'autres gardes sont en patrouille, ils vont à leur rencontre et les désarment aussi. Puis ils repartent en tirant quelques coups de feu.

Le commissaire de la commune reçoit une lettre timbrée de Château-du-Loir et datée du 14 janvier 1800 :

"... Vous ne serez point surpris d'apprendre où sont vos fusils. Ils sont à l'état-major du Lude, mais vous aurez la complaisance d'avertir tous les braves habitants de La Ville-aux-Clercs de tenir de l'argent tout près pour le 25 janvier prochain, car ... nous serions obligés de donner le pillage à nos braves soldats défenseurs de Louis XVIII" (signatures du général et de Deneveu).

Le général Hoche écrivait :

"Réunis sous des chefs qui sont ordinairement du pays, les chouans se répandent imperceptiblement partout avec d'autant plus de facilité qu'ils ont partout des agents, des amis, et qu'ils trouvent partout des vivres et des munitions. Leur principal objet est de détruire les autorités civiles ; leur manoeuvres, d'intercepter les convois, d'assassiner les patriotes des campagnes, de désarmer nos soldats, lorsqu'ils ne peuvent les embaucher, d'attaquer nos cantonnements, postes et détachements quand ils sont faibles."

Remarquons qu'en Loir-et-Cher aucun "prêtre intrus", maire ou instituteur ne fut tué, comme ce fut le cas ailleurs à pareille époque.

Mémoires de la Société des sciences et lettres de Loir-et-Cher - tome 49 - 1994


Gabriel-Jacques, son père, a servi le roi en qualité d'officier dans les milices, dont il s'est retiré capitaine en 1749, époque à laquelle il épousa Marie de la Roche, fille unique de Dominique de la Roche, écuyer, seigneur de la Barthe, lieutenant au régiment de Royal cavalerie, pensionnaire du roi.

De ce mariage vinrent :
1 - Gabriel-Jacques, mort au service dans la gendarmerie, compagnie Ecossaise ;
2 - Dominique-Pierre, mort lieutenant dans le régiment provincial de Blois ;
3 - François-Joseph, qui suit ;
4 - Marie-Anne, mariée à Philippe-Ambroise Ancelin, écuyer ;
5 - Gabrielle-Victoire, mariée à Saint-Avit, le 10 juin 1777 à Nicolas-Charles-Henri de Brossard, écuyer, seigneur de Touchebelle.

Fils de Gabriel-Jacques de Neveu, chevalier, seigneur des Proutières et de Marie-Anne de la Roche, François-Joseph est né à Savigny-sur-Braye, le 14 septembre 1757, et baptisé le lendemain.

 

BAPTEME Z

 

François-Joseph, écuyer, fut sous-lieutenant au régiment provincial de Nivernais en 1779, volontaire sur le bateau l'Actif, où il fut blessé à la jambe gauche d'un coup de feu, dans le combat où l'amiral Kempenfeld prit le convoi français destiné à porter des forces et des munitions à M. le comte de Rochambeau aux États-Unis.

Il émigra en 1791 ; a fait la campagne des princes dans la compagnie de Royal-Auvergne, armée de monseigneur le duc de Bourbon ; licencié à Liège, il passa en Angleterre, et fut incorporé dans les cadres de M. le comte du Trésor, à Jersey, avec rang de capitaine. Il fut embarqué sur l'escadre anglaise qui porta monseigneur le comte d'Artois à Quiberon et à l'Isle-Dieu ; ramené en Angleterre, il passa en France en 1797.

Chassé de son domicile par la loi du 18 fructidor, comme tous les émigrés rentrés, il fut arrêté à Vendôme et livré aux gendarmes, pour être conduit à une commission militaire, à Tours, où il aurait infailliblement été fusillé comme émigré, sans les bons offices de M. Bernet, de Blois, qui lui procura les moyens d'échapper aux gendarmes qui le gardaient.

Après son évasion, sa tête fut mise à prix, et à la formation de l'armée royale de l'Ouest, il y fut incorporé en qualité de capitaine dans la légion de M. Arthur Guillot, sous les ordres de M. le comte de Bourmont. Il s'est trouvé à plusieurs combats, et a servi jusqu'à la pacification.

Son attachement à la cause royale lui a fait perdre plus de 200.000 fr. de biens fonds et de mobilier qui ont été vendus pendant son émigration.

Il a été créé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis par sa majesté Louis XVIII, le 7 novembre 1814.

François-Joseph se marie au Mans, paroisse Saint-Nicolas, le 5 avril 1791 avec Marie-Charlotte Rottier de la Borde. De ce mariage naît une fille, Adélaïde, en 1792.

En secondes noces, il épouse, le 26 mai 1807, à Savigny-sur-Braye, Élisabeth-Françoise-Marguerite Monnoir, dont : François-Edouard, général de brigade (19 novembre 1809 - 1871) ; Gustave, né le 30 mars 1811 ; Élisabeth-Françoise, née le 20 août 1808.

François-Joseph de Neveu est décédé à Vendôme, le 17 mars 1852.

 

décès Z

 


 

Edouard portrait z

 

Son fils, François-Édouard, était entré à Saint-Cyr, puis il s'était notamment spécialisé dans les études topographiques. En Algérie, il avait épousé une musulmane, Bteita Bent Abdallah Khoudja, née en 1825, et il était devenu "kabylophile". Il fut pendant longtemps un saint-simonien fidèle et dévoué. En 1845, ce capitaine d'État-major, chef du service géodésique de l'Algérie, publie Les Khouan - Ordre religieux chez les musulmans de l'Algérie. 

 

François-Edouard FM z

 

Nobiliaire universel de France ... - Nicolas Viton de Saint-Allais - Tome cinquième - 1815

La légende noire de la Sanûsiyya - Jean-Louis Triaud - volume I - 1995

Histoire, Monde et cultures religieuses ... - Claude de Prudhomme

AD41 - Registres paroissiaux de Savigny-sur-Braye

AD41 - Registres d'état-civil de Vendôme

Fichier Bossu

Portrait d'Edouard de Neveu par Emmanuel-Joseph Lauret, daté de 1853 et situé à Constantine (Algérie)