Montélimar z


Fils de Job Aymé, marchand, Jean Jacques est né à Montélimar, le 13 janvier 1752 et baptisé le lendemain.

aymé dit Job baptême z

Il était depuis longtemps avocat en la sénéchaussée de sa ville natale quand éclata la Révolution.

L'ayant accueillie avec faveur, il dut à cela de faire partie de l'Assemblée tenue à Chabeuil, du 19 au 29 mai 1790, pour la désignation du chef-lieu du département de la Drôme et celle des premiers administrateurs de ce département, et c'est à cause de cela encore que cette assemblée l'élut procureur général-syndic, autrement directeur de l'Administration départementale. Seulement, comme il était tout à la fois d'opinions modérées et d'un caractère violent, il ne tarda pas à soulever une telle opposition que l'Assemblée qui se tint à Romans, du 2 au 12 septembre 1792, pour l'élection des députés à la Convention, le mit en demeure de démissionner et nomma Jean-François Payan à sa place.

Quelque temps après, Aymé était arrêté comme suspect et transféré à Paris, où il ne resta pas moins de deux ans en prison.

Revenu à Montélimar, il se livra à des menées contre-révolutionnaires. Alla-t-il, comme on l'a dit, jusqu'à organiser les fameuses compagnies de Jésus et du Soleil pour résister à la Convention ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il prêta son concours à Arnaud de Lestang et encourut dès lors, à ce point, la haine des Jacobins que, le 21 septembre 1795, un jeune homme de Crest, appelé Faure-Pibrac, fut assassiné à Montélimar, sur une promenade publique, parce qu'on le prenait pour Aymé, et que celui-ci ayant été élu, dans le même temps, membre du Conseil des Cinq-Cents, Goupilleau (de Montaigu), un de ses collègues, prononça contre lui un véritable réquisitoire dans la séance du 30 frimaire an IV (20 décembre 1795). Il l'accusa notamment d'être l'associé et l'ami de Lestang, "un nouveau Charette, qui enrégimentait les déserteurs qui arboraient la ganse blanche et la cocarde verte", et de s'être vanté de faire partie d'une association de 20.000 hommes, à laquelle "il a donné l'ordre d'assommer tous les patriotes".

Venant à la rescousse, Génissieux, qui était du même département qu'Aymé, se plaignit de ce que ce dernier avait persécuté sa famille, "sous prétexte de terrorisme" ; ajoutant qu'il avait si bien comprimé les esprits dans son département que son nom "sert encore à augmenter la stupeur dont les patriotes de ces contrées sont frappés ; sachant qu'il siège parmi vous, ... on craint son crédit, on craint qu'il ne parvienne à vous abuser, parce qu'on connaît les talents dont il est doué."

Enfin, un ancien membre du Comité de sûreté générale s'etonna de ce que cet homme, qu'il croyait en prison, siégeait parmi les membres du Corps législatif.

Aymé portrait z

Pour se disculper, Job Aymé dit alors qu'il était un "ami sincère de la liberté, ennemi de tout despotisme, et dès le berceau de la Révolution, un de ses plus zélés partisans. Patriote de 1789, plus que beaucoup d'autres qui prennent aujourd'hui ce titre, ajouta-t-il, la connaissance de mes principes me fit nommer, à la formation des départements, procureur-syndic général de celui de la Drôme, et j'en ai rempli les fonctions en homme d'honneur. Mais les frères Payan, dont l'un, agent national de la Commune conspiratrice, a subi, le 10 thermidor, avec Robespierre, la peine due à ses forfaits, ces frères, dis-je, habitant le même département, résolurent de me déplacer ; ils y réussirent. L'aîné fut mon successeur. Parvenus, l'un et l'autre, à des postes plus éminents, à peine l'horrible loi du 22 prairial fut-elle rendue, que, profitant de la facilité qu'elle leur accordait, pour me perdre, ils firent d'eux-mêmes un mandat d'arrêt contre moi, le 25 ; je fus traduit, enchaîné de brigade en brigade, de cachot en cachot, à la Conciergerie, d'où je ne suis sorti que par les effets de la journée du 9 thermidor."

Ensuite de quoi, loin de se défendre d'avoir voulu empêcher le retour du terrorisme, il s'en vanta au contraire, disant qu'il "n'avait d'autre but que de garantir sa vie et sa liberté", et, comme on l'accusait d'avoir voulu faire égorger les patriotes, il observa "que le seul égorgé du département de la Drôme, était un ami, qui était chez lui."

Il n'en fut pas moins exclu du Conseil des Cinq-Cents, par application de la loi du 3 brumaire an IV, qui suspendait jusqu'à la paix, de toutes fonctions publiques, les provocateurs de mesures séditieuses.

Pour éviter toute compromission dans les crimes dont certains départements du Midi étaient alors le théâtre, Job Aymé resta, quand même, à Paris, et s'y trouvait conséquemment quand l'abrogation de la loi du 3 brumaire lui rouvrit les portes du Conseil des Cinq-Cents, le 29 juin 1797. Sept jours après, il devenait un des secrétaires de cette assemblée, et, quinze jours plus tard, continuant sa lutte contre les terroristes, il demandait que l'on déportât Vadier et Barrère acquittés par la Haute-Cour de Vendôme, après avoir été condamnés par la Convention. Cependant, il s'opposa à la célébration de la fête du 9 thermidor, "parce qu'en célébrant ainsi les diverses époques de la République, on appelle, dit-il, les divers partis qui y ont contribué et l'on mécontente les autres." C'était une réflexion sage, mais elle ne l'empêcha pas d'encourir la haine du Directoire et d'être, par suite, fructidorisé.

Condamné à la déportation en même temps que 250 autres députés, le 4 septembre 1797, il réussit bien à se cacher pendant quelques mois, mais découvert le 3 janvier 1798, il fut alors arrêté et d'abord enfermé au Temple, puis dirigé sur Rochefort où il fut embarqué, le 11 mars, sur La Charente, d'où il passa sur La Décade, qui le transporta à la Guyane.

Arrivé à Cayenne, le 14 mai, Aymé s'en évada, le 27 novembre de l'année suivante, avec le journaliste Perlet, sur Le Phaéton, brick américain, qui fit naufrage sur les côtes d'Écosse, le 9 janvier 1800, c'est-à-dire alors qu'un récent arrêté des consuls l'autorisait à rentrer en France.

Instruit de cela, il vint habiter Dijon, où il resta pendant dix mois, au bout desquels il fut nommé grand juge à la Louisiane, et cette nomination étant ensuite restée sans effet, par le fait de l'abandon de certains projets de colonisation, il obtint enfin, en 1804, probablement par l'entremise de Français (de Nantes), l'emploi de directeur des Droits réunis dans le département du Gers.

Transféré plus tard dans le département de l'Ain, il mourut à Bourg-en-Bresse, le 1er novembre 1818.

Aymé décès z

 

Il est l'auteur de l'ouvrage "Déportation et naufrage de J.J. Aymé, ex-législateur, suivis du tableau de vie et de mort des déportés, à son départ de la Guyane ...". (Pour le découvrir, cliquez sur l'image ci-dessous)

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Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme - J. Brun-Durand - Tome I - A à G - 1900

AD26 - Registres paroissiaux de Montélimar

AD01 - Registres d'état-civil de Bourg-en-Bresse