CORRESPONDANCE RÉVOLUTIONNAIRE

Nous croyons intéresser le lecteur en donnant, ci-après deux lettres relatives à la période révolutionnaire.

La première est datée de Rochefort, du 23 mars 1793 ; la seconde d'Auch, du 27 pluviôse an second de la République (15 février 1794). Toutes deux, adressées au conventionnel Goupilleau, de Montaigu, furent écrites par Dhostes, procureur de la commune de Palluau, puis officier municipal d'Auch et secrétaire du département du Gers.

D'où Dhostes était-il originaire ? Nous l'ignorons. Il s'était marié avec demoiselle Mercier, fille de Pierre-Jacques-Mathurin Mercier de Champville et de Françoise Barbe Riou, remariée à Jacques-François-Claude de Boiscourbeau-Jarriette, parent de l'Administrateur qui devait être assassiné par les révoltés.

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On a vu dans "Souvenirs de l'Insurrection Vendéenne dans la région de Palluau" que, le 14 mars 1793, lors de l'entrée victorieuse des Vendéens dans ce bourg, Dhostes avait suivi, dans son mouvement de retraite, la troupe républicaine sous les ordres de Gallet, membre du Directoire. Sans cette précaution, Dhostes aurait certainement été, lui aussi, massacré par les Royalistes, car il était connu pour un ardent révolutionnaire.

Dans sa lettre datée de Rochefort, il donne, sur sa fuite et sur le mouvement insurrectionnel, certains renseignements qu'il est utile de faire connaître.

Après avoir quitté Palluau, Dhostes s'arrêta à la Lézardière, manoir situé dans Saint-Georges-de-Pointindoux, où s'étaient déjà rendus sa femme et son fils. Mais ils se trouvaient, là, en plein pays insurgé ; aussi, ne se croyant pas en sûreté, tous se transportèrent à Boisgrolland, dans une métairie où les rejoignirent sa belle-mère et son beau-père, Jacques-François-Claude Boiscourbeau-Jarriette, chirurgien.

Le lendemain, vendredi, Dhostes, désireux de s'assurer de l'importance de la révolte, alla à la découverte. Il passa à Avrillé où il apprît, par les courriers, qu'on se préparait aux Sables à une sérieuse résistance ; que la troupe de Fontenay, ainsi que celle de la Roche, s'y étaient rendues avec du canon :

"Le samedi, je sus que les rebelles étaient divisés en quatre armées qui couvraient toute la partie du département appelée le bocage ; la première a parcouru le district de Challans, commandée par un perruquier de la Garnache ; elle était le samedi à Saint-Gilles pour y recevoir les fonds que les Espagnols et les Anglais devaient y porter, avec les anciens titulaires des cures. La seconde était partie de Legé et formée de toutes les paroisses, elle devait s'emparer des Sables ; elle était sous les ordres d'un nommé Jolly, de la Chapelle-Hermier, garde d'un ci-devant. J'ai vu de ses réquisitions entre les mains du maire de Saint Georges [de Pointindoux], où, se qualifiant de général de l'armée du roi Louis XVII, il requérait qu'on prît la cocarde blanche ; il entraînait tous les hommes en état de porter les armes et sommait tous les gens de lui déclarer les endroits où il y avait des subsistances.

Le dimanche, je hazardai de me rendre à Lézardière pour connaître le désordre ; il y avait un demi-quart d'heure que soixante des attroupés en étaient sortis. Ils avaient enfoncé la cave, pris une centaine de bouteilles de vin et quarante-sept rochais de froment. Ils devaient revenir chercher dix charretées de bois et voulaient forcer les domestiques a déclarer où nous étions, ce qui me détermina à faire une prompte retraite.

Le tocsin sonnait à la Chapelle-Achard, à Nieul, et le maire de Saint-Georges me dit que Jolly, général, lui avait dit que les Lézardière, Vaugiraud, Maronnière, Brandois, Bassetière et tous les autres nobles ne tarderaient pas à paraître avec des fusils qui devaient débarquer ; qu'on prendrait tous les hommes et qu'on mettrait à mort ceux qui refuseraient.

Je passai à Girouard, même nouvelle ; je voulus me rendre à l'armée qu'on disait à Chantonnay ; je passai à Poiroux ; là deux paysans me dirent, parce que je leur affirmai d'être dans leur parti et être l'ami de Lézardière, que les attroupés étaient assurés du succès ; que le 10, la Convention devait avoir été détruite, que la contre-révolution était faite à Nantes, à Rennes, et devait aussi s'être opérée le même jour à Paris, et qu'enfin ils étaient décidés à massacrer tous les bourgeois patriotes et qu'on leur avait promis leurs biens.

Je remarquai que les généraux ne signaient pas leurs ordres et qu'ils ne se croyaient pas si sûrs de leur coup ; le maire de Poiroux me fit voir l'ordre de sonner le tocsin signé du quartier général de la Roche, signé : F.A.R. officier. Je vis aussi que le poste important de Port-la-Claye était laissé à 22 hommes sans canon, poste qui intercepte toute communication avec les Sables ; il ne pouvait être dans un pareil dénuement que par la perfidie des chefs.

J'arrivai à l'armée, le mardi au soir, pour être témoin de toute l'ineptie ou la perfidie de Marcé. Il voulait sacrifier toutes nos forces, c'est incontestable. Sa manoeuvre a toujours été dirigée dans ce but. Mais, comment se peut-il que le lendemain on n'ait pas rallié la troupe et épargné une fatigue que ne nécessitait pas la circonstance ; l'ennemi ne pouvait se former que dans les bois et il n'y avait nul danger qu'il en sortît ; il n'avait pas bougé de la nuit ; connaissant notre désordre, c'est qu'il ne le pouvait pas, mais alors pourquoi abandonner nos frères ?

Au moment présent, il faut nous sauver ; j'espère, mon ami, que lorsque le danger sera passé, je trouverai près de vous le zèle que vous avez toujours mis à me servir, pour recevoir de la Nation les secours que la perte totale de mes biens me donne le droit d'attendre.

La troisième armée paraît s'être formée dans les paroisses du Luc, Beaufou, le Poiré et les paroisses voisines. Son but est de s'emparer du district de la Roche pour se joindre par la grande route à celle de la Mothe-Achard et se porter aux Sables. Celle qui était samedi à Saint-Gilles a sans doute le projet de se joindre aux deux autres. La quatrième s'est formée chez vous, à Montaigu, et c'est celle que vous connaissez le mieux parce que les forces sous les ordres de Marcé se sont portées sur les lieux qu'elle occupe.

Je désire que votre épouse ait été assez heureuse pour échapper à leur fureur.

En général, mon cher, les chefs sont encore cachés et il ne paraît que leurs valets, qui, avec les prêtres, exaltent le fanatisme des paysans que vous savez n'être capables de quoi que ce soit que par l'ordre de leurs prêtres. S'il était possible de les attaquer, la moitié nous suivrait parce qu'elle a été forcée, le reste, vous le savez, a des scélérats qui ne céderont que terrassés, tels les Chiffoleau de la Mercerie, les Bureau des Embardières, les Savin, etc..., que vous connaissez tous ; les meuniers (de Saint-Etienne-du-Bois) sont tous dans la coalition sans en excepter un.

Adieu, mon ami, de la fermeté de la part de la Convention, les décrets que les circonstances nécessitent et nous aurons la revanche. Mais plus de mollesse, ils ont juré notre perte, il faut pouvoir faire la leur."

Dans sa lettre datée d'Auch, Dhostes après avoir raconté à son correspondant les quelques détails qu'il sait sur la continuation de la guerre en Vendée, et parlé de ce qui se fait dans son département, donne libre cours à sa fougue révolutionnaire. Il y exhale à la fois son amitié pour le sans-culottisme, sa haine pour la "foutue race" des nobles et tout son mépris pour ces "belles catins" épouses des ci-devant. Quant à la "séquelle des prêtres", il demande qu'on expédie, à la Côte d'Afrique, tous ceux qui ne se feront pas "décharlataniser".

Mais, le plus curieux, c'est assurément son projet de décret concernant le divorce obligatoire pour tous les mariages dont l'un des conjoints aurait plus de 45 ans et l'autre moins de 30. Le souci des bonnes moeurs et la crainte de la dépopulation, semble-t-il, préoccupaient, déjà ! ce précurseur de MM. les sénateurs Bérenger et Piot.

"ÉGALITÉ - LIBERTÉ
Auch, 27 pluviôse, an second de la République.

J'ai reçu, cher ami, avec bien du plaisir, de tes nouvelles. Tu me confirmes les nouvelles générales. Mon frère a assisté le 21 aux Brouzils au combat dans lequel Charette a eu l'épaule cassée. Mais qu'il y aura de la peine pour n'avoir pas pris le parti que je proposais dans mon mémoire que je vous donnais à Fontenay en avril dernier, à toi et à ton collègue, Audouin ; il fallait dès lors de proche en proche ôter femmes et enfants, et ceux des villages et bourgs, métairies où on aurait pénétré. L'on aurait coupé le mal dans sa racine et peut-être qu'il faudra y avoir recours, car c'est un tas de gueux bien fanatisés qui survivent.

Le jour que mon frère a passé à Palluau, où il a vu ma maison brûlée, deux ordonnances et un volontaire y furent tués le matin, ce qui le fit décamper bien vite.

La pétition de ma femme doit t'être à présent parvenue, mais usez-en suivant le conseil que tu me donnes. Nous patienterons encore et aimerons mieux nous réserver à des indemnités définitives, d'autant mieux qu'on pourra nous les donner à prendre sur les auteurs du mal.

Nous avons voté hier une adresse à la Convention pour le bienfaisant décret qui abolit l'esclavage des colonies. Je suis charmé qu'il portera la signature d'un bon républicain de mon département et de ton collègue Dubarran, qui nous préside, qui est de celui-ci. Dartigoite a sauvé ce pays du girondinisme. Il est actuellement à Toulouse, où le fanatisme a levé une tête audacieuse ; là et à Lot-et-Garonne, on dit des messes et nous, nous avons brûlé les statues, martelé les calices et déprêtrisé les ministres de bonne foi. J'ai eu l'avantage d'avoir eu cette commission et nous vous enverrons la semaine prochaine près de deux mille et quelques marcs, qui eut été complète si la malveillance n'eut profité du discours de Robespierre et du décret qui intervînt avec lequel on a arrêté le zèle des communes ; et l'on nous a bien exposé les uns contre les autres, si la profession de la morale universelle, la morale de la raison n'allait si promptement au coeur et à l'esprit.

Quand voterons-nous une adresse à la Convention pour la loi qui fixera le maximum de la propriété territoriale de chaque républicain, et qui en fera remettre l'excédant dans les mains de la Nation. Qu'il y a encore de riches égoïstes parés de la peau patriotique ; que de muscadins à rappeler à l'Égalité !

Ce décret ferait bien le pendant de celui qui déclarera nationaux les biens des gens riches et suspects qu'on déportera avec la séquelle des prêtres qui ne se feront pas décharlataniser.

Encore un décret qui mettra fin à l'intriguante sollicitation auprès des comités et des représentants, qui voudrait que tout ci-devant noble, qui n'aura pas acte de civisme attesté par la municipalité et le comité de surveillance sur leur responsabilité, soit reclus jusqu'à la paix, sans qu'il soit possible de l'en tirer, ainsi que les non nobles suspects et inciviques. C'est quelquefois des nuées des plus belles catins des ci-devant qui viennent ici marchander des élargissements et Dartigoite a beau les détester, les avis des comités fatiguent la justice. Cette foutue race, de quelque bienfait qu'on l'accable sera toujours l'ennemie de la révolution et jamais elle ne sera convertie. Elle rampe, mais dans l'espoir toujours de renaître. Il faut foutre tout cela à la Côte d'Afrique, avec les prêtres.

Encore autre décret de forcer au divorce tout homme marié âgé de moins de 30 ans jusqu'à cet âge, avec une femme au-dessus de 45 ans, c'est un genre de célibataire qui fait tort à la population et aux moeurs, comme il serait juste que toute femme ci devant divorcée pour éluder la loi, en serait frappée et recluse si elle n'ajoutait pas à son divorce de se marier avec un bon sans-culotte. La population demande ces deux lois ; l'égalité demande celle du maximum des propriétés, et la liberté les autres sur les nobles et les prêtres.

Je te demanderai de me gratifier des papiers particuliers rares qui paraissent à la Convention. La campagne de la Vendée a été lue avec plaisir par nos frères.

Nous vous envoyons aujourd'hui un aristocrate à caractère ferme, quoique vieux. Ce contre-révolutionnaire n'échappera pas à votre tribunal, comme il l'a fait au nôtre. Je sais bien que j'ai la conviction intime que lui et Saint-Pilier ont gagné la guillotine autant que vos premiers contre-révolutionnaires expédiés à Paris ; et dans la séquelle de tous les nobles, comptez que tous son prêts à prendre, dans l'instant, parti contre. Ils aliènent continuellement par leurs propos et conseils leurs valets, leurs messagers, leurs agents et ceux qui ont besoin d'eux pour vivre.
C'est le pêcheur incorrigible. A la Côte d'Afrique !!!

Salut et fraternité".

 

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Qui était donc ce Dhostes (ou d'Hoste) ?

Fils de Paul, marchand, et de Marie Bouë, LOUIS-ANTOINE D'HOSTE, docteur en médecine, était né à Condom (32) vers 1739.

A 27 ans, le 7 mars 1766, il épouse, à Thairé (17),  Angélique Lambert, âgée de 58 ans, veuve de Jean Morisset, marchand, qu'elle avait épousé à Thairé, le 10 septembre 1743, elle avait à cette époque 31 ans. Angélique est décédée à Thairé, le 9 juin 1772, à l'âge de 64 ans.

Il se remarie à Palluau (85), le 3 septembre 1776, avec Marie-Françoise-Perrine-Renée Mercier de Champville, fille mineure de feu Pierre-Jacques-Mathurin Mercier de Champville, bourgeois, et de Françoise Barbe Riou, sous l'autorité de son curateur, Gabriel-Henri Mercier, procureur en la principauté du Luc, demeurant au bourg et paroisse de Beaufou, dont :

Jean-Marie-Élisabeth-Xavier, né à Thairé (17), le 19 juin 1777 ; décédé le 31 août 1780 ;
Rose-Charlotte, décédée à Thairé le 9 décembre 1779 à l'âge d'un an et quatre mois ;
Louis-Thérèse-Joseph, né à Thairé, le 30 juin 1780 ; décédé le 29 septembre 1781 ;
Joseph-Antoine, né à Thairé le 11 avril 1783.

Le lieu et la date de son décès nous sont inconnus.

AD17 - Registres paroissiaux de Thairé

AD85 - Registres paroissiaux de Palluau