LE VIEUX CHÊNE DE COMBES
Commune de Saint-Martin-Lars, canton d'Availles-Limousine (Vienne)

CHÊNE DE COMBES z

Cet arbre, aux gigantesques proportions et d'une remarquable beauté, semble un débris de cette luxuriante végétation des époques antéhistoriques qui ont vu l'éléphant et le rhinocéros fouler le sol de nos contrées. A sa vue, on songe à ces arbres prodigieux qui se rencontrent encore dans les forêts vierges de l'Amérique, où la nature primitive se montre dans toute sa splendide et sauvage beauté.

Le chêne de Combes peut dignement figurer à côté de celui d'Allouville-Bellefosse (76), qu'il surpasse en grosseur.

Figurez-vous un arbre dont le tronc n'a pas moins de 16 m. de circonférence auprès de terre, et 14 m. à la naissance de ses branches. Son élévation totale de la racine à la dernière tige, est au moins de 48 m. et la largeur des rameaux, dans leur plus petit diamètre, est de 18 m. A une hauteur de 3 m., du sol, le tronc se divise en six branches principales, dont la plus petite a 1 m 60 de tour, et la plus grosse 3 m. 25. L'espace compris entre ses branches offre une plate-forme de 4 m. carrés, sur laquelle M. Duverrier de Boulzat, propriétaire de cet arbre (1867), eut un jour la gracieuse fantaisie d'offrir à déjeuner à sept convives.

Il est difficile de se faire une idée bien exacte de ce colosse du vieux monde, qui peut-être brave la foudre et les orages depuis plus de mille ans, et dont la végétation semble encore n'avoir rien perdu de la vigueur de sa jeunesse.

Si ce majestueux vieillard, tant de fois séculaire, pouvait nous dire toutes les péripéties des drames sanglants de l'histoire dont il a été l'impassible témoin que de précieux volumes n'écrirait-on pas sous son frais ombrage !

A l'aspect de cet arbre, on sent naître en soi un intérêt plus vif que celui qui s'attache à un monument dont les ruines croûlantes et muettes ne sont plus qu'une ombre d'un passé qui s'efface chaque jour, tandis que la sève qui circule à chaque printemps sous cette vieille écorce, tandis que ce feuillage renaissant, qui s'agite et frémit aux mugissements des tempêtes, semblent, dans un langage mystérieux, nous parler encore des siècles passés.

Qui nous dira même que les Druides, qui sacrifiaient sur les dolmens de Villaigue et de la Plaine, dont il est très-près voisin, ne sont pas venus cueillir le gui sacré sur ses rameaux tortueux, ou tenir leur cour de justice sous son ombrage vénéré ?

A quelques mètres de distance de cet arbre, s'élevait jadis un antique manoir dont il est fait mention dès 1202 ; mais, moins heureux que son voisin, le donjon féodal a disparu pour faire place à une construction du XVIIe siècle, sans intérêt architectural.

Si jamais ce chêne tombait sous la hache du bûcheron, ce serait un jour de meurtre et de sacrilège.

Hélas, ce jour de meurtre et de sacrilège arriva en janvier 1903. C'est en s'acharnant à déloger un lapin, qu'un chasseur imprudent enfuma le creux de ce tronc millénaire. Il s'embrasa rapidement et mit deux jours et deux nuits à partir en fumée.

COMBES CARTE Z

 

Paul Biard - Le Glaneur poitevin - 15 janvier 1867
Le Picton, mai-Juin 2000.