THOUARS z

PIERRE-VICTOR-JEAN BERTHRE DE BOURNISEAUX, né à Thouars, paroisse Saint-Médard, le 1er juillet 1769, était fils d'un receveur des tailles de l'élection de cette duché-pairie, dont la juridiction embrassait cent six communes. Son père, Pierre-René était le troisième du nom, remplissant cette charge importante, qui était de 76.000 livres.

BERTHRE DE BOURNIZEAUX baptême St-Médard z

Le jeune de Bourniseaux fut envoyé au collège de la Flèche où se réunissaient alors un grand nombre de fils de famille qui, par leur fortune ou leur naissance, étaient destinés à jouer un rôle actif et brillant dans l'armée ou dans l'église. Il n'embrassa pourtant ni l'une ni l'autre de ces carrières.

Après avoir terminé ses études avec de brillants succès, en 1786, il alla à Paris suivre les cours de droit, et se livra à la culture des belles-lettres. Une "Héroïde", en vers français, qu'il fit paraître en 1788, lui servit de titre d'admission au Musée.

La révolution de 1789 vint troubler ses loisirs studieux et l'éloigna de la capitale. Son séjour au château paternel, où il se retira, ne fut perdu ni pour les muses, ni pour les sciences, ni pour ses concitoyens auxquels il consacra dès lors son activité et son patriotisme.

Nommé, après la Terreur, président de district à Thouars, il rendit de très grands services à la ville. C'est à ce temps de jeunesse ardente et rêveuse qu'il faut reporter la composition d'un poème qui n'a pas été livré à la publicité, et celle d'une tragédie qui fut lue, vers 1802, aux séances de l'Athénée de Niort.

A la même époque, il retourna à Paris, et y fit imprimer :

La traduction de l'Aminte du Tasse, en prose poétique, un vol. in-12 ; Paris, Batillot jeune. Le Journal des Débats, dont les feuilletons littéraires étaient alors rédigés par les plus habiles critiques, s'exprimait ainsi en annonçant cette production nouvelle : "L'auteur nous prévient lui-même, dans sa préface, que c'est plutôt une traduction libre du charmant poème du Tasse qu'une version très exacte ; mais peut-être a-t-il abusé un peu de la permission accordée aux traducteurs. Son style est, du reste, assez élégant, et ordinairement pur et correct ; mais il lui échappe des négligences qu'il pourra faire aisément disparaître dans une autre édition."

Un Précis de l'Histoire de la Vendée, un vol. in-8°, où sont racontés, dans le cercle de liberté permise alors, les faits dont ce pays avait été le théâtre. Ce livre souleva quelques critiques ; on reprocha à l'auteur : 1° de s'être trompé sur l'origine des Vendéens, en la faisant remonter aux conquérants scythes qui absorbèrent, selon lui, les races indigènes ; 2° d'avoir méconnu la vraie cause de la guerre de Vendée, en l'attribuant à l'insurrection spontanée du peuple aigri par les horreurs qui avaient souillé le berceau de la révolution, et violemment excité par les persécutions contre la religion catholique ; 3° de ne s'être point assez étendu sur les faits qui ont signalé cette glorieuse épopée.

La première de ces observations fut réfutée par la citation des sources mêmes auxquelles l'écrivain avait puisé.

La seconde tombe devant le fait admis aujourd'hui par tous les historiens, que l'insurrection éclata spontanément, sans plan, sans réflexion, sans préparatifs ; que les paysans coururent aux armes pour défendre les objets de leurs plus tendres affections, le culte et la famille ; que leurs chefs, au début, furent un perruquier, un cardeur de laine et un chaudronnier ...

La troisième a encore moins de valeur ; un précis n'est pas une histoire, et, pourvu qu'aucun évènement essentiel ne soit omis, le but est atteint et l'auteur est à l'abri de la censure.

La curiosité du lecteur qui aime les détails, piquée par cet abrégé, fut satisfaite plus tard, et cette exigence du public, dont l'impatience se formulait en griefs injustes, fut sans doute la cause qui décida Bourniseaux à entreprendre l'ouvrage dont il sera parlé plus loin.

La partie politique encourut aussi quelques attaques auxquelles l'auteur répondit victorieusement. L'avenir a justifié ses prévisions. Le projet de restauration qu'il proposait pour son pays est un témoignage éclatant de son jugement et de sa pénétration. C'est à peu près celui qui a été mis en pratique depuis cette époque, et qui, en répandant les bienfaits de la civilisation, les lumières de l'instruction et les voies de communication dans cette belle contrée, en ont fait l'une des plus riches et des plus heureuses de la France, parce que ces sources de prospérité, en coulant sur ce sol généreux, n'ont changé ni le coeur ni l'esprit de ses habitants.

Alarmé des faux principes qu'avait semé la philosophie du dernier siècle, de Bourniseaux entreprit d'en indiquer les dangers et d'en combattre les erreurs. Il composa, dans ce but, un ouvrage de longue haleine, dans lequel il ne ménage ni les doctrines pernicieuses, ni les écrivains qui les ont propagées. La première partie parut sous ce titre : Le Charlatanisme philosophique dévoilé, Paris, 1806, 2 vol. in-8°. Sans égaler l'abbé Guénée en science, ni Fréron et Sabatier en aigreur, de Bourniseaux prend, dans cette lutte, un rang assez avancé pour que le patriarche de Ferney, s'il eut vécu, l'eut poursuivi de sa haine et de ses injures. Le plus fervent de ses adeptes lançait alors son "épître à Voltaire" et ses virulentes satyres ; les autres, moins irascibles, négligeaient des attaques qu'il leur eût été difficile de réfuter, et se contentaient d'admirer le maître. Aujourd'hui, on ne partage plus cet engouement pour des diatribes pleines de fiel, qui trahissent la fureur et la mauvaise foi. Sans doute l'impiété existe encore au fond de quelques âmes, mais l'irreligion revêt un masque pour insinuer ses erreurs. Est-ce un progrès ? ... A mes yeux, la franchise, même le mal, est préférable à l'hypocrisie. Il y aurait un chapitre de mordante critique à ajouter au Charlatanisme philosophique dévoilé, et plusieurs contemporains y figureraient, malgré les sentiments de religiosité qu'ils affectent. Berthre de Bourniseaux ne s'est pas arrêté aux subtilités des vivants, il a exercé sa logique pressante contre les morts, en s'attaquant aux anciens philosophes, et a laissé manuscrite la seconde partie de sa dissertation qui renferme la matière de trois volumes in-8°. L'ouvrage terminé est resté entre les mains de sa veuve.

Pendant les années qui suivirent, soit que la censure impériale effarouchât un écrivain peu habitué à déguiser et à museler sa pensée, soit qu'il composât dans le silence du cabinet, de Bourniseaux ne fit rien paraître ; mais, en 1819, il publia l'Histoire des guerres de la Vendée, Paris, 3 vol. in-8°.

Plus exacte que celle d'Alphonse de Beauchamp, cette histoire eut le tort de s'adresser à des passions encore exaltées et à des esprits qui n'étaient pas préparés, par le désenchantement, aux déceptions qu'ont engendrées tous les partis en se succédant au pouvoir depuis trente ans, sans produire les améliorations qu'on en attendait. Fidèle expression des opinions de l'auteur, cet ouvrage ne manque ni d'intérêt, ni de force, ni d'élévation. Il fut accueilli par les uns avec prévention et hostilité, par les autres avec confiance et enthousiasme. Ces sentiments trop vifs sont peu durables. Ils s'éteignirent bientôt ; le livre leur a survécu, mais il n'a pas balancé le succès de l'Histoire de la Vendée militaire, dans laquelle la plume experte et élégante d'un autre Poitevin, de J. Crétineau-Joly, a su rapporter les évènements et peindre les caractères des acteurs de ce drame mémorable avec une chaleureuse impartialité qui n'a blessé aucune susceptibilité et qui a été admise par tous les lecteurs. Homère d'une nouvelle Iliade, son poème en l'honneur du peuple de géants a effacé tous les autres.

En 1824 parut l'Histoire de la ville de Thouars, depuis l'an 759 jusqu'en 1815, Niort, Morisset, un vol. in-8°.

Fruit de recherches consciencieuses, ce livre est exempt de pédanterie et d'affectation. Aucune charte n'y est rapportée, mais les faits y sont mentionnés avec exactitude. La division en est simple et claire ; le premier livre fait connaître Thouars, sa population, ses institutions, ses ressources ; le second expose la situation de la ville sous ses vicomtes et ses ducs ; le troisième est consacré à un tableau comparatif de la cité, aux moeurs des habitants, aux améliorations dont son organisation est susceptible, aux hommes célèbres qu'elle a produits, etc.

Un chapitre supplémentaire contient le récit de la conspiration insensée du général Berton, les détails de son entreprise sur Thouars, le 24 février 1822, enfin le jugement de la cour d'assises de Poitiers.

Ce monument élevé par un de ses enfants, à la gloire de son pays natal, est non seulement un ouvrage inestimable, c'est de plus une oeuvre pieuse et méritoire : le produit de la vente était destiné aux pauvres. La lecture en est attachante, on n'y sent nulle part l'érudition ni le travail ; elle instruit sans ennui, mérite rare dans ces sortes de compositions, où la science est le plus souvent escortée d'un lourd bagage qui entrave le récit et le rend aussi pénible que lent.

La série des vicomtes de Thouars a été dressée d'après la Chronique de Saint-Maixent, monument admis jusque-là comme exact, et rectifié plus tard sur la collection des Chartes de dom Fonteneau, ignorées alors du public.

Thouars n'avait jamais eu son historien ; Drouyneau de Brie, mort en 1754, avait seulement laissé un manuscrit intitulé : Mémoires historiques. Ce document, rédigé vers 1735, d'après l'invitation de Lenain, intendant du Poitou, et consulté par de Bourniseaux, n'avait ni plan, ni méthode, mais il était précieux par les matériaux qu'il renfermait. Le docteur Allonneau a publié, depuis, une Histoire de la même ville qui, malgré sa valeur scientifique plus réelle, n'a pas fait oublier celle qui l'avait précédée.

L'Histoire de Thouars donne une courte biographie sur chaque écrivain qui a illustré la cité, et rapporte quelques vers du crû. Plusieurs épigrammes ont du trait ; en voici une dont Demège est l'auteur.

LE VÉRIDIQUE
Les fripons gouvernent les sots,
Dit Dorilas, dans ses bons mots :
Sur sa parole il faut l'en croire,
C'est un membre du directoire.

Berthre de Bourniseaux livra à l'impression, quelque temps après la mort de Louis XVIII, la traduction d'un Éloge historique de ce prince, composé par un curé catholique de Liverpool, avec le texte anglais en regard, in-8°, 1824.

Le dernier ouvrage qu'il a publié est une Histoire de Louis XVI, 4 vol. in-8°, Paris, 1829. Lorsqu'il l'écrivait, la théorie de la fatalité n'était pas inventée et prônée par l'école moderne. Personne n'avait tenté la réhabilitation de Robespierre et de ses infâmes acolytes : ce scandale était réservé à notre âge. Berthe de Bourniseaux n'essaie pas de justifier les bourreaux en calomniant les victimes ; il flétrit, au contraire, le crime avec l'indignation d'un coeur honnête avec l'âpre sévérité d'un juge inflexible et convaincu.

Ses principes furent invariables, il les mit en pratique et en lumière en se laissant aller au courant de sa nature et à l'impulsion de sa conscience : il fut et resta toute sa vie monarchique et religieux, comme d'autres naissent et meurent révolutionnaires. Chacun a ses convictions, toutes respectables, lorsqu'elles sont pures et sincères. Celles de Bourniseaux étaient également désintéressées ; il ne s'en prévalut jamais pour obtenir les faveurs du gouvernement royal, que tant de courtisans briguaient sans y avoir les mêmes titres que lui ; toute son ambition se borna à remplir, pendant trente ans, les modestes fonctions de juge de paix du canton de Saint-Varent.

Comme écrivain, il se ressent des qualités et des défauts de la littérature de son temps : on rencontre çà et là des métaphores outrées, des comparaisons mythologique, des souvenirs fréquents de Rome et de la Grèce ; parfois la phrase n'a pas toute la régularité prescrite par les règles de notre langue. Quelques locutions sentent le terroir. En général, cependant la diction est facile et coulante, le mot propre arrive naturellement, le style est vif et coloré.

Indépendamment des ouvrages déjà mentionnés, cet auteur fécond et laborieux a laissé plusieurs manuscrits qu'il annonçait comme étant à peu près terminés en 1824. Voici leurs titres :

1° Tableau des Moeurs de la cour de France, sous la deuxième race des Valois, depuis François Ier jusqu'à la mort de Henri III, 3 vol. in-8°.

2° L'Espion napolitain, 3 vol. in-12° ; c'est, sans doute, un roman historique dans le genre mis à la mode par Walter Scott.

3° Une Traduction en vers français des Épigrammes de Martial, 1 vol. in-12°.


Berthre de Bourniseaux, mort à Thouars le 27 décembre 1836, était membre de la Société libre des sciences, belles-lettres et arts de Paris, et de diverses sociétés savantes tant nationales qu'étrangères.  "Il a succombé à une gangrenne sénile qui s'était emparée à la fois de ses deux pieds" (Victor Prosper du Temple).

Berthre de Bournizeaux décès z

Il avait épousé le 27 janvier 1793, à Pierrefitte (79), Julie-Françoise Demège, fille de Claude Demège, directeur de la poste et de Marie-Julie Orré, née à Thouars, paroisse Saint-Médard, le 1er mars 1776 ; dont il eut 5 enfants, et c'est lui qui le dit :

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Victor, né le 27 mars 1794 à Pierrefitte ; décédé le 11 mai de la même année ; Ester, née en 1796, mariée le 17 août  1813 avec Prosper Thonnard du Temple, décédée le 12 juin 1872 ; Auguste, dernier représentant mâle de la famille, né le 23 février 1797 à Pierrefitte, officier supérieur de cavalerie, ancien garde du corps du Roi, chevalier de la Légion-d'honneur, fut un des fondateurs de la Société de Secours Mutuels de Saint-François-Xavier en 1855 à Abbeville ; décédé sans postérité le 25 octobre 1874 à Abbeville (80) ; Zoé, mariée avec Alexis-Delphin Dubourg de Sivainée.

Il fut maire de Pierrefitte (79) en 1793/1794.

Bournizeaux maire z

Armes : d'azur à une grappe de raisin d'or accompagnée en chef de deux mouches à miel renversées de même.

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Berthre de Bourniseaux entretint une correspondance assidue avec un bibliophile de Besançon, M. Guillaume, entre les années 1798 et 1836. Berthre s'était lié avec Guillaume, lorsque celui-ci avait fait campagne, sous l'uniforme des bleus, dans les chasseurs de la Côte-d'Or, dans la région vendéenne. Il était sous les ordres du général Grignon. Ces souvenirs sont rappelés dans plusieurs des lettres de Bourniseaux dont voici quelques extraits :


Extrait d'une de ses lettres datée de Bourniseaux, le 10 novembre 1810 :

"Je vois avec plaisir, Mon bon ami, que vous ne m'avez point oublié, et que notre ville de Thouars, toute désagréable qu'elle a pu vous être, dans un temps où vous étiez forcé de vous battre au lieu de plaider, n'est point entièrement effacée de votre mémoire, Dieu soit loué ! Si je vous ai, dans le temps, rendu quelque foible service, votre reconnoissance m'a payé au centuple, et vous êtes trop bon de vouloir bien me les rappeler.
Vous ne me parlez point de ... (illisible), Sirargue, Teinturier, Blandin, Chavassière, Thévenin : veuillez croire que je ne les ai point oubliés, non plus, que votre oratorien marandais, qui, soit dit en passant, avoit l'air d'un franc jacobin. Rappelez-moi au souvenir de tous vos amis, et quand vous les verrez, dites leur que nous parlons souvent de vous tous, au coin du feu, et que nous nous rappelons entr'autres, la plaisante terreur que vous témoignâtes à la mort de Robespierre. Vous étiez, Messieurs, de bons guerriers mais de pauvres politiques ..."

Un autre extrait dans lequel il parle de son fils Auguste - lettre datée de Bourniseaux, le 10 novembre 1812 :

"Au milieu de mon bonheur domestique, une seul idée m'afflige. Mon fils et mon élève a 16 ans ; dans quelques années, il faudra qu'il parte pour une guerre d'où l'on en voit si peu revenir. Vous me direz que je puis acheter un homme ; mais on n'en trouve que très peu dans ce pays, et outre le prix énorme qu'il faut y mettre, il faut garantir le remplaçant pendant deux ans. Si par vous même, par le Sr Sirargue, Teinturier, ou quelques autres de vos amis, si vous pouviez le tirer de peine, soit en le plaçant comme officier de santé dans quelque régiment, soit en le mettant en un corps où il put être réformé ; car il faut vous dire qu'en naissant, il a eu un pied cassé et tourné en dedans, ce qui paroît d'autant plus que le calus est formé. Songez-y dans vos instants de loisir, et mettez-vous dans ma situation ..."

Extrait d'une lettre de Bourniseaux, du 2 août 1813 dans lequelle il parle du mariage de sa fille aînée :

"J'ai conservé mon fils, il n'a que 16 ans, mais il a 5 pieds 6 pouces ; j'en ai été quitte pour la peur, au troisième tirage, il va être conscrit ; je n'attendrai pas ce moment. J'ai une espèce d'idée de le mettre élève gendarme, vous en devinerez aisément les motifs. Si j'ai besoin, dans le temps, d'une de vos lettres, pour notre ami Sirargues que vous m'avez dit être colonel à Troyes, j'espère que vous me la ferez passer. Ce jeune homme sait (en écolier) trois langues, il a fait un cours de sept ans de mathématiques, et peut au besoin les enseigner, il connaît assés bien l'histoire, un peu de géographie ; avec de l'application il ferait son chemin.
Quant à ma fille aînée (Ester), je la marie le 17 de ce mois, avec un Prosper du Temple de Loudun, fils d'un du Temple, ancien Conseiller du Roi en l'élection de Loudun, et de dame Henriette Lenée, fille du ci-devant lieutenant général criminel du Siège royal de Chinon. Je vous fais part officiellement de ce mariage.
Le futur est un jeune homme bien né, de bonnes moeurs, d'un heureux caractère, plein de raison et de piété. Il me falloit un gendre comme celui-là. Sa fortune n'est pas très brillante, mais elle peut s'améliorer. En un mot je suis content de ce mariage qui fera, j'aime à le croire, le bonheur de ma fille, autant qu'il est possible d'en trouver sur la terre ; car comme le dit si éloquemment le célèbre Young, "le bonheur ici bas est un fruit que ne peut savourer la bouche d'un mortel" ...

Dernier extrait d'une lettre datée de Thouars, le 12 mai 1814 :

"Je n'ai reçu que très tard, Mon bon ami, votre lettre du 29 avril. Je vous avois répondu précédemment ; ainsi nos lettres se sont croisées.
Je vois avec peine que votre ville a beaucoup souffert ; vous vous êtes fait autant de mal, que vous en avez souffert de l'ennemi. Mais il n'est point de malheur que le cri de Vive le Roi ne puisse guérir. Nos Vendéens sont ici dans l'ivresse ; mais ce sont des amis un peu incommodes et même un peu fâcheux. Ils disent hautement qu'il faut réformer tout impôt extraordinaire et en particulier celui du sel. Ils auroient voulu en outre que l'on eut rendu les biens des émigrés et celui des prêtres, leur zèle intempestif est tout-à-fait hors des gonds ; il faut espérer que cette fougue se calmera, et qu'ils rendront justice à la prudence de notre bon Roi ...
Vous me parlez de l'opinion que vous aviez en 1794 ; je puis ici hautement vous rendre justice, ainsi qu'à Mrs Thévenin, Blandin, Chavassière, nous formions un cercle de royalistes purs et désintéressés ; nous pleurions sur la ruine de Sion, et nous appellions à basse voix l'heureux changement que la Providence vient enfin d'opérer. Je me rappelle que nous dansâmes en rond à la mort de Robespierre
et qu'unanimement nous promîmes de rire à son enterrement (La Fontaine) ..."

 

La correspondance de Berthre de Bourniseaux avec Guillaume : ICI

 

Histoire littéraire du Poitou - Tome 3 - par Dreux-Duradier - Niort - 1842

Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notable à la fin du XIXe siècle par Chaix d'Est-Ange, 1905

Ville de Besançon - Fonds général (MS 508 à 1004) - Manuscrit numérisé - cote Ms 628

AD79 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Thouars.