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RIMOU fut, comme Tremblay, victime de son dévouement à la cause de la Révolution. Cette petite commune, qui s'était mise à la tête du mouvement républicain dans le pays, était l'objet de la haine des chouans.

Patriotes, comme les citoyens de Saint-Georges-de-Reintembault, les Rimois étaient pour les chouans d'infatigables adversaires, toujours prêts à faire des patrouilles ou des battues, toujours prêts à voler au secours des communes attaquées. Deux fois les chouans tentèrent de s'emparer de ce bourg : deux fois ils furent repoussés. La position naturelle de Rimou, située sur une colline autour de laquelle tourne sinueusement le Couesnon, l'avantagerait au point de vue de la défense et le mettait à l'abri d'un coup de main.

Aussi, si le 21 février 1796 (2 ventôse an IV) elle succomba, ce fut surtout sous le nombre de ses ennemis qui s'élevait à plus de trois mille.

Les chouans s'étaient réunis à la première heure de ce jour sur la rive droite du Couesnon. Pour passer sur le territoire de Rimou, le pont de Romazy s'offrait à eux. Mais ce pont était défendu par un petit détachement de gardes nationaux établi au lieu dit de la Hutte. Informés par une vieille mendiante de l'effectif du poste, les chouans l'attaquèrent simultanément à droite et à gauche et obligèrent les défenseurs du pont à se retirer du côté de la ferme du Bois-Baudry.

Attirés par la fusillade, une vingtaine de citoyens vinrent se joindre au détachement et cachés derrière les haies, dans les fossés, ouvrirent le feu sur les chouans qui les poursuivaient. Ils les arrêtèrent un moment. C'est alors qu'une vaillante fille, Marie Collin, comprenant les dangers qu'allait courir son père, le fermier du Bois-Baudry, vieillard paralytique et patriote connu, si les chouans parvenaient à la ferme, le prit sur son dos et le porta à plus d'une lieue de là, au village de Hamel. Son père en sûreté, Marie Collin, s'armant d'un fusil, remplissant son tablier de cartouches, va rejoindre les combattants et prendre part à la mêlée. Les premiers défenseurs de Rimou battaient lentement en retraite ; ils cherchaient à gagner du temps, espérant qu'au bruit de la fusillade les gardes nationaux et le cantonnement d'Antrain viendraient à leurs secours.

A Rimou, la résistance s'organisait sous les ordres du commandant de la garde nationale, Gilles Trébourg.

Mais les tirailleurs Rimois faiblissaient et les chouans gagnant du terrain, élargissant leur ligne d'attaque, menaçaient de les envelopper. La retraite sur Rimou se précipita : à chaque champ, c'était un échange rapide de coups de feu, dans celui de La Douce, une balle brise la branche d'un chêne au-dessus de la tête de Marie Collin ; ses compagnons la croient blessée : "Non ! non ! crie la courageuse enfant, du courage !" Un vieux prêtre, l'abbé Macé, curé de Rimou depuis plus de vingt ans, qui avait prêté le serment pour rester au milieu de ses chers Rimois, aux premiers bruits de la bataille était accouru au milieu des combattants remplir son ministère ; mais, sous le feu des assaillants, la faible ligne des républicains finit par céder et au pas de charge dut regagner le bourg. L'abbé Macé ne put suivre ceux qu'il appelait "ses enfants" et tomba aux mains des chouans. Une mort affreuse lui était réservée. Le dernier tirailleur pénétrait à peine dans Rimou que les chouans se présentaient à la fois à toutes les issues.

A la butte du Châtel, qui domine le bourg, un groupe de défenseurs, parmi lesquels trois femmes, Marie Collin, Marguerite Grohan, de la Hervelinais, et Julienne Trébourg, la soeur de Gilles, faisait un feu ardent contre les chouans, qui dirigeaient toutes leurs balles sur ce point.

Gilles Trébourg avait réparti avec intelligence le petit nombre de défenseurs que possédait Rimou. Les soixante-quatre gardes nationaux et les hommes de bonne volonté avaient été disséminés à toutes les ouvertures de route et la défense paraissant générale aux chouans, ils crurent à l'existence d'une force considérable. Aussi hésitèrent-ils un instant et sur l'ordre des chefs un mouvement d'arrêt se produisit-il dans l'attaque ... Il ne dura pas longtemps. Se rendant enfin compte du nombre des défenseurs, les chouans livrèrent un assaut furieux à Rimou et pénétrèrent dans le bourg. Les gardes nationaux et les citoyens Rimois prirent la fuite de toute part et coururent se réfugier au bois de la Vigne, où la population s'était retirée à la nouvelle de la marche des chouans. Là, sous le commandement de Gilles Trébourg, ils s'organisèrent en usant des dispositions du terrain pour défendre chèrement leur vie.

Les chouans, en entrant dans Rimou, ne trouvèrent qu'un malheureux grabataire, Georges Poincheval, qu'ils assassinèrent. Ils pillèrent toutes les maisons ; ils mirent au vent toutes les couettes de plumes ; les armoires furent brisées, les tonneaux défoncés, les moutons saignés, les farines répandues sur le fumier. Le pillage accompli, les chouans se reformèrent et se portèrent sur le bois de la Vigne pour attaquer les Rimois. La défense fut opiniâtre, les Rimois soutinrent le feu et Trébourg, emporté par son courage, s'étant trop aventuré en avant des lignes de ses combattants, tomba entre les mains des chouans qui le fusillèrent sur le champ.

Mais les éclaireurs des chouans leur signalaient que le cantonnement d'Antrain venait par le pont du Pontavice au secours de Rimou. L'ordre fut aussitôt donné de reprendre la direction de Romazy et les chouans abandonnèrent le champ de bataille en emmenant avec eux des prisonniers qu'ils massacrèrent.

L'abbé Macé fut attaché sur un cheval - les chouans en avaient volé seize à Rimou - et conduit à Romazy au milieu d'insultes et de coups. Dans la rue Puette, un chouan lui coupa la gorge avec une serpette.

Le nombre des morts tués à Rimou, pendant l'attaque, n'a jamais été bien établi. Le registre des décès de Rimou n'en mentionne que dix, sans compter l'abbé Macé, assassiné à Romazy. Les noms portés sur le registre des décès sont : Gilles Trébourg, Julien Pierre, Louis Lucas, Pierre Lucas, Pierre Béranger, François Durocher, Georges Poincheval, Louis Moreault, Gabriel Pincet et Joseph Thébault.

Le commissaire du directoire exécutif pour le canton d'Antrain s'empressa, le 6 ventôse (25 février), d'envoyer au département une relation des malheurs dont Rimou venait d'être accablé. Il racontait que "les chouans avaient assouvi leurs fureurs sur des vieillards qui ne pouvaient fuir. Six avaient péri par le genre de mort le plus cruel", et Beaugrand, commissaire général, rendait compte de ces crimes au ministère de l'intérieur en ces termes :

"Ces monstres rêvèrent de renouveler les horreurs dont Tremblay fut la malheureuse victime dans le courant de brumaire. Au nombre de trois à quatre mille, ils ont attaqué les communes de Rimou, Sens et Romazy. Le patriotisme le plus prononcé leur méritait de longtemps la haine de ces brigands. Les habitants se sont défendus avec l'intrépidité qui les caractérise. Les femmes même ont vigoureusement secondé les efforts de leurs époux. Mais bientôt, écrasés par la multitude, les citoyens armés n'ont pu résister davantage : ils ont été forcés de faire retraite et d'aller chez leurs voisins implorer leur protection contre l'impétuosité de l'ennemi commun. Les atrocités dont ils se sont rendus alors coupables font frémir la nature. Le récit même ne peut trouver des auditeurs insensibles que parmi les cannibales et les anthropophages dignes de les partager."

La vieillesse tombe sous les coups : un prêtre assermenté, accablé d'infirmités, âgé de quatre-vingts ans, ne peut échapper à leur fureur ; une mort ordinaire serait trop douce pour l'épouse d'un vertueux patriote ; il faut la brûler à petit feu ; il ne faut pas faire périr tout d'un coup ce septuagénaire qui a donné le jour à un républicain : la mutilation successive de toutes les parties de son corps est encore trop douce pour lui.

Le département s'alarma de ces crimes : il les signala aux généraux en demandant des mesures promptes et vengeresses ; mais Rimou comme Tremblay, attendit encore longtemps son cantonnement.

Les restes de Trébourg furent enterrés dans le cimetière de Rimou, placé à côté du bourg. La mémoire des défenseurs de la commune a été pieusement conservée et les Rimois ont pour leurs modestes héros et martyrs, Trébourg, Marie Collin et l'abbé Macé, un culte que le temps n'a pas affaibli.

Un district breton pendant les guerres de l'Ouest et de la Chouannerie - Th. Lemas - 1895


 Acte de décès de Gilles Trébourg :

Rimou décès Trébourg z

Marie-Françoise Collin  était née à Rimou, au village du Bois Baudry, le 26 avril 1776. Elle épousa Louis Berthelot, maréchal-ferrant à Rimou et s'éteignit le 6 août 1833, à l'âge de 57 ans.

Rimou marie collin baptême Z

 

décès marie collin

 

François Macé, du diocèse de Paris, ancien recteur de Josselin, pourvu le 4 juillet 1774, prit possession le 25 et gouverna la paroisse de Rimou  jusqu'à la Révolution ...

AD35 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Rimou


 

 

rimou monument z

 

L'Ouest-Éclair du lundi 15 octobre 1906, n° 4000 - huitième année, relate l'inauguration du monument de Rimou :


"Hier (14 octobre) avait lieu à Rimou la fête républicaine annoncée. Dès le commencement de la matinée, une foule de personnes, venues de toutes les communes de l'arrondissement et aussi de plusieurs points du département se pressaient à l'entrée du bourg attendant l'arrivée des autorités.

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A dix heures et demi, la voiture de M. Rault, préfet d'Ille-et-Vilaine, fait son apparition et immédiatement le cortège se forme. En tête, la musique de l'Union laïque de Rennes, derrière, les drapeaux des communes représentées, puis le préfet, accompagné de M. Berthelot, maire de Rimou, et de son adjoint, des sous-préfets de Fougères et de Montfort, de MM. Guernier, Le Hérissé, Surcouf, députés, de M. Janvier, président du comité d'organisation de la fête, des maires et adjoints des communes du canton.

La foule, parmi laquelle nous distinguons de nombreuses notabilités du département, suit le cortège qui s'arrête un instant à la Mairie, puis se dirige vers la grande place du bourg pour l'inauguration du monument offert à la commune par les Comités républicains d'Ille-et-Vilaine, en souvenir de son attachement à la République.

Les autorités prennent place sur la tribune officielle, drapée de tentures rouges, avec des franges en or, et dressée en face du monument. Celui-ci est encore recouvert de son voile. La musique se place en face du monument et de l'estrade, et joue la "Marseillaise", puis M. Janvier, président du comité qui s'était chargé de l'érection du monument, prend le premier la parole.

A ce moment, le voile tombe, et les drapeaux des communes, rangés autour du monument, s'inclinent, tandis que la musique joue à nouveau la "Marseillaise", puis M. Janvier reprend son très joli discours, dont voici un passage :
"Être fidèle, cela paraît tout simple, et rien cependant ne demande plus de franchise, de courage et de volonté, de franchise pour dire ce que l'on pense, de courage pour mettre en action les principes, de volonté pour lutter et maintenir sans cesse nos idées et nos actes en dépit de toutes les haines réactionnaires.

Et c'est pourquoi nous sommes venus vous acclamer, vous qui savez être libres, vous qui savez pratiquer chaque jour l'égalité, vous qui savez être fraternels dans vos relations entre travailleurs, vous, enfin, qui nous montrez que la vieille devise républicaine formulée par nos grands-pères n'est pas vide de sens, mais qu'elle contient, en réalité, toutes les justes aspirations de la société moderne."

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M. Berthelot, maire de Rimou, répond en quelques mots à M. Janvier et lui exprime sa gratitude de la pensée qu'ont eue les républicains d'Ille-et-Vilaine en choisissant Rimou pour y organiser cette grande manifestation républicaine.

"Ce monument, dit-il, nous l'acceptons en témoignage des idées de progrès et de liberté que les républicains de Rimou ont toujours su défendre sans faiblesse comme sans défaillance".

Enfin, M. Léon Berthault déclame chaleureusement un vibrant à-propos en vers.

Le monument : La cérémonie terminée, nous pouvons à notre aise examiner le monument. Celui-ci, dû à une souscription, est un menhir de quatre mètres de haut, sculpté en granit du pays avec un soubassement de deux mètres de côté. Il est surmonté d'un buste en bronze de la République, d'un mètre de hauteur et sur une des faces de cette stèle de granit, on lit :

A RIMOU
Les Républicains d'Ille-et-Villaine
14 octobre 1906

Mais voici l'heure du banquet et nous nous rendons sous l'immense tente dressée par les soins du comité. Environ 700 convives y prennent place. M. Rault préside à la table d'honneur, ayant à sa droite M. Janvier, à sa gauche le maire de Rimou. Autour d'eux les personnalités déjà nommées puis MM. Derues, maire de Fougères, Dottin, professeur à la Faculté des lettres ; Dauguet, conseiller général, Rollin, Garreau, etc ... Un coin de la salle a été réservé aux membres de la presse. Suivent les discours ...