LOUIS-FRANÇOIS-ALEXANDRE DE JARENTE DE SÉNAS D'ORGEVAL 

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Fils d'Alexandre-Balthazar de Jarente, chevalier, marquis de Senas et d'Orgeval, Baron De Lus et autres lieux, et de Louis-Elisabeth de Rambeau de Champrenard, Louis-François-Alexandre est né à Saint-Siméon-de-Bressieux (38), le 1er juin 1746 et a été baptisé le lendemain.

 

baptême St-Siméon-de-Bressieux z

L'évêque d'Orléans paraissait dans l'entourage de la danseuse Marie-Madeleine Guimard (1743-1816). Le Journal des beaux-arts du 03 septembre 1848 rapporte ceci : "Le prince de Soubise, le fermier-général Laborde et l'évêque d'Orléans, de Jarente, figurent au premier rang parmi les nombreux amateurs qui versèrent leurs trésors aux pieds de la gracieuse baladine. Les prélats étaient alors des protecteurs infiniment précieux ; ennemis des préjugés, leur vigilance prévenait les besoins de leurs frères sans distinction d'état : c'eût été pour eu un cas de conscience d'oublier les filles de l'Opéra dans la distribution qu'ils faisaient des biens de la terre, et cette fois leur charité pouvait être beaucoup plus mal placée ..."

Le journal La Vie Parisienne du 11 mars 1943 indique que Mlle Guimard possédait une maison de plaisance à Pantin, agrémentée d'un théâtre où l'on représentait des comédies qui ne brillaient guère par la décence. Le prince de Soubise n'était pas le seul grand seigneur que la Guimard eût enchaîné à son char, on s'en doute un peu. M. de Jarente, évêque d'Orléans, qui tenait la feuille des bénéfices et qui en tirait de fructueux avantages, détournait en partie vers elle le flot de ce Pactole.

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En 1781, le 18 février, Louis-François de Jarente devint coadjuteur d'Orléans, puis titulaire de ce diocèse, en 1788. Il accueilli la révolution avec enthousiasme, prêta, en 1791, serment à la constitution civile du clergé et fut appelé par les Orléanais à siéger au conseil général de leur commune.

Débarrassé des chanoines et des grands vicaires, Mgr de Jarente se mit à administrer lui-même son diocèse. Il le fit courageusement et convenablement. La suite de ses mandements, sa correspondance et surtout la grande tournée de confirmation qu'il fit du 17 avril au 2 juillet 1792 dans les nouvelles paroisses de son diocèse nous montrent la volonté dont il fit preuve dans les années 1791, 1792 pour remplir sa mission d'évêque.

Deux documents nous révèlent ses pensées profondes.

Le 28 février 1791, il écrivait dans un mandement à l'occasion du carême : "que les sages du siècle ne voient dans les révolutions des Empires que des convulsions de la politique humaine, que le choc de toutes les passions ; le chrétien y voit encore le dessein secret d'une providence toujours admirable dans ses voies ... Les excès et les abus en tout genre provoquaient depuis plusieurs siècles une réforme générale et salutaire ; mais cette réforme est rigoureuse ... qu'ils disparaissent pour jamais du milieu de nous, tous ces raffinements du luxe et de la noblesse ; que nos âmes élevées à l'école salutaire de l'adversité apprennent à connaître et à goûter toute la sublimité de la morale évangélique". Puis il se félicitait de ses nouveaux collaborateurs : "Aidé dans notre ministère par l'expérience et le zèle de ces prêtres citoyens dont nous sommes environnés ..." Son mandement se terminait par un appel à la charité : "Nous concevons, nous pardonnons le trouble qu'on dû faire naître d'abord des vérités et des règles presque nouvelles. La diversité des opinions ne refroidira jamais les sentiments de charité que nous devons à tous en qualité de pasteur".

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SON ADHÉSION A LA CONSTITUTION

La lettre de Mgr de Jarente au vénérable de la Loge de Blois, datée du 18 avril 1791, est tout-à-fait explicite : "Plût à Dieu que ceux de mes confrères qui pensent comme au moi au fond du coeur eussent eu le courage d'agir en conséquence. Que de maux ils auraient épargnés à la Religion, à l'état qu'il compromettent furieusement par leur résistance concertée ... Je le dis et le penserai toute ma vie, la Constitution civile du clergé n'a rien qui puisse embarrasser la conscience éclairée d'un prêtre honnête homme, et c'est, de tout ce que l'Assemblée Nationale a constitué jusqu'à présent, ce qu'elle a fait de mieux. Outre la satisfaction d'avoir suivi dans toute ma conduite ce que je crois ordonné par la conscience autant que par le civisme, je puis compter pour quelque chose la paix dont on jouit à Orléans et dans tout le département à l'ombre de mes opinions religieuses ..."


ÉVÊQUE EN BONNET ROUGE

Malheureusement Mgr de Jarente n'était pas un grand théologien et il n'avait qu'une intelligence moyenne. Sa bonne volonté ne put résister ni à la pression des évènements, ni à ses ennuis financiers, ayant, comme il l'avouait en 1792, "toujours cassé le pot à mesure qu'il mangeait le beurre".

Quand "les frères de Paris" vinrent à Orléans, sous la conduite de Fournier l'Américain, s'assurer des prisonniers de la Haute Cour, le 28 août 1792, les jacobins les plus exaltés de la ville, conduits par Léonard Bourdon, allèrent à leur rencontre aux Aydes. L'évêque d'Orléans, au lieu de rester chez lui, vint assister au défilé d'une fenêtre de la rue Bannier, au premier étage. Quand on le reconnut, on hissa jusqu'à lui un bonnet rouge au bout d'une pique ; il s'en coiffa avec ostentation et recueillit les applaudissements de la pègre.

Député du Loiret envoyé en mission en Côte-d'Or, Léonard Bourdon voulut rendre visite à ses amis Orléanais le 16 mars 1793. La soirée débuta par un dîner à l'auberge du "Petit Père Noir" auquel assista l'évêque, puis Mgr de Jarente rentra chez lui, pendant que Léonard Bourdon allait discourir à "La Société populaire". Le député et ses amis se rendirent chez la veuve Sendrier au café Billon, où toute la troupe se désaltéra avant de se rendre à l'évêché. L'évêque les reçut en amis et, vers 9 heures du soir, Léonard Bourdon se retira avec ses partisans. C'est peu après, place de L'Étape, qu'eut lieu une bousculade qualifiée par Bourdon "d'attentat".


SON ABDICATION

En septembre 1793, Laplanche fut envoyé comme proconsul à Orléans. Pour stimuler le zèle révolutionnaire des habitants, il fit plusieurs réunions publiques en l'église de Saint-Paterne. Le 9 septembre, il s'écriait : "L'évêque a la confiance du peuple. Il est à Paris pour les intérêts de la commune d'Orléans, il assiste fréquemment à la Convention Nationale et n'a de liaisons qu'avec les députés montagnards".

Puis, le 12 septembre : "Je nomme pour président du Directoire du département Jarente, évêque du département. Il est malade, mais, s'il était présent, je lui adresserais ce discours : Jarente oubliez que vous êtes évêque pour songer que vous êtes le chef du département ; vous devez dépouiller entièrement l'ancien régime qui vous donnait le droit d'exister pompeusement sans rien faire ; vous n'avez maintenant qu'une tâche à remplir, c'est d'être un bon citoyen". Dans la même séance, il ajoutait : "Je conserve Jarente évêque du département ; la Nation vient de lui rogner un peu les ongles et c'est bien fait".

Manquant de caractère et de convictions, Mgr de Jarente eut une attitude peu glorieuse : n'ayant comme alternative que la prison ou l'abdication, il ne se sentit pas le courage du martyr.

Dans la séance publique du conseil du département, le 1er frimaire an II (21 novembre 1793), le citoyen Jarente, président et évêque du département du Loiret, a dit : "Citoyens administrateurs, si j'eusse suivi l'exemple de mes collègues coalisés, si j'eusse refusé le serment que la nation avait le droit d'exiger, les aristocrates auraient employé peut-être avec quelques succès, dans ce département, les torches du fanatisme, pour favoriser cette contre-révolution espérée jusqu'au 10 août 1792. Mon patriotisme m'avertit alors de rester pour déjouer les manoeuvres des malveillants. Aujourd'hui la Philosophie, la Raison et la Montagne ont appris à la France entière, à l'Univers, que le Culte national d'un grand peuple devenu libre, devait être l'égalité, la liberté, l'amour des hommes et le dévouement sans borne à la Patrie. Le peuple souverain a sanctionné l'opinion publique. Et je me fais un devoir d'obéir à sa voix, en déclarant solennellement que je ne veux plus être Prêtre ni Évêque, et que j'abdique pour jamais les fonctions de Ministre du culte. Grâce à la Révolution, me voilà libre de ces chaînes qui pesaient sur moi depuis mon enfance ..."

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SON MARIAGE

Le 30 novembre, il envoyait une note à Pignon, procureur syndic de la commune d'Orléans : "Je t'observerai que tu as oublié dans mon serment à la commune de relater l'occupation où je suis depuis deux mois de chercher une compagne, et l'espérance que j'ai d'en trouver une avant peu ..."

C'est à Bordeaux (section Centre), où il s'était retiré et était employé dans un hôpital militaire comme garde-magasin, qu'il épousa, le 15 brumaire an III (5 novembre 1794), Adélaïde Julie Chomel, veuve du notaire orléanais Odigier décédé le 26 novembre 1786. "Acte radicalement nul par défaut de cohabitation, par défaut de domicile, de publications et d'affiches ; consentement dicté par la terreur ; association feinte de quelques mois", devait-elle écrire en demandant sa réintégration dans l'Église Catholique.

L'acte de mariage est ainsi rédigé : "Le représentant du peuple Charles Isabeau ayant autorisé le bureau d'état civil à procéder à l'acte de mariage des parties, quoique leur domicile ne fût pas acquis dans la commune de Bordeaux et que la publication du dit mariage n'ait été faite ni affichée. La dite autorisation en date du 12 courant ..."

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Quelques mois après son mariage, Adélaïde Chomel était à Orléans, rue des Hennequins, où elle avait repris son titre de veuve Odigier. Elle mourut à l'Hôtel-Dieu d'Orléans le 27 février 1830.

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Après son mariage, l'hôpital militaire étant fermé, Mgr de Jarente fut employé dans les bureaux du Ministère de la Justice à Bordeaux. Licencié par suite d'une compression de personnel administratif, il devint professeur de belles lettres à l'École centrale d'Agen. Il n'y resta pas, revint à Paris demander une situation à Talleyrand qui le fit nommer bibliothécaire à l'Arsenal. Incapable d'aucun emploi stable, Mgr de Jarente, grâce à la protection du général Lamée, beau-frère de M. de Bousset, devint de nouveau garde-magasin à Valence.


SA RÉINTÉGRATION DANS L'ÉGLISE

Après la signature du Concordat, on demanda leur démission à tous les évêques. Mgr de Jarente écrivit au Premier Consul : "2 octobre 1801. Général Consul, permettez que je fasse entre vos mains la démission de l'évêché d'Orléans, auquel je fus nommé comme coadjuteur en 1780, dont je pris possession en 1788 comme évêque titulaire, que j'ai conservé jusqu'à la fin de 1793 par mon adhésion à la Constitution civile du Clergé décrétée en 1790. Agréez ..."

De même il écrivit au Cardinal Caprara le 29 octobre 1801 :

"Monseigneur, j'avais fait parvenir au Souverain Pontife Pie VI de glorieuse mémoire ma démission de l'évêché d'Orléans à la fin de 1793, dans les temps malheureux où la clôture des églises et la persécution dirigée contre les ministres des autels m'empêchaient d'exercer les fonctions de son ministère.

Aujourd'hui que son vénéré successeur a paru désirer la démission de tous les évêques de France, pour reconstituer l'Église gallicane sous les plus heureux auspices, j'ose, Monseigneur, supplier Votre Excellence de présenter à sa Sainteté ma nouvelle démission comme un acte de soumission filiale à ses volontés.

Je me prosterne aux pieds du Père commun des fidèles et je le conjure de m'accorder sa sainte bénédiction. Qui plus que moi a besoin ces grâces qui y sont attachées ?

Veuillez, Monseigneur, en lui présentant mon hommage le plus sincère, intercéder pour moi et en obtenir son indulgence paternelle. Je suis ..."

A la même époque, l'ancien évêque d'Orléans faisait des démarches pour être réhabilité. Il s'adressa à Fouché sans succès, puis à Mgr Champion de Cicé, archevêque d'Aix, se déclarant disposé à faire tout ce que celui-ci lui prescrirait : "Je suis bien assuré que vous ne me conseillerez rien que de raisonnable et qu'à ma place vous n'eussiez été disposé à faire".

Ayant obtenu le divorce de son mariage en 1802, il adressait une lettre au Pape par l'intermédiaire de Mgr de Cicé et du légat. Il y faisait l'humble aveu de ses fautes, "objet continuel de sa douleur", il y demandait l'absolution "aux conditions que sa sainteté jugera convenable de me prescrire : il n'y a rien que je ne fasse pour mériter cette faveur".

Étant revenu à Paris, Jarente obtint d'être reçu par le Pape Pie VII, le 20 mars 1805, au pavillon de Flore au palais des Tuileries. Le lendemain il écrivait à l'une de ses soeurs : "J'ai eu une audience favorable du Souverain Pontife auquel m'a présenté l'Archevêque d'Aix".

N'ayant plus d'argent, il dut se résoudre à vivre de l'aumône de ses soeurs que la Révolution avait à peu près ruinées. Retiré rue du Sépulcre n° 199, il écrivait : "Depuis près de trois ans, je ne vais ni à concerts, bals, spectacles, enfin à aucune assemblée générale publique. J'ai cru cette espèce de retraite nécessaire à ma réintégration ..."

Réconcilié avec l'Église, il reçut du gouvernement, en février 1806, un traitement égal au tiers de celui des évêques en activité.

La goutte dont il souffrait depuis plus de vingt ans augmentant, Jarente ne sortit plus guère. Il fit cependant en 1808 un voyage à Orléans, où Mgr Rousseau l'accueillit avec beaucoup de délicatesse et le reçut à sa table.

Et malgré sa santé délabrée, il fit un pèlerinage expiatoire à Rome.

De retour à Paris, il se prépara à la mort, acceptant courageusement et chrétiennement ses souffrances. "Notre frère, écrivait l'une de ses soeurs, est dans un état, tant au physique qu'au moral, si déplorable que je ne sais pas comment il existe encore, car les petits secours que je lui envoie sont bien loin de lui suffire ; mais je fais tout ce que je peux à présent".

Il s'éteignit le 30 octobre 1810, à l'âge de 64 ans.

 

JETONS Z

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Bulletin de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais - 1978 - Hors série.

La Baronnie de Bressieux par l'Abbé A. Lagier, curé de Saint-Antoine - 1901

AD38 - Registres paroissiaux de Saint-Siméon-de-Bressieux

Portrait : Musée des beaux-arts d'Orléans.