Le Bois-Briant, en Béré, est une ancienne demeure seigneuriale qui possédait une chapelle où se réunissaient, à cette époque malheureuse de la Révolution, les fervents chrétiens du voisinage, pour y entendre la messe de quelque prêtre fidèle et y recevoir les consolations de leur religion proscrite et persécutée.

Bois-Briant Châteaubriant z

Éloigné de quatre kilomètres de la ville, loin des bourgs, caché au milieu des bois et d'un accès difficile, le vieux castel semblait offrir un asile assez sûr aux prêtres rebelles, à la loi, et défier l'active surveillance des buveurs de sang. Mais où les traîtres manquèrent-ils jamais ? Une dénonciation vint apprendre aux Jacobins de Montagne-sur-Chère qu'un prêtre réfractaire était caché au Bois-Briant, et tout aussitôt des soldats furent envoyés à sa recherche. Leur arrivée fut si subite que le pauvre prêtre n'eut que le temps de se blottir sous le fumier de l'étable, entre deux boeufs. Après une minutieuse visite, les bleus s'en retournaient, honteux de leur course inutile, lorsque, soit ruse, soit trahison nouvelle, ils reviennent sur leurs pas et surprennent le malheureux, trop vite sorti de sa cachette. Ils l'entraînent alors, à travers les appartements, jusque dans la chapelle, située au premier étage, et le font tomber sous leurs balles sacrilèges, au pied même de l'autel qui, ce jour-là sans doute, fut arrosé du sang d'une double victime, de Jésus-Christ et de son prêtre fidèle.

Ce fait jusqu'ici resté dans l'oubli fut recueilli sur les lieux mêmes ; malheureusement, la tradition ne nous a point conservé le nom du martyr, ni le lieu de sa sépulture. Mais les anges, qui ont introduit son âme glorieuse dans la triomphante assemblée des martyrs, viennent de temps en temps, par de mystérieuses apparitions, reprocher à la terre son ingratitude et son oubli.

Voici de que racontait une famille qui, pendant 24 ans, habita le vieux manoir du Bois-Briant : "Bien souvent, surtout la nuit de Noël, des chants mélodieux se faisaient entendre : il nous semblait que plusieurs personnes chantaient ensemble, mais avec tant de douceur que nous en étions toutes ravies. Et je puis affirmer, disait la septuagénaire pleine de santé et de sens qui parlait, que bien d'autres fois nous les avons entendues, moi, mon mari et mes enfants, soit dans les corridors, soit dans l'aire où nous gardions nos blés, pendant les nuits d'été. Nous voyions alors comme trois belles demoiselles, vêtues de robes blanches, semblables à celles qui font leur première communion ; elles se tenaient ensemble, comme par le bras, sortaient du bois et se dirigeaient toujours vers la chapelle en chantant."

Un autre témoignage, celui des habitants du castel, vers 1870, qui en étaient fermiers, et les mêmes faits ont été confirmés. "La première fois, disait la fermière, c'était une nuit de Noël, je venais de coucher les enfants et je disais mes prières en attendant le retour de nos gens qui étaient à l'église, lorsque j'entendis comme trois voix de religieuses chantant des hymnes ou des cantiques. Leurs voix étaient si douces que j'allai pour réveiller les enfants afin qu'ils les entendissent, mais je m'arrêtai dans la crainte qu'ils n'eussent peur et ne voulussent plus coucher dans la grande salle. Je ne voyais rien, ajouta-t-elle ; seulement je les entendais distinctement tout près de moi, qui montaient et se dirigeaient vers la chapelle. On aurait pu croire à une illusion si le fait ne s'était produit qu'une fois ; mais nous les avons entendues depuis, bien des fois, principalement la veille des grandes fêtes."

Histoire de Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse par l'abbé C. Goudé - 1870 - pp. 296 et 297.