ADÉLAÏDE MERLIN


L'histoire d'Adélaïde Merlin est contenue dans deux lettres glissées dans une liasse des Archives du Maine-et-Loire. Son destin est celui de tous ces enfants de Vendée ou d'ailleurs que la guerre a jetés sur les routes et qui ont disparu on ne sait où ...

Adélaïde Merlin 001 z

Adélaïde Merlin était la fille de marchands de mouchoirs de Mortagne tués par "les brigands de la Vendée".

Abandonnée à elle-même, à 9-10 ans, elle est d'abord recueillie puis erre sur les routes.

Elle se retrouve au bout de quelque temps sur la voie qui mène de la Daguenière à Angers. Elle n'est pas très grande mais elle sait déjà qu'elle ne dépend que d'elle-même et a décidé de se rendre à Angers pour trouver la municipalité. On lui a dit que les administrateurs d'Angers plaçaient les enfants dans des maisons de charité.

Elle croise sur la levée un citoyen qui lui paraît honnête et l'attrape par "le pan de son habit". Le citoyen Fournier s'arrête, surpris, et écoute l'enfant "attendri jusques aux larmes". "Ah, ajoute-t-il, que pourrait-on refuser à des êtres que le malheur rend si intéressants". Il apprend son histoire mais il ne peut se charger d'elle ce jour-même et la confie non sans mal à la femme du laboureur Morin où Adélaïde a été hébergée la nuit précédente. Il lui remet les assignats que contient sa bourse "alors très dégarnie" et assure qu'il subviendra aux frais nécessaires pour la pension de sa protégée.

Il s'en va et quelques jours plus tard écrit au procureur-syndic du Maine-et-Loire pour lui demander de retirer l'Adélaïde de la Daguenière et de la ramener à Angers.

Réponse de l'agent national de la Daguenière au procureur général syndic du département du Maine-et-Loire :

"Citoyen,
Je vous annonce que ledit Morin n'a gardé cette fille que peu de jours, qu'il l'a confié (sic) aux soins d'un individu qui lui a déclaré être son parent. Je regrette infiniment que le dit Morin ait pris sur lui de confier cette jeune fille à un homme inconnu. Nous en sommes très mortifiés et en serions encore davantage si nous savions que cet inconnu ... ne fut pas son parent ou un véritable ami de la famille. Sa conduite le ferait assez présumé (sic) ... il paraît qu'il l'a enlevée furtivement.
Salut et fraternité".

 

Vendée 1793 - L'enfant dans la guerre - Annie Guezengar - 1990

Dessin de François Luneau.