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Du mariage de Côme Roussille et de Geneviève-Angélique Collette sont nés à Chartres, paroisse Saint-Saturnin,  quatre enfants : une fille et trois garçons :

La fille, nommée Geneviève, née le 5 janvier 1746 et baptisée le surlendemain ;
L'aîné des garçons, Prosper-Antoine-Côme, baptisé le 23 décembre 1747, mourut en bas-âge ; son acte d'inhumation est daté du 17 avril 1751 ;
Le second, nommé Jean-François-Jacques, né le 7 avril 1749, baptisé le 17 du même mois ;
Le troisième, baptisé le jour même de sa naissance, le 21 mars 1750 ; il vécut peu de temps.

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Geneviève Roussille ne s'était point mariée. Brouillée peu de temps après la mort de ses parents avec son frère pour des raisons d'intérêt, elle disposa de la fortune et des biens dont elle avait hérité en faveur d'une enfant qu'elle avait vue naître. Le 9 germinal de l'an X de la République, Geneviève Roussille, alors âgée de 50 ans, adopta par devant Jacques Hébert, maire d'Allainville, pour son enfant et pour jouir des droits réglés par la loi en pareil cas, en présence des citoyens Louis-Adrien de Courcy et Charles-Augustin de Courcy, tous deux domiciliés à Herville, commune de Châtaincourt, la personne de Fortunée-Henriette Girondeau, âgée de 8 ans, fille du citoyen Pierre Girondeau, alors domicilié à Dreux. Après avoir marié sa fille adoptive à Jacques-Michel Boucher, notaire à la Ferté-Fresnel, arrondissement d'Argentan, Geneviève Roussille vint au bout de quelques années habiter auprès d'elle et mourut dans sa maison en l'instituant son unique héritière.

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Jean-François-Jacques Roussille, après avoir commencer ses études médicales à Paris, après avoir subi avec succès le 28 avril 1772 ses examens de licence en médecine, il fut admis le 13 octobre de la même année à l'acte de vespéries et trois jours après à celui de doctorat, auxquels présida Etienne Pourfour du Petit, docteur régent de la Faculté et oculiste distingué de son temps.

Après avoir reçu le bonnet de docteur et rempli, pour pouvoir prendre rang parmi les membres de la Faculté, participer à leurs privilèges et, le cas échéant, entrer dans les fonctions de l'École, les formalité exigées par les statuts, en faisant acte de régence, c'est-à-dire en présidant extraordinairement une thèse quotlibétaire, Jean-François-Jacques Roussille s'établit à Paris, où il se consacra particulièrement à la pratique de la médecine et où , le 30 mai 1776, par l'entremise de Pierre Brasdor, professeur aux écoles de chirurgie de cette ville, il épousa Anne-Mélanie Ruffel, nièce de ce chirurgien distingué.

En peu de temps, grâce à son savoir et à son activité, J.-F.-J. Roussille se créa une brillante et nombreuse clientèle et s'acquit la réputation d'un habile praticien : aussi se trouva-t-il dès 1777, lors de l'établissement de la Société royale de médecine, naturellement désigné pour être un des premiers membres de cette Compagnie savante qui, dans l'organisation scientifique de son temps, et aux travaux de laquelle il prit une part assidue jusqu'à la Révolution.

A cette époque, J.-F.-J. Roussille, alors dans la force de l'âge et dans la plénitude de ses talents de praticien, n'hésita pas, lors du grand mouvement national des enrôlements volontaires, à répondre à l'appel de la patrie en danger.

Nommé le 2 octobre 1792 médecin de l'armée en réserve, il fut appelé au commencement de 1793 à l'hôpital de Laon, d'où à la fin du mois il passa au service de l'armée de Belgique. Mais à peine était-il rendu à son poste qu'il fut atteint d'une fièvre putride maligne pour laquelle il fut soigné à Bruxelles.

Rentré convalescent en France, il fut chargé pendant l'été 1793 du service des hôpitaux du camp sous Péronne, puis de celui de l'ambulance de Compiègne avec le titre de médecin de 1ère classe des hôpitaux militaires.

Dénoncé le 3 pluviôse an II (22 janvier 1794) comme aristocrate au sein de la Société-mère des amis de la liberté et de l'égalité, il fut destitué de ses fonctions le 11 ventôse suivant. L'appui du Comité de surveillance révolutionnaire de Compiègne, la défense qu'il présenta lui-même contre la dénonciation dont il était l'objet dans une lettre adressée au citoyen Dufourny qu'il fit imprimer, et par les soins du citoyen Gautier, adjoint de la 2e division au ministère de la guerre, mettre sous les yeux du ministre, le firent réintégrer dans le service de santé militaire où il fut employé d'abord, à partir du 13 frimaire an III (3 décembre 1794), en qualité de médecin de l'armée du Nord, à l'intérieur, puis, le 8 ventôse suivant, comme médecin attaché au Comité de visite des militaires infirmes établi au département de la guerre à Paris.

Le 28 germinal an VI (17 avril 1798), à la suite d'une nouvelle dénonciation relative à un certificat de réforme délivré au soldat Joseph Bernazais, et dans laquelle se trouvait impliqué avec lui Biron, l'un des inspecteurs généraux du service de santé qui plus tard fut médecin en chef de l'hôtel des Invalides, le ministre de la guerre décida qu'il cesserait ses fonctions et ne serait plus employé.

Le 21 messidor de la même année (9 juillet 1798), après une enquête provoquée par les réclamations qu'il adressa dès le 6 floréal aux membres du Directoire, il fut remis, comme son collègue Biron, en activité et nommé médecin professeur de l'hôpital militaire de Strasbourg, et deux ans après, le 29 vendémiaire an VIII (21 octobre 1799), rétabli dans ses fonctions de médecin attaché au Comité de visite des militaires infirmes établi à Paris, qu'il conserva jusqu'au 8 brumaire an XII (31 octobre 1803) où, pour cause de santé, il fut réformé.

Dix-huit mois auparavant, J.-F.-J. Roussille avait failli pour la troisième fois être victime des passions de son temps ; mais grâce à l'intervention de ses collègues de la Société de médecine de Paris dont, en cette circonstance, les sentiments d'union et de confraternité, entretenus par une collaboration active et une fréquentation assidue, s'élevèrent jusqu'à la solidarité, le danger qui le menaçait fut, cette fois encore, conjuré.

Le 14 thermidor an XI (2 août 1803), au cours de la séance de la Société de médecine présidée par Chaussier, le secrétaire général, J.-R. Duval, fit part à ses collègues qu'un des membres de la Société, Roussille-Chamseru, était depuis six jours détenu à la prison de la Force. A ce nom, aussi cher à la science qu'à l'humanité, l'affliction se répandit dans la Société et spontanément il se forma un voeu unanime de porter à ce collègue des paroles de consolation et l'expression de l'intérêt qu'on prenait à son malheureux évènement.

Le secrétaire général fit observer que déjà plusieurs membres, après avoir été instruits que leur collègue avait été conduit à la préfecture de police et de là chez le grand juge, avaient fait sur-le-champ les démarches que cette fâcheuse circonstance attendait de leur sollicitude et qu'ils lui avaient rendu visite dans la prison de la Force. La Société, ne voyant dans ces démarches que l'expression individuelle des sentiments qui doivent animer tous les membres d'une même famille, et considérant que Roussille-Chamseru avait depuis longtemps acquis des droits à l'estime publique, à la confiance de ses concitoyens et à l'amitié de ses collègues, soit comme médecin, soit comme savant et surtout comme un des fondateurs et des plus zélés soutiens de la Société, estima qu'elle devait lui donner la preuve la plus authentique de l'intérêt qu'elle prenait à sa position : en conséquence, elle arrêta qu'il serait formé dans son sein une Commission, tant pour lui porter l'expression des sentiments de la Société que pour prendre en main la défense de sa cause et pour s'occuper de tout ce qui pouvait tendre à le tirer du malheur où il se trouvait plongé.

Tous les membres présents à la séance réclamèrent à l'envi l'honneur de faire partie de cette Commission qui resta composée des membres du bureau et des citoyens Beauchêne, Biron, Bodin, Bouillon-Lagrange, Bourdois de la Motte, Cullerier, Desessarts, Emonot, Giraut, Guyard, Jeanroy, Lafisse, Laporte et Tessier.

Il fut arrêté en sus qu'aussitôt après la séance, la Commission s'assemblerait et qu'on lui remettrait, pour attester son mandat, un extrait du procès-verbal de la délibération qui l'avait nommée.

A la séance du 28 thermidor suivant (16 août), un bruit instantané et la voix d'un membre annoncèrent l'arrivée de Roussille-Chamseru. Aussitôt, le président Chaussier lui exprima la satisfaction qu'éprouvait la Société de ce que la justice lui avait été rendue et de ce qu'il se retrouvait avec ses amis. Profondément touché de l'accueil qui lui était fait, Roussille témoigna sa reconnaissance en termes émus à la Société pour les marques de sympathie et les services qu'elle lui avait prodigués et reprit sa place au milieu de ses collègues après avoir reçu du président l'accolade fraternelle.

Pour quelle cause J.-F.-J. Roussille avait-il été incarcéré ? Les recherches faites à ce sujet par M. le docteur Rougon ne lui ont rien appris, mais sans aucun doute cette cause ne devait pas se rattacher à une question d'honneur professionnel.

Au moment de l'entrée en campagne contre l'Autriche, J.-F.-J. Roussille fut, le 23 fructidor an XIII (10 septembre 1805), malgré la réforme dont l'année précédente il avait été l'objet, rappelé au service de santé et employé en qualité des médecin de l'armée des Côtes, devenue grande armée, dont il suivit les 3e, 4e, 5e et 6e corps en Allemagne, où le 13 brumaire an XIV (4 novembre 1805), nous le trouvons médecin en chef de l'hôpital militaire d'Heilbronn dans le pays de Wurtemberg. Après la prise de Vienne (15 novembre 1805), il fut appelé en cette ville, et le 6 janvier 1806, mis à la tête de l'hôpital sédentaire de l'Académie Joséphine.

Pendant les deux campagnes dirigées en 1806 et 1807 contre la Prusse, J.-F.-J. Roussille suivit de nouveau la grande armée avec laquelle il entra en Pologne, où en 1807, il eut l'occasion d'étudier à l'hôpital de Posen plusieurs cas typiques de plique, maladie du cuir chevelu particulière à cette région de l'Europe. Dès cette époque il adressa à la Société de médecine de Paris, un mémoire sur cette affection qu'il compléta quelques mois plus tard par de nouvelles observations qu'il recueillit à Cassel, en venant de Berlin à Francfort-sur-le-Mein pour rentrer en France.

Le 13 mars 1808, après dix-sept années de service effectif comme médecin militaire, interrompu, il est vrai, à plusieurs reprises et 7 à 8 campagnes pendant lesquelles, malgré les occupations de son service officiel, il fut un des membres les plus laborieux de la Société de médecine de Paris, de la Société académique de médecine de Paris dont, en 1814, il fut le secrétaire, de la Société médicale d'Emulation, de la Société de pharmacie, du Comité de Vaccination établi au Louvre, du lycée des Arts, du Comité d'Inspection et du Comité d'Admission dans les hôpitaux civils, etc. où il se trouvait en relations suivies avec les savants les plus distingués de son temps, J.-F.-J. Roussille rentra définitivement dans la vie civile avec une pension de retraite de médecin militaire lui valant par an 900 fr. qui lui fut accordée en 1809, comme devant lui tenir lieu de toute autre récompense.

Possédant une vaste et solide instruction et un incontestable talent d'écrivain, J.-F.-J. Roussille, dès son retour à Paris où nous le trouvons en 1814, d'après une liste des contribuables d'Allainville, installé rue Favart, n° 8, place des Italiens, se consacra surtout au journalisme et à la littérature médicale qu'il n'avait jamais d'ailleurs abandonnés même pendant ses campagnes ...

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Ne possédant pour toute fortune personnelle que les revenus du domaine de Chamseru qu'il tenait de ses parents, et privé depuis six mois, par suite de la loi du maximum des pensions cumulées, du bénéfice que lui assurait sa retraite d'armée, J.-F.-J. Roussille, alors domicilié rue de la Michodière, n° 15, quartier Feydeau, adressa le 6 novembre 1816 au ministre de la guerre une demande pour obtenir, comme dédommagement honorable et à titre de récompense pour ses services à l'armée, la décoration de la Légion d'honneur. Malgré les relations amicales qu'il entretenait dans le personnel du ministère et la recommandation du duc de Brancas-Lauraguais, il ne put obtenir cette distinction.

Vers 1818, J.-F.-J. Roussille qui, chaque année depuis son retour à Paris, était régulièrement venu pendant la belle saison passer quelques mois à Chamseru, réalisa le projet qu'il nourrissait depuis quelques années de vivre tout à fait à la campagne dans le calme et l'isolement que son âge et sa santé lui commandaient. Il quitta définitivement Paris, où par ses travaux il avait conquis dans le monde savant une place honorable, et s'installa avec sa femme et l'un de ses amis, M. de Beauchamps (Alexandre-Athanase Garnier de Beauchamps) sur lequel il se reposait entièrement du soin de ses affaires, dans le domaine dont il avait entièrement, comme son père et son aïeul, porté le nom, et où, comme eux, il pouvait espérer, après une vie bien remplie, vieillir heureux et considéré.

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Malgré le besoin de repos que réclamait sa santé, il n'hésita pas cependant en 1820, pour se rendre encore utile à son pays et à ses concitoyens, à accepter les fonctions de maire d'Allainville auxquelles l'avait nommé, en remplacement de Gérondeau, démissionnaire, un arrêté préfectoral du 20 novembre ; mais il jouit peu de temps de ces fonctions. Le 4 novembre 1822, à 10 heures du matin, il mourut, âgé de 73 ans, dans son château de Chamseru, d'où le lendemain il fut porté à Dreux pour y être inhumé.

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M. Garnier de Beauchamps, né à Paris le 13 août 1744, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, mourut au château de Chamseru le 10 janvier 1825, léguant à Mme veuve Roussille de Chamseru une rente viagère de 5.000 livres.

Après la mort de J.-F.-J. Roussille, sa veuve, légataire universelle de tous ses biens, continua d'habiter le château de Chamseru jusqu'en 1825. A cette époque, elle rentra à Paris, où elle mourut le 1er avril 1835.

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Mémoire de la Société archéologique d'Eure-et-Loir - Dr Gabriel Gillard - Tome X - 1896

État-civil de Paris

AD28 - Registres paroissiaux de Chartres - Registres d'état-civil d'Allainville.