GABRIEL RICHARD, MISSIONNAIRE

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Fils de François Richard et de Marie-Élisabeth-Geneviève Baussuet, Gabriel Richard était né à Saintes, le 15 octobre 1767, baptisé le même jour, paroisse Saint-Pierre.

S'étant destiné à l'état ecclésiastique, il fit ses études de théologie au séminaire d'Angers, et c'est de là qu'il vint à la Solitude à Issy, pour entrer dans la congrégation de Saint-Sulpice. Ordonné prêtre le 15 octobre 1791, clandestinement dans la chapelle de l'hôtel de Pons par Mgr de Bonnal, il fut envoyé l'année suivante aux États-Unis par M. Emery. On le destinait à professer les mathématiques au collège naissant de Baltimore ; mais au bout de trois mois, M. Carroll, évêque, qui avait sous sa juridiction tous les catholiques des États-Unis, l'envoya à Kaskaskias, territoire des Illinois, où il y avait une colonie d'anciens Canadiens français. M. Richard y resta depuis le 14 décembre 1792 jusqu'au 22 mars 1798 ; il arrivait aussitôt à Détroit accompagné de l'abbé Jean Dilhet.

Il y a dans cette ville et les environs 1.800 catholiques, originaires du Canada, et à peu près 7.000 dans tout le Michigan, mais bien dispersés. M. Richard est toujours resté depuis chargé de cette mission, et il était en dernier lieu grand-vicaire de M. l'évêque de l'Ohio pour le Michigan. Il visitait de temps en temps les catholiques du Michigan qui ont des établissements à la Prairie du Chien, à la Baie-Verte, à Michillimakinac, à la Rivière aux Raisins et à la Baie St-Joseph.

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La ville du Détroit essuya, le 11 juin 1805, un incendie qui consuma l'église, bâtie en 1750, par les soins du Père Roque, Récollet. Il fallut au brave curé et à son peuple se contenter d'abord d'une tente, puis d'un hangar, jusqu'en 1809. La messe fut ensuite célébrée dans un édifice connu sous le nom de Spring Hill Farm, jusqu'au 1er novembre 1810. Puis on se transporta dans une humble chapelle bâtie sur la Church Farm ou Melcher, à Hamtramck. Au cours de ces pérégrinations, le curé Richard cherchait toujours le moyen de construire un nouveau temple à Dieu, mais il eut à rencontrer bien des difficultés. D'abord l'argent lui manquait ; et puis les uns voulaient bâtir dans un tel endroit ; d'autres ne voulaient pas bâtir du tout ... La pierre angulaire de la nouvelle église de Détroit fut posée solennellement, le 9 juin 1818, par Monseigneur Flaget.

Le 19 août suivant, la Gazette de Détroit publiait cette annonce :
"Gabriel Richard, curé de Détroit, offre deux cents piastres pour vingt toises de pierre, sur le quai de M. Jacob Smith, ou deux cent quarante piastres, si elle est déposée sur le terrain même de l'église. On demande immédiatement cent barils de chaux. On donnera cinq chelins par baril apporté sur le bord de la rivière, et six chelins si on le dépose sur le terrain de l'église."

Les travaux marchèrent assez rondement. L'étage inférieur ou le sous-sol fut ouvert au culte à l'automne de 1820 ... L'étage supérieur ne fut terminé qu'en 1828, et l'on y célébra la messe le 25 décembre ... Les travaux d'église, qui durèrent plus de dix ans, ne se firent pas sans créer de nombreux embarras au digne curé, qui avait le plus poussé à la roue ... Le temps arriva où il fallut payer ou arrêter l'ouvrage. Le curé paya un peu et s'endetta beaucoup, mais il réussit tout de même à parachever son église ...

En 1809, il se procura une presse et des caractères, et commença un recueil périodique, en français, sous le titre d'Essai du Michigan. On avait espéré que ce recueil pourrait être utile à la religion catholique ; mais l'éloignement des catholiques et l'irrégularité du service des postes empêchèrent le succès de cette publication. La presse de M. Richard fut longtemps la seule dans le Michigan, et servit, sous sa direction, pour divers objets.

Dans la guerre des États-Unis avec l'Angleterre, en 1812, les Anglais firent M. Richard prisonnier, et l'envoyèrent à Sandwich dans le Haut-Canada, où son zèle ne fut point oisif. Il y exerça son ministère envers les catholiques du pays, et parvint à sauver quelques prisonniers qui étaient tombés entre les mains des Indiens, et qui allaient périr dans les tourments. Il fut libéré sur l'intervention de Tecumseh, chef de la tribu indienne des Shawnee.

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A son retour à Détroit, tout y était dans la confusion ; on manquait de blé, et les autres comestibles étaient rares. M. Richard trouva moyen de se procurer du blé, qu'il refusa de vendre, et qu'il distribua gratuitement aux plus nécessiteux.

En 1817, il entreprit de bâtir une chapelle en pierres au Détroit ; c'est la chapelle Sainte-Anne, que le défaut de fonds a empêché d'achever sur le premier plan. Cette même année, il fut l'un des fondateurs de l'Université du Michigan.

En 1820, il découvrit l'endroit où était mort, en 1675, le Père Marquette, lui rendit les honneurs funèbres et entra en relation avec les sauvages de Chicago.

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En 1823, M. Richard fut élu député au congrès ; c'est le premier ecclésiastique qui ait eu cet honneur. Précisons ici les conditions assez originales de cette élection : Entraîné par sa charité, il avait donc acheté, pour nourrir les plus indigents de ses fidèles, du blé qu'il ne pouvait payer. Il venait d'être mis en prison, selon la loi de l'État, lorsque la pauvre population de Détroit, incapable de le délivrer par un secours pécuniaire s'avisa de lui offrir ses votes pour le rendre à la liberté. Ainsi il fut élu représentant du Michigan en 1823 et rendit d'importants services, pendant les trois ans que dura son mandat, non seulement à l'État qui l'avait choisi, mais encore à l'Église entière des États-Unis.

Le 8 décembre, le nouveau Congressman prit son siège dans l'enceinte du palais législatif à Washington. C'était la première fois, et ce fut la dernière, qu'un prêtre siégeait au Congrès. Il y avait des dangers à craindre, des obstacles à rencontrer ... Le 11 décembre, un nommé Scott présenta au Congrès une pétition de John Biddle, l'un des candidats évincés, demandant que l'élection de l'abbé Richard fût annulée, sous le prétexte qu'il n'était pas citoyen américain. L'affaire fut portée devant un Comité, qui soumit son rapport le 13 janvier 1824. "Si l'on en croit les documents, conclut ce rapport, à la cour du comté de Wayne pour être naturalisé, et de fait son nom est enregistré comme citoyen des États-Unis. Le délégué jouit de toutes les qualifications constitutionnelles et légales qui le rendent éligible au Congrès, et il a droit de siéger comme délégué du Territoire du Michigan."

Il accepta cette mission qui lui permettait de rendre service aux catholiques. Ses fonctions lui donnaient un traitement et lui fournissaient des moyens de payer ses dettes et d'achever les églises de Détroit. Il entretenait des relations avec différentes tribus indiennes du Michigan, et leur envoyait des missionnaires, lorsqu'il ne pouvait aller les visiter lui-même.

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Richard profita de son crédit pour faire entreprendre, dans le Michigan, de grands travaux d'utilité publique.

En 1826, non réélu, l'abbé Richard reprit ses travaux apostoliques, donna un missionnaire aux Ottawas, un autre aux Potowatomies. Quelque argent lui fut envoyé de France, mais les besoins surpassaient de beaucoup les ressources. Richard avait fondé un couvent pour l'éducation des filles, il songeait à fonder un collège et un établissement pour les sourds-muets.

En 1832, tout semblait sourire au pieux missionnaire. A la demande de plusieurs pères de famille, il avait commencé une suite de sermons sur le dogme catholique ; toutes ses oeuvres marchaient, son collège allait s'ouvrir ; toute les générations venaient à lui en même temps. Soudain parut le choléra : M. Richard fut constamment occupé à visiter les pauvres et les malades. Il travailla ainsi pendant près de trois mois, et ne cessa l'exercice de son ministère que lorsque ses forces l'abandonnèrent tout-à-fait. La maladie se déclara avec violence le 9 septembre, et, le 12, on vit qu'il n'y avait plus d'espérance. Il demanda les derniers sacrements ; et, après avoir dit le Nunc dimittis ..., il mourut le 13, vers une heure du matin. Son convoi fut accompagné au cimetière par un nombreux concours de personnes de toutes les communions, qui exprimaient leurs regrets de cette perte.

Une statue lui a été élevée devant l'hôtel de ville de Détroit, capitale du Michigan.

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Il fut inhumé dans l'église Sainte-Anne de Détroit, plus précisément dans la chapelle Gabriel Richard, tombeau que l'on peut apercevoir à la fin de la vidéo qui suit.

 

L'Ami de la religion et du Roi - Tome soixante-quatorzième - 1833 - pp. 151 à 153

Annuaire Pontifical Catholique - 1909 - vue 462

Galerie historique - VI - Gabriel Richard - La Mémoire du P. Rasle vengée, par N.-E. Dionne - Québec - 1911