JEAN-JACQUES ALLARD DE LA RESNIÈRE est né à Poitiers, paroisse Notre-Dame-la-Petite, le 25 mai 1757, ondoyé le même jour, et baptisé le 4 juin suivant. Il était fils de Jacques Allard et Marie-Anne Bruneau, de la Rabatelière.

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Il fit de bonnes études et reçu avocat, il plaida à Poitiers avec succès.

Il se maria deux fois : en premières noces avec Aimée-Angélique Delavaud, le 11 mai 1784. Deux enfants naquirent de ce mariage, une fille qui épousera Denis-Célestin Chambourdon, avoué à Poitiers, et un garçon décédé en bas âge.

Il perdit sa femme à la Boissière-en-Gâtine, le 16 pluviôse an XIII (6 février 1806) et se remaria en secondes noces à la Chapelle-Saint-Laurent, le 7 août 1813, avec demoiselle Marie-Modeste Roy, fille de René Roy, propriétaire, ancien notaire et membre du conseil électoral de l'arrondissement de Parthenay. L'acte de célébration de ce dernier mariage mentionne que Jean-Jacques Allard était jurisconsulte, avocat, magistrat et membre du conseil électoral. Il est aussi mentionné qu'Allard père n'assistait pas au mariage de son fils, et qu'il n'y a pas consenti, ce qui avait motivé une sommation respectueuse. Quant à Marie-Anne Bruneau elle est décédée à Poitiers, le 22 mars 1792.

François Beaudet, notaire, cousin au sixième ou septième degré des deux parties contractantes, était témoin avec trois fermiers. Cette union ne produisit pas d'enfants.

Dans la longue carrière qu'il parcourut, Allard fut tour à tour avocat à Poitiers, juge à Lusignan, secrétaire de l'administration du district à Saint-Maixent, substitut de l'accusateur public du tribunal militaire de l'armée de l'Ouest, président du tribunal de police correctionnelle à Aivault, juge au tribunal civil des Deux-Sèvres, expert, etc ..., et concurremment publiciste, jurisconsulte, historien.

Il mourut à la Boissière-en-Gâtine, le 26 novembre 1828, à l'âge de 72 ans.

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Allard de la Resnière, en sa qualité d'historien, écrivit environ 14 lettres à M. Jouyneau Desloges et qui furent publiées dans les  Affiches de Poitou. L'une d'elles, du jeudi 9 novembre 1780, cite quelques-uns de ses ancêtres :

"Comme vous m'avez souvent entretenu, Monsieur, du soin que vous prenez de recueillir dans les Livres, tant anciens que nouveaux, que vous lisez, les traits qui peuvent avoir quelque rapport avec l'Histoire Littéraire de notre Province, & que vous m'avez prévenu que vous prépariez un Supplément à la Bibliothèque de M. Dreux du Radier, je m'empresse de vous faire connoître quelques personnes de mon nom, qui ont acquis quelque célébrité soit dans la carrière des Lettres, soit dans celle des Armes.

Le premier est le fameux Capitaine Allard, Gouverneur de la Ville & Château de Parthenay, qui servit avec distinction dans les guerres de 1562 & 1569, & se couvrit surtout de gloire au siège de Poitiers en 1569, en jetant 800 hommes dans cette Ville, que l'Amiral Coligny assiégeoit. Son habileté ne contribua pas peu à en faire lever le siège à cet Amiral. Les Historiens du temps disent que le Capitaine Allard savoit non seulement enlever les vivres à l'ennemi & lui couper ses communications ; mais que plus d'une fois il fut, à sa vue même, ravitailler d'hommes, & de munitions de guerre & de bouche, les Villes qu'il voulut secourir.

Le second est N. Allard, Conseiller au Présidial de Poitiers, qui signa le Règlement publié par cette Cour, le 4 février 1615, & imprimé chez Main, à Poitiers, & qui a laissé des Notes manuscrites sur notre Coutume. Cet ouvrage est dans ma bibliothèque.

Le troisième est Claude Allard, Prêtre, Chantre & Chanoine de Laval. Il étoit lié avec les Hommes les plus célèbres de son temps, & entr'autres, avec M. Le Febvre, père de la savante Madame Dacier, & avec Urbain Chevreau. Ce dernier en faisoit un très-grand cas, ainsi qu'on peut le voir dans la lettre qu'il lui écrivit le 24 mars 1660, & que l'on trouve à la page 42 de ses Oeuvres mêlées, Edit. de la Haye, 1697. Elle donne une idée avantageuse des talens & des connoissances du Chanoine Allard. Nous avons de lui, 1° un vol. in-4° de 447 pages, intitulé : Le Miroir des âmes religieuses, ou la Vie de très-haute & très-religieuse Princesse Madame Charlotte-Flandrine de Nassau, très digne Abbesse du Royal Monastère de Sainte Croix de Poitiers, qu'il dédia à Madame d'Albret, qui lui succéda dans la même qualité. Cet ouvrage fut imprimé à Poitiers, chez Julien Thoreau, en 1653. 2° l'Épitaphe de Madame de Nassau, que l'on voit encore sur son tombeau.

Le quatrième est Louis Allard de la Menardière, qui prêta le serment d'Avocat en 1710 ou 1711, & composa des Remarques sur le Droit François, qu'il divisa en quatre livres, & qu'il adapta sur chaque titre des Inflitutes de Justinien. Cet ouvrage, qui n'a point été imprimé & que je possède, est dans le goût de celui de M. H. M. Avocat au Parlement, imprimé à Paris en 1657, chez Henry Legras.

Le cinquième est M. Allard, Curé de Sainte Croix de Parthenay, connu avantageusement par l'Oraison funèbre de Louis XV, qu'il a prononcé dans la même Église, dont il étoit alors Chanoine ... Ce discours est resté manuscrit, malgré les représentations de ses amis, qui l'ont vainement sollicité de le mettre au jour. C'est un reproche que le public a le droit de faire à sa modestie.

Tous les Allard dont je viens, Monsieur, d'avoir l'honneur de vous entretenir, appartiennent au Poitou ..."

Affiches du Poitou - 9 novembre 1780

AD86 - Registres paroissiaux de Poitiers

AD79 - Registres d'état-civil de La Boissière-en-Gâtine

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Son premier travail de longue haleine est une Généalogie de la maison de Joubert, in-8°, Paris, Valade, 1782. "Il avait à la même époque entrepris une histoire particulière du Poitou ... Prévenu dans l'exécution de son projet par Thibaudeau, il renonça à livrer son oeuvre à l'impression". (De Lastic Saint-Jal). - Qu'est devenu le manuscrit de cette histoire ? M. Beauchet-Filleau nous permettra d'en suivre la trace par ce qu'il en dit dans son Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou, verbo Allard : "M. Allard de la Resnière, mort en 1828, a laissé de volumineux manuscrits sur l'histoire particulière du Poitou. Nous en avons dû la communication bienveillante à M. Nicias Gaillard, avocat général, ils ne seront pas inutiles pour les travaux des hommes spéciaux qui s'occupent de l'étude de nos annales."

Furieux d'avoir été prévenu par Thibaudeau, Allard publie une "critique sanglante" de l'Abrégé de l'histoire du Poitou, sous le titre Errata de l'abrégé de l'histoire du Poitou ou lettres à M. Thibaudeau suivies d'un petit commentaire par M..... poitevin, in-12°, Poitiers, Duclos, 1783, 3 volumes. Il existe un quatrième volume des Errata à l'état de manuscrit, et par suite de la fatalité qui semble peser sur l'auteur, le propriétaire de ce manuscrit provenant de la succession de M. Théodore Gaillard refusa, dit-on, de le laisser publier. Cette détermination serait regrettable pour l'histoire du Poitou.

En 1784, Allard achève "le plus pressant de ses ouvrages, un imprimé pour une affaire qui se doit juger le 16 avril sans délai."  Il prépare ensuite l'Armorial du pays et comté du Poitou ... Cet armorial n'a pas été imprimé, faute de souscripteurs ...Il composa ensuite les Tablettes maltaises ; elles ont du être terminées, comme l'Armorial, antérieurement à l'année 1789 ...

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On lui doit aussi quelques mémoires :

- Mémoire fourni aux citoyens Fribault et Phelipon, arbitres, pour procéder aux partages d'entre J.-J. Allard de la Resnière à cause de Renée-Anne-Angélique Delavau, sa femme, et Gui-Michel Delavau, son beau-frère, suivant le procès-verbal de conciliation du 8 de ce mois, 10 fructidor an IV, ms. in-f°, 5 pp.

- Généalogie historique de la maison de Rabault en Poitou, dressée sur les pièces justificatives, chartes, titres, originaux, monuments et documents autentiques (sic), par M. Allard de la Resnière, avocat au présidial de Poitiers, ms. in-f° de 205 pp. avec armoiries peintes, daté du 8 février 1786 ;

- Notice historique de la maison d'Armagnac puînée des comtes d'Armagnac, ms. in-f° de 72 pp. daté du 15 février 1786 ;

- Observation d'Allard de la Resnière, ancien avocat au ci-devant présidial de Poitiers, ex-juge de la première élection au tribunal et district de Lusignan ... etc. ... sur l'inscription en faux-incident et accusation en faux principal formée contre lui (lettre du 16 brumaire an XII), In-8° s.l.n.d. ni nom d'imprimeur ;

- Mémoire pour Jean Voit, journalier terrassier demeurant à Niort, rue du Treillot, contre un arrêté par le conseil de préfecture du département des Deux-Sèvres du 29 décembre 1807, à S.M. l'empereur des Français, roi d'Italie, par M. de la Resnière. Niort, veuve Dépierris ;

- Mémoire pour François Guibert, maire de la commune de Bessines, canton de Frontenay, Louis Marteau, Pierre Rousseau et J. Achard, marguilliers de ladite commune, contre l'arrêté pris le 11 août 1807 par le conseil de préfecture du département des Deux-Sèvres, interprétatif du décret impérial du 15 janvier 1807, à S.M. l'empereur et roi, notre très honoré et souverain seigneur, les habitants propriétaires et bientenans des communes de Bessines et de Saint-Liguaire, département des Deux-Sèvres, sur le décret impérial du 7 messidor an XII, rendu par Sa Majesté. Fontenay, de l'imprimerie de Goichot, 1807, in-4°. A la suite : "Précis des remontrances à l'occasion du prétendu dessèchement du marais de Bessines. Goichot, 1807. Consultation relative à la propriété des marais de Bessines et aux droits de pacage, rouchage, usage et herbage en la partie de ces marais, dite la plaine ou grand marais, in-4°, Fontenay, imprimerie Goichot 1808 ;

- Allard de la Resnière. Mémoire à consulter et consultation relative à l'affaire de l'église de la commune de Bessines, arrondissement de Niort, département des Deux-Sèvres, pendante et indécise au conseil d'état de S.M. l'empereur et roi, 31 décembre 1807. Niort, veuve Dépierris, in-4° ;

- Second mémoire à consulter et consultation relative à l'affaire de l'église de la commune de Bessines, etc ... 5 mars 1808. Niort, veuve Dépierris, in-4° ;

- Mémoire pour les engagistes du domaine de la couronne de France à Niort, contre une délibération du conseil de préfecture du département des Deux-Sèvres du 6 novembre 1806 et l'arrêté pris sur icelle le 30 dudit mois, par M. le préfet des Deux-Sèvres, suivi d'une consultation par M. Allard de la Resnière, jurisconsulte, ancien avocat, ancien magistrat. Niort, Dépierris, 1808, in-4° ;

- Mémoire signifié pour M. Jean-Jacques Allard Delaresnière (sic) contre les sieur Raimond et Deschamps médecin. Niort, veuve Dépierris, in-4°, 4 pp. ;

- Mémoire à consulter et consultation pour les habitants de la ville et commune de Frontenay, Deux-Sèvres, contre Jean-Paul-Étienne Laidin de la Bouterie, ancien lieutenant-général de police de la ville de Niort, ex-juge au tribunal civil des Deux-Sèvres, maire de la ville de Frontenay, par Allard de la Resnière, jurisconsulte, ancien avocat, ancien magistrat, in-4°, 45 pp. Niort, veuve Dépierris 1809 ;

- Mémoire pour Pierre Jourdain, cultivateur fermier demeurant à la Martinière, commune de Vouhé, canton de Mazières, arrondissement de Parthenay, département des Deux-Sèvres, suivi d'une consultation. De la Resnière, in-4°, 10 pp. Niort, veuve Dépierris, 1809 ;

- Mémoire pour les habitants de la commune de Cherveux, canton de Saint-Maixent, arrondissement de Niort, contre une délibération du conseil de préfecture ... etc. ..., et le sieur Allonneau, acquéreur du château de Cherveux, suivi d'une consultation par M. Allard de la Resnière, jurisconsulte etc. in-4° de 196 pp. Niort, Dépierris jeune, rue du Pont, 1810 ;

- Consultation pour Pierre Brault, maçon, Marie Fleury, son épouse, Pierre Bonnifait, journalier, et Françoise Brault, son épouse non commune avec lui, demeurant au bourg et commune de Cherveux, contre MM. Gertrude Bouhaut, propriétaire, Charles Simon Bouhaut, frères, demeurant ensemble au logis du Gué, commune de Frontenay (Rohan-Rohan) et Augustin Girodet, aussi propriétaire, demeurant au logis de Fougerit en la dite commune de Frontenay, par M. Allard de la Resnière, jurisconsulte, ancien avocat, ancien magistrat. Dépierris jeune, 1811, in-4°, 39 pp. ;

- Mémoire à consulter et consultation pour les sieurs Rousseau, demeurant à Saint-Varent, et Belliard, demeurant à Gourgé, contre le sieur Gaulier et la dame de Tusseau de la Maison-Itiers, demeurant à Maison-Itiers, in-4°, 14 pp. Fontenay, Goichot, 1811 ;

- Déclaration de M. Allard de la Resnière, jurisconsulte, ancien avocat, 3 pp. petit in-4°. Niort, 23 août 1815. De la Resnière. Niort, P. Elie, imprimeur du roi et de la préfecture ;

- Observations par Jean-Jacques Allard de la Resnière. Niort, imprimerie de E. Dépierris, aîné. Broch. de 7 pp. gr. in-8° du 24 mai 1819 ;

- Notes pour servir à l'histoire de la ville de Thouars, rédigées par M. Allard de la Resnière, 150 ancien 321 H. 185 mm. L, 112 mm., 1 vol. papier XIXe siècle. Paul de Fleury, analyse et description des mss. de la bibliothèque de Poitiers. Mémoires de la Société des Antiq. de l'ouest, XXXII, 1867, p. 181.

Citons en dernier lieu, sous la responsabilité de M. de Lastic-Saint-Jal, une notice étendue d'Allard sur le pays de Gâtine qui existerait manuscrite dans les archives de la préfecture et nous aurons à peu près l'ensemble de son bagage littéraire et juridique.

Allard mérite une mention comme bibliophile à cause de la supercherie qu'en raconte spirituellement M. de Lastic : "Il s'était créé une bibliothèque magnifique dans son cabinet de travail à la Resnière, on pouvait y voir tous les ouvrages publiés par les légistes et jurisconsultes anciens et modernes. Ces trésors de la science et de la chicane, protégés par un grillage qui les défendait contre l'indiscrétion des curieux, étaient rangés dans l'ordre le plus méthodique. Leurs titres ornés de vignettes et de filets étaient ... peints sur bois."

Cependant Allard devait avoir une bibliothèque assez importante puisqu'il s'était fait graver un charmant ex-libris à ses armes. Écu ovale d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoiles du même et en pointe d'un porc-épic d'argent, tenants deux aigles, timbré de comte. M. Alfred Richard donne une version différente de ces armes qui seraient d'après lui d'azur au chevron d'or accompagné en chef de deux étoiles d'argent et en pointe d'un porc-épic du même. Mêmes timbre et tenants que ceux déjà décrits. Quelles que soient les vraies armes d'Allard, celles que j'ai désignées sont posées sur un piédouche portant l'inscription : "ex biblioteca (sic) J. J. Allard de la Resnière". Le porc-épic n'a jamais été mieux placé que dans les armes d'Allard de la Resnière, lui auquel on ne s'est jamais frotté sans s'y piquer. La bibliothèque dont il est question ici était pour une certaine part dans la possession de madame veuve Imbert, de Thouars, son mari se l'était procurée par achats et échanges ... Le cartonnage de la reliure de ces livres est composé, dit-on, de papiers qu'Allard lui-même fournissait au relieur, les manuscrits de certains de ses ouvrages s'y trouveraient renfermés.

Bulletin de la Société de Statistique, Sciences, Lettres et Arts du département des Deux-Sèvres - n° 10-12 - Octobre-Décembre 1884