JACQUES COUDERT DE PRÉVIGNAUD

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Fils de François, maître orfèvre, et de Suzanne Boissau, Jacques est né à Périgueux, paroisse Saint-Front, le 16 septembre 1746, et baptisé le 18.

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Il fut nommé en 1772, par l'abbé de Charroux, curé de Saint-Florent de Niort, diocèse de Saintes, archiprêtré de Frontenay, qui fut élu plus tard curé constitutionnel de Notre-Dame de Niort, mêlé aux évènements de l'époque révolutionnaire et enfin déporté à la Guyane (Counamama), où il alla mourir de la peste, le 20 vendémiaire an VII (11 octobre 1798), à l'âge de 52 ans.

 

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Coudert-Prévignaud, d'une portée d'esprit médiocre, d'un caractère faible, n'avait pas su résister à l'entraînement des innovations. Il se berçait encore de l'illusion de maintenir la foi catholique en foulant le premier aux pieds la doctrine de l'Église, en s'affranchissant de la direction du chef suprême institué par Jésus-Christ. Esclave de l'ambition, de l'orgueil et de la peur, il sera précipité au fond de l'abîme, reconnaîtra enfin son erreur et son crime ; puis il boira le calice des humiliations et des persécutions jusqu'à la lie, et le juste châtiment de sa lâcheté et de son ignominie lui sera infligé par ceux-là mêmes qui le flattent et l'exaltent, lorsqu'il trahit ses devoirs ...

Injonction fut faite aux curés de vider les lieux et de déposer le lendemain matin, à l'hôtel commun de ville, les clefs de leurs presbytères et autres objets en dépendant, pour être remis à Coudert-Prévignaud et à Frigeard, prêtres constitutionnels, nommés respectivement aux cures de Notre-Dame et de Saint-André, qui en prendront possession et y seront installés ce jour-là même pour en jouir aussitôt.

 

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Son installation eut lieu et un procès-verbal en a conservé tous les détails. Voici cette pièce qui concerne Notre-Dame :

"Aujourd'hui dimanche, 19 juin 1791, neuf heures du matin, nous, maire et officiers municipaux de cette ville de Niort, en conséquence de notre délibération du 16 de ce mois, par laquelle, sur la représentation que nous fit, le dit jour, M. J. Coudert-Prévigneau, curé de la paroisse de Saint-Florent, d'une copie en forme du procès-verbal de la nomination et proclamation faite du dit sieur Coudert-Prévigneau à la cure de Notre-Dame de cette ville, par MM. les électeurs de ce district, en date du 16 et 17 mars dernier, ensemble du visa à lui accordé sur la dite nomination et proclamation, par M. l'évêque du département des Deux-Sèvres, par lequel il institue le dit sieur Coudert-Prévigneau, curé de la dite paroisse de Notre-Dame, en date du 13 de ce mois, également en forme, nous avons fixé à ce jourd'hui, de concert avec le dit sieur Coudert-Prévigneau, sa prestation de serment et installation à la dite cure de Notre-Dame ; aurions arrêté en outre d'inviter tous les corps administratifs, judiciaires de cette ville de se rendre à cette cérémonie, d'inviter également la municipalité et la garde nationale du dit Saint-Florent d'accompagner le dit sieur Coudert-Prévigneau, leur curé, à cette cérémonie et de requérir un détachement de cent hommes de la garde nationale de Niort, un autre de vingt hommes à pied de la troupe de ligne, avec la musique de la dite troupe pour nous accompagner à l'église. Ces différentes invitations et réquisitions ayant été faites, et le dit sieur Coudert-Prévigneau, la municipalité et la garde nationale de Saint-Florent rendus à l'hôtel-de-ville, ainsi que les hommes de la garnison et les gardes nationaux, nous en sommes partis tous ensemble avec MM. les notables que nous avions également invités à cette cérémonie ; précédés de la musique, et, rendus à l'église, on y a chanté l'hymne Veni Creator ; après quoi, le dit sieur Coudert-Prévigneau est monté en chaire où il a prononcé un discours rempli des sentiments d'un pasteur-citoyen et d'un curé patriote. Ensuite descendu, il nous a d'abondant représenté le procès-verbal de sa nomination et proclamation de curé de la dite paroisse de Notre-Dame, ainsi que le visa de mon dit sieur l'évêque du département des Deux-Sèvres ci-dessus énoncés et datés, desquels nous avons fait donner lecture à haute et intelligible voix, par notre secrétaire-greffier, aux fidèles qui s'y sont rendus en grand nombre. Ce fait, le dit sieur Coudert-Prévigneau, avant la messe paroissiale, a prêté le serment ... Après quoi le clergé a fait la procession ordinaire de la Trinité, à la suite de laquelle le dit sieur Coudert-Prévigneau a célébré, au grand autel, la messe paroissiale à la fin de laquelle il a chanté le Te Deum, en action de grâces. A la suite de la prestation de serment ci-dessus, M. Charpentier-Deslaurières a prononcé un discours analogue à la circonstance, rempli de civisme et de patriotisme.
De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, etc ... que nous avons fait transcrire sur un registre particulier préparé à cet effet par les marguilliers de la dite paroisse qui l'ont ensuite retiré pour le représenter au besoin ..."

Suivent vingt-cinq signatures parmi lesquelles sont celles de deux prêtres : Th. Allaire, curé de Magné, et Chauvin, curé de Goux.

Le long discours de Coudert-Prévigneau sur ce texte : "Allez, enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; apprenez-leur à observer ce que je vous ai commandé", fut imprimé et témoigne d'une bonhomie extraordinaire pour l'époque, d'une profonde ignorance du coeur humain et d'un parti pris de voir les évènements sous un jour favorable. Il est vrai qu'il était curé de Notre-Dame, poste qu'il convoitait depuis longtemps ; mais comment pouvait-il se bercer de l'espoir de calmer les passions surexcitées, d'éteindre les haines provoquées, de maintenir le troupeau dans la subordination et le respect, lorsque de pasteur devenant loup, il s'exprimait ainsi ?

"Nos législateurs ont dégagé la religion de ces immenses richesses qui étaient la source du désordre et du scandale qui affligeaient l'Église ; ils l'ont purifiée de ces corps étrangers, de ces ministres inutiles qui vivaient de l'autel sans servir l'autel ; ils ont rompu tous les ressorts du vice et de l'intrigue et ont assuré le patrimoine des talents et de la vertu ; ils ont rappelé la forme sainte et antique des élections ; ils ont restitué aux peuples le droit naturel et imprescriptible de choisir leurs pasteurs ; ils ont rendu à l'état pastoral sa dignité primitive que le riche et inutile clergé lui avait ravie, et ont enfin forcé les évêques à remplir leur mission qui est de travailler au salut des âmes, en exerçant eux-mêmes les fonctions du sacerdoce ...

Enfin tous les abus qui s'étaient introduits dans l'Église ont disparu et c'est par les soins de nos représentants que la Religion catholique sort radieuse des nuages qui nous en dérobaient l'éclat et la majesté. Cependant la calomnie jette le fiel le plus amer et, de son souffle empoisonné, s'efforce de flétrir les opérations de nos sublimes législateurs. C'est surtout leurs principes religieux qu'on attaque ; c'est sur eux que leurs détracteurs appellent les soupçons les plus outrageants. Forcés néanmoins de convenir de la sagesse des réformes introduites dans l'Église, mais furieux de se voir dépouillés de leurs privilèges et de leurs immenses possessions, ils leur reprochent d'avoir touché à l'encensoir, ils crient de toutes parts au schisme, à l'hérésie ; ils publient avec une audace qui en impose malheureusement aux faibles et aux ignorants que la religion est altérée dans la foi et qu'elle est perdue.

Quoi ! Nos représentants veulent affaiblir la religion ! Quelle calomnie ! Voudraient-ils altérer la religion, ceux qui l'ont défendue avec tant de zèle ? Par une loi constitutionnelle, ils ont placé au premier rang des dépenses de l'État celle de son culte et de ses ministres et ne s'occupent point des autres. Ils ont assuré la perpétuité de son enseignement ; ils font entrer notre religion dans la nouvelle division du royaume et, à l'exemple de cet empereur pieux et conquérant qui arborait le signe du salut sur les murs des villes qu'il avait vaincues, ils ont planté la croix de Jésus-Christ sur les limites de chaque département, en y établissant un évêque. Ainsi loin de vouloir détruire la religion, nos représentants s'en sont déclarés les plus zélés défenseurs et veulent lui rendre son premier éclat".

Coudert-Prévignaud ne tarda pas à éprouver des déceptions. Confiant dans la piété traditionnelle du corps municipal de Niort, il adressa au maire une invitation ainsi conçue :

"Il est d'usage très-ancien que le jour de la Purification, M. le maire assiste, dans la paroisse où il est domicilié, à la messe paroissiale, accompagné de MM. les officiers municipaux. Je connais votre zèle pour la religion ; c'est avec confiance que je vous invite à prendre part aux cérémonies religieuses qui se feront jeudi prochain dans notre église, à dix heures précises du matin. Votre présence contribuera beaucoup à l'édification des fidèles."

Il ne fut pas même répondu à cette lettre.

Le Roi, impuissant à résister à ses ennemis et à maîtriser la révolution, s'était décidé à fuir. Il est fatalement arrêté. Cette importante nouvelle communiquée à la Société par le comité permanent, excite un enthousiasme général. Les canons et les cloches annoncent la joie publique. On décide que le lendemain il y aura feu de joie et Te Deum.

Coudert-Prévignaud officia et ne laissa pas échapper une occasion aussi favorable de prononcer un discours d'apparat. Il débuta ainsi :

"Chers paroissiens, depuis deux jours un voile lugubre couvrait la France ; elle avait perdu son chef ; les ennemis de la patrie nous l'avaient enlevé. Un cri de douleur a retenti dans toutes les parties de l'empire ; les Français désolés appelaient inutilement leur bon roi ! Insensible à leurs larmes, il s'éloignait ... De cruels ravisseurs, fiers de leurs crimes et s'applaudissant de leurs succès, nous préparaient des malheurs ; ces tigres, avides de notre sang, se disposaient au carnage ! ... Ah ! mes frères, que notre douleur était profonde !"

Comme ces insultes au malheur, comme ces outrages à la fidélité et à la vertu, sont bien placés dans la bouche d'un ministre de l'évangile, d'un prêtre du Dieu de paix et vérité. Passons toutes ces exagérations de la peur, ces bruits retentissants de paroles sonores comme la timbale, pour étouffer le cri d'une conscience tourmentée, et arrivons à la fin :

"Dieu de Clovis, de saint Louis et de Charlemagne, continuez de protéger les Français qui vous ont constamment honoré par un culte pur ! Que votre grâce, ô mon Dieu, éclaire nos ennemis, en leur arrachant le bandeau qui leur dérobe la lumière ; touchez les coeurs de nos frères qu'une conscience séduite par l'erreur semble éloigner de vos temples ; donnez-nous la consolation de les voir se réunir à nous, pour ne former qu'un seul esprit, qu'un même coeur et qu'une même église. O Dieu de miséricorde, daignez promptement exaucer nos voeux !"

Prévignaud, qui, toujours bercé d'illusions, n'ayant alors qu'un vicaire et se trouvant surchargé de besogne, lassé d'en demander un second à l'évêque, s'adresse au Conseil général de la commune et en obtient Hérault, l'un des trois vicaires de Saint-André.

Une lettre de lui apprit à la Société que "rendant hommage à la Raison, à la philosophie, à sa conscience, il abjurait un métier qui n'avait été que celui d'un charlatan et renvoya à la commission les lettres funestes qui, pendant tant d'années de dégoût, ne lui apprirent qu'à tromper les hommes, à s'abuser lui-même et à ne regarder le sacerdoce que comme un calcul d'intérêt."

Tous les prêtres assermentés ou non qui osaient se montrer étaient jetés en prison. Coudert-Prévigneau eut le sort commun. Douze autres, qualifiés réfractaires, avaient été mis en état d'arrestation dans la maison de Maîtreau, l'un d'eux, par un arrêté du Département, du 8 brumaire, en exécution de la loi du 3 du même mois. 

Coudert-Prévignaud fit une première démarche, dès le 24 fructidor an II (10 septembre 1794) mais celle-ci fut repoussée par l'ordre du jour. Il revint à la charge et la municipalité fut de nouveau appelée à se prononcer sur son patriotisme. Le registre des délibérations du Conseil général de la commune porte, à la date du 21 frimaire an III (11 décembre 1794), folio 1er :

"Le citoyen Prévignaud, ex-curé de cette commune et détenu dans une maison d'arrêt, présente une pétition par laquelle il expose que, victime du règne de la Terreur, il languit, depuis plusieurs mois, dans une maison de détention ; il fait l'énumération des services qu'il dit avoir rendus à la Révolution et conclut par demander à la municipalité qu'elle certifie les faits qu'il expose ;
Le Conseil général délibérant, après une discussion longue et animée ; Ouï le substitut de l'agent national, arrête qu'il sera rédigé de suite par un de ses membres, au bas de la pétition du dit Prévignaud, un arrêté qui atteste la vérité des faits contenus en icelle."

Le citoyen Coudert-Prévignaud fut, en conséquence de cet arrêté, mis en liberté.

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Coudert-Prévignaud, oublieux de sa renonciation ou repentant de son parjure, désireux en tout cas de prendre date pour établir ses droits à une réinstallation possible et même déjà prévue, comparut à la municipalité, le 2 messidor, avec son vicaire intrus Hilaire Pillot, jeune prêtre qui n'avait pas à se reprocher les mêmes défaillances que son curé. L'un et l'autre déclarèrent : "Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le Souverain et promets soumission et obéissance aux lois de la République." Ils demandèrent acte de cette soumission, ce qui leur fut octroyé, et annoncèrent leur intention d'exercer le culte catholique dans l'église de Notre-Dame désignée par le Département, conformément à la loi du 11 prairial de l'an III, et ils signèrent ... La signature de Coudert-Prévignaud reparaît, au mois de mars 1796, pour deux baptêmes et la première sépulture ecclésiastique ... Un second registre commence au 20 septembre 1797 et tous les actes sont écrits et signés alternativement par Coudert-Prévignaud, curé, et Pillot, prêtre. La dernière signature de celui-ci est du 16 janvier 1798 et celle du premier du 18 du même mois, pour une sépulture. Puis elles cessent tout-à-coup pour ne plus reparaître.

Un tableau signé de Busseau, adjoint municipal, et de Marin, secrétaire à la date du 1er prairial an VIII contient deux noms : Coudert-Prévignaud, curé constitutionnel de Notre-Dame, Pillot, vicaire constitutionnel, avec cette mention vis-à-vis l'accolade : "Ces deux prêtres, quoiqu'assermentés, ont été condamnés par un arrêté du Directoire exécutif, en vertu duquel ils ont été déportés à Cayenne, après une très courte détention dans la maison de justice de cette commune."

Une liste des malheureux condamnés à ce nouveau genre de mort, plus lent et plus cruel peut-être que la guillotine, nous apprend qu'ils furent l'un et l'autre embarqués à Rochefort, le 11 mars 1798, sur le navire la Décade. Ils y furent entassés à fond de cale, avec quatre-vingt-seize compagnons d'infortune, presque tous prêtres, expédiés de tous les points de la République pour former cette cargaison de chair humaine qui ne fut pas la dernière envoyée à la même destination.

Tel a donc été le prix de tant de complaisance et de tant de faiblesse. Quel crime contre l'État avait commis Coudert-Prévignaud ? Quelle trame avait-il ourdie ? Avait-il sonné deux fois la cloche pour appeler son sacristain ou ses fidèles aux offices ? Etait-il capable d'une plus grande infraction aux lois ? Voilà ce que nous nous demandions lorsque le hasard nous a servi, sous la figure de Planier (Pierre-Jean Mignien fils dit Planier). Cet homme cruel, condamné à la même peine qu'il ne subit pas, publia deux défenses, et dit dans la seconde : "On pouvait déporter les prêtres qui, s'étant soumis aux lois de la République, continuent d'exercer et usent de l'ascendant qu'ils ont sur leurs soi-disant paroissiens ... pour contraindre leurs sectaires à faire enregistrer leurs enfants et eux-mêmes. Aussi a-t-on vu les curé et vicaire de Notre-Dame de Niort être déportés l'année dernière, pour avoir tenu des registres de baptême, mariage et enterrement, en contravention à la loi du 19 fructidor an V."

Voilà donc leur crime connu. Ces jugements rendus en l'absence des accusés, sur une simple dénonciation, ne recevaient aucune publicité et étaient exécutés sans autre forme de procès.

De bien tristes réflexions durent assaillir Coudert-Prévignaud pendant cette longue et dure traversée dont il ne revint pas ; mais le repentir était déjà entré dans son coeur et une rétractation publique de ses erreurs avait précédé son départ ...

Jacques Coudert de Prévignaud est décédé le 11 octobre 1798 à Counamama, Guyane. Il fut probablement inhumé au "cimetière des Pères" à Trou-Poissons (voir ICI)

nypl

 

Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord - Tome XV - 1888

L'Église et la Révolution à Niort - Vicomte de Lastic-Saint-Jal - 1870

La Semaine religieuse de Poitiers - 5 avril 1903

http://gmarchal.free.fr/Le%20Bagne%20de%20Guyane/Deportes%20sur%20la%20Decade.htm