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LOUIS-CLAUDE MONNET DE LORBEAU, baron, lieutenant-général, fils de Claude-Jean-Baptiste, fermier général du prieuré de Mougon et autres places, et de Marie-Anne-Marguerite Allain, est né à Mougon, le 1er janvier 1766.

A partir de 1765, son père se fait appeler de Lorbeau, rallonge tirée d'une de ses terres, il devient seigneur de la Renardière vers 1770, puis après 1778, seigneur de Bougouin et de la Tour Chabot de Saint-Maixent, titres voulant bien marquer les étapes de sa réussite.

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Il entra au service, dans l'arme de l'infanterie, et fut fait capitaine d'une compagnie franche des Deux-Sèvres, le 28 mars 1793. Il devint le 25 novembre 1795, chef du 1er bataillon, dit le Vengeur, formé, pour la plus grande partie de volontaires nationaux du même département. Il fit en ces deux qualités, les campagnes de 1793, 1794 et 1795, à l'armée de l'Ouest. Sa colonne avait fait sa jonction avec celle de l'adjudant-général Travot, lorsqu'elle fit prisonnier le chef royaliste, Charette.

Chef de brigade, le 23 juillet 1796, il commanda pendant quelques mois le département des Deux-Sèvres, puis il fut appelé au commandement de la 31e demi-brigade, à l'armée du Rhin. A l'affaire de Sion, dans le Haut-Valais, il traversa le torrent de la Morge, à la tête des grenadiers de sa demi-brigade, tourna un pont, fraya un chemin à l'armée française, tenue alors en échec, et prit d'assaut la ville de Sion.

Employé à l'armée d'Italie, il se distingua particulièrement à la bataille de Bussolengo, qui fut livrée le 26 mars 1799. Dans cette journée, Monnet se porta, avec trois compagnies de grenadiers, sur le pont de bateaux de l'Adige, coupa la retraite aux Autrichiens, et leur fit 3.000 prisonniers.

Le 5 avril suivant, il fit mettre bas les armes à un bataillon hongrois, et fut nommé général de brigade sur le champ de bataille. Chargé du commandement de la citadelle de Mantoue, en 1800, il déploya pendant le siège de cette place un système de défense, qui ajouta encore à sa réputation. Ensuite il fut mis en tête de l'avant-garde de l'armée que le général Leclerc eut ordre de diriger contre le Portugal.

En l'an X (1801, 1802), il fut appelé au commandement du département d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. Puis il obtint le commandement supérieur de la Zélande, fut nommé général de division le 19 août 1803, et commandant de la Légion-d'Honneur le 14 juin 1804.

Au commencement de 1809, il fut chargé de mettre Flessingue à l'abri de toute attaque extérieure : l'Angleterre faisait alors les préparatifs d'un armement sans exemple pour cette puissance. Il offrit 41 vaisseaux de ligne, 28 frégates, 84 corvettes, bricks, bombardes, etc., et 1.500 bâtiments de transport ; au total, 1.653 voiles.

Le 30 juillet, à cinq heures et demie du soir, l'ennemi effectua sa descente au Breezand, et débarqua environ 18.000 hommes, qui furent bientôt après suivis de 12.000 autres. La fusillade ne tarda pas alors à s'engager, et dans un instant, l'attaque devint générale. Dans cette action, la droite des troupes du général Monnet fut laissée à découvert, par le lieutenant-général Bruce, qui, à la première nouvelle de l'apparition des Anglais, encloua ses canons, évacua le fort de Haack, et se retira avec la garnison hollandaise à Berg-op-Zoom. Monnet, qui n'avait sur ce point que 1.500 hommes à opposer à l'ennemi, cédant à la grande supériorité du nombre et au feu extraordinaire des vaisseaux, ordonna la retraite, et vint prendre possession sur la route de Flessingue, derrière le Watergam, près de Midelbourg.

Le 31, l'ennemi ne s'occupa que de reconnaissances. Le 1er août, les Anglais attaquèrent sur tous les points, et leur grande supériorité força encore les Français à la retraite ; mais, malgré tous les efforts de l'ennemi, le général Monnet maintint ses avant-postes à 350 toises de la place de Flessingue. Le même jour, il fit commencer une coupure sur la digue de Rammekens, afin d'inonder le pays, aussitôt qu'il aurait perdu l'espoir de recevoir des renforts suffisants pour repousser les Anglais et les contraindre à se rembarquer. Du 1er au 6 août, il n'y eut que des engagements d'avant-postes, plus ou moins vifs ; et, dans cet intervalle, il reçut 2.900 hommes de renfort. L'ennemi s'en aperçut, et, dès le 7, il bloqua si étroitement l'île de Walcheren, qu'à dater de ce jour, tout espoir de secours, soit de France, soit de Hollande, fut interdit au général Monnet. Il fit ouvrir la coupure d'inondation, et l'on commença la manoeuvre des vannes de la place, et elle fut continuée jusqu'à la reddition de l'île. Ce moment fatal eût été sans doute longtemps différé, si cette manoeuvre eût réussi. Mais le calme constant de la mer, et surtout le vent contraire qui régna jusqu'au 14 août, empêchèrent l'inondation de produire l'effet qu'on en devait attendre. Le 10, le général Monnet fit faire une sortie pour reconnaître la force, les ouvrages et la position des assiégeants ; il s'en suivi une action qui fut très chaude. Le 11, vers quatre heures de l'après-midi, dix frégates anglaises forcèrent le passage de l'Escaut, en faisant un feu des plus vifs, de concert avec quelques batteries de terre, qui lancèrent en même temps sur la ville un grand nombre de fusées incendiaires. Le 13, à midi, l'ennemi démasqua toutes ses batteries, armées de 58 pièces de siège, de gros calibre, et commença sur la ville avec les dix frégates et un grand nombre de canonnières, brûlots et bombardes, un feu terrible, qui dura jusqu'au lendemain soir à huit heures. Vers cinq heures et demie de l'après-midi du même jour, et pendant le plus fort de l'action, l'infanterie ennemie fit une vigoureuse attaque sur tous les avant-postes français, et, comme elle était protégée par les batteries de terre et de mer, elle finit par obliger le général Monnet à se replier jusqu'au vieux Flessingue.

WALCHEREN Z

 

Le 14, à 9 heures du matin, sept vaisseaux de ligne vinrent se joindre aux dix frégates, bombardes et canonnières. Tous ces bâtiments de concert avec les batteries de terre, firent un feu croisé qui enfilait les ouvrages de la place dans toutes les directions. Plus de onze cents bouches à feu, tirant à la fois sur Flessingue, y portèrent la destruction et la mort. Au commencement de l'action, l'artillerie française riposta avec vigueur, et força même une frégage, un brick et plusieurs bombardes à s'échouer ; mais en très peu de temps beaucoup de pièces de la place furent démontées, plusieurs affûts brisés, et plusieurs mortiers mis hors de service. Enfin les batteries françaises furent réduites au silence le plus complet, par le feu de l'immense artillerie anglaise. Cependant l'incendie se manifestait en plusieurs quartiers de la ville. La manutention fut consumée, ainsi que plusieurs édifices publics. Il fut impossible d'arrêter les progrès du feu, parce que les pompes avaient été détruites, et la plupart des pompiers, tués ou blessés.

Dans les premiers jours du mois d'août, les Anglais avaient envoyé des parlementaires au général Monnet qui les avait fort mal accueillis. La municipalité de Flessingue lui envoya aussi en vain plusieurs députations, pour l'engager à mettre fin aux horreurs du siège. Le 14 au soir, les Anglais dépêchèrent un nouveau parlementaire sommer la ville de se rendre. Sur le refus formel du général Monnet, le bombardement recommença avec plus de fureur, et dura jusqu'au lendemain. L'ennemi envoya ce dernier jour un troisième parlementaire. Les Anglais avaient embossé leurs vaisseaux à un quart de portée de canon devant tous les fronts de la place, et principalement à l'entrée du port marchand et du port militaire, pour les forcer, ce qu'ils pouvaient exécuter d'un moment à l'autre. L'ennemi était même parvenu à placer une machine infernale à la chaîne du port marchand, sous la protection de sa marine. Le feu de la place était éteint ; le mur du premier bastion était en partie écroulé ; les premiers postes de l'ennemi, du côté de la terre, étaient à quinze toises de la flèche de Plattendick. De 6.863 combattants, il ne restait au général Monnet que 2.988 hommes, en état de faire le service, et cette poignée de conscrits et d'étrangers avaient affaire à une armée de 50.000 hommes, soutenue par 30.000 marins. Tout espoir de secours était perdu : une plus longue résistance ne pouvait qu'entraîner la ruine totale de la place et de la garnison. Dans ces circonstances critiques, le général Monnet prit l'avis du conseil de défense et se détermina à capituler. De grands débats s'élevèrent entre les commissaires respectifs ; enfin la capitulation fut signée et ratifiée le 16 août à une heure du matin. La garnison obtint les honneurs de la guerre ; mais elle resta prisonnière avec le général et fut conduite en Angleterre.

Napoléon, outré de dépit de la perte de Flessingue, nomma un conseil d'enquête qui n'entendit que des témoins à charge, et qui fit un rapport rempli de préventions défavorables au général Monnet. Là, se bornèrent les mesures extra-judiciaires dirigées contre ce général. Cependant la Biographie des Contemporains et l'abbé Montgaillard, t. VI, p. 437, ont avancé "qu'un conseil de guerre, saisi plus tard de cette affaire, condamna à mort par contumace Monnet, prisonnier en Angleterre, comme convaincu de lâcheté ou de trahison". Ce jugement est un fait controuvé par la malveillance, et de plus il implique contradiction dans les termes : car le général Monnet, bien loin de refuser de comparaître devant des juges, sollicita, pendant les cinq années de sa captivité, la faveur de son échange et son renvoi en France, pour y faire examiner sa conduite et la justifier. Au reste, ce n'était pas le temps où l'on rendait justice aux services militaires ; car, à la suite de la prise de Flessingue, Bernadotte étant accouru pour empêcher les Anglais de détruire la flotte française et de brûler Anvers, et ayant atteint ce double but par une activité presque surnaturelle, n'en recueillit que l'outrage de remettre son commandement au maréchal Bessières, que Napoléon avait dépêché en toute hâte pour le lui retirer.

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Le général Monnet rentra en France, en 1814, par suite de l'échange des prisonniers de guerre. Louis XVIII le créa chevalier de Saint-Louis, le 13 août, et, dans ce même mois, il reçut des frères Faucher la lettre suivante :

"Vous fûtes frappé de la foudre, mon cher général, lorsque nul de nous ne connaissait de paratonnerre ; ni les exploits militaires, ni les vertus civiles n'offraient d'abri assuré, et il fallait courber la tête sous la fatalité. Vous nous êtes avec le calme, la paix et les espérances de bonheur. Il y a foule près de vous, ce doit être : mais nous avons la confiance que vous distinguerez les marques de souvenir de deux anciens frères d'armes, d'une franche et inaltérable amitié, qui les dispense des protestations affectueuses d'usage pour les coeurs froids et calculateurs.
Avez-vous gagné le spleen en Albion ? Venez à la Réole, pour aller à Bagnères.
Souffrez-vous de quelques blessures ? Venez à la Réole, pour aller à Barèges.
Êtes-vous fatigué de l'atmosphère des tempêtes dans lesquelles vous avez si longtemps vécu ? Venez à la Réole. Et pour ces maladies, et pour ce malaise, l'amitié possède un dictame à nul autre pareil.
Adieu, mon cher général, nous vous aimons bien.
Mettez notre respect aux pieds de Madame.
Constantin de Faucher, maréchal-de-camp.
César de Faucher, maréchal-de-camp.
Au château de Boirac, par la Réole."

Il fut d'abord classé parmi les lieutenants-généraux en demi-solde, et on l'admit ensuite au traitement de disponibilité, par lettre ministérielle, datée du 30 décembre 1818.

Le baron Monnet est mort à Paris, chez lui, au 58 rue de la Chaussée-d'Antin, le 8 juin 1819, des suites d'une apoplexie sanguine.

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Il avait épousé Louise Chaumat dont il eut :

JEAN-BAPTISTE-ÉDOUARD, né à Paris le 13 thermidor an V (31 juillet 1797) ; châtelain de Bougouin et maire de Chavagné ; décédé en sa demeure à Niort, rue du Temple, le 20 décembre 1865 et inhumé à Fressines ; époux de Rose-Françoise Baillou de la Brosse, née à Curcay (Vienne) le 7 juillet 1803, décédée au château de Bougouin le 26 avril 1891 ; dont deux filles : Louise, née en 1829 ; mariée le 14 mai 1850 avec Auguste-César de Buor de Cuissard ; et Félicité-Caroline, née vers 1830 ; mariée avec Paul-Charles Pillon de Saint-Chéreau.

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Voir ICI le cimetière particulier de la famille Monnet de Lorbeau, à Mougon

Dictionnaire historique et biographique des généraux français ... par M. le Chevalier de Courcelles - Tome septième - 1823

Biographie universelle et portative des contemporains - tome cinquième - supplément - 1834

L'exemplaire histoire d'une famille bourgeoise poitevine, les Monnet (1660-1880) - Jacques Péret - Revue d'Histoire Moderne & Contemporaine - année 1979 - 26-1 / pp. 98-124

FM Fichier Bossu

état-civil de Paris

Archives Nationales - Base Leonore - LH/1909/49

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers - 1er trimestre de 1974 - 4ème série - tome XII - p. 376