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Fils de Joseph-Jules-Amédée Belot de la Digne et de Marie-Gabrielle-Marguerite d'Arsses de La Peyre, Justin-Charles-Eugène est né à Bélesta (09), le 22 septembre 1812.

 

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Son père :

Fils de Joseph Belot, Lieutenant-colonel, chevalier de Saint-Louis (en 1776) et de Eléonore-Honorée de La Porterie, Joseph-Jules-Amédée est né en 1780 & son frère, Justin-Georges-Gaston, en 1781. Joseph de Belot était seigneur de La Digne-d'Amont, dans le diocèse de Limoux (Aude).

Joseph-Jules-Amédée est soldat dans les armées impériales. Il succède à son père dans les fonctions de maire de Bélesta en 1808 et 1813. Le 16 avril 1814, il parvient à s'assurer du château de Foix défendu par 200 hommes qui consentent à servir la cause du roi. Il redevient maire de Bélesta le 18 août 1825 mais, à la suite de la Révolution de Juillet, il est destitué et remplacé par Jacques Avignon, maître de forges.

- Capitaine d'état-major, attaché à la 2e division de cavalerie de la Garde Royale ; chevalier de la Légion-d'honneur le 24 août 1820.

Marié à Gabrielle d'Arsses de La Peyre, il eut cinq enfants : Gustave ; Charles-Joseph-Gabriel, directeur d'assurance à Limoux ; Justin-Charles-Eugène, chef d'escadron de gendarmerie ; Adèle, qui épouse Jacques-Félix Laprade de Montréal, et Honorine, épouse de Léopold Poulhariès. (Archives Départementales de l'Aude - Répertoire numérique détaillé - pdf)

Il est décédé à Bélesta, le 1er décembre 1853. Gabrielle est décédée au même lieu, le 11 octobre 1840.

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Reconstituer la carrière de Justin Belot de la Digne est chose compliquée, nous ne trouvons que des informations éparses et souvent sans date. Aussi, considérez ce qui suit comme une simple ébauche qu'il sera toujours possible de modifier ou de compléter.

JUSTIN-CHARLES-EUGÈNE BELOT DE LA DIGNE :

- Lieutenant au 2e Carabiniers, le 16 décembre 1849.

- Lieutenant au 14e de la légion de gendarmerie à Foix, légion composé des compagnies de l'Aude, de l'Ariège, des Pyrénées Orientales et du Tarn, le 8 février 1851.

- Prévôt de l'armée française à Rome.

- Capitaine, 5e légion de Saint-Brieuc, 3 février 1855 "détaché à la force publique de la division d'occupation  à Rome".

- Capitaine à la 9e légion de gendarmerie à Bressuire, 1855.

En 1856, un décret impérial (contre-signé par le ministre de la guerre) nomme dans l'ordre impérial de la Légion d'honneur, M. Belot de la Digne (Justin-Charles-Eugène), Capitaine à la neuvième légion de gendarmerie, compagnie des Deux-Sèvres ; vingt-trois ans de service effectif ; a donné des preuves d'intelligence et de dévouement à l'occasion des évènements de Thouars. (Chevalier le 4 août 1856 puis Officier le 12 août 1862).(Bulletin des lois de la République Française, volume 8)

Avant d'arriver à Bressuire et aux Aubiers, Belot habitait à Saint-Herblon (44).

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Il avait épousé aux Aubiers, le 9 juin 1857, Alexandrine-Catherine-Eulalie de Rangot, fille de Jean-Félix de Rangot, gentilhomme propriétaire, (décédé aux aubiers le 5 octobre 1854) et de Rose-Henriette-Eulalie Bonnin, née aux Aubiers, le 25 novembre 1828, en présence de M. Jules-Louis-René Doublat, 54 ans, demeurant à Niort, chef d'escadron de gendarmerie ; M. Cyprien-René Morand, 51 ans, demeurant au château de Clisson, commune de Boismé, maire de ladite commune (beau-frère de la mariée) ; M. Alexandre de Rangot, 56 ans, demeurant à la Gaubretière, maire et membre du Conseil Général de Vendée ; et de M. Benoist-Basile Bonin, 60 ans, demeurant aux Aubiers, propriétaire.

Un contrat fut établi chez Me Barion, notaire à Bressuire en date du 27 mai 1857.

Ce mariage fut autorisé par le Maréchal de France Ministre de la Guerre, par permission donnée à Paris, le 18 mars dernier, n° 4294.

La Bodinière, aux Aubiers, propriété de Jean-Félix de Rangot, fut le lieu d'habitation du couple. 

- Le 16 novembre 1858, le Moniteur de l'Armée indique que Belot de la Digne, capitaine à Bressuire, détaché en Italie, est placé pour ordre à Saint-Brieuc ; M. Masse, capitaine à Brest passe à Bressuire.

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Vers 1861, M. Belot de la Digne se trouve à Rome où il exerce les fonctions de prévôt de l'armée. Un jour, Pie IX demanda avec instances au général de Goyon de le débarrasser du Prévôt de l'armée, dans lequel il voyait un ennemi personnel. Le général n'osa prendre sur lui de se conformer à ce voeu ; il ne put que promettre d'en référer à son gouvernement. La réponse arriva sans retard : elle apportait à M. Belot de la Digne son brevet de chef d'escadron et ordonnait qu'il resterait à Rome.

En 1864, "l'affaire Balmette", une demande en nullité de mariage, formée devant la Cour impériale de Bordeaux (audience du 26 juillet), a mis en lumière la façon dont les mariages se font à Rome. Il s'agissait de l'union d'un jeune Français avec une Romaine de trente-cinq ans ; on voit dans une lettre, d'ailleurs favorable à la femme, écrite à M. le vicaire général d'Angoulême, que les deux futurs "allèrent, comme cela se fait quelquefois à Rome, trouver le curé pendant qu'il disait sa messe, pour lui déclarer devant les assistants qu'ils se prenaient pour époux ; le curé, qui à ce moment disait l'Évangile, ne les entendit pas, et de là la clandestinité. Le cardinal-vicaire admit que le mariage était nul, mais en obligeant les deux personnes, qui sur la plainte du père du jeune homme avaient été arrêtées, à renouveler leur consentement devant le propre prêtre ; ce qu'ils ont fait dans leur paroisse avec toutes les cérémonies de l'Église.

C'est dans ce procès que furent produites les deux lettres suivantes adressées à M. Balmette père, par M. Belot de la Digne, commandant de la compagnie de gendarmerie des Bouches-du-Rhône  ; ces lettres nous permettent d'apprendre que Belot de la Digne fut prévôt de l'armée française à Rome pendant six années et qu'il connaissait bien les rouages de la justice romaine de l'époque :

"Je me rappelle fort bien vos démarches fréquentes, vos inquiétudes et vos déceptions dans la Ville Éternelle, que vous jugiez comme tous les étrangers, c'est-à-dire sans vous douter de tout ce qui peut s'y faire contre la justice. Votre fils demeurait via dell'Orso, ou Monte Brianza, ou Tordinone, enfin dans ces parages. Il était venu à Rome comme artiste, et avait souvent des moments d'absence par suite d'un ancien accident, la chute d'un lustre sur la tête. Il était logé dans une maison occupée par un prêtre vivant en concubinage avec une femme de mauvaise vie et sa fille. Ces trois honnêtes personnes mirent votre fils en contact avec la jeune fille, pour le compromettre et la lui faire épouser, après le public dont elle n'était pas veuve cependant. Ceci peut paraître impossible. Rien de plus naturel et de plus commun à Rome, où l'on en voit bien d'autres.

Pour vous éviter tous les malheurs qui vous attendaient, je vous donnai quelques conseils, dictés par ma longue expérience du vieux Romain. Ainsi, vous avez échappé à l'avide rapacité de la police, qui vous aurait fait chanter et vous aurait abandonné après vous avoir dépouillé ; je vous disais que dans ce pays la police était plus dangereuse que les voleurs ; je vous donnais aussi l'avis de vous défier de tous les monsignori, abbatti, ruffiani, etc., auxquels vous avez affaire chez le cardinal-vicaire et ailleurs. Tous vos efforts et les nôtres furent vains, on fit partir secrètement votre fils avec sa future, selon les moeurs romaines. Je crois que c'est du côté de Passo di Correse que vous eûtes la chance de retrouver votre fils et cette malheureuse ; une fois ramenés à Rome et en prison chacun de leur côté, vous étiez tranquille. Je vous disais cependant toujours de vous méfier, et une belle nuit on mena le jeune homme et la fille dans une église pour les marier par ordre.

Cela paraît impossible, comme tout ce qui se passe à Rome ou à peu près, et que personne ne veut croire en France ; on est même très-mal vu, quand on veut faire entendre ces vérités, - ce qui n'empêche pas de les dire. Le témoignage d'un officier supérieur de gendarmerie, qui a été six ans prévôt de l'armée de Rome, que ses antécédents et ses principes mettent à l'abri de toute suspicion, et qui a vu la comédie qui s'y joue des premières loges, sait aussi ce qui se passe dans les coulisses de ce théâtre, moins connu en France que ceux de la Cochinchine. Si mon témoignage ne suffit pas en l'exprimant par écrit, faites-moi citer."

Le 31 janvier 1864, nouvelle lettre ainsi conçue :

"Mes antécédents, mes principes et ma position d'officier supérieur de gendarmerie, après avoir été six ans prévôt de l'armée de Rome, doivent me mettre à l'abri de toute suspicion quand je cite des faits incroyables en France, mais que j'ai vu de mes propres yeux ... Si j'étais encore à Rome, il me serait facile d'obtenir adroitement le certificat que vous demandez sur la chaste Teresa Giobbe ; mais si l'on s'adresse à la police sans payer d'avance une bonne somme, et si l'on se doute de l'usage que vous voulez faire du certificat, il représentera Teresa comme une vierge trompée et ravie à son honnête famille par un Francesacchio. Je suis très-lié avec M. Loiseau d'Entraigues, chancelier de l'ambassade, qui connaît l'affaire de votre fils, et qui en a vu bien d'autres pendant son long séjour à Rome. C'est à lui que je m'adresse pour obtenir un certificat, parce qu'il connaît le terrain, et qu'il faut de la diplomatie avec ces rusés Italiens (pontificaux) qui regardent, la plupart, comme une oeuvre méritoire, de tromper "ces canailles de Français qui ne croient pas en Dieu". Il est vrai qu'en France on ne croit pas en Dieu de la même façon qu'à Rome.

J'ai fait arrêter à Rome des assassins de la pire espèce qui, sous le prétexte de réaction napolitaine, avaient commis des crimes atroces dans les provinces, séquestrant les gens qu'ils arrêtaient, les rançonnant, puis les faisant mourir après des mutilations qui duraient plusieurs jours. Ces assassins, j'ai conservé leurs noms et le souvenir exact de leurs cruautés. Ils avaient tous des papiers en règle délivrés par la police romaine, et quelques-uns trouvaient asile dans les couvents. J'ai fait arrêter des voleurs dans les églises, au grand scandale du clergé, quand on les prenait en flagrant délit ; mais la police romaine, alors qu'elle devait les rendre, les mettait en liberté le lendemain ; il est bon de connaître ces faits, que j'affirme sur l'honneur, pour que l'on sache bien à quoi s'en tenir sur la justice d'un pays qui n'a aucune espèce de ressemblance avec la nôtre."

Aucune information n'a pu être trouvée concernant la suite de sa carrière et notamment la date de l'obtention de son grade de colonel.

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Colonel en retraite, Justin-Charles-Eugène Belot de la Digne est décédé aux Aubiers le 15 décembre 1882, à l'âge de 70 ans. Sa tombe existe toujours dans le cimetière du Rondrail aux Aubiers.

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Sous les armes de Justin-Charles-Eugène Belot de la Digne, sont représentées les croix de l'Ordre de Malte, celui de Pie IX et celui de la Légion-d'honneur.

En décembre 2017, furent vendus aux enchères à Paris, un canapé d'apparat (1880) et deux fauteuils (1873 et 1877), richement sculptés par Delage, sculpteur à Ancenis. On peut y retrouver les armes et croix de Belot de la Digne et les armes de son épouse, Alexandrine de Rangot.

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fauteuils

 

Annuaire militaire de la République française pour l'année 1852, 1860

Livre d'or des Carabiniers - Alphonse Bué - 1898

AD09 - Registres paroissiaux de Bélesta

AD79 - Registres d'état-civil de Nueil-les-Aubiers

http://www.leclere-mdv.com/html/fiche.jsp?id=8194714&np=1&lng=fr&npp=10000&ordre=&aff=&r=&sold=

http://www.leclere-mdv.com/html/fiche.jsp?id=8194713&np=1&lng=fr&npp=10000&ordre=&aff=&sold=&r=

Ouvrage : Grosse cavalerie, cuirassiers, grenadiers à cheval et carabiniers, 1799-1857 - Notes et aquarelles par E. Fort

Archives Nationales - Base Leonore - LH/174/66 et LH/174/67

Revue germanique, française & étrangère - volume 19 - page 198 - 1862

La Cour de Rome : le brigandage et la convention franco-italienne par Armand Lévy - 1865