BOINAUD PIERRE

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Fils de Gabriel Boisneau et de Marie-Anne Dumonteil, du village de L'Étrade, Pierre est né le 28 août 1741 à Châteauponsac (87).

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Son père, Gabriel, "fils de Joseph Bouénaud et de Léonarde Pallot", baptisé à Châteauponsac, le 16 novembre 1710, est décédé à Cholet, paroisse Saint-Pierre, le 12 novembre 1783, à l'âge de 72 ans ; Pierre et sa soeur, Marie-Catherine assistaient à la sépulture.

Sa soeur, Marie-Catherine, native de Châteauponsac, est décédée à Cholet le 23 janvier 1806, à l'âge de 53 ans.

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Curé de Saint-Pierre de Cholet depuis 1778, il refusa de prêter le serment.

Le curé Boinaud ne passa point la Loire. Il reprit simplement la vie errante qu'il menait un an plus tôt, avant l'occupation de Cholet par les Vendéens, retrouvant dans quelques métairies de sa paroisse les cachettes habituelles : le grenier à foin, le pailler, le coin d'étable et même, en cas d'alerte, la maie au pain.

Suivant des traditions certaines, un de ses principaux ports d'attache était la métairie de la Goubaudière. Posée sur un de ces coteaux escarpés qui dominent le Trézon, à l'écart des lieux de passage, n'ayant pour voies d'accès que de profonds chemins creux, où les colonnes républicaines n'osaient guère s'aventurer, la Goubaudière paraissait un asile à peu près sûr.

Ce fut là et dans quelques autres refuges de même genre que, pendant une dizaine de mois, le curé de Saint-Pierre, proscrit et traqué, prodigua comme il put les consolations de son ministère à la poignée de paroissiens, proscrits et traqués comme lui, qui restaient encore à Cholet.

Dans quelque salle de ferme soigneusement close, en pleine nuit, cependant que quelques paysans demeuraient "à la guette", à la virée des chemins, M. Boinaud célébrait la messe, baptisait les nouveaux-nés, administrait des mourants ... Et l'on montre encore, dans un pré de la Goubaudière, le cimetière improvisé où le curé de Saint-Pierre faisait inhumer en terre bénite les morts qu'on lui apportait.

Quand la menace des bleus se faisait plus pressante autour des métairies de Cholet, M. Boinaud se rendait alors à la Gaubretière qui, jusqu'à la fin de février 1794, demeura à peu près à l'abri de toute incursion révolutionnaire et où l'on comptait jusqu'à trente-deux prêtres, réfugiés dans les fermes de la paroisse.

Il échappa providentiellement aux dénonciations de ses ennemis, aux recherches du Comité révolutionnaire et aux battues des Colonnes infernales. La tornade de la grande Terreur le laissa vivant ; et, lorsqu'à la fin de juillet 1794, Stofflet, maître de toutes les Mauges, se fut solidement établi à Cholet, le curé Boinaud reparut au grand jour dans sa paroisse.

... C'est à cette époque que l'abbé Boinaud, alors seul curé à Cholet - le curé Rabin étant mort pendant l'Outre-Loire - entreprit, soit de sa propre initiative, soit à l'instigation de Stofflet, de faire le recensement de tous les habitants de la ville qui étaient disparus depuis le 16 octobre 1793.

Tâche pénible et compliquée s'il en fut, après les cataclysmes qui avaient bouleversé la ville et dispersé les foyers.

Pour plus de clarté, le curé Boinaud établit, sur ses anciens registres paroissiaux, qu'il avait dû, pour les soustraire au pillage et à l'incendie, garder avec lui, un certain nombre de listes avec des têtes de chapitres bien différenciées.

Nous trouvons ainsi successivement la liste de :
Ceux qui sont morts de leur mort naturelle ;
Ceux qui ont été emmenés de force ;
Ceux qui ont été massacrés et fusillés ;
Ceux qui ont passé la Loire ;
Ceux qui sont disparus après les différents combats.

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Vers la fin de Septembre 1794, M. Boinaud commença ses investigations et ses enquêtes ... Peut-être, le dimanche au prône, invita-t-il les fidèles présents à venir lui apporter les déclarations de décès et de disparitions qu'ils connaissaient ... Mais sans doute, alla-t-il lui même le plus souvent aux renseignements. Nous le voyons fort bien parcourant les différents quartiers de la pauvre ville mutilée, tantôt vers Montruonde, tantôt du côté de Roussel ou de Pineau ... Le long des ruelles, au fond des jardins, partout des décombres, des pans de murs calcinés, gardant encore l'âcre odeur de l'incendie. Ici et là, tout de même, une maisonnette tant bien que mal rafistolée, semble avoir retrouvé un semblant de vie. Timidement, au fond d'une cave, un métier a repris l'humble chanson d'autrefois ... Alors le curé s'arrête ; il se penche à la fenêtre de la cave et longuement s'informe ...

D'autres jours, guêtré et troussé, la cordelette de son bâton passée au poignée, l'abbé Boinaud s'engage par les chemins creux de sa paroisse et s'en va faire une longue tournée dans les métairies. Hélas, beaucoup sont mortes ... Là aussi, "des masures", des murs noircis qui se dressent comme des chicots ; et tout autour, la désolation des champs en friche. Les Colonnes infernales sont passées par là, en janvier ou en mars dernier ...

Pourtant, le curé de Saint-Pierre trouve de loin en loin une ferme dont la cheminée fume. Il y a là un revenant de l'Outre-Loire, échappé aux battues de Savenay, une métayère qui, de sa cachette, dans la lande de genêts proche, a vu passer les hordes de Grignon ...

Les uns et les autres, les yeux encore agrandis de visions d'épouvante, disent ce qu'ils savent, ce qu'ils ont vu ... Très simplement, d'une voix égale, ils racontent au pasteur la poignante détresse des pauvres familles décimées, des foyers brutalement dispersés aux quatre vents du ciel.

... Le soir, à la chandelle, le curé Boinaud réunit les documents qu'il a recueillis dans la journée et consigne sur ses listes les noms de tous les pauvres tisserands, fabricants, domestiques, laboureurs, disparus d'une manière ou d'une autre dans la grande tourmente.

Souvent, l'écriture est d'une autre main que la sienne, écriture malhabile, à peine lisible, avec des mots émaillés de fautes d'orthographe. Il est même assez piquant de constater que beaucoup de noms propres sont orthographiés tel qu'on les prononce à Cholet dans le patois et avec l'accent du terroir. ...

 

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En 1795, l'abbé Boinaud entretint une petite correspondance avec l'adjudant-général Savary : 

Du 8 mai 1795

Boinaud, curé de Saint-Pierre de Chollet, à l'adjudant-général Savary.
"Général, je me rends ce soir à Chollet pour y dire la messe demain, et y faire ma résidence, soit parce que mon devoir m'y appelle, soit pour y rétablir la confiance, soit enfin pour y donner lecture d'une proclamation relative à la paix que vous venez de faire avec votre armée, et propre à inspirer l'amour de l'union et de l'ordre. Je crois devoir me munir d'un sauf-conduit de votre part, sans quoi je ne paraîtrai pas. Je vous prie donc, général, si vous le jugez à propos de me le faire remettre par le porteur de la présente, d'en donner connaissance à votre troupe, afin que tout se passe sans aucun trouble, et même d'ordonner qu'il me soit remis dès ce soir, ou au plus tard demain matin, ce que vos soldats m'ont pris en différentes caches, du moins ce qui est relatif au service divin, comme ornemens, linge d'église, cire, soutanes, etc. sans quoi il me serait impossible de célébrer demain.
J'ai l'honneur, etc.
Signé, Boinaud, curé de Saint-Pierre de Chollet".

Réponse de l'adjudant-général Savary (Chollet)

"Vous êtes bien libre, M. le curé, d'entrer à Chollet lorsqu'il vous plaira ; vous y vivrez tranquillement sous la protection des lois. Vous jouissez de la confiance des habitans, vous êtes bien propre à leur inspirer l'amour de l'ordre et de l'union ; puissiez-vous apporter avec vous l'oubli du passé, la tranquillité et la paix ! ...
La troupe sera prévenue de votre arrivée ; vous pouvez vivre au milieu de nous sans crainte. Si vous aviez le moindre sujet de plainte, veuillez m'en faire part, je me charge du reste.
Quant aux objets que vous demandez, tels que, ornemens, linge d'église, etc., j'ignore s'il en a été trouvé par la troupe ; je vais m'en informer, et s'il en existe ici, je vous en procurerai. Vous voudrez bien envoyer ici demain matin. Cette lettre vous servira du sauf-conduit dont vous croyez avoir besoin".

Du 12 mai 1795

Boinaud, curé de Saint-Pierre à l'adjudant-général Savary (Chollet)

"Le bon accueil que vous m'avez fait en arrivant dans cette ville, et l'intérêt que vous m'avez marqué en plusieurs occasions, m'imposaient l'obligation de vous témoigner ma confiance et de vous ouvrir mon coeur. Je suis obligé de me retirer encore dans la solitude, parce que je suis attaqué d'un accès de goutte qui, sans me rendre très malade, m'ôte cependant la facilité d'exercer mon ministère ; et comme je n'ai ici absolument aucune ressource, il convient que j'en cherche où on m'en offre.

Une autre raison, plus pénible à mon coeur et au vôtre, me force de prendre ce parti. Quelques-uns de vos soldats ne voient les prêtres qu'avec la plus grande indignation ; ils ont tenu des propos inquiétants. Vingt personnes dignes de foi, même quelques-uns des vôtres, m'ont averti de me cacher et que j'avais à craindre . Il est malheureux que, dans un temps où il est du plus grand intérêt public d'inspirer la confiance, je sois obligé de prendre un parti qui s'y oppose ; mais, général, mettez-vous à ma place : les plus sages précautions que vous pourriez prendre n'arrêteraient pas le bras d'un homme passionné, quand il pourrait agir impunément. Je conserverai toujours pour vous des sentiments d'estime et de reconnaissance."

Réponse de l'adjudant-général Savary (Chollet)

"C'est avec peine que j'apprends, Monsieur, la résolution que vous avez prise de quitter cette ville pour retourner dans la solitude. Si vous exécutez ce projet, il pourra produire un très-mauvais effet. Les habitans, ne connaissant pas les motifs qui vous font agir, en tireront vraisemblablement des conséquences peu favorables pour la paix et la tranquillité : veuillez y réfléchir.
Je vous remercie de la confiance que vous m'accordez dans ce moment, en me faisant part de vos inquiétudes ; je vous plains d'avoir la goutte, mais si vous avez des besoins et qu'il soit en mon pouvoir de vous être utile, ne doutez pas de ma bonne volonté. Vous trouverez ici médecins et chirurgiens, enfin tous les secours que vous pouvez désirer.
Vous m'étonnez, Monsieur, en me parlant de propos menaçans de la troupe, qui pourraient vous inspirer des craintes. L'esprit du soldat m'est bonnu, et je puis vous assurer que le militaire est parfaitement disposé à la paix ; j'en ai des preuves certaines. J'ose, d'ailleurs, vous assurer qu'aucun soldat ne vous inquiètera. Prenez bien garde que des gens, peut-être mal intentionnés, ne cherchent à vous tromper. Enfin, Monsieur, je vous offre une garde pour votre sûreté. Voyez si cette proposition peut vous satisfaire ; personne plus que moi ne désire la paix avec un entier oubli du passé."

Réponse du curé Boinaud

"J'étais sorti de Chollet, lorsque votre lettre m'est parvenue ; je n'en suis pas éloigné, et j'y serais inutile, car je suis au lit. Aussitôt qu'il me sera possible, je reprendrai mon poste ; en attendant, j'ai recommandé à mon vicaire de tenir ma place. Je n'ai donné d'autres raisons de ma retraite que mes infirmités.
Je vous remercie de vos offres. Chollet est, de tous les endroits que je connais, le plus dénué et celui qui offre le moins de ressource."

Un arrêté du 16 pluviôse an VI (4 février 1798) le condamna à la déportation, mais il y échappa. Le Concordat le rétablit officiellement en son église de Cholet.

Pierre Boinaud est décédé à Cholet, le 22 août 1806, à l'âge de 64 ans.

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La Guerre de la Vendée, Cholet 1793-1794 par le Docteur Charles Coubard

AD49 - Registres d'état-civil de Cholet

AD49 - Dictionnaire de Maine-et-Loire, éditions originale et corrigée

La Vendée Historique - Henri Bourgeois - 5 avril 1908 - p. 168

Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française - Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République Française par un officier supérieur des Armées de la République - tome cinquième - Paris - 1827