La famille Dupont avait dans ses armes un pont d'argent à trois arches sur azur surmonté de trois étoiles d'argent. Elle doit compter parmi les plus anciennes de Chabanais.

L'étude des lois et la carrière des armes y furent toujours en grand honneur.

La terre de Savignac avait appartenu successivement au marquis de Léstrade et aux Lagrange-Labaudie.

C'est Isaac Dupont qui acheta la maison où sont nés les quatre frères ; elle fut acquise entre 1730 et 1740 de la famille de la Charlonnie. Elle avait été construite en 1550, en pleine renaissance, par M. de la Chalonnie, sénéchal de la principauté. A la mort d'Isaac, elle passa à François Dupont et de là aux Carnot, c'est ce qui explique pourquoi elle est connue, dans la région, sous le nom de "Maison Carnot".

Isaac-Pierre, sieur de Savignat naquit le 8 novembre 1724 à Chabanais et y décéda en 1810. Il fut avocat au parlement, juge sénéchal d'Angoumois, et devint le premier maire de Chabanais, en 1790. Il avait épousé le 14 août 1758 à Beaulieu-sur-Sonnette, Françoise-Claire Benoist de Puybaronneau (née le 11 novembre 1734 à Beaulieu et décédée à Chabanais en 1811)

Isaac eut 10 enfants, dont 6 moururent en bas âge ; les 4 autres se distinguèrent soit dans l'armée, soit dans les ordres.

Nous allons les passer en revue.

DUPONT PIERRE ANTOINE Z


PIERRE-ANTOINE DUPONT-CHAUMONT

Pierre-Antoine Dupont, dit Dupont-Chaumont (du mas Chaumont, situé à la sortie de Chabanais, sur la route de Chirac), est né à Chabanais le 27 décembre 1759.

antoine baptême z

 

Il y habita, dans la rue Basse du quartier Saint-Sébastien, la maison Guérin-Boutaud, fit ses études au collège de Magnac-Laval. A 16 ans, le 18 mai 1775, il entra comme volontaire au régiment infanterie (52e régiment) où son oncle avait été chef de bataillon. Il passa successivement sous-lieutenant le 26 juin 1776, lieutenant en second le 15 mars 1783, lieutenant en 1er le 18 novembre 1785 et devint lieutenant de la compagnie de chasseurs de ce régiment le 29 juin 1789.

A la Révolution, il fut renvoyé en semestre pour le recrutement des volontaires de son régiment, il se montra le plus actif des commissaires cantonaux. Commandant de la garde nationale de Chabanais, il fut ensuite quelque temps aide de camp de La Fayette et, en 1790, nommé président de la députation de Strasbourg à la Fédération du Champ de Mars.

Le 17 avril 1791, il passe aide de camp du général d'Aumont avec rang de capitaine d'infanterie, puis lieutenant-colonel du 24e régiment d'infanterie le 6 octobre suivant. Adjudant-général en mars 1792 et employé en cette qualité à l'armée du Nord, il se distingua dans la malheureuse affaire de Tournay où il se trouva avec ses frères auprès du général Dillon ; ses habits furent troués de balle et il fut atteint d'un coup de feu au bras droit (9 avril 1792). Sur la proposition de Carnot, il reçut, avec son frère, la croix de Saint-Louis (10 juin 1792).

Colonel du 24e régiment d'infanterie de ligne le 16 mai 1792, sa conduite à la bataille de Jemmapes, où il fut blessé grièvement au bras gauche par une balle, le fit nommer général de brigade (17 avril 1793), alors qu'il se trouvait à l'armée du Nord.

Le 1er août de la même année, il fut appelé au commandement de la ville de Douai qu'il empêcha de tomber aux mains de l'ennemi.

Suspendu de ses fonctions sous la Terreur, il se retira quelque temps à Chabanais et ne fut rappelé qu'au début de l'an III (10 décembre 1794). Réintégré dans son grade, il reçut un commandement au camp de Marly, sous les ordres de Menou, puis, avec Bonaparte, mitrailla, le 13 vendémiaire, sur les marches de Saint-Roch, les bandes royalistes de Danican. Traduit devant un conseil d'enquête pour excès de sévérité contre les déserteurs, il fut acquitté.

Dupont Chaumont signature 3 z

Employé à la 17e division militaire en 1795, il fut promu au grade de général de division le 1er septembre et envoyé, par la Convention nationale, dans les départements de l'Ouest pour s'y opposer au débarquement des Anglais. Comme inspecteur, il visite le 2 septembre 1796 le 13e chasseurs à cheval, reste dans ces fonctions à l'armée du Nord jusqu'en juin 1799, où il fut mis en traitement de réforme. Cette disgrâce fut de courte durée, car il fut remis à la disposition du ministre de la guerre le 30 juillet suivant. Après le 18 brumaire, Bonaparte lui confia la 14e division militaire à Caen.

Chargé par la suite de l'inspection générale de l'infanterie de l'armée du Rhin, puis de l'armée du Nord, il fut remis en non activité en 1801. En 1803, Bonaparte le rappela et lui confia le commandement de la 27e division militaire (Turin) en remplacement du général Rivaud. Quelques démêlés qu'il eut avec le général Menou le décidèrent à remettre son commandement (14 mai 1805).

Lors de l'établissement du trône de Hollande, il fut nommé ministre plénipotentiaire à la cour de La Haye (juin 1806) et accompagna le roi Louis en Prusse. Il continua à le servir diplomatiquement et militairement et fut fait grand cordon de Hollande en 1807.

Napoléon n'ayant pas accepté, l'institution de cette décoration, Louis la transforma en Ordre de la Réunion et Dupont-Chaumont fut compris dans la première promotion avec le grade de Grand-Croix.

Malgré cette distinction, le caractère soupçonneux et maladif de Louis n'allait pas tarder à rendre la situation d'ambassadeur difficile à Dupont-Chaumont. L'empereur ayant appris la mésintelligence qui régnait dans le ménage royal avait écrit à Louis pour lui en faire reproche ...

Envoyé en Italie en 1810, Dupont-Chaumont fut mis à la retraite deux ans plus tard (25 juin 1812), avec une pension annuelle de 4.776 francs.

Au retour des Bourbons en 1814, alors que son frère était au gouvernement, il fut remis pour la quatrième fois en activité. Nommé inspecteur général de l'infanterie de la 1re division militaire, il reçut les grades de grand-officier de la Légion d'honneur et de commandeur de Saint-Louis (août 1814) et le titre de comte le 24 septembre suivant.

Dupont Chaumont décès z

Destitué au retour de Napoléon, il fut réintégré par la deuxième Restauration. Appelé au commandement de Saint-Cyr, il fut ensuite gouverneur de l'École militaire de La Flèche. Il y resta en activité jusqu'au 21 mars 1821, époque à laquelle il fut définitivement mis à la retraite. Il se retira dans une propriété qu'il avait à Chaillot près de Paris. Il y mourut le 16 février 1838.

Au cours de sa carrière, Dupont-Chaumont vint peu souvent à Chabanais ; cependant il y laissa "la réputation d'un brillant officier, fort brave, fort instruit, mais aussi très indépendant".

 


 

DUPONT DE POURSAT Z


PIERRE DUPONT-POURSAT

Pierre Dupont, dit Dupont de Poursat, du nom de la propriété de Poursat, commune de Saulgond, est né à Chabanais le 3 juin 1761. Il se destina aux ordres et fit ses études à Magnac-Laval, puis au séminaire de Paris.

Pierre évêque baptême z

Au moment de la Terreur, il resta à Chabanais sans être inquiété. Lors du rétablissement du culte, il fut attaché au clergé de la Charente.

Il était grand vicaire à Angoulême au moment de la victoire de Braunsberg, gagnée en 1807 par le général Dupont. C'est à la suite de ce succès que Napoléon écrivit au général en lui annonçant "qu'en témoignage de sa satisfaction, il nommait son frère, l'abbé Dupont, au siège épiscopal de Trèves.

A cette occasion, le général Dupont écrivit à Blanchon, de Saint-Maurice, quelques lettres et dont le caractère intime nous fera connaître exactement les sentiments qu'éprouva l'abbé Poursat à la nouvelle de cette nomination et son attachement pour son pays natal.

"Il faut que je t'apprenne, mon cher Blanchon, une nouvelle à laquelle tu ne t'attends guère. Qui croirait en effet que Trèves a été chercher un évêque à Chabanais ? Tu te peins facilement la sensation publique ; le "pavé" en sera ému ; la bonne famille l'apprendra avec plaisir et peine et Poursat sera lui-même bien triste de cette séparation. Qui a jamais eu sous la mitre un coeur plus sensible ? Ce siège est bien éloigné, mais le chemin est par Paris où P. a ses anciennes habitudes et les amitiés de séminaire et où une autre famille l'attend. Je l'engage toutefois à ne pas se presser de partir ; tu connais Trèves et tu pourras lui en donner une idée en lui faisant ton compliment en toute humilité chrétienne. Sais-tu bien le ton qu'il faut pour parler à un prélat dont les prédécesseurs ont été princes et électeurs ? Mais ce nouveau Monseigneur aimera peut-être autant que tu lui parles avec plus de familiarité et d'amitié ..."

Comme le général Dupont l'avait prévu, cette nomination ne fut pas sans causer une grosse surprise dans la famille et une grosse émotion au nouvel évêque. C'est ce qu'il nous apprend par une autre lettre :

"... Qui a été frappé comme de la foudre en apprenant sa nomination ? Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'il a délibéré s'il accepterait ou non. Un refus de sa part m'aurait fait passer moi-même pour tout, après mes démarches".

Sacré le 16 janvier 1808, Dupont-Poursat ne prit jamais possession de son poste et ce n'est qu'en 1815 qu'il fut nommé évêque de Coutances, où "ce respectable prélat remplit tous les devoirs de son saint ministère avec le zèle et les vertus d'un véritable apôtre."

Napoléon lui conféra le titre de baron d'Empire.

En 1832, sa santé déclinant, il fut frappé d'une hydropisie de poitrine et dut partir en convalescence à Chabanais. Il décéda le 17 septembre 1835, âgé de 75 ans, en sa bonne ville de Coutances.

Lors de ses voyages à Chabanais, il jouissait d'une grande considération auprès de ses compatriotes et il occupait, dans la maison familiale, le salon converti en chambre et qui fut appelé "chambre de Monseigneur Poursat".

Il fut le parrain, avec la comtesse Dupont comme marraine, de Mlle Claire-Grâce Carnot. Par son testament, il lui légua son domaine du Mas-Chaumont.

DUPONT POURSAT DECES

 

 


 

 

DUPONT DE L'ETANG GENERAL Z


PIERRE DUPONT-L'ÉTANG (Le Général)

Pierre Dupont, le 3e fils d'Isaac Dupont, naquit le 4 juillet 1765 ; il prit comme nom de distinction celui de Dupont-l'Étang, du nom de l'Étang Bouchaud, qui avait déjà été porté dans la famille, sans que nous puissions en préciser l'origine ; il conserva ce nom jusqu'à sa nomination de général de brigade. C'est lui qui devait laisser la plus grande place dans l'histoire. 

Pierre baptême z

C'est en Hollande et dans la légion française de Maillebois que M. Dupont fit ses premières armes en qualité de sous-lieutenant. Après le licenciement de ce corps, il passa dans l'artillerie hollandaise, et fut rappelé en France en 1791, par suite des décrets rendus au nom de Louis XVI (3 et 22 juillet) pour organiser l'armée sur le pied de guerre.

Successivement, aide-de-camp du général Théobald Dillon, et, après la déplorable fin de ce dernier, dont il partagea les périls à la déroute de Tournay, attaché en la même qualité à Arthur Dillon, son frère, qu'il suivit à l'armée du Nord (juin 1792), M. Dupont combattit à Valmy, aux Islettes, et passa comme chef d'état-major à l'armée de Belgique. La hardiesse et la précision de vues qu'il fit adopter pour neutraliser la menace du duc d'York contre Dunkerque amenèrent la retraite de ce dernier et la victoire d'Hondscoote. Quelques jours après un trait de bravoure personnelle, devant le camp de Menin, où il fit mettre bas les armes à un bataillon de grenadiers, lui valut le titre de général de brigade.

Il resta sans emploi en 1793, et échappa ainsi, dans la retraite, aux proscriptions de la Terreur ; mais il reprit de l'activité sous le Directoire, et fut employé par Carnot à la direction du cabinet topographique, où s'élaboraient les combinaisons stratégiques et les plans et instructions transmis aux chefs d'armées.

M. Dupont de l'Étang, que ses sentiments intimes associaient à la réaction qui s'était opérée après le 9 thermidor dans le sens des idées monarchiques, fut nommé, en mai 1797, général de division et directeur du dépôt de la guerre.

Écarté un moment de ce haut emploi après le 18 fructidor, il le recouvra bientôt, prit part à la journée du 18 brumaire, et devint chef d'état-major de l'armée de réserve réunie au pied des Alpes. Après la bataille de Marengo, où il eut sa part de gloire, il fut chargé par le premier consul d'organiser en Piémont un gouvernement modelé sur celui de la France ; et la direction qu'il sut lui donner fit le plus grand honneur à ses talents administratifs.

Il ajouta encore à sa réputation militaire par l'expédition qu'il fit bientôt après en Toscane. Maître de Florence, il y organisa un gouvernement provisoire ; puis traversant le Mincio, à la tête de 14.000 hommes, il remporta sur les Autrichiens, au nombre de 45.000 combattants, une victoire éclatante devant Pozzolo.

Le théâtre de la guerre était changé à l'ouverture de la campagne de 1805, mais à la grande armée d'Allemagne, M. Dupont se trouva encore en face du même ennemi. N'ayant à ses ordres que six bataillons d'infanterie et trois régiments de cavalerie, il battit 30.000 Autrichiens devant Ulm, leur fit 4.000 prisonniers, et, deux jours après, tint tête encore, malgré la même infériorité numérique, au prince Ferdinant, qui ne put réussir à le déloger de sa position d'Albeck. Ayant reçu quelques renforts, il reprend bientôt l'offensive, et, dans la retraite de l'ennemi sur la Bohême, lui enlève 2.000 hommes ; puis, par une manoeuvre qui doit terminer la campagne, il attire à sa rencontre le général en chef Koutousof, à la tête de 10.000 Russes, le rompt et dégage ainsi le corps du général Mortier, que le premier tenait en échec, et prêt à s'en rendre maître, dans un défilé, en avant de Diernstein (Basse-Autriche), sur la rive gauche du Danube.

La campagne de Prusse (1807) devait porter à son apogée la réputation militaire du général Dupont de l'Étang : en effet, la victoire de Bartenstein, la prise de Halle, celle de Lubeck, à laquelle il eut une part si importante, ainsi qu'à la journée de Friedland, l'avaient classé au rang des tacticiens les plus habiles. C'est sur le dernier de ces champs de bataille que Napoléon le décora du grand-cordon de la Légion-d'Honneur. Déjà il lui avait conféré le titre de comte de l'empire ; mais c'est alors aussi qu'il fut envoyé en Espagne.

Le comte Dupont de l'Étang fut arrêté à son retour en France pour être livré à un conseil de guerre, sous l'accusation de trahison, et cette affaire n'était pas encore instruite quand survinrent les évènements de 1814. Alors son malheur devint le titre qui le recommanda au choix que fit de lui le gouvernement provisoire en qualité de commissaire au département de la guerre, et, comme le baron Malouet, il s'affranchit des scrupules de ses collègues, en signant, le 13 avril, le décret qui imposa la cocarde blanche à l'armée. Louis XVIII ne put conserver le général Dupont dans ce poste, à cause de la vivacité des réclamations que soulevaient déjà plusieurs actes de sa courte administration, à laquelle on a reproché surtout l'introduction de l'arriéré et de la confusion dans toutes les branches du service de la guerre.

Remplacé par le maréchal Soult, le comte Dupont de l'Étang fut nommé commandeur de l'ordre de Saint-Louis, et envoyé à Angers comme commandant de la 22e division militaire. Destitué au 20 mars, puis réintégré après les Cent-Jours et appelé au conseil privé du roi, il présida le collège électoral de la Charente, qui le nomma son député à la chambre de 1815 ; il y vota avec la minorité. Le même collège le réélut à toutes les législatures successives jusqu'à celle que termina l'adresse des 221, dont le comte Dupont ne fit point partie, quoique habituellement il siégeât au centre gauche.

Une ordonnance royale en date du 13 août 1832 a admis à la retraite de son grade de lieutenant-général le comte Dupont de l'Étang, qui, depuis, a toujours résidé à Paris, où il vécut fort retiré, continuant sans doute à faire son délassement de la poésie, qu'il a cultivée autrefois avec passion. On cite de lui, entre autres productions, un poème intitulé "La Liberté" - in-8°, 1799, qui a obtenu la première mention honorable de l'Institut. Sa "Lettre" apologétique sur l'évènement de Baylen, d'abord imprimée isolément en 1823, a paru de nouveau en 1827, à la suite d'une brochure intitulée : Observations de M. le lieutenant général comte Dupont sur l'Histoire de France (de Montgaillard), in-8°.

Dupont de l'Etang signature z

Malgré sa carrière mouvementée, Dupont fit de nombreux séjours à Chabanais où il semble d'abord avoir été sympathique. "Se mêlant à la population, il était devenu très populaire ... Aimant particulièrement son pays natal, il éprouvait un grand plaisir à faire de longues visites dans les bonnes familles de Chabanais, toutes plus ou moins parentes avec les Dupont : l'usage étant autrefois de contracter mariage dans son voisinage, car on voyageait peu et l'on n'avait guère de relations aux dehors".

Son influence bienfaisante au cours de la révolution se fit sentir à plusieurs reprises en modérant le zèle de ses compatriotes les plus ardents.

Si le séjour dans sa ville natale lui était cher, la séparation, quand il fallait la quitter, n'en était que plus cruelle. La vivacité de ses sentiments éclate dans ses lettres les plus intimes :

"... J'ai quitté Chabanais le jour même de l'ouverture des vendanges ... Jamais il n'y eut raisin meilleur, un temps plus aimable, plus de richesses bachiques ; il m'en a bien coûté de partir ainsi. J'ai eu du moins la douce satisfaction de mener ma bonne maman à la vigne, de manger du raisin excellent cueilli de sa main et de rappeler pour un moment les douceurs d'un autre âge".

Plus tard, il écrit encore : "... Voilà l'influence du pays, j'y suis soumis autant que personne, car je ne sais pas encore si je dois me plaindre ou m'applaudir du sort qui m'en a tiré. Les liens de famille n'ont jamais été plus puissants qu'en nous. Tu sais qu'il a toujours fallu du canon pour me faire sortir de Chabanais ; que l'on m'y ramène avec ma chère Grâce [sa femme] et j'y oublierai le monde entier."

Comme il le dit lui-même, il a fallu toujours le canon pour le sortir de Chabanais et, au moment le plus glorieux de sa carrière, il lui arrive de regretter ces nombreuses guerres, qui lui permettent de se couvrir de gloire, mais l'arrachent sans cesse à son véritable bonheur qui serait de vivre parmi les siens.

"Cela fini, il faudra, dit-on, marcher au Russes ! Que ne restent-ils chez eux et que ne rentrons-nous chez nous ! ... Une Grâce si chère, un petit Gustave si gentil ! dis-moi, je te prie, si la gloire est plus belle que tout cela n'est doux.
Adieu, mille choses à Mme Blanchon.
Je t'embrasse".

Rochebrune z

C'est en 1815 que Dupont fit l'acquisition du château de Rochebrune, appartenant alors au marquis Gilbert Colbert. "Le château était dans un état de délabrement complet. Qu'était devenu le mobilier ? Il fallut faire des travaux urgents".

Désormais ses lettres seront pleines de projets concernant cette acquisition ; il se passionne pour son nouveau domaine et n'a qu'un désir, vivre tranquille près des siens, dans cette patrie d'élection. Du fond de la Prusse, il envoie ses ordres, ses plans à son vieux père qui surveillera les différentes transformations. Et chevauchant sa bourrique, le brave père se rend chaque jour à Rochebrune, heureux de faire exécuter les idées de ce fils qui se couvre de gloire à l'armée.

Il eut une relation à Maastricht, avec Maria Wilhelmina Royen, dont est né un fils le 12 mai 1790, Pierre-Jacques-Amand, qui fut lieutenant-colonel du Génie. Il fut fait chevalier de la Légion d'honneur le 29 juillet 1814 ; officier le 20 avril 1839 et commandeur le 16 mai 1850 ; a fait la fin de la campagne de 1813 et la campagne de 1814 à l'armée d'Italie ; décédé le 29 avril 1865.

Il avait épousé Jeanne-Joséphine-Grâce Bergon, le 26 décembre 1804, dont :

Gustave-Jean-Pierre-Théophile, né en 1806, mort en 1843, qui travailla à la réhabilitation de son père en recherchant les documents permettant d'éclairer Baylen. Lui-même laissa un fils, le comte Arthur Dupont (1839-1920), mort sans postérité, qui consacra sa vie en fondations pieuses et en oeuvres de charité, installant même un asile de vieillards dans son propre château.

Athénaïs-Claire-Joséphine-Grâce, qui épousa le comte Eugène de Richemont (1800 - 1859), célèbre par ses travaux scientifiques, en particulier sur la soudure autogène du plomb.
De cette union naquirent cinq enfants, dont deux filles, qui s'allièrent à la famille de Dampierre, et trois fils, dont l'un Alexandre de Richemont (1833 - 1913), fut député de l'Indre. Son fils, le comte Romuald de Richemont, arrière-petit-fils du général Dupont, devint possesseur du château de Rochebrune à la mort du comte Arthur Dupont.

Dupont de l'Etang décès z

Pierre Dupont de l'Étang est décédé à Paris, le 7 mars 1840.

 


 

dupont savignat portrait z

FRANÇOIS DUPONT-SAVIGNAT

François Dupont fut connu d'abord sous le nom de Dupont-Chaumont (tous ses brevets jusqu'en 1798 portent cette appellation, qui l'a fait souvent confondre avec son frère aîné), puis sous celui de Dupont-Savignat. Il naquit à Chabanais le 12 janvier 1769.

François baptême z

Il fit ses études à Magnac-Laval et prit du service en Hollande, où il était lieutenant d'artillerie en 1787. Rentré en France à l'époque de la Révolution, il fut, le 12 septembre 1791, nommé sous-lieutenant au 22e d'infanterie. Le 18 décembre de la même année, il passa aide de camp du général duc d'Aumont, en remplacement de son frère nommé lieutenant-colonel. Le 12 janvier 1792, il fut nommé capitaine au 24e régiment d'infanterie, servit à l'armée du Nord, "assista à la malheureuse affaire de Tournay où il courut les plus grands dangers".

Le 12 octobre 1793, il fut autorisé, par les représentants du peuple à l'armée du Nord, à se retirer à Chabanais pour y attendre les ordres du ministre de la guerre. "Il fut choisi par le département de la Charente pour aller à Paris suivre les cours de l'École normale qui venait d'être fondée et perfectionner, sous d'illustres professeurs, une éducation très soignée déjà, afin de répandre plus tard, de concert avec ses condisciples, les lumières de la science dans toute la République française. Quoiqu'il fût très capable de le faire d'une manière distinguée, les évènements ne permirent pas à François Dupont de se livrer à l'enseignement public. Il poursuivit sa carrière militaire dans l'état-major".

Sous le Consulat, il fut attaché au ministre de la guerre Carnot qu'il accompagna en Allemagne dans une mission délicate où il s'agissait de déterminer Moreau à détacher de son armée, au profit de celle que commandait Bonaparte, un corps de troupes dont l'intervention fut décisive dans la campagne de Marengo. Il devint successivement chef d'escadron (an IX - 1801), aide de camp de son frère qui était gouverneur militaire du Piémont, chef de brigade, colonel (an XIII - 1805) et colonel d'état-major en 1806. C'est à cette époque, et sur son désir, qu'il fut nommé par Napoléon inspecteur général de la nouvelle administration des haras (24 juillet 1806).

Investi de la confiance du ministre, le duc de Cadore, il se consacra tout entier à ses nouvelles fonctions, accomplit plusieurs missions importantes et ne prit sa retraite qu'en 1835, pour s'établir à Limoges où il s'était marié le 16 décembre 1801 avec Thérèse Nyeaud. Il passait l'été à sa campagne de Savignat, près Chabanais, où il a vécu jusqu'en 1845, occupé de travaux agricoles, de plantations de semis et d'études littéraires. "C'est lui qui planta les belles allées et les belles futaies qui entourent Savignat et qui font l'admiration des visiteurs. Il avait transformé le domaine où il est mort ; justement estimé de tous ses voisins, et laissant après lui la mémoire d'un homme instruit, et ce qui vaut mieux, d'un homme de bien". Il est décédé le 29 juillet 1845.

Dupont-Savignat deces z

Il eut quatre fils et une fille. Sa fille Claire-Jeanne-Marie-Grâce se maria avec Hippolyte Carnot, fils de l'organisateur de la victoire. De ce mariage naquirent deux fils : l'un, Sadi-Carnot, le président de la République ; l'autre Adolphe Carnot, père de l'ancien député de la Charente, M. Jean Carnot.

"La propriété de Savignat fut acquise vers 1810, par François Dupont, elle provenait des d'Abzac de la Douze, famille du Périgord.

L'ancien château bâti au XVIIe siècle (style Mansard) par Gabriel d'Abzac, a été démoli et remplacé par une maison moderne, par la famille Carnot, vers 1875".

Notons que le grand Carnot avait épousé, étant en garnison à Saint-Omer, Mlle Sophie Dupont, dont la famille, originaire du Poitou, se transplanta en Artois.

Cette similitude de noms a amené, après quelques recherches, Hippolyte Carnot et Babaud-Laribière à considérer comme vraisemblable que ce soit une branche de la famille Dupont de Chabanais, qui soit passée successivement à Poitiers, avec Charles Dupont, conseiller au présidial de Poitiers, qui épousa Jeanne Baron, fille du célèbre jurisconsulte Eguinard Baron, mort en 1555, auteur de l'Économie des Pandectes, et en Artois, avec Jacques Dupont, né à Poitiers en 1668, conseiller du roi, receveur général de ses domaines, à Arras, et mort dans cette ville en 1737.

 

Études locales : Bulletin de la Société charentaise des études locales - 10e année - n° 87 - Janvier 1929.

Encyclopédie des gens du monde ... T. 8.2 DOM-DYT - 1833-1844

AD16 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Chabanais

Etat-civil de Paris en ligne