Flers a sa légende dont la tradition fidèlement transmise est venue jusqu'à nous.

La légende conserve le souvenir de quelque fait historique dès longtemps perdu et oublié, si elle ne l'avait à jamais fixé dans les mémoires, en lui prêtant cet attrait indéfinissable du merveilleux et du surnaturel qui séduira toujours les imaginations.

Flers légende z

Donc près de la ville de Flers, se trouve un bois au milieu duquel l'on peut voir un petit étang. C'était là qu'était placé, nous dit la légende, il y a bien longtemps, un couvent fondé par un pécheur repentant. Durant les premiers temps, les moines y menèrent si sainte vie qu'ils édifièrent toute la contrée par leurs exemples. Mais ils s'écartèrent peu à peu de la règle : les chants profanes remplacèrent les pieux cantiques ; l'esprit du mal hanta la sainte maison, et les joies mondaines en franchirent le seuil.

Or, une nuit de Noël, alors que tous les fidèles pieusement agenouillés saluaient de leurs chants la venue du Christ, les moines, au lieu d'aller à l'église, restèrent au réfectoire ; à l'heure de minuit, tous étaient encore là, le verre à la main, même le frère sonneur. Tout-à-coup la cloche sonne d'elle-même, lentement d'abord, puis à rapides volées, et d'un son si extraordinaire que les fidèles au loin en furent tout saisis. Le silence se fait au réfectoire, les moines pâlissent, le verre s'arrête sur leurs lèvres ; mais un plus téméraire, plus impie que les autres, s'écrie : "Entendez-vous la cloche, frères ? Christ est né ; allons ! une rasade à sa santé !" Tous élèvent leurs verres, mais pas un n'a le temps de boire, un éclair brille à travers les vitres ; un coup terrible de tonnerre frappe le couvent, les murs massifs s'ébranlent, la terre s'entr'ouvre, et moines et couvent, l'église et le clocher, tout disparaît dans l'abîme.

Les paysans qui venaient à la messe de minuit, ne trouvèrent que le petit lac, dont l'eau bouillonnait encore, et au fond duquel on entendit le son d'une cloche jusqu'à la première heure du matin.

Chaque année, la nuit de Noël, les cloches s'agitent encore au fond du lac et des profondeurs de l'abîme s'élèvent les chants des moines : ils ne cessent qu'avec l'aurore.

La donnée de cette légende est vrai : en effet, il y avait bien réellement dans le bois de Flers un ermitage dont Louis de Pellevé, en 1637, fut le bienfaiteur ... En 1673, l'évêque de Bayeux supprima l'ermitage.

 

Histoire de Flers, ses seigneurs, son industrie - par Hector de Masso La Ferrière-Percy - 1855