Le 27 novembre 1814, les officiers chouans et vendéens de la Normandie se sont rendus à Versailles chez Mme la marquise de Flers pour lui remettre la décoration du lys de la part du Roi.

Ils avaient à leur tête le général Sapineau, MM. Deprat et de Saint-Paul. Le général, en présentant le lys à Mme de Flers, lui a dit : "C'est une faible mais honorable marque de reconnaissance pour les nombreux services que vous avez rendus."

A l'époque des guerres de la Vendée, Mme de Flers, dont la maison est une des plus anciennes et des plus distinguées de la Normandie, s'est signalée par un dévouement sans bornes à la cause royale.

Pour subvenir aux frais de la guerre, elle avait fait couper ses bois et enlever le plomb de son château. Elle a été arrêtée trois fois et traduite à Caen avec M. de Flers, son mari, devant une commission militaire. Elle ne s'est sauvée que par des sacrifices immenses d'argent et le bonheur qu'elle a eu d'anéantir les pièces qui pouvaient la perdre.

Madame de Flers a donné à MM. les officiers un grand dîner, où l'on a porté debout la santé du Roi et de son auguste famille. On a aussi porté celle de M. le prince de la Trémouille, dont la loyauté et le noble caractère rappellent les brillantes qualités des anciens chevaliers français. Toute la famille de Flers était présente à cette fête et représentée par MM. le comte de Flers, ancien capitaine dans l'armée catholique et royale, connu dans cette guerre par des traits nombreux de courage et de dévouement ; par MM. le marquis de Flers, brigadier des chevau-légers ; le vicomte de Flers, mousquetaire, et le chevalier de Flers, garde-du-Corps du Roi.

Journal de Paris - n° 335 - Jeudi 1er décembre 1814

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La famille de la Motte-Ango, originaire de Normandie, a l'honneur de descendre d'un neveu de saint François de Paule.

PIERRE-FRANÇOIS de PAULE DE LA MOTTE-ANGO, marquis de Flers, né et baptisé en la paroisse de la Trinité-des-Laitiers (61) le 6 septembre 1747, fut reçu chevalier de l'ordre de Malte par bref de minorité du 26 août 1749, confirmé par bulle du grand-maître de Rohan, du 5 septembre de la même année. Ses preuves furent admises à Malte par décret du 8 juillet 1750, et il paya son droit de passage le 2 septembre suivant.

D'abord contraint à prononcer des vœux monastiques, il avait réussi à s'en faire libérer au terme d'un long procès (1770-1775)

Il fut fait lieutenant en second au régiment du Roi, infanterie, le 16 février 1763, puis conservateur des chasses de la forêt de Monthère le 17 février 1776.

Bravant l'opposition de son père, il épousa, par contrat du 23 août 1777, Jacqueline-Louise-Rosalie Le Goué de Richemont, née au Mans, le 28 décembre 1741, fille de messire Jacques-Louis le Goué de Richemont, ancien gentilhomme servant de la reine, et de dame Suzanne Rousseau de Paradis (mariés au Mans, paroisse Notre-Dame-de-la-Couture, le 13 février 1741). Il s'installe au Mans et s'adonne à sa passion des orgues mais au moment de la Révolution, il quitte cette ville.

Le marquis de Flers est mort à Versailles, le 23 mai 1802.

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Il avait eu de son mariage un fils nommé Hyacinthe-Jacques-Pierre de la Motte-Ango, comte de Flers, né le 28 juillet 1778 ; maître de poste au Mans ; marié le 20 ventôse an VIII (11 mars 1800), à Versailles avec Joséphine La Flèche de Grandpré ; dont :

- Hyacinthe-Jacques, marquis de Flers, né en 1803, conseiller à la Cour des comptes, chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre du Mérite de Saint-Joseph de Toscane, etc., fut chargé de missions diplomatiques en 1839 et 1840. Il épousa, le 9 juin 1835, Hélène Vitalie, d'une famille noble de Zante (îles Ioniennes), fille de Spiro Vitali, chevalier de l'ordre royal du Sauveur (Grèce), et d'Éléonore de Colloredo. Son contrat de mariage fut signé par le roi Louis-Philippe, la reine Marie-Amélie, Madame Adélaïde d'Orléans, etc, dont : Hyacinthe-Camille-Spiro-François de Paule, né en 1836 et Jean-Robert-Raoul, né en 1846.

- Ferdinant, comte de Flers, né en 1804, mort sans alliance en 1833 ;

- Octavie, comtesse de Flers, dame de l'ordre royal de Thérèse (Bavière), mariée au marquis de Lambertye, morte en 1847.

Il hérita du comté de Flers. En 1806, il vendit cette admirable terre, respectée par la révolution, à Sigismond Ehrenreich, comte de Redern de Bernsdorf. Elle comprenait alors 686 hectares, la forêt d'Halouze et le bois Dauphy d'une étendue de 2,838 hectares ; l'emplacement du château des sires de la Lande-Patri et l'ancien ermitage de la forêt d'Andaine, qui avait été vendu par les moines de Lonlay, en 1563, moyennant 1,580 livres, à Pierre Potier, sieur de Lude, et plus tard était devenu le rendez-vous de chasse des seigneurs de Flers ; il est décédé le 24 janvier 1835.

Jacqueline-Louise-Rosalie Le Goué de Richemont est décédée à Versailles, en son domicile rue d'Anjou, n° 12, le vendredi 18 août 1815, à l'âge d'environ 73 ans.

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En l'an III (1795), à la suite de la pacification de la Mabilais (1er mai), et de celle de Bazouges (7 mai), le directoire du district de Domfront donna des passeports à plusieurs chefs de chouans, et notamment à MM. de Frotté, de La Rosière, Commarque et de Laroque, pour se rendre à Flers dans la maison de la citoyenne Ango (style du temps). Là, ils devaient s'entendre avec tous leurs hommes pour les amener à déposer les armes.

Frotté, rentré en France avec le comte de La Rosière dans les premiers jours de 1795, n'avait pas voulu signer le traité de la Mabilais. Depuis son retour de la Prévalaye, il se considérait comme en état de simple trève vis-à-vis de la République ; et le château de Flers, dont les plombs avaient déjà servi plus d'une fois à faire des balles, était devenu bien plutôt le quartier-général de l'insurrection que le centre de cette mensongère pacification.

Un des derniers survivants de ces terribles luttes nous disait ; qu'il y eut à Flers, comme à Rennes, durant quelques mois, un étrange mélange d'hommes, d'uniformes et de cocardes ; bleus et blancs se promenaient ostensiblement et amicalement ensemble. Le représentant du peuple, Lozeau, alors en mission en Basse-Normandie, en prit ombrage ; il envoya à Flers l'adjudant-général Mignotte, avec mission de lui rendre compte de l'état des choses.

Voici ce que celui-ci lui écrivait de Falaise :

"Conformément à ton ordre, je me suis rendu au château de Flers, où j'ai rencontré des hommes armés. Les chefs, Frotté, Laroque et autres, m'ont invité à entrer, ce que j'ai fait. Voici les questions que je leur ai adressées :
"- Pourrais-je vous demander sans indiscrétion, citoyens, s'il vous est permis d'avoir une force armée chez vous ? - Oui, ont-ils répondu, c'est un des articles du traité ; nous avons le droit de garder une force armée pour notre sûreté personnelle.
- Pourrait-on savoir en quoi consiste cette force armée, et quelle espèce d'hommes la composent ? - Nos gardes sont composés de nos anciens chouans et déserteurs qui nous viennent. Nous nous proposons de les organiser et de les habiller d'un uniforme dont nous avons fait le choix.
- Pourquoi, citoyens, n'êtes-vous pas décorés de la cocarde tricolore ? - Parce que, d'après le traité, nous sommes libres de n'en point porter.
- Est-il vrai qu'il y a eu, hier, devant le château, un rassemblement où l'on faisait l'exercice ? - Oui.
- Pendant ce temps, mes dragons ont aperçu des cartouches en paquet, des armes à feu."

Si les demandes étaient nettes et précises, les réponses ne l'étaient pas moins. On jouait carte sur table.

Le séjour de Frotté et des autres chefs se prolongea dans le château de Flers. Dans le courant de prairial, le bruit se répandit qu'une colonne mobile devait partir de Condé-sur-Noireau pour arrêter MM. de Frotté et Laroque. En moins de quelques heures, le château, la cour, les environs, furent remplis de chouans. Ils tinrent conseil, puis se séparèrent.

La colonne mobile vint, en effet, et emmena les deux chefs à Condé-sur-Noireau, où se trouvait le représentant Lozeau. Sur leurs explications, il les renvoya à Flers.

A quelques jours de distance, un courrier, parti de Caen en toute hâte et envoyé par une dame en correspondance avec M. de Frotté, les avertit de nouveau que le château de Flers devait être cerné le lendemain par plusieurs colonnes mobiles parties de plusieurs points différents. M. de Frotté ne tint d'abord aucun compte de l'avertissement ; puis dans la nuit il se ravisa, rappela le messager, lui fit répéter tout ce qu'il savait, puis sur l'heure donna l'ordre du départ. Les bleus arrivèrent à la pointe du jour, mais ils trouvèrent le château abandonné.

Lors de la prise d'armes de 1799, Frotté revint dans le château de Flers, dont il fit de nouveau son quartier-général ; c'est de là qu'il se rendit à l'inutile conférence de Pouancé, et y laissa pour le remplacer le baron de Commarque.

En 1795, lorsque Frotté et ses lieutenants vinrent pour la première fois, s'installer dans le château, M. et Mme de Flers y étaient ; le jour où les chouans s'y rendirent en foule, à la première nouvelle du danger de leur chef, Mme de Flers fut tellement effrayée qu'elle se retira à sa forge de Varennes, où elle resta jusqu'au 9 thermidor de l'an V.

Le 9 thermidor an VI (27 juillet 1798), victime d'une dénonciation, elle fut citée devant le Conseil permanent de la 14e division militaire siégeant à Caen et présidé par le chef de brigade Place. Dans l'acte d'accusation, il était dit que la citoyenne Jacqueline Legoué, épouse du citoyen Paul-François-Pierre Ango, dit de Flers, demeurant à Caen, propriétaire visant de son bien, âgée de cinquante ans, native du Mans, taille d'environ quatre pieds onze pouces, cheveux et sourcils châtains et figure pâle, était prévenue d'embauchage.

Atteinte d'une maladie grave, elle obtint de ne pas comparaître et de se faire défendre par le nommé Simon, homme de loi à Caen, et fut acquittée à l'unanimité.

Le considérant du jugement porte que "l'accusation portée contre la citoyenne Legoué de Flers présente tous les caractères de la calomnie et d'une passion haineuse ;

Que la réunion des chouans, dont il est fait mention au procès-verbal, n'était rien autre chose que la suite d'un ordre donné aux chefs des chouans, Frotté et autres, par l'autorité administrative de Domfront, ordonnant que les chefs prendraient le domicile du citoyen Ango de Flers, époux de l'accusée, pour y établir le centre de la pacification du district, en vertu des traités de la Mabilais.

Le Conseil de guerre voulant (ce sont ses propres expressions), manifester l'innocence et montrer son indignation contre l'innocence et montrer son indignation contre la calomnie, arrête que la citoyenne Legoué serait libre de diriger toute poursuite de droit contre ses faux dénonciateurs et délateurs ; que ce jugement serait imprimé au nombre de deux cents exemplaires. [L'exemplaire est resté dans le Chartrier du château de Flers ; il est signé par séries : Brizard, Dumas, Laroque, Lesné, Soyez et Place, juges et président ; Chesnery, capitaine rapporteur ; Duzas, commissaire du pouvoir exécutif].

Le capitaine rapporteur se transporta avec son greffier au domicile de Mme de Flers, lui donna lecture du présent jugement en présence du gendarme désigné à sa garde, et signifia au gendarme de cesser la mission dont il était chargé, à l'expiration des vingt-quatre heures exigées par la loi (temps requis pour l'appel en révision du comissaire du directoire exécutif près le Conseil).

Le 18 février 1800, un incendie allumé par les troupes du général Gardane qui avaient fait du château une caserne et un magasin pour leurs vivres, dévora l'intérieur de la plus vieille partie du château, élégante construction du XVIe siècle, attribuée à Nicolas de Grosparmy.

 

Archives généalogiques et historiques de la Noblesse de France ... publiées par M. Lainé - Tome quatrième - 1834

MUSEFREM - Base de données prosopographiques des musiciens d'Église en 1790

Histoire de Flers, ses seigneurs, son industrie - par Hector de Masso La Ferrière-Percy - 1855

AD78 - Registres d'état-civil de Versailles

Annuaire de la noblesse de France ... publié par M. Borel d'Hauterive - 1874 - trentième année

Mémoires de René-Pierre Nepveu de la Manouillère, chanoine de l'église du Mans par l'abbé Gustave Esnault - Tome premier - 1759-1780 - 1877