Correspondance saisie chez Jaudonnet de Laugrenière au château de La Fougereuse, son quartier général près d'Argenton-Château.

SAUMUR VUE Z

Saumur, département de Maine et Loire

Citoyen Ministre

Nous allons vous donner quelques détails de la correspondance saisie à la Fougereuse, dans le château par les canonniers de la 35ème division de la gendarmerie commandée par le brave Rossignol, vous jugerez par ces détails de la position des Rebelles et de leurs moyens.


NOMS DE PLUSIEURS CHEFS ET PARTICULIERS DE L'ARMÉE CHRÉTIENNE


GORRY : Président du comité de l'armée catholique, à Moutiers, le 20 mai, il a écrit à Laugrenière, commandant en chef de la dite armée, qu'ils ne sont pas en force à Moutiers.

PAQUIER DE GRISERAUX : Jarry écrit de Moutiers le 19 mai 1793, de la part du comité, que ce Paquier sortoit du comité, et lui avoit dit avoir vu une femme du Breuil, qui l'avoit assuré que dix huit dragons qu'elle avoit rencontrés près de Vrines au dessus de Thouars lui avoient dit que quinze mille hommes descendroient sur Argenton.

DE BONCHAMPS, un des chef des Rebelles.

M. DE LAUGRENIÈRE, commandant en l'armée chrétienne

MME DE LAUGRENIÈRE, sa femme.

LOUIS GIRARDOR, espion.

NEPVEU : Curé de Luché a prononcé devant ses paroissiens un discours contre révolutionnaire pour les fanatiques, ce fut le 9 mai 1793. Ce discours est manuscrit, et à la suite se trouve l'attestation du comité provisoire de Luché, signé Chauvein Dubreuil, et Jean Cler qui déclarent que le dit Nepveu a toujours tenu une conduite conforme aux sentimens exprimés dans la présente protestation.

DELAVILLE : demeurant à Ligné, offre ses services au sieur Laugrenier, commandant l'armée chrétienne, et l'assurer qu'il partage ses sentimens.

DE BEAUVOLLIER, demeurant à Châtillon .

LAVORT : Prieur curé de Geay, proteste le 16 mai contre la constitution civile du clergé, et se range parmi les rebelles.

ETIENNE GALARNEAU, d'Argenton, un des Rebelles.

JEAN MAURICE BILLY - C. TEMPLIER, membres du comité de la chapelle (armée chrétienne).

CHOLON DE LA LIONIÈRE, réclame une jument rouge, prêtée pour l'armée chrétienne.

BREMAURE, écrit à M. de Laugrenière à Nueil, pour se disculper de l'imputation qui lui est faite d'avoir fait piller sa maison.

FLORISON DE LA FOUGEREUSE, agent des Rebelles, dans la partie des vivres.

CHAILLON se plaint qu'on ne lui a pas payé les bleds et foins qu'on lui a enlevés.

MDE DUPUY et Victoire Gaillard, plaidant en la sénéchaussée de Poitiers.

CHOLLON, métayer appartenant à M. de Montfernu.

GADIAU, de la Chapelle Gaudin.

JARRY, demeurant chez Laugrenière, commandant de la ville.

D'ARGENTON LE CHÂTEAU, donne des passeports, laissez sortir Jacques Gorin, allant à Thouars.

HAY : commandant en l'absence de M. de Laugrenière, commandant de la ville.

RENOU Nicolas et Maret, écrivent à Laugrenière en son château à Grenouillon pour lui dire qu'ils seconderont ses vues et se plaignent qu'ils n'ont pu, suivant les ordres du dit Laugrenière, établir un comité dans leur paroisse de St-Varent, ils lui indiquent de suite une manière d'opérer avec vingt-cinq cavaliers pour parcourir les villages et avoir du monde en leur parlant ferme.


MOT D'ÉCRIT DU GÉNÉRAL MENOU.

Le général promet au nom de la République aux habitans de la Sommelière que s'ils mettent bas les armes, il ne leur sera fait aucun mal.

LES PAROISSES DE BRECHOST, TERNUE, et SIRIEUX offrent leurs secours à Laugrenière. Monsieur de Laugrenière, hier, il s'est présenté plusieurs paroisses, Bréchost, Ternue et Sirieux, qui sont venues à notre secours qui ont dit, si vous aviez besoin de monde, ils ne demandent qu'un ordre de votre part, Monsieur, ayez la bonté de nous mander comme on doit former une garde en règle, et de savoir si on laissera du monde en notre paroisse. Monsieur, si vous laissez notre paroisse, Monsieur, sans monde et sans secours, nous ne sommes point tranquilles, à Moutiers, ce 25 mai 1793, Gorry Président.

PAQUOT, métayer et Charles Paquot son frère, se sont offerts également au commandant Laugrenière.

CHAILLON : demande des sûretés pour le vin que le comité a fait enlever chez lui pour l'armée chrétienne.

UNE NOTE SIGNÉE CHARNAN, secrétaire du conseil provisoire de St-Aubin, 26 mai 1793, dit que les courriers de l'Armée Catholique ont annoncé la prise de la Chataigneray et Fontenay, et qu'ils ont repris Marie Jeanne et 30 canons, et qu'ils en ont actuellement 40, qu'ils ont pris beaucoup de munitions, de vivres, beaucoup de mules, beaucoup de morts, beaucoup de prisonniers, un chariot de poudre, que pour des Catholiques, il y en a eu 8 à 9 de morts, et très peu de blessés.

JARRY : Président du comité de Moutiers envoie à Laugrenière un nommé Gouvin, paroisse de Genis pour être puni parce qu'il a traité la garde chrétienne de Sotte.

COULON : du comité provisoire de Maulévrier, à M. de Laugrenière, commandant dans la troupe de Fougereuse. Sur votre demande, nous avons envoyé dans nos paroisses voisines pour leur témoigner votre besoin. Chollet vient de nous marquer qu'ils alloient nous en envoyer, que nous eussions à faire retarder notre monde, et qu'ils s'en iroient avec eux, nous vous envoyons 2 courriers pour vous prier de vouloir bien attendre le moment pour votre affaire. Lundi nous vous ferons passer des boeufs, comme je vous en ai promis. 24 mai 1793.

GORRY : président du comité écrit à Laugrenière qu'on se décourage, que les bleus sont au pachalon, et qu'il faut absolument former des hommes pour secourir les Catholiques.

GORRY, du comité de Noirtière, écrit à Laugrenière qu'il ne scait plus où prendre du vin, le même écrit qu'il reste seul au comité, qu'il n'y a plus de gardes que la paroisse de Moutiers est abandonnée, que Menou a répondu sur la demande, qui lui étoit faite de ses chevaux à Coulonges, qu'il n'avoit que deux jumens poulinières.

BOURDET, DE FORGE, FLANDRE, GROLLEAU, membres du conseil provisoire de Châtillon, 26 mai 1793, demandent à Langrenière les papiers publics, et papiers à la main, venant de Paris, qu'ils ont appris qu'il recevoit et ne peuvent lui donner des nouvelles de l'armée catholique de la Chataigneraye, attendu que les courriers qu'ils ont pour ce pays là, ne sont point revenus, ils lui témoignent leur inquiétude sur son état actuel pour savoir s'il est toujours dans l'inquiétude et la persécution de la part des nationaux, et s'ils tiennent toujours le même canton.

MENOUST DE GRAND CHAMP, écrit à Laugrenière pour lui exposer qu'il n'a pu établir à St-Varent un comité. J'ai mis à exécution, autant qu'il a été en moi les ordres qu'il vous a plu me faire passer touchant l'établissement d'un comité dans la paroisse de Saint-Varent. Je ne vous dissimulerai pas ici que l'absence des habitans qui la composent, en retarde absolument l'opération, il faudroit dans tous les cas auparavant faire naître dans l'esprit de ces individus alarmés et épouvantés, tout à fait et à la fois le calme, et la paix pour pouvoir au moins les réunir, et recueillir dans ce même instant leurs suffrages, l'étendard que vous portez à la tête de votre armée imprime, j'en conviens, dans les coeurs sensibles un caractère inéfaçable de religion que le vrai chrétien ne cesse de respecter, et d'adorer, mais il n'en fut pas moins vrai, que cette même paroisse, qui va succomber sous le fardeau d'une misère inexprimable, vous adresseroit dans ce moment cy ses voeux les plus sincères pour détourner de dessus elle l'orage prêt à l'écraser, och ! si vous portez d'une main ce flambeau lumineux de cette religion sainte et respectée de tout l'univers, tendez donc l'autre, je vous le conjure, pour secourir des personnes pénétrées des sentimens de la plus vive reconnoissance ! le ciel alors témoin de votre indulgence pour ces âmes affligées, en bénissant vos armes, les accompagnera de toutes espèces de prospérité ; c'est un cri universel que tout le canton vous fait parvenir, et j'ose dire dans mon particulier que connoissant la noblesse de vos sentimens, vous ne vous refuserez pazs à la légitimité de mes demandes ; c'est la grâce que vous prie de nous accorder à tous, celui qui a l'honneur d'être très respectueusement.
Monsieur V tr. h. & tr. obt
Signé : Menoust de Grand Champ
à Boncoeur, ce 26 mai 1793.

NEVEU, curé de Luché ; LAVOIL pr. Curé de Geay, du 24 mai 1793. Demandent un passeport pour aller aux Aubiers et Châtillon, afin de se mettre à l'abri des incursions des environs de Noirlieu ; ils offrent de confesser les prisonniers dans le cas qu'ils fussent juger à mort, par l'armée Catholique, et annoncent qu'ils viennent d'en confesser un.

MARILLER veuve Gauvin, fille de Mme Mariller de la Davière, épouse de feu M. Gauvin, de condition, offre son fils aux rebelles, voici la troisième fois, dit-elle, qu'il va au devant de vos troupes, mais comme c'est un enfant qui n'est pas fort, et qui n'est pas piéton, il ne peut satisfaire à ses desseins qui seroient de vous accompagner.

Elle recommande le nommé Goussé, jadis précepteur des enfans de Grenière, ce garçon, dit-elle, s'est trouvé dans votre paroisse, Moutiers, et passant devant votre garde, elle lui cria : Vive le Roy, lui le crie aussitôt, mais d'une voix trop basse, ils le répétèrent encore, mais le garçon se trouvant dans le vin, leur dit aussitôt (excusez l'expression) qu'ils étoient de foutus sots, aussitôt croyant que c'était un patriote, ils le mirent en prison, dressèrent son procès-verbal, et vous l'envoyèrent ; mais par malheur les patriotes survinrent en grand nombre, et le firent sortir pour le mettre parmi leur troupe, mais il n'y fut ni heure, ni quart ; il ne prie pas même d'armes, et s'en revint aussitôt. De là votre troupe a jugé que c'était un patriote, et il en fut hier chez lui une troupe pour le tuer. Pour lors il n'a pas cru trouver un asile plus sûr qu'en se jettant aussitôt à vous pour implorer votre miséricorde ; il vous promet qu'il sera toujours fidèle a vos ordres, il auroit été lui même vous parler ; mais il a craint que vos troupes, mutinées contre lui, ne l'eussent frappé, avant qu'il eût eu le tems de se revoir, il est prêt de partir pour vos troupes quand vous lui ordonnerez, et moi même, je vous prie d'y avoir égard, c'est la grâce que je vous demande.
Signé Mariller veuve Gauvin, 24 mai 1793.

Nota (en marge) : par un autre billet écrit par le président Gorry, il paroit que ce Goussé est patriote, car il a bien reçu les patriotes, car il a bien reçu les patriotes chez lui, c'est ce dont le comité se plaignoit, ainsi que d'avoir mal traité le garde.

 

LETTRE DU 28 MAI, ADRESSÉE A M. LAUGRENIÈRE, COMMANDANT L'ARMÉE CATHOLIQUE A LA FOUGEREUSE ...
Nous avons appris avec bien du chagrin le désastre de votre armée arrivée d'hier, nous vous prions d'avoir la bonté de nous marquer comme les choses se sont passées, si nous avons perdu bien du monde, et qui sont les tués et les blessés, car ça cause bien de l'alarme dans cette paroisse, on dit mort le domestique de M. Dumortier, le sr Piquet, marchand en ce bourg, et le nommé Baptiste Moreau, aussi de ce bourg. Marquez nous aussi s'il vous plaît, Monsieur, si vous avez assez de monde, c'est à nous de nous tenir sur nos gardes, et sur la défensif, c'est sauf votre meilleur avis le parti que nous avons à prendre en attendant du renfort.
V. tr. h. et tr. ob. servit.

Moreau, Clémenceau, Patisson, au conseil provisoire des Aubiers, ce 28 mai 1793. Prisset, nous n'avons ni poudre, ni balle, ni plomb ici, nous en avons néanmoins un pressant besoin, il nous manque aussi dans cette paroisse un nommé Diguet.

DU COMITÉ DE MAULÉVRIER, le 28 mai 1793, au sr de Laugrenière, commandant à la Fougereuse.
Monsieur, nous ne pouvons vous faire passer des hommes, comme nous faisions battre la cloche pour arranger notre monde, nous recevons une lettre de M. le commandant de Mortagne qui nous en demande aussi pour se trouver à Cholet, aujourd'hui, nous disant que les bleus sont à Vihiers, il ne nous en dit pas d'abantage.
V. tr. h. et tr. ob. Servit. COULON.

BILLET A M. DE LANGRENIÈRE, commandant l'armée chrétienne
M. je vous préviens pour le sûr, Noulleau de Lorge hier est venu nous avertir pour le sur et cela n'est que trop vrai, qu'il y a deux mille hommes arrivés à Thouars, et qu'il doit encore en arriver autant aujourd'hui, et même se sont vanters de nous ravager aujourd'hui ou demain tout le plus tard. M. faites y attention, cela est très véritable, et ne tardez pas à nous secourir à Moutiers. Le 29 mai 1793. Gorry, président du Comité.

BILLET DE LANGRENIÈRE A SA FEMME
Ma bonne Amie, je me porte bien, sois tranquille, le petit Ch... (illisible) est au Molan, je le ferai conduire, nous avons été pillés, nous pouvions l'être davantage. Nous avons quatre prisonniers qui seront fusillés demain, nous en avons tué deux, il est malheureux que nous soyons arrivés une heure trop tard, on m'a pris ma jument et le poulin. A Grenouillon, 23 mai.

LETTRE DE M. MERIC DE LAUGRENIÈRE A SON ÉPOUSE
De Saint-Aubin-Du-Plein, le 23 mai 1793.
M. à l'instant où les bleus sont arrivés, ces dames étoient dans un bled voisin, qui les ont entendu chercher et dire qu'ils ne vouloient faire aucun quartier, ce qu'ils ont prouvé en fusillant les prisonniers qu'ils avoient fait le matin. Madame vous les recommande expressément. Nous sommes arrivés à Saint-Aubin, en assez bonne santé. Signé Méric de Laugrenière ..

Fe Caissin, Chenu, Lebeau, de l'armée chrétienne

Deux lettres de gendarmes se sont trouvées avec la correspondance, elles sont de gendarmes tués par les rebelles, l'une est du citoyen Bourbon, et l'autre du citoyen Quignon.

DE BONCHAMPS, écrit de Maulévrier le 11 mai 1793, au commandant Laugrenière pour lui communiquer ce qu'il sait des nouvelles.
Parthenay étoit évacué, et l'armée y est entrée hier, ni trouvant que quelques munitions de bouche, un canon de 8 encloué, et sans affût, l'armée ne sait si elle se tournera à Niort ou la Chataigneraie. Je prévois cependant qu'elle prendra ce dernier parti.

JEAN CHOLLON de la Lionnière réclame une jument rouge partie de chez lui le 21 mai pour l'armée chrétienne. Langrenière est prié de la lui remettre ; du comité de la chapelle le 24 mai 1793.
Signé Jean Maurice Billy. C. Templier.

LETTRE DE DESMORTIÈRE A M. DE LAUGRENIÈRE, commandant d'Argenton-Château, de présent à la Fougereuse.
Je m'empresse, Monsieur, et cher commandant de vous envoyer le véritable almanach pour faire part de la nouvelle du jour.
Un courrier venant de Châtillon, hier a six heures, à qui mon domestique parla ; annonça verbalement à la vérité que Fontenay étoit pris avec huit cent bleus tués, sept mille pris prisonniers, 40 pièces de canon pris aussi avec trente barils de poudre, et plusieurs autres munitions de bouches, nous attendons la confirmation par écrit de cette charmante nouvelle ; avec tous les détails au vrai, car je doute toujours des bonnes nouvelles jusqu'à ce qu'elles soyent confirmées.
Nous allons m'a-t-on dit faire de nouveau la chasse aux bleus dans vos cantons, et les miens, qu'à ce que l'on m'a dit, ne vous ont pas mal pillé ainsi que moi ; L'Allemand ira à la maison de Rochefou, s'il peut pour m'en faire un détail au vrai, ce dont je suis fou inquiet, l'on me dit que par précaution vous aviez fait enlever mon vin, et transporter à la Fougereuse, nous sommes dans ce pays sur le point de boire de l'eau. Si par votre moyen nous pouvions en avoir une pièce ou deux tant pour madame votre épouse que pour la mienne et notre famille, cela nous feroit plaisir et prendre patience en attendant la paix à revenir, chose bien désirable.
Les nouvelles du dehors sont admirables, voilà l'extrait du Journal de la Convention, en date du 15 que je vous passe, les Espagnols ont enlevés trois camps patriotes, près maubeuge, et passer toute la garnison au fil de l'épée, ont cerné Perpignan, par 50 mille hommes, et cerné également Péronne avec 10 mille hommes, le Roi de Prusse a taillé en pièces l'armée de Dumouriez, dont le général a été tué qui la commandoit, enfin Valencienne, Bouchin, Condé et Maubeuge sont pris.
Dumouriez marche sur Paris avec cent mille hommes, je ne sçais plus rien, si ce n'est de vous assurer des sentimens d'attachemens et de sincérité avec lesquels j'ai l'honneur d'être.
Monsieur et cher commandant V. tr. h. & ob. serviteur. Signé Demortière.
Mon épouse me charge de vous dire les choses les plus agréables à votre chère moitié ainsi que toute votre agréable famille que je vis hier soir se porte à merveille.

En marge : cette lettre est remplie d'impostures, c'est ainsi qu'ils abusent de la crédulité de ces habitans égarés.

BILLET de GORRY, à M. de Laugrenière, commandant dans l'armée chrétienne
M. j'a i été ce matin à lespois parlant à Monsieur Chailloux pour son vin de Bouillie St-Paul, il nous a dit que vous l'aviez fait saisir, mais d'autres nous ont dit le contraire, Monsieur, ayez la bonté de nous le marquer si cela est ou si cela n'est pas Monsieur le moindre ordre de votre part, je serois content. A Moutier ce 22 mai 1793. Signé Gorry, président du comité de Moutiers.
Louis Girardeau jusqu'à ce jour a fait du mieux qu'il lui a été possible, et bien content du monde, jusqu'à ce jour. M. si vous avez quelques propositions à lui faire il est toujours prêt.

EXTRAIT D'UNE LETTRE ADRESSÉE PAR LE CONSEIL DE CHÂTILLON A CELUI DE MAULÉVRIER, en date du 26 mai 1793.
Nous n'avons encore reçu aucune nouvelle de la Chataigneraie, ni de Fontenay, nos courriers ne sont pas arrivés. Sitôt qaue nous saurons quelques choses, nous vous en ferons part, nous apprenons seulement que de la place de la liberté de Paris, on voit les Prussiens, sans doute qu'ils en sont bien près, que la convention nationale est dissoute, que le nombre des vaisseaux étrangers paroissent sur nos côtes.
Après avoir eu le plaisir de vous écrire des nouvelles, nous mettons vos bontés en exécution au sujet du bled que vous avez eu la bonté de nous promettre pour nos pauvres misérables, nous les avons invités aujourd'hui à prier Dieu pour la conservation de vos jours, si en cas vous savez quelque grenier et que vous manquiez de force, honorez-nous d'un petit mot, nous serons de suite à vos ordres. Signé Huriault, Barbier, Vandangeon.
Des choses respectueuses à M. Sanglier.

COPIE D'UNE LETTRE ÉCRITE DE FONTENAY A M. DE LA MOTTE, en date du 26 mai 1793.
Respect et obéissance, nous sommes arrivés à Fontenay après une longue résistance de la part de l'ennemi qui a fait grande perte tant en canons qu'en hommes et munitions de guerre. Je ne puis vous donner d'autres détails, l'on poursuit encore l'ennemi, vous apprendrez la capture, nous allons poursuivre par Lusson, et de là aux Sables, suit en gros la prise de Fontenay, l'on a tué 6 ou 7 cent patriotes, et fait 5 à 6 mille prisonniers, l'on suit l'ennemi de tous côtés.
Signé : Gasnault.

QUELQUES DÉTAILS NOUVEAUX SUR L'AFFAIRE DE LA FOUGEREUSE du 1er juin.
Dans ce moment de l'action, un jeune tambour, âgé de 12 ans, eut son père, gendarme de la 35ème division, tué près de lui, sans s'émouvoir, il s'en approche, lui ôte ses pistolets, sa montre et ses assignats, et ensuite bat la charge, le Général Salomon, instruit de ce fait, a appelé le lendemain à sa table ce jeune tambour, et lui a témoigné toute l'estime qu'il faisait de lui, et de ce qu'il promettois.
Un jeune homme, aide de camp du Général Salomon, eut sous lui deux chevaux de tués, reçu un coup de sabre au corps, une balle au visage, et malgré l'état où il devoit être, il ne voulu pas permettre qu'un autre que lui apportât la nouvelle de cette victoire, aux députés de la convention en imposant à la commission centrale à Saumur, lesquels en reconnaissance de ce que lui devoit la Patrie, s'occupèrent sur le champ de lui faire donner un autre cheval au nom de la République.

Le lieutenant colonel de la légion germanique, nommé Hébert s'est aussi beaucoup distingué, il a été grièvement blessé.

Les rebelles étoient au nombre de 600 retranchés dans le château mais leur armée composée de près de 8 mille hommes, étoit près de là, nous n'étions que 1200, après une vigoureuse résistance les brigands prirent la fuite ; nous en tuâmes près de cent, délivrâmes 2 patriotes prisonniers, en fîmes quelques uns, entre autres 3 particuliers qui étoient dans le château en robe de chambre, et qui s'y faisoient soigner des blessures qu'ils avoient reçues ; ils nous parurent être des ci-devant à en juger par leur peau blanche et leur beau linge, il y en avoit un quatrième qui fut tué ; nous eûmes un gendarme et un dragon de tué, 8 hommes de blessés, la troupe composée de gendarmes, soldats de ligne et gardes nationaux venant de l'armée du Nord, ainsi que la cavalerie se montrèrent tous d'un accord si parfait qu'on eût cru que c'étoit un seul bataillon. On évalue la prise à 250.000 #, tant en fourage, vivres, que bestiaux, sans compter ce que les soldats eurent de leur côté, ont pris de la porcelaine, ainsi que beaucoup de linge d'homme et de femme.

AUJOURD'HUI MERCREDI 5 JUIN, il a été envoyé à l'administration de Saumur, une lettre adressée à l'armée patriote de Thouars, par les chefs des rebelles, pour lui enjoindre de mettre bas les armes, de se réunir à eux à l'effet de soutenir sur le trône Louis XVII, ce tendre rejeton des Henri IV et des Bourbons, et en se disculpant du titre de Brigands que nous leur avons déférés. A cette lettre étoit jointe une proclamation imprimée en grand papier, à deux colonnes, et sans nom d'imprimeur, au nom du Roi Louis XVII, et des chefs de l'armée catholique au peuple français, la lettre et la proclamation, signée des chefs de l'armée catholique, Savoir : Lescure, Larochejaquelein, Laugrenière, Bouvollière, le chevalier de Bouvollière et autres, ces pièces ont été remises à la commission centrale.

NOUS avons eu une petite affaire hier mardi 4 juin à Vihiers du côté de Doué, elle a commencé à neuf heures du matin mais le fort de l'affaire a été à huit heures et demie du soir, une patrouille de chasseurs de la légion des ardennes a rencontré l'ennemi, elle l'a attaqué, le combat s'est engagé de part et d'autres aux environs de Trémond à une lieue et demie en deçà de Vihiers. Comme nos gens n'étoient pas en force, ils envoyèrent demander du secours au Général Leygonier qui étoit à Doué, et qui y fit battre la générale à dix heures, elle fut également battue à Verchés vers une heure et demie, il y avoit dans cet endroit des hussards en cantonnement, ils se rendirent au nombre de deux cent cinquante sur le champ de bataille où ils trouvèrent quelques pelottons de volontaires, et deux pièces de canon de la légion germanique. A peine furent-ils arrivés que les rebelles fondirent sur eux en tâchant de les envelopper, se voyant pressés, ils envoyèrent demander du secours à un bataillon de volontaires, le commandant répondit qu'il n'avoit pas d'ordre pour marcher ainsi et ne leur vins point de secours. Livrés à eux-mêmes, après une vigoureuse résistance, ils furent contraints de se retirer, après avoir eu 40 hussards de tués et beaucoup plus de blessés. Leur capitaine nommé Chambon fit sa retraite lui douzième toujours en chargeant, en a ramené trois cents volontaires, parmi les autres volontaires, il y en a eu plusieurs de tués ou de blessés, les chariots de l'ambulance en sauvèrent peu puisqu'ils avoient fui dès le commencement de l'action. Les hussards prirent en croupe les blessés, les deux pièces de canon de quatre ont été prises, après que plusieurs des canonniers eurent été tués dessus.

Le Général Menou, étoit à Saumur lorsqu'il reçut le premier courrier qui lui apprit qu'il y avoit une action à Vihiers entre nous et les ennemis ; il étoit à peu près trois heures, comme il n'y avoit point eu d'ordre pour attaquer, le Général Menou pensa que ce pouvoit être des patrouilles qui s'étoient rencontrées, et que si la nôtre étoit plus faible, elle se reploieroit comme il est d'usage en pareille rencontre. Successivement il arriva deux autres courriers qui n'en apprirent pas davantage à la vérité, mais ces avis déterminèrent le Général à monter à cheval, et à se rendre à Doué, nous avions ici un bataillon de Paris, arrivé de la veille, on le fit mettre sous les armes sur la place, en attendant les ordres du Général Menou avec lequel nous montâmes à cheval pour Doué, ainsi que Lachevardière et Minier afin de voir ce qui se passoit, à peine y fûmes nous arrivés que le Général Leygonnier ainsi que son état major firent leurs dispositions pour se rendre sur le champ de bataille avec le Général Menou qu'ils attendoient, mais auparavant, je fis ma plainte au Général Leygonier de ce qu'on avoit distribué des cartouches sans balles aux soldats, car on venoit de me demander de le faire, un hussard revenant de la bataille m'en avoit remis plusieurs dans lesquelles il n'y avoit point de balles, le Général me dit qu'il avoit fait donner des ordres pour savoir quel étoit celui qui les avoit distribués. Ceci devenoit sérieux, nous qui étions intruits de l'échec que notre patrouille avoit éprouvé, ainsi que ceux qui étoient venus à son secours, représentèrent au Général qu'il n'étoit pas étonnant qu'on nous tuât du monde et nous n'en tuassions pas, puisque nous n'avions pas de balles dans nos cartouches, qu'il falloit prendre garde à cela, et que j'en instruirois la commission centrale, ce que j'ai fait.

A sept heures et un quart, le Général Leygonnier et le Général Menou montèrent à cheval pour se porter du côté du champ de bataille ; arrivés à moitié chemin, ils rencontrèrent de la cavalerie qui fuyoit, ils la rallièrent, tant par prières que par menaces, et la reconduisirent du côté de l'ennemi pour protéger la retraite de l'infanterie, ce qui se fit avec succès. D'après des rapports exacts, nous avons eu dans cette affaire une quatorzaine d'hommes de tués, d'après le rapport du Général Leygonnier, et plusieurs blessés, et quatre-vingt prisonniers. La légion des Ardennes a beaucoup souffert, son commandant a été tué.

Cette affaire ne devoit pas avoir lieu, si les officiers qui étoient à la tête de la patrouille, eussent fait leur devoir ; n'importe, nous n'en allons pas moins battre ces Brigands là, car on est occupé actuellement à concerter le plan de bataille avec le Général Biron, et sous quelques jours, on fera l'attaque générale, il nous arrive des bataillons de Paris ; on n'attendoit plus qu'eux, et cela ira de la belle manière.

Byron vient de partir pour examiner le terrain occupé par les rebelles, il reviendra sous quatre jours et puis Byron dansera.

Mais d'après les explications données à la commission centrale par le Général Leygonnier sur cet objet, ainsi que sur la conduite qu'il avoit tenue dans la journée, il a paru que d'une part, il n'avoit point été fait de distribution de cartouches, et que de l'autre, on n'avoit pas exécuté les ordres qu'il avoit donnés ; la commission centrale elle-même n'a rien trouvé de repréhensible dans la conduite du Général Leygonnier dans cette affaire.

Les administrateurs du département de Paris, commissaires nationaux.
Momoro - Daresme.

J'observe au conseil exécutif qu'on nous envoie de jeunes chirurgiens qui ne sont pas en état de guérir toutes les blessures auxquelles le soldat peut être exposé ; j'envoie à Paris, par la diligence, à l'hôtel-Dieu un officier nommé Chatenay, de la 35ème division de gendarmerie commandée par le brave Rossignol, qui a été blessé à la jambe, à l'affaire de la Fougereuse. On n'a pu ici lui retirer la balle qu'il a reçu dans la jambe. Je m'en suis plaint à la commission centrale.

Momoro, Commissaire national.

 

SAUMUR CORRESPONDANCE z

 

Arch. du Service historique de la Défense, Vincennes, SHD B 5/5-16 - 5 juin - Saumur : rapport au Conseil exécutif provisoire de Momoro et Damesne, administrateurs