Cerisy-la-Forêt abbaye z

Michel David, âgé de 35 ans, fort et vigoureux, actif et plein de ressources, était surnommé La Terreurses deux frères, l'un, Charles, à peine âgé de 19 ans, surnommé Waldekl'autre, Jean, surnommé l'Intrépide, ne le quittaient pas et exécutaient ses ordres avec bravoure et dévouement. Tous trois étaient nés à Cerisy-la-Forêt et étaient fils d'un maréchal nommé Henri David.

La rigueur des mesures prises par le général Barbazan n'intimida point une bande considérable d'insurgés qui s'étaient soulevés dans le canton de Caumont et dans les environs de la forêt de Cerisy. Leur nombre n'a jamais été connu avec certitude. Comme les premiers Vendéens, ils ne formaient point un corps militaire ; ils se réunissaient pour une expédition, puis après y avoir pris part, ils se disséminaient et retournaient à leurs travaux.

Ils avaient à leur tête un homme qui ne manquait pas d'intelligence, ni d'audace, Colin. C'était un ancien élève en médecine, né à Saint-Germain-d'Ectot et qui avait pratiqué pendant quelque temps à Bayeux. Son âge (40 ans), son intelligence, son expérience du monde lui donnaient de l'influence ; mais il la partageait avec Michel David, plus audacieux et plus entreprenant. Du reste ni Colin ni David n'étaient les chefs véritables. Ils prenaient leurs inspirations ailleurs et de chefs inconnus.

Il paraît que lorsque ces hommes élevèrent leur drapeau, ils croyaient ne se lever que pour relier leurs opérations avec celles des Royalistes du Maine, et seconder les mouvements de la Vendée qui menaçait de renaître. La défaite de Charette, et sa mort ne leur permirent pas de réaliser ce dessein.

Au lieu de déposer les armes et de se retirer dans leurs foyers, soit entraînement de parti pris, soit espoir dans des promesses qui ne furent pas tenues, ils restèrent à la tête de cette bande qui s'était ralliée autour d'eux. Malheureusement c'étaient ou de jeunes soldats réfractaires à la loi de la réquisition, ou des déserteurs que la loi punissait avec sévérité, qui n'avaient rien à attendre de leur soumission. Il n'est pas douteux que cette position n'ait influé sur la résolution des chefs. Chefs et soldats n'avaient point de solde, point de subsistances, les denrées étaient hors de prix. Dans ce dénuement absolu, entre la mort qui les attendait s'ils se rendaient, et la faim, la plus dangereuse conseillère, ce fut au pillage et aux exactions qu'ils demandèrent leurs moyens d'exister.

 

CERISY CASSINI Z

Balleroy, Planquery, La Bazoque, Litteau furent le théâtre de leurs premières incursions nocturnes. L'épouvante de ces communes se répandit au loin. Abandonnant le cercle restreint de leurs premières tentatives, ils vinrent jusqu'aux portes de Bayeux, mais sans doute l'état de siège qui venait d'être proclamé quelques jours auparavant les intimida, et les força à se retirer sur Nonant. Un meunier de cette commune leur ayant refusé des secours, il fut cruellement maltraité ; son argent et trois chevaux lui furent enlevés.

Poursuivis par les colonnes mobiles de Barbazan, ils arrivèrent à Vaudadon, et s'emparèrent d'un cabaret où ils se logèrent pendant deux nuits et un jour. La troupe accourut pour les arrêter. C'était le lundi de Pâques. Retranchés dans cette maison, les chouans se défendirent avec vigueur. Une fusillade s'engagea par les fenêtres contre le détachement de la 144e demi-brigade envoyé contr'eux. Un soldat fut tué et deux furent blessés. Découragé par cette résistance le détachement se replia, et David et les siens se jetèrent à travers les bois et gagnèrent le Tronquay.

Arrivés dans cette commune, et trouvant la porte de l'église ouverte, ils y pénétrèrent, probablement dans l'intention de s'y cacher. Là ils trouvèrent revêtu, dit-on, de ses habits sacerdotaux, un prêtre qui venait de dire la messe. C'était un prêtre constitutionnel, l'abbé Hébert, ancien curé d'Acqueville près de Falaise, flétri de l'épithète de prêtre jureur. Il était accusé par l'opinion publique, à tort ou à raison, d'avoir dénoncé naguère un émigré rentré clandestinement qui sur sa dénonciation avait été mis à mort. Ce malheureux prêtre est entraîné dans le cimetière et fusillé sans miséricorde ni pitié (9 germinal an IV). Cet acte d'un brigandage infâme est à peine connu que les communes voisines se soulèvent d'indignation, font sonner le tocsin et se mettent à la poursuite des chouans. Michel David et sa troupe se dirigent par des chemins détournés, après une fusillade sans morts ni blessés à Littry. Épuisés de fatigue, ils s'enfoncent dans la forêt. De là, ils gagnent avec peine la commune de Lamberville, et y trouvent enfin un asile dans la maison d'un fermier, nommé Le Haguais.

 

MORT DE MICHEL HEBERT CURÉ z

 

Ce fermier céda-t-il en leur donnant un refuge à la peur qu'ils inspiraient, ou bien était-il l'un des leurs, ou dans le secret de leurs desseins ? ... Ce qu'il y a de certain c'est que la mère de ce fermier, effrayée de ces hommes et des dangers que pouvait courir son fils, fit avertir le Commissaire du Gouvernement à Caumont. Celui-ci accourut avec des troupes plus considérables que celles que les chouans avaient déjà rencontrées. La maison fut cernée, toutes les issues fermées, et il ne restait à Michel David et à sa troupe qu'à trouver dans un combat désespéré une mort certaine. Le commandant redoutant pour les siens l'effet de ce désespoir consentit, peut-être légèrement, à une capitulation, et promit que les chouans seraient traités comme prisonniers de guerre. Sous cette condition, ils se rendirent. Ils étaient au nombre de vingt-un.

Jean David, l'Intrépide, l'un des frères de Michel la Terreur, parvint à se sauver sous l'habit d'un valet de ferme et en montant un cheval qu'il feignit conduire à l'abreuvoir. Cette arrestation eut lieu le matin du 10 germinal an IV (30 mars 1796).

Ce jour-là les Autorités constituées célébraient dans la Cathédrale, qui servait encore aux solennités décadaires, la fête de la Jeunesse.

Sur les quatre heures le général Barbazan accourt à la cérémonie, et annonce au peuple assemblé l'arrestation du fameux La Terreur, chef de chouans et de vingt brigands qui l'accompagnaient. Cette nouvelle est accueillie aux chants de la Marseillaise, et de Ça ira, les aristocrates à la lanterne, répétés dans une promenade civique qui suivit l'annonce de la nouvelle.

Après avoir traversé des populations exaspérées contr'eux, La Terreur et sa troupe arrivèrent le lendemain 11 germinal, et percèrent un flot immense de curieux qui les attendait depuis la route de Saint-Lô jusqu'à la prison.

Le 12, la Commission militaire s'assemblait dans l'ancienne salle du Bailliage, rue de la Juridiction, pour juger les prisonniers. Ils invoquèrent vainement la capitulation qu'ils avaient faite à Lamberville. On ne méconnut pas la promesse qu'ils avaient reçue du chef du détachement, mais on leur répondit : "Vous n'êtes point des soldats, vous n'êtes que des brigands et des assassins et on vous traitera comme tels". Peut-être eussent-ils pu trouver plus d'indulgence s'ils n'eussent pas été couverts du sang de l'abbé Hébert. Tous sans exception furent condamnés à la peine de mort.

bayeux place st patrice z

Le jour même de la condamnation, à quatre heures de l'après-midi, Colin, qui fut considéré comme le chef de ce mouvement, fut fusillé sur la place Saint-Patrice, contre un mur vis-à-vis de la prison.

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Le lendemain, 13 germinal, Michel David et son frère Charles furent fusillés sur la même place et au même lieu (section de l'Égalité). Au moment suprême le courage de Michel faiblit ; Charles, dit Waldek, montra au contraire en présence de la mort une intrépidité extrême. Son jeune âge (il était à peine âgé de 19 ans), une sorte de fascination exercée sur l'imagination par la beauté de ses traits et son courage inspirèrent une immense pitié à la population entière.

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DAVID 3 FRERES CHOUANS z

L'exécution des dix-sept autres avait été suspendue par le général Barbazan. Par quel motif ? ... On a supposé qu'il avait écrit au Directoire pour obtenir leur grâce ou une commutation de peine. On espérait que la justice serait désarmée par la condamnation des chefs sur la tête desquels devait peser la responsabilité de la mort de l'abbé Hébert, et que ceux qui n'avaient point ordonné le meurtre ne subiraient point la peine du meurtrier.

Le 24 germinal donna un démenti à ces espérances. Sur les cinq heures et demie du soir, on vit défiler dans les rues de Bayeux le long cortège de quinze condamnés conduits au dernier supplice. La trace du sang eût été trop difficile à effacer sur la place Saint-Patrice ; on les mena sur le boulevard, au pied de la tour Louise, dernier débris de l'ancien château féodal, et une immense détonation annonça dans tous les quartiers que du même coup quinze hommes venaient de périr. C'étaient tous des jeunes gens ; le plus âgé avait à peine 27 ans ; il y en avait de 20 et 21 ans ; le plus jeune venait d'atteindre 18 ans ... Le canton de Crépon fournissait le plus grand nombre de têtes à cette sanglante hécatombe ; l'un était Suisse, un autre Alsacien, les autres appartenaient à la Manche ou à d'autres parties du département.

Le nombre de suppliciés diminua l'horreur de leurs crimes ; si les vainqueurs les appelèrent des brigands, les partis vaincus les appelèrent des martyrs ; et même dans les rangs de leurs ennemis, les plus loyaux blâmèrent la foi violée par la non-exécution de la capitulation.

Dans les registres funèbres de Bayeux, Colin, Michel et Charles David ont chacun un acte à part ; c'eût été trop long d'en rédiger un pour chacun des quinze autres ; ils furent confondus dans un seul acte comme ils avaient été confondus au cimetière de l'Ouest dans une fosse commune, et ce n'est pas un des moins lamentables monuments de nos discordes intestines que cette longue page de l'État-civil constatant en bloc la mort incontinent dans la rue des Boulevards de quinze jeunes hommes portés dans le cimetière de l'Ouest.

Deux des prisonniers de Lamberville avaient été blessés. L'un d'eux n'avait pu à cause de ses blessures être transféré à Bayeux, il fut laissé à Caumont, et après sa guérison, conduit à Caen où il fut guillotiné. L'autre ne put être envoyé au supplice et fut porté à l'hôpital ; mais il en fut enlevé par l'entreprise hardie de quelques amis et échappa à la mort. Dans la nuit du 1er prairial, une troupe de gens armés qui s'était introduite dans la cour de l'hospice pénétra dans la salle où reposait le condamné, au moment où on relevait le factionnaire placé près de son lit, éteignit les lumières, désarma la sentinelle, mit le pistolet sur la gorge de la gardienne, et enleva le condamné tout nu, sans qu'on pût le poursuivre ni le retrouver. Il était fils d'un meunier d'Amblye. Ce coup de main était d'autant plus hardi que lorsqu'il fut exécuté Bayeux était encore en état de siège. L'Administration du canton de Crépon voulant faire acte de zèle demanda que la maison où résidait la famille du prisonnier sauvé fût abattue et que sur ses ruines fût élevé un poteau infamant.

La femme Le Haguais qui avait dénoncé la troupe de Michel David ne survécut que quelques jours à cette dénonciation. A quelque temps de là elle fut trouvée assassinée. On supposa que Jean David qui s'était échappé lors de la capture de Lamberville, avait vécu pour la vengeance de ses frères, qu'ayant juré la mort de cette femme, il était venu à Lamberville et l'avait tuée. Faute de preuves il échappa à la sévérité des poursuites. (Mémoires de la Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres - Tome V - pp. 439 à 446 - 1859)

 

 

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Les quinze suppliciés étaient :

- JACQUES COUËSNARD, 21 ans, fils de Bonne Navet, natif d'Hérouville, district de Valogne ;
- JEAN GUÉRIN, 23 ans, fils de Jacques et de Marie-Anne Baulieu, natif de Litot, district de Bayeux ;
- LAURENT DE BOINE, 21 ans, fils de Guillaume et d'Élisabeth Bertault, natif de Tracy-Bocage ;
- JEAN-ALEXANDRE YVONET, 24 ans, fils de Louis et de Marie Martet, natif de Rye, district de Bayeux ;
- PIERRE LAURENT, 23 ans, fils de François et d'Anne Youf, natif de St-Georges ;
- DOMINIQUE BENOIST, 18 ans, fils de Charles et de Madeleine Lefevre, natif de Colombie, district de Bayeux ;
- JEAN-BAPTISTE ROBERT, 23 ans, fils d'Étienne et d'Anne La Perrelle, de Gonneville, district de Caen ;
- PIERRE FOUQUEUR, 26 ans, fils de Pierre et de Marguerite La Mare, de Tierceville, district de Bayeux ;
- JACQUES POITEVIN, 25 ans, fils de Jacques et de Madeleine Rollain, de Colombie, district de Bayeux ;
- PIERRE MARIE, 22 ans, fils naturelle de Marie-Anne-Denise, natif de Colombie, district de Bayeux ;
- JEAN-FRANÇOIS LE MÂLE, 25 ans, fils de Pierre et de Marguerite Noël, natif de Bougy, district de Caen ;
- JACQUES CAPPO, 28 ans, fils de Jacques et de Anne La Loe, notif d'Erie, district de Bayeux ;
- MARTIN HUISTER, Suisse, du canton de Loucer, 22 ans, fils de Michel et Philinne Boucher, domestique chez Hamelin, meunier à Amblie ;
- MARTIN MAUTTERLÉ, 23 ans, fils de Martin et de Barbe Audy, natif de Baufaque en Alsasse ;
- PIERRE SÉNÉCAL, 21 ans, fils de Martin et de Françoise Rousselle, natif d'Anctoville, district de Bayeux.

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AD14 - Registres d'état-civil de Bayeux