talmont z

LE 18 AOUST 1793 - L'épouse du sieur Biaille dit de Langibaudière a été inhumée ce jour sous le nom de la Musse, en la ville de Talmont  ; cette femme quitte une fille naturelle du sieur Langibaudière et 3 enfants légitimes du même en bas âge.

Elle était elle-même fille naturelle d'une femme débauchée et d'un soldat, abandonnée en son bas âge, depuis 6 jusqu'à 15 ans, qu'une tante maternelle la reçut, elle eu a lutter contre la fin, la soif, la nudité, dévorée de teigne, de poux, et de vermine, couchant en des toits, et souvent en la rue, elle eut à souffrir toutes sortes de misère, l'âge l'ayant mis en état de travailler, elle allait avec d'autres courir les campagnes pour vendre des sardines, et autres poissons.

Ce fut alors qu'elle commença à connaître le sieur Langibaudière, Sénéchal alors de Talmont, restant au château du dit lieu, et faisait ses commissions pour les Sables, pendant le procès de ce dernier, qui fut condamné par un acte de faux qu'on lui avait imputé à 9 ans de galère, à Brest, où il subit sa sentence.

La Musse avait épousé Jacques Mouroit des Sables, matelot, ivrogne et mauvais marin, de qui elle eut à souffrir pendant 7 ans qu'elle est restée avec lui, les plus rudes traitements ; Langibaudière, à son arrivée de Brest, trouve sa mère morte, se retire aux Sables, prend la Musse pour gouvernante, qui, un an après, accouche d'une fille, dont on vient de parler.

Il est bon d'observer que le dit Langibaudière avait épousé une Mercier de Langevinière, très riche, de qui il a eu une fille, qui est actuellement avec lui.

Langibaudière conduisit la Musse à Nantes où il l'habillait en demoiselle, elle était de ces brunes piquantes qui sans être belle, avait en son minois et en ses yeux, un air attrayant et honnête, sans coqueterie, passant dans une rue à Nantes, Langibaudière et la Musse allant à la promenade, aperçoivent deux femmes qui se tiraient au cheveux. Langibaudière s'avance pour les séparer, et s'aperçoit qu'une d'elle lache quelque mot du patois des Sables, après les avoir vu peu mis d'accord, rejoint la Musse, lui parle de cette femme qui parlait Sablais, et qui paraissait être en la misère, et conviennent d'aller ensemble en le quartier pour prendre des informations à son sujet

La Musse se persuadant que cette femme pouvait être sa mère, quoiqu'elle ne l'avait jamais connue, Biaille et La Musse arrive en voiture en le quartier, supérieurement vêtus, et demande à parler à la Sablaise en question. Cette femme s'avance, on la questionne, et sur ses réponses, la Musse reconnaît sa mère, il n'est pas temps de se faire connaître, Biaille lui donne 12 #, la Musse autant, et se retirent, mais le coeur de la fille, tendre et compatissant, ne peut quitter sa mère en un état aussi misérable qu'elle venait de la trouver, sans lui procurer du secours par le moyen de Langibaudière. Ce dernier promit un lit et un ménage, et quelque argent, malgré l'abandon que cette mère ingrate avait fait de sa fille, cette dernière ne désirait que de rendre à sa mère tous les services qu'elle pouvait vis-à-vis d'un homme avare comme Biaille.

Biaille se rend chez la vieille par la sollicitation de la Musse, avec une fripière, lui fait donner un bon lit car elle couchait sur la paille, lui achète des habillements et un ménage honnête, afferme une maison plus commode, lui remet 300 # en or, et lui quitte à deviner la cause d'un tel bienfait. Mais la vieille par les informations qu'elle se procura des gens des Sables, ne fut pas longtemps sans savoir que celà venait de sa fille, qu'elle n'eut osé approcher, mais sa fille, voyant le regret découvert en un second voyage à Nantes, fut se mettre entre les bras de sa mère, malgré ses ingratitudes, et lui fit par Langibaudière assurer une subsistance honnête jusqu'à la fin de ses jours.

Langibaudière père étant décédé, le fils a épousé la Musse, quoique cette femme se soit vue à la tête d'une fortune de cent mille écus, elle n'a pas élevé son ton, humble, douce, honnête et charitable, c'était son caractère, elle était estimé de tous les honnêtes gens, ainsi elle a été universellement regrettée, si elle eut été plus maîtresse, sa maison serait devenue le refuge des malheureux. (Collinet - AD85 - 144 J 14 - 14e carnet en un cahier).

_____________________

Collinet fait erreur au sujet de la date du décès de la Musse ; elle est décédée à Talmont, le 23 août 1792.

Musse deces z

Jean-Louis BIAILLE, écuyer, sieur de Langibaudière, conseiller du Roy, greffier en chef de la Chambre des comptes de Bretagne, né vers 1733, décédé à Talmont le 19 germinal an XI (9 avril 1803) ; il avait épousé d’abord aux Sables d’Olonne (paroisse Notre-Dame) le 3 février 1761, Marie Thérèse MERCIER DE LANGEVINIÈRE, née aux Sables, le 10 avril 1740, décédée à Paris le 13 décembre 1775, fille de Charles Mathurin MERCIER, sieur de Langevinière, conseiller du Roy, procureur aux Sables, et de Jeanne Magdeleine GIRARD ; puis aux Sables d’Olonne le 11 juin 1783, Anne Elisabeth LEROUX, décédée à Talmont le 23 août 1792, veuve d’Etienne MOREIL, matelot disparu en mer.

1°) Marie-Jeanne Prudence BIAILLE, née du premier mariage à Talmont le 14 septembre 1762.

2°) Jean-Louis Marie BIAILLE, né à Talmont le 7 octobre 1763, y décédé le 8 octobre 1763.

3°) Marie-Louise BIAILLE, née avant le second mariage à St-Germaine-en-Laye (Yvelines) le 1er décembre 1777, légitimée, décédée à La Rochelle le 28 décembre 1818 ; elle avait épousé à Talmont le 11 floréal an XIII, Jean Antoine HUGONNET, né à Rieux (Haute-Garonne), musicien au 82e Régiment d’infanterie, fils de Bernard HUGONNET, maçon, et de Domenge ROUANNE.

4°) Germain-Louis BIAILLE, né à La Rochelle le 13 novembre 1781, avant le mariage de ses parents, légitimée, décédée aux Sables d’Olonne le 5 février 1785.

5°) Louis-Moïse BIAILLE, né vers 1784, décédé aux Sables d’Olonne le 18 juin 1786.

6°) Anne-Charlotte-Élisabeth BIAILLE, née aux Sables d’Olonne le 13 février 1785 ; elle avait épousé d’abord à Talmont le 21 floréal an XI, Monique Anne Alexandre CAILLÉ, greffier de paix, né au Poiré-sur-Vie le 6 août 1766, décédé à Talmont le 9 vendémiaire an XII, fils d’Alexandre CAILLÉ, notaire au Poiré, et de Catherine ARNAUD ; puis à Talmont le 12 nivôse an XIII, Antoine René SARRET, marchand, décédé à Talmont le 7 août 1823, fils de Jean SARRET, tailleur au régiment d’Armagnac ; et enfin à Talmont le 9 juillet 1828, Joseph Marie BAILLON, géomètre expert du cadastre, né à Montaigu le 2 mars 1799, fils de Joseph BAILLON, serrurier, et de Jeanne ARNAUD.

7°) Eulalie-Victoire BIAILLE de LANGIBAUDIÈRE, née aux Sables d’Olonne le 8 avril 1786, décédée à Luçon le 1er janvier 1807 ; elle avait épousé à Talmont le 4 fructidor an XII, Louis Pierre Joseph BAUDRY, receveur de l’enregistrement à Machecoul, fils de Louis Pierre BAUDRY, notaire à La Garnache, et d’Hélène Jeanne CHAILLOU.

8°) Heureux-Constant BIAILLE, né aux Sables d’Olonne le 14 avril 1788.

9°) Henri-Denis BIAILLE de LANGIBAUDIÈREné aux Sables d’Olonne le 10 octobre 1789, décédé à Talmont le 14 octobre 1820 ; il épousa à Talmont le 1er décembre 1813, Rose Charlotte CHAMPAGNARD, lingère, née à Talmont le 22 février 1794, fille d’Etienne CHAMPAGNARD, sellier, et de Marie Catherine BESSEAU.

 __________________

 

bagne de brest z

 

 

BIAILLE DE L...

Une question importante s'est présentée au parlement de Paris en 1774. Il s'agissait de savoir si une femme pouvait demander la séparation de corps et d'habitation, sur le motif que son mari avait été condamné aux galères. Voici les circonstances qui avaient donné lieu à l'examen de cette question.

En 1761, Marie-Thérèse de L..., fille du procureur du roi à l'élection des Sables-d'Olonne, fut mariée à J.L. Biaille de L...., fils du greffier en chef de la chambre des comptes de Nantes.

Marie-Thérèse était en possession d'un bien assez considérable, outre sa dot, qui était de 40.000 livres. Ses parents, éblouis de la dignité de greffier en chef, dont le père de Biaille de L.... consentait à décorer son fils, de qui la fortune était de 50.000 livres, ne cherchèrent point à étudier le caractère du jeune homme, ni à s'assurer s'il possédait les qualités nécessaires pour rendre leur fille heureuse : ils hâtèrent la célébration du mariage.

A peine cette union était-elle formée que Biaille de L.... ayant appris que les biens apportés en dot par sa femme étaient chargés de plusieurs rentes modiques, s'emporta violemment contre elle, l'accabla d'insultes graves, et longtemps la rendit victime de ses fureurs intéressées.

En 1764, les persécutions auxquelles Marie-Thérèse était en butte semblèrent suspendues ; elle espérait trouver enfin la tranquillité et le bonheur dans un mariage dont les premiers moments avaient été si orageux pour elle : elle se berçait d'un espoir trompeur.

Biaille de L.... accusé par un nommé de La C.... d'avoir rempli des blancs-seings pour s'emparer de trois terres, fut décrété d'ajournement personnel par le lieutenant-criminel de Fontenay-le-Comte. Il interjeta appel de ce décret au parlement, et vint à Paris avec sa femme.

A son arrivée, il apprit que le duc de La Trémoille lui retirait les provisions de sénéchal de sa principauté ; et la Cour, mettant le sceau à son humiliation, au lieu d'infirmer le décret, le renvoya en état de prise de corps devant les premiers juges.

Prétextant une légère indisposition, Biaille s'opposa au désir que sa femme témoignait de le suivre. La laissant donc à Paris, et gardant le silence à son égard sur une affaire qui lui eût attiré des reproches de sa part, il se rendit en prison, après avoir néanmoins envoyé à son père, à sa mère et à ses amis, des projets de dépositions.

Biaille de L.... accusé d'un vol avec effraction, fut de nouveau décrété de prise de corps, ainsi que son père et ceux de leurs amis qui avaient prêté la main à cette affaire.

Ces funestes nouvelles parvinrent à Marie-Thérèse. Accablée de douleur et de honte, elle se retira dans la communauté de Sainte-Aure. Elle y était depuis six semaines, lorsqu'on lui fit connaître que son mari venait de subir une condamnation aux galères perpétuelles, comme convaincu d'avoir fabriqué à son profit des actes de vente, d'avoir tenté de corrompre et de suborner des témoins, et comme violemment suspecté d'avoir commis le vol dont il avait été accusé. Quant à son beau-père, convaincu également d'avoir cherché, par faux témoignages, subornation de témoins et lettres anonymes, à charger de ce vol plusieurs particuliers, l'arrêt prononça contre lui cinq années de galères.

Anéantie sous le poids de ces malheurs, la triste Marie-Thérèse sentit promptement que, quelle que fût son innocence, l'opprobre dont son mari s'était couvert rejaillirait sur elle, et que, lorsque la nouvelle en parviendrait à la communauté où elle s'était retirée, elle en serait chassée ignominieusement. Fuyant donc devant une humiliation qu'elle n'avait point méritée, elle se retira dans une pension de dames, et ne s'y fit connaître que sous le nom de sa famille.

Son père et son mari avaient été transportés à la Conciergerie : elle y vola aussitôt. Elle trouva son beau-père établi dans une chambre commode ; mais son mari était au secret : elle ne put le voir. Résolue à tout employer pour lui donner quelques consolations, cette femme désolée parvint, non sans peine, à monter sur une pierre élevée, au-dessus de laquelle l'affreuse demeure de son mari recevait un petit jour, et ce fut de là que son âme compatissante adressa de douces paroles à celui dont la criminelle conduite imprimait la honte sur son front.

Les assiduités, l'attachement et le dévouement de cette épouse eussent fait rougir un homme estimable des outrages dont il l'avait abreuvée ; mais le caractère de Biaille ne laissait rien à espérer ; et un jour qu'elle n'avait pu le venir voir qu'à cinq heures, les injures atroces qu'il lui adressa à son arrivée lui firent prévoir qu'elle devait redouter qu'il n'obtint sa liberté. Rien ne put la rebuter. Grâce à son insistance, on leva son secret, et il la vit librement. Biaille trouva dans sa femme le plus tendre empressement : les moments qu'elle était privée de lui consacrer étaient employés à solliciter pour lui.

Ce fut à cette époque qu'une nouvelle accusation atteignit celui qui flétrissaient déjà les lois et l'opinion. Des révélations sur un assassinat forcèrent le ministère public à joindre une nouvelle plainte au procès, et la mère de Biaille, inculpée dans cet autre procès, fut décrétée de prise de corps.

Le sentiment de son devoir donna seul à Marie-Thérèse le courage de supporter le terrible coup qui lui était porté. Ses démarches, ses instances, ne se ralentirent point : elle obtint pour son coupable époux la jouissance du préau. Cette facilité de se voir rendit Biaille plus éloquent. Cet homme artificieux, auquel sa position malheureuse donnait des droits aux égards d'une femme estimable et vertueuse, lui persuada aisément qu'il était innocent des griefs articulés contre lui. Confiante dans un espoir qu'entretenaient ses voeux les plus ardents, l'épouse dévouée resta la compagne affectionnée et intime du mari qu'elle croyait pouvoir aimer sans honte. Peu après, elle devint enceinte, et se fit un plaisir d'annoncer cet évènement à son mari, qui, loin de partager sa satisfaction, se contenta de lui répondre froidement : "Tant pis, madame, j'en suis fâché."

Désirant se rapprocher de la prison, Marie-Thérèse avait loué une chambre dans la cour du palais : un évènement inattendu l'empêcha de l'occuper.

Lors de l'arrêt de la cour, qui le renvoyait en état de décret de prise de corps, Biaille laissa sa femme à Paris, et la recommanda à son conseil. Cet avocat, répondant à la confiance qu'on avait placée en lui, dirigea cette épouse malheureuse dans toutes ses démarches, et, lors du transfèrement de Biaille à la Conciergerie, il s'employa de nouveau pour le justifier, et publia même un mémoire justificatif, dont les accusés furent très contents. A la suite de quelques démêlés, cet avocat refusa de se charger à l'avenir de leur défense. Biaille lui avait écrit des lettres qui pouvaient déposer contre lui : il chargea sa femme de les réclamer ; mais l'avocat n'ayant pas voulu s'en dessaisir, Biaille déversa sur sa malheureuse femme la fureur que lui causait ce refus ; prétendant qu'elle en était l'unique cause, il la frappa brutalement, et n'eut point mis de terme à ses mauvais procédés, si quelqu'un ne fût heureusement survenu pour les faire cesser.

Tant d'outrages lassèrent enfin la trop patiente épouse : elle se décida à s'éloigner de Paris, et partit avec la marquise de La Luzerne pour une des terres que cette dame possédait en Normandie.

Ce départ troubla les accusés à qui la présence de Marie-Thérèse et ses démarches continuelles étaient d'une utilité extrême. Dans le dessein de la punir, ils publièrent qu'elle s'était fait enlever pour cacher sa grossesse, et que leur ancien avocat était l'auteur de cette fuite. Ces diffamations n'eurent aucun résultat, parce qu'elles furent suivies d'informations.

Marie-Thérèse revint au bout de trois mois. Son mari, soutenant les calomnies qu'il avait répandues sur son compte, refusa de lui donner les moyens d'exister. Ce fut alors que, pour pourvoir à sa subsistance et à celle de l'enfant conçu dans la prison, elle crut devoir recourir aux lois, et former une demande en séparation.

Cette demande fut déposée chez le commissaire de Rochebrune le 11 janvier 1769. Un arrêt de la Cour, rendu dans le même mois, l'autorisa à la poursuite de ses droits, et commit le bailli du palais pour connaître de cette poursuite.

Marie-Thérèse se présenta au bailliage, et obtint une ordonnance qui lui permit d'assigner son mari, et de saisir-arrêter ses revenus personnels.

Le lendemain, elle fit sa renonciation à la communauté. Le 11 février, son mari fut interrogé sur faits et articles, et, trois jours après, intervint une sentence qui, du consentement de ce dernier, ordonnait que Marie-Thérèse jouirait, à compter du jour de sa demande en séparation, des revenus échus et à échoir de ses biens personnels, et que, en cas d'insuffisance, elle toucherait sur les biens de son mari 1.200 livres de provision ; que ses effets lui seraient remis, et qu'elle serait tenue de se retirer dans un couvent qui serait choisi par l'archevêque.

A cette époque, tout resta suspendu. Le jour du jugements des accusés approchant, Marie-Thérèse négligeant ses intérêts privés, et jetant le voile de l'oubli sur les torts que son mari avait eus envers elle, ne s'occupa que de ses devoirs d'épouse, et vit tous les juges, qui admirèrent son dévouement.


Un nouvel arrêt, du 3 mars 1769, condamna Biaille de L.... à cinq années de galères et à la flétrissure d'un fer chaud, en forme des lettres GAL [galérien] ; son père et sa mère au blâme ; tous les trois à 6.000 livres de réparations civiles, et en 10 livres d'amende envers le roi. Quant aux faits de vol et d'assassinat, les parties furent mises hors de cour.

Biaille de L...., rendu à Brest pour y subir la peine portée par son arrêt, ne tarda pas à commettre un grave délit. Cherchant à outrager l'épouse qui s'était montrée si généreuse, il appela près de lui une femme à laquelle il donna la qualité de femme, la fit passer pour telle dans toute la ville ; et cette malheureuse étant venue à décéder, il la fit inhumer sous ce titre à ses frais.

Marie-Thérèse, outragée doublement, réclama l'appui des lois contre l'homme qui, violant tous les devoirs d'époux, voulait en conserver cependant toute l'autorité.

Biaille, de son côté, attesta que les poursuites de sa femme étaient le dernier coup à lui porter dans la position pénible où il se trouvait ; que ces poursuites étaient injustes ; que les premières années de son union avec Marie-Thérèse avaient été heureuses ; qu'il avait eu pour elle les meilleurs procédés, et que ce n'était que depuis qu'il avait été obligé de venir à Paris, que son épouse, excitée sans doute par de mauvais conseils, s'était livrée à un esprit de révolte et d'indépendance, et avait perdu l'attachement qu'elle lui avait voué jusqu'à ce moment. Enfin il assurait que, profitant de l'impossibilité où sa détention le plaçait de surveiller ses démarches, elle était parvenue à lui extorquer plusieurs fois de l'argent, et s'était éloignée de lui pendant dix-huit mois ; après quoi ses premières nouvelles avaient été une demande de séparation.

Le 20 juin 1770, Marie-Thérèse obtint une sentence qui lui permettait de fournir la preuve des faits exprimés dans sa plainte. L'enquête faite, et sur les conclusions du ministère public, intervint sentence qui la déclara non-recevable dans sa demande. Elle appela. Certes, sa position était intéressante : aussi ses juges lui furent-ils favorables, à la suite d'une délibération fort longue et fort animée. Plusieurs des griefs qu'elle avait portés contre son mari n'avaient point été constatés, il était vrai ; mais la diffamation à laquelle il l'avait livrée avait été publique : sa conduite à Brest, qui tendait à la priver de tous ses droits d'épouse, était notoire, et devenait la rupture la plus formelle des noeuds qui l'unissaient à son épouse. Le parlement, s'emparant de ces deux motifs, et laissant à part la question résultant de la condamnation de Biaille à la peine des galères, rendit un arrêt, le 8 juin 1774, sur les conclusions de l'avocat-général Vergès, d'après lequel la sentence du bailli du palais fut infirmée, et la séparation demandée par Marie-Thérèse de L.... ordonnée.

(Répertoire général des causes célèbres, SER1, T1 - 1834-1836 - p. 204 à 212.) 

_______________________ 

JEAN-LOUIS BIAILLE DE L'ANGIBAUDIÈRE est né vers 1733.
Avocat en Parlement et Sénéchal de la principauté de Talmont, fils de Jean Biaille de L'Angibaudière, écuyer, conseiller du Roi et greffier en chef de la Chambre des comptes de Bretagne et de Françoise Dinot.
- Mariage le 3 février 1761 avec Marie-Thérèse Mercier de Langevinière.
- Un fille, Marie-Jeanne-Prudence, née à Talmont, le 13 septembre 1762 et un fils, Jean-Louis-Marie, né à Talmont le 7 octobre 1763, qui ne survit pas.
- Jugé pour faux et escroquerie, il est condamné à cinq ans de galères qu'il passe au bagne de Brest.
- Sa femme est morte à Paris à la fin de l'année 1775.
- Il se remarie le 11 juin 1783 avec Élisabeth Leroux, dite la Musse.

Lors de son mariage en 1783, aucun membre de sa famille n’est présent, et en 1785 le parrain de sa fille est Nicolas Cochon, un boulanger, la marraine ne sait pas signer et cette enfant épousera quelques années plus tard un modeste greffier de juge de paix. Ses deux autres filles épousèrent pour l’une un musicien militaire en l’an XIII, fils d’un maçon, et l’autre un receveur de l’enregistrement de Machecoul en l’an XII. Son seul héritier, Henri-Denis (1789-1820), épouse une lingère en 1813.

(Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest - 116-4 - 2009 - Varia - Les Poitevins à la Chambre des comptes de Bretagne au XVIIIe siècle - Guillaume Porchet.)

AD85 - BIB 2479 - Talmont, ruines du château