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Philippe Pinel est né le 20 avril 1745 à Jonquières, dans le Tarn, paroisse Saint-André-d'Alayrac, à la limite du département. Aîné de sept enfants, il a d'abord vécu à Saint-Paul-de-Joux, à quelques kilomètres de Castres, où son père était chirurgien.

 

Pinel Philippe baptême z

 

Pinel, après avoir renoncé aux études théologiques auxquelles il se destinait et après avoir passé sa thèse de médecine à Toulouse, ne vint à Paris qu'en 1778, à 33 ans. Démuni d'argent, Pinel dut en effet attendre plusieurs années, en donnant des leçons et en écrivant des thèses, pour pouvoir effectuer le voyage.

Il dut supporter à Paris l'hostilité de l'arrogante et toute puissante Faculté de médecine, jalouse de ses prérogatives et qui interdisait d'exercer et d'enseigner aux médecins venant des facultés provinciales.

C'est à force de volonté et de travail que Pinel sut s'imposer, s'intéressant à toutes les maladies dont il établit une classification logique. Il pratiqua, en 1800, la première vaccination jennérienne faite à Paris, défendit la percussion que venait de faire connaître Corvisart, utilisa l'auscultation que venait de découvrir Laennec.

Sa vocation de psychiatre fut tardive. Ce n'est en effet qu'en 1783, à 38 ans, qu'il commença à s'intéresser aux maladies mentales. Sa renommée de grand aliéniste le conduisit très vite à la gloire. Il fut nommé médecin de l'hospice de Bicêtre en 1793 et médecin de la Salpêtrière en 1795.

C'est dans cette fonction que le trouva la période la plus agitée de notre histoire. Il la traversa heureusement sans être inquiété. Mais il ne cessa de condamner les excès de la Révolution. Il ressentit un profond chagrin lorsque Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, qu'il avait recueilli pour le protéger, fut néanmoins contraint à s'empoisonner afin d'éviter l'échafaud.

Son âme sensible s'extériorisa dans cette lettre émouvante, écrite à son frère quelques heures après l'exécution de Louis XVI à laquelle il assista.

En voici quelques extraits :

"Je ne doute pas que la mort du roi ne soit racontée diversément suivant l'esprit de parti et qu'on ne défigure ce grand évènement soit dans les journaux, soit dans les bruits publics, de manière à défigurer la vérité : comme je suis ici à la source et qu'éloigné par principe de tout esprit de faction, j'ai trop appris le peu de cas qu'il falloit faire de ce qu'on apele "aura popularis", je vais te rapporter fidèlement ce qui est arrivé. C'est à mon grand regret que j'ai été obligé d'assister à l'exécution en armes avec les autres citoyens de ma section et je t'écris, le coeur pénétré de douleur et dans la stupeur d'une profonde consternation.

Louis qui a paru entièrement résigné à la mort par des principes de religion est sorti de sa prison du Temple vers les 9 heures du matin et il a été conduit au lieu du supplice dans la voiture du maire avec son confesseur et deux gendarmes les portières fermées. Arrivé près de l'échafaut il a regardé avec fermeté ce même échafaut et dans l'instant le bourreau a procédé à la cérémonie d'usage, c'est-à-dire qu'il lui a coupé les cheveux qu'il a mis dans sa poche et aussitôt Louis est monté sur l'échafaut ; le roulement d'un grand nombre de tambours qui se faisoit entendre, et qui sembloient apportés pour empêcher le peuple de demander grâce, a été d'abord interrompu par un geste qu'il a fait lui-même comme voulant parler au peuple assemblé ; mais à un autre signal qu'à donné l'adjudant du Général de la garde nationale les tambours ont repris leur roulement ensorte que la voix de Louis a été étouffée et qu'on n'a pû entendre que quelques mots confus comme : "je pardonne à mes ennemis", etc. Mais en même temps il a fait quelques pas autour de la fatale planche où il a été attaché, comme par un mouvement volontaire ou plutôt par horreur si naturelle à tout homme qui voit approcher sa fin dernière ou bien par l'espoir que le peuple demanderoit sa grâce, car quel est l'homme qui n'espère pas jusqu'aux derniers moments. L'adjudant du Général a donné ordre au bourreau de faire son devoir et dans l'instant Louis a été attaché à la fatale planche de ce qu'on appele la guillotine et la tête lui a été tranchée sans qu'il ait eu presque le temps de souffrir, avantage qu'on doit du moins à cette machine meurtrière qui porte le nom d'un médecin qui l'a inventée. Le bourreau a aussitôt retiré la tête du sac où elle s'engage naturellement et l'a montrée au peuple.

Aussitôt qu'il a été exécuté il s'est fait un changement subit dans un grand nombre de visages, c'est-à-dire d'une sombre consternation on a passé rapidement à des cris de vive la nation, du moins, la cavalerie qui étoit présente à l'exécution et qui a mis ses casques au bout de ses sabres. Quelques citoyens en ont fait de même, mais un grand nombre s'est retiré le coeur navré de douleur en venant répandre des larmes au sein de sa famille. Comme cette exécution ne pouvait se faire sans répandre du sang sur l'échafaut, plusieurs hommes se sont empressés d'y tremper les uns l'extrémité de leur mouchoir, d'autres un morceau de papier ou tout autre chose pour conserver le souvenir de cet évènement mémorable, car il ne faut pas se livrer à des interprétations odieuses. Le corps a été aussitôt transporté dans l'église Sainte-Marguerite, après que des commissaires de la municipalité, du département et du tribunal criminel, ont eu dressé le procès-verbal de l'exécution ...

Il me seroit facile de m'étendre sur le jugement qu'à prononcé l'assemblée nationale et de faire voir jusqu'à quel point la prévention et la haine ont éclaté. Je suis certainement bien loin d'être Royaliste et personne n'a une passion plus sincère que moi pour la prospérité de ma patrie, mais je ne puis me dissimuler que la Convention nationale s'est chargée d'une responsabilité bien redoutable et qu'en outre elle a dépassé ses pouvoirs ... Le Corps législatif avait sans doute le droit de créer un Tribunal ou une Commission pour le jugement du Cy devant Roi prévenu d'avoir favorisé l'entrée des troupes étrangères dans la France, encore ne pouvait-on le juger que d'après les lois de la constitution qui déclare dans deux cas la déchéance du Roi, en supposant qu'on eut nommé une commission extra-ordinaire, c'étoit encore aux Ministres ou Conseil exécutif provisoire de nommer les membres de ce Tribunal ; il auroit fallu établir un jury d'accusation et observer à la rigueur toutes les formalités du code pénal. Alors la Convention nationale eût été à couvert et ne se fût point exposée au repentir trop tardif d'avoir commis la plus grande infraction des loix éternelles de la justice ...

... Si on se livre à des considérations politiques on voit bien d'un autre côté dans quel abîme de maux peut nous plonger un jugement aussi illégal et aussi précipité, tandis qu'il paroit que la majorité de la nation auroit seulement voté pour la réclusion. Si tu connaissais comme moi tous les ressorts perfides que les méchans font mouvoir pour entraîner dans le piège des députés des départemens qui arrivent ici sans expérience, si tu pouvois comme moi te former une idée des astuces perfides, de l'audace impudente et effrénée avec les queles se montre le Crime dans ces temps de révolution et de trouble en vérité tu serois à jamais dégouté de vouloir te meler d'aucune affaire politique. Tu sais que dans les premiers temps de la révolution j'ai eu aussi cette ambition ; mais ma vie ainsi que celle de mes confrères a été tellement en danger lors meme que je ne demandois que la justice et le bien du peuple, j'ai conçu une si profonde horreur pour les clubs et les assemblées populaires que je me suis depuis cette époque éloigné de tous les postes publics qui ne se rapportent point à ma profession de médecin. Quelqu'un m'a dit que tu avois failli être nommé à l'assemblée nationale. Ah que tu dois te féliciter d'être loin de cet effrayant tourbillon qui menace d'engloutir tout ce qui s'y présente ..."

[La lettre peut être trouvée à la bibliothèque de l'Académie nationale de médecine.]

C'est ainsi que Pinel nous dit lui-même pourquoi il renonça à la politique.

Toute la deuxième partie de sa vie fut consacrée au service des aliénés. Nommé à Bicêtre, le spectacle qu'il y trouva le révolta. Deux cents malheureux fous y croupissaient, enchaînés et brutalisés par leurs gardiens. Pinel fit aussitôt supprimer les entraves et nombreux furent les aliénés qui guérirent. Un ancien ivrogne enchaîné depuis 10 ans deviendra jusqu'à sa mort son fidèle domestique.

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Cette initiative fit sensation. Pinel dut supporter avec aigreur les violentes campagnes qui se déchaînèrent alors contre lui, mais il finit par obtenir gain de cause.

Deux ans plus tard, il fut nommé à la Salpêtrière. Huit cents folles y séjournaient dans des conditions lamentables. Il fit supprimer, dès que l'état mental des malades le permettait, les camisoles de force. Les femmes eurent libre accès au jardin et furent bientôt affectées à des travaux de couture. Beaucoup d'entre elles purent être libérées.

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Pendant les 30 ans qu'il passa à la Salpêtrière, le "bon Monsieur Pinel" comme l'appelaient ses élèves et ses malades, appliqua cette méthode qui marqua l'étape la plus importante qu'ait connu la thérapeutique psychiatrique.

Sa pensée généreuse, sa compassion pour les souffrances, son humanisme ont été résumés dans une phrase célèbre que je voudrais rappeler : "Les aliénés, loin d'être des coupables qu'il faut punir, sont des malades dont l'état pénible mérite tous les égards dus à l'humanité et dont on doit rechercher par les moyens les plus simples à rétablir la raison égarée".

Ce bouleversement des notions jusque là admises a été illustré dans le fameux tableau de Muller qui orne la salle des pas-perdus de notre hôtel de la rue Bonaparte et que nous aimons faire admirer à nos visiteurs en leur rappelant l'allégorie qu'il représente.

Philippe Pinel fut élu en 1804 membre de l'Académie des sciences qui venait d'être rétablie après que la Convention l'ait supprimée.

En 1805, il obtint le titre de médecin consultant de l'Empereur.

Le 20 décembre 1820, à la création de l'Académie royale de médecine, il fut nommé par Louis XVIII membre honoraire. C'était l'ultime consécration de sa brillante carrière. Sa santé ne lui permit pas d'assister souvent aux séances. Il mourut le 26 octobre 1826. Il avait 81 ans. Son éloge fut prononcé par Pariset, secrétaire perpétuel.

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Il avait épousé à Paris, le 20 mars 1792, Jeanne-Françoise Vincent (décédée en 1812).

dont : Scipion (1795-1859) - Charles (1802-1871)

Scipion, est né à Paris, le 1er germinal an IV (21 mars 1796) ; Charles, né au même lieu, le 7 floréal an X (27 avril 1802) ; et deux autres enfants.

Ces deux fils, Scipion et Charles, n'ont pas suscité beaucoup d'orgueil ni de joie à la fin de la vie de Pinel. Ils sont décrits dans une publication de Morel (1998, p.194) comme des dépensiers incontrôlés. C'était l'adjectif donné à Scipion et à Charles.

"Les dernières années de sa vie [de Philippe] ont été attristées par les dépenses insensées de ses fils Scipion et Charles, dont il a payé les dettes. Des crises cérébrales successives à partir de 1823 le firent progressivement sombrer dans une démence artériopathique, dont il mourut le 26 octobre 1826. "

 

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Julie Forestier, Le médecin Philippe Pinel et sa famille - 1807

 

Bulletin de l'Académie nationale de médecine - 5 octobre 1982

AD81 - Registres paroissiaux de Jonquières

État-civil de Paris en ligne

https://sites.google.com/site/phillipepinel/home/descendencia-de-philippe-pinel-no-brasil