LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME D'AUBIGNÉ
CHOLET

cholet 1750z


Apud Albiniacum, 1065-1068 circa (charte 52 du cartulaire vélin de Chemillé), - Apud Albiniacum in loco qui Agnicularia dicitur, 1080 circa (Prieuré de St-Gilles du Verger à Angers, charte VII et charte originale G. 785), - Chapelle de Notre-Dame d'Aubigné, 1475 (E. 802), 1613 (E. 1307), 1776 (E. 1002), - Chapelle d'Aubigny, 1475 (E. 802), 1750 (E. 1000), 1766 (E. 806), - In capella Bte Marie de Aubigné, 1513 (chartrier du Fief de la Bizollière), - La Chapellenie d'Aubigné, 1539 (C. 105, 1° 241), - La Chappelle Daulbigni, 1547 (E. 803), - La Chapelle de Nostre Dame Daubigny près Chollet, 1578 (titre du 19 avril communiqué par M. le comte Lebault de la Morinière), - La Chapelle d'Auburque au cimetière de St Pierre de Cholet, 1648 (Pouillé de l'Archevêché de Bordeaux), - La Chapelle Nostre Dame d'Aubigné deservie au cimetière de St Pierre de Cholet, 1693 (E. 2624), - La Chapelle du Bignon (plan de l'an VI).

Cette chapelle était encore debout en 1832 au quartier de Cholet dit du Bigné qui en garde le nom. Un plan de l'an VI nous la présente dans toute son étendue avec les contreforts qui en appuyaient le choeur rectangulaire. L'édifice primitif a depuis longtemps disparu. Il remontait sûrement au XIe siècle, mais il faut tout d'abord rejeter la tradition qui en attribuerait la fondation à un seigneur d'Aubigné au XIVe ou XVe siècle.

La charte 52 du cartulaire vélin de Chemillé nous montre le seigneur de Cholet, Geoffroy le Gras Ier, et Bernier, fils de Guillaume, faisant donation aux moines de St-Pierre de Chemillé du fief de Jean, prêtre à Aubigné, pour en jouir après la mort dudit Jean ... ; d'un terrain destiné à la construction d'un bourg audit Aubigné ... ; avec les redevances ou coutumes qu'ils y lèvent ... ; ils donnent encore la terre d'Herman, la moitié de la châtaigneraie qui lui est contiguë, la dîme, la charrue sise près de ladite terre ... ; et enfin la part de l'aire du moulin de la Grange, la pêche du ruisseau de la Moine ... - Bernier confirme ces dispositions et Raynaud et Pierre, fils de Geoffroi le Gras, approuvent les donations faites par leur père. Hilduin était alors prieur de Chemillé, il exerça de 1065 à 1080. Geoffroi le Gras mourut en 1068. C'est donc entre 1065 et 1068 qu'il faut placer cette donation. - Par la charte VII du prieuré de Saint-Gilles d'Angers et une charte originale, série G. 785 des archives de Maine-et-Loire, 1080 circa, on apprend que Gaultier, prêtre de la Séguinière, du consentement de sa femme Mainsinde, de ses fils Austerius, Raoul, Giraud, Mainard, et de sa fille Letgarde, fait donation à Chemillé d'une borderie situé près d'Aubigné dans le lieu nommé Agnicularis ...

plan 1785 3

Il résulte pour nous de l'étude de ces textes que le nom d'Aubigné, Albiniacum, serait le nom de la terre dans laquelle se sont élevés l'église et le bourg de Saint-Pierre de Cholet ; que dès cette époque du XIe siècle il y existait une église Saint-Pierre, Sancti Petri, et une autre église, sinon paroissiale, au moins un sanctuaire vénéré, Sancti Albini, avec dépendances, desservi par un prêtre qui les tenait en fief du seigneur de Cholet. Les populations sont dispersées et pour les grouper le donateur décide qu'il sera bâti un bourg audit Aubigné. Nous disions le premier, en 1874 : "La plus ancienne église de Cholet, celle autour de laquelle se groupa l'agglomération primitive est celle qui a conservé le nom de Chapelle d'Aubigné". La charte que nous venons d'analyser justifie au moins la seconde partie de notre dire. Le seigneur donne aux moines de Chemillé les ressources nécessaires pour réaliser ses vues, et à peu de temps de là le prêtre de la Séguinière y ajoute une borderie sise au lieu dit Agnicularia, sans doute l'Elinière à 1.500 mètres vers le nord, que le populaire appelle "les Nillières" et que les actes nomment "Lignellière", 1555 [E. 803], Leglinière, 1560 [E. 1307], Lesgnelière, 1676 [État civil], Leslignère, 1676. Quant au moulin de la Grange, Molendini de Grangia, et à la rivière de la Moine, Meduana, il ne peut s'élever aucun doute. La situation de notre bourg d'Aubigné, Albiniacum, est donc bien déterminée, et partant celle de notre chapelle.

Dom Chamard qui a publié la charte 52 (Les Premiers Seigneurs de Cholet, p. 12, 13), veut y voir la création d'un petit monastère, d'un petit prieuré, sous la dépendance de Chemillé. C'est une erreur. Il n'y a jamais eu de prieuré constitué à Saint-Pierre de Cholet et il ne faut voir, dans l'acte dont il s'agit, que le don d'un bénéfice fait aux moines de Chemillé et administré par un prêtre nommé par eux, "presbyter noster", comme s'exprime du reste la charte 68 relative à une donation faite en 1069 par Gaucher, chevalier de Cholet. Comment notre église de Saint-Aubin, ad ecclesiam Sancti Albini, est-elle devenue une simple chapelle ? Il est difficile de le dire en l'absence de tout document. Ce qu'il importait de constater c'est son existence au XIe siècle.

CHOLET CHAPELLE D'AUBIGNÉ z

L'édifice primitif a depuis longtemps disparu. La croix avec base triangulaire que l'on voit au mur de la maison qui a remplacé la chapelle est du XVIIe siècle, mais il faut prêter attention à la croix byzantine gravée en creux sur la première marche de la cave. C'est une croix pattée à branches égales, munie d'une hampe. Ce modèle à tige signale les oeuvres byzantines. Ces croix, dite croix de bénédiction, adoptèrent au Xe siècle les formes rectilignes à longue tige, vers le XIe ou le XIIe, elles reprirent l'ancien type patté, mais à branches égales et muni d'une poignée. Il y a là une nouvelle preuve de l'antiquité de notre chapelle qui est restée à travers les temps jusqu'à la Révolution un sanctuaire vénéré. Encore aux XVIIe et XVIIIe siècles, c'était une faveur d'être inhumé dans l'intérieur de la chapelle ou sous sa galerie.

Voici quelques-unes de ces inhumations :

Dans la chapelle : 28 mars 1692, Michelle Bonnaud, femme de Jean Lepage, marchand, âgée de 52 ans. - 2 juillet 1699, Léger Leconte, marchand, âgé de 62 ans. - 14 août 1713, François Bruncteau, sieur de la Morinière, conseiller du roi, avocat en parlement, sénéchal et seul juge civil et criminel de la ville et marquisat de Cholet et maire de ladite ville, époux de dame Charlotte Robineau, âgé de 53 ans, décédé le 13. - 28 juillet 1721, demoiselle Renée Pain, âgée de 61 ans, soeur de Joseph Pain, apparentée à la famille Barroueil. - 15 août 1728, dame Charlotte Robineau, veuve de François Bruneteau, sénéchal de Cholet, âgée de 62 ans.

Sous la galerie : 31 mai 1692, la fille, âgée de 4 ans, de François Bruneteau, notre sénéchal. - 20 juin 1727, Renée Lepage, fille de Pierre Lepage, négociant. - 27 juin 1736, Pierre Lepage, négociant, veuf de Jeanne Marchais, âgé de 63 ans. - 5 décembre 1750, Jeanne Marchais, veuve de Pierre Lepage qui précède. - 31 juillet 1760, François Loriost, greffier de la juridiction, âgé de 78 ans, décédé le 30. - 10 juillet 1781, Jacques-René Lebreton, négociant, âgé de 68 ans.

plan 1750 z

Notre chapelle occupait la place de la maison Varasson et du jardin qui en dépend, à gauche, à l'entrée de la ruelle du Plantis. Elle était orientée et faisait face au grand cimetière devenu la place du marché aux moutons. Elle mesurait, dans oeuvre, 30 mètres de longueur sur 9 de largeur, presque autant qu'une petite église. La croix encastrée dans le pignon est de la maison surmontait jadis la porte de la chapelle. Cette disposition et la forme triangulaire du pied de la croix suffisent à nous rappeler le XVIIe siècle, époque à laquelle notre chapelle fut sans doute restaurée ou reconstruite.

Les matériaux furent vendus nationalement le 13 novembre 1792, "à la condition de démolir en commençant par le mur qui menace ruine", condition qui ne fut pas exécutée puisque l'édifice était encore debout en 1832. Furent comprises dans la vente "les tombes servant actuellement de carrelage de la ci-devant galerie de ladite chapelle". Le tout au prix de 600 livres. La pierre de l'autel et deux armoires qui se trouvaient dans la sacristie furent seules réservées. Le 14 décembre suivant, on procéda à la vente nationale de "l'emplacement de la chapelle ainsi que celui de la galerie y attenante", moyennant 155 livres ...

On ne saurait confondre notre chapelle avec celle de l'Aumonerie de Saint-Julien-le-Martyr. Ni les dates des fondations, ni les vocables différents ne s'y prêtent. Elles existent simultanément et séparément, si bien que lorsque l'évêque réunit en 1699 l'aumônerie de Saint-Julien à l'hôpital fondé par le marquis de Broon, la chapelle Saint-Julien fut affectée à la tenue des Petites Écoles et le service de la chapelle se fit désormais "en la chapelle d'Aubigny" comme le constatent des documents de 1742 et encore de 1766.

 

plan 1785 z

plan 4 z

 

Bulletin de la Société des Sciences, Lettres & Beaux-Arts de Cholet et de l'Arrondissement - 1891 - p. 550-551.

Plans - AD49 - collection iconographique de Célestin Port.