Fontenay-le-Comte vue zz

CHARLES COIRIER - Sergent canonnier de la commune de Fontenay [Pourrait être Charles Coirier, fils de Charles Coirier et de Marie Brunet, né à Fontenay, paroisse Notre-Dame, le 26 septembre 1756.]

Il fut nommé concierge de la maison d'arrêt, par le conseil municipal, le 10 germinal an II (30 mars 1794) : "Les principaux motifs du Conseil ont été son énergie comme ses services dans l'armée de la Vendée et l'acte généreux qu'il a fait d'avoir recueilli, auprès de lui, la veuve citoyenne Pelleraud, veuve d'un de nos citoyens tué à l'affaire du 25 mai (1793) et à laquelle il continue de donner ses soins."

Le 12 brumaire an III (2 novembre 1794), le citoyen Coirier, concierge de la maison d'arrêt du Palais, déclare les décès de 42 personnes exécutées ou décédées en prison, parmi lesquelles on trouve Vincent Goy de la Martinière et un prêtre non assermenté, curé de Foussaye, l'abbé Guinefaud :

1 - Marie-Madeleine-Joséphine Maingaud veuve Jouffrion ; décédée le 5 germinal an II
2 - Blouton : mis à mort, le 17 germinal an II
3 - Daviaud : mis à mort, le 17 germinal an II
4 - Bothon : mis à mort, le 19 germinal an II
5 - Augustin Maguet : mis à mort, le 19 germinal an II
6 - Baudry : mis à mort, le 21 germinal an II
7 - La Martinière : mis à mort le 22 germinal an II
8 - Jean Gaboriau de la commune de Vendraine (Vendrennes) : mis à mort, le 22 germinal an II
9 - Hélène David de la commune de Chantonnay : mise à mort, le 22 germinal an II
10 - Jean Gobin de la commune de St-Sulpice : mis à mort le 26 germinal an II
11 - Lhardy : mis à mort le 26 germinal an II
12 - Antoine Guilbot : mis à mort, le 28 germinal an II
13 - Bodet de la commune et du district de La Chataigneraie : mis à mort, le 28 germinal an II
14 - Marie Coutaud : mise à mort, le 28 germinal an II
15 - Michel Bonin, boulanger de la commune d'Ardin ; décédé en prison, le 15 floréal an II
16 - Jeanne Pougne : décédée à la maison d'arrêt, le 1er prairial an II
17 - Jeanne Pouneau (ou Ponneau) : décédée à la maison d'arrêt, le 6 prairial an II
18 - Mathurin Ouvrard : décédé à la maison d'arrêt, le 10 prairial an II
19 - Jean Ouvrard : décédé à la maison d'arrêt, le 10 prairial an II
20 - Condrenière : décédé à la maison d'arrêt, le 19 prairial an II
21 - la femme Deviaud : décédée à la maison d'arrêt, le 19 prairial an II
22 - Jean Coudrenet de la commune de [St] Pierre du Chemin : décédé à la maison d'arrêt, le 19 prairial an II
23 - Louis Simonneau, concierge du Palais de Fontenay : décédé à la maison d'arrêt, le 1er messidor an II
24 - Jacques Gouvin de la commune de Menomblet : décédé à la maison d'arrêt, le 21 messidor an II
25 - Bertrand : décédé à la maison d'arrêt, le 27 thermidor an II
26 - Pierre Govin de la commune de [St] Maurice le Girard : décédé à la maison d'arrêt, le 29 thermidor an II
27 - Thoumas : décédé à la maison d'arrêt le 1er fructidor an II
28 - Jean Thomas de la commune de Basoges : décédé à la maison d'arrêt, le 8 fructidor an II
29 - Bouniaud : décédé à la maison d'arrêt, le 15 fructidor an II
30 - Vial : décédé à la maison d'arrêt, le 19 fructidor an II
31 - Renoux : décédé à la maison d'arrêt, le 24 fructidor an II
32 - Cardinaux : décédé à la maison d'arrêt, le 26 fructidor an II
33 - Bertrand, charron de la commune de Neuville : décédé à la maison d'arrêt, le 4 vendémiaire an III
34 - Jacques Bouhier, de la commune et district de la Roche-sur-Yon : décédé à la maison d'arrêt, le 4 vendémiaire an III
35 - Demago : décédé à la maison d'arrêt, le 6 vendémiaire an III
36 - Louis Fradet de la commune et district de Challans : décédé à la maison d'arrêt, le 6 vendémiaire an III
37 - Pierre Texier : décédé à la maison d'arrêt, le 7 vendémiaire an III
38 - Guinefaud, prêtre non assermenté de la commune de Foussaye : décédé à la maison d'arrêt, le 9 vendémiaire an III
39 - Thomas Jarvé, de la commune de Chausay : décédé à la maison d'arrêt, le 11 vendémiaire an III
40 - Pierre Massé de ma commune d'Hermand : décédé à la maison d'arrêt, le vendémiaire an III
41 - Baudel de la commune de Landron : décédé à la maison d'arrêt, le vendémiaire an III
42 - Jean Mouchit de la commune de Beaulieu : décédé à la maison d'arrêt, le 15 vendémiaire an III.

signature z

Le 19 frimaire an III (9 décembre 1794)

Le Conseil a reçu une lettre de l'Agent national du district de Fontenay, datée de ce jour, par laquelle il nous annonce qu'il nous fait passer une lettre à lui adressée par MARGUERITE GILLET, détenue en la maison de justice, qui se plaint des mauvais traitemens qu'elle essuie de la part de COIRIER, concierge de la dite maison de justice, et qui se plaint aussi du Conseil de la commune de ce qu'il n'a eu aucun égard à la dénonciation qu'elle avoit portée contre Coirier. L'Agent national du district invite le Conseil, aussitôt la réception de sa lettre, à nommer un commissaire pour se transporter dans le jour à la maison de justice, y entendre les plaintes de la dite Marguerite Gillet hors la présence du dit concierge.

Le Conseil a envoyé deux commissaires pris dans son sein, à la maison de justice, pour interroger Marguerite Gillet hors la présence du concierge de la dite maison de justice, en dresser procès-verbal qu'on fera passer aussitôt à l'Agent national du district.

Le Conseil a écrit une lettre à l'Agent national du district et lui a fait passer le procès-verbal qu'il a demandé par sa lettre de ce jour, concernant les plaintes de Marguerite Gillet contre Coirier, concierge de la maison de justice. Les citoyens Lelièvre et Audureau, notables, se sont transportés à onze heures du matin à la dite maison de justice et ont interrogé, hors la présence du concierge, la dite Gillet qui leur a répondu que Coirier l'avait prise par le sein et l'avoit jettée par terre ; qu'il empêchait d'entrer les personnes qui lui apportaient des comestibles ; qu'il l'a traitée de coquine, garse et vesse, et qu'il la menace journellement de cachots et d'écrous.

Les dits commissaires ont interrogé ensuite Coirier, le concierge, qui leur a dit que la femme Gillet se comportoit mal, qu'elle l'avoit traité de gueux et qu'elle abîmoit ses affaires.

Le 26 frimaire an III (16 décembre 1794)

Le Conseil général a entendu lecture d'une lettre écrite par la citoyenne Gillet, détenue dans les prisons de cette commune, aux citoyens Représentans du Peuple par laquelle elle se plaint des violences exercées sur sa personne par Coirier, concierge des dites prisons, et demandé d'être transférée à l'hospice pour se consacrer au soulagement des malades, sur laquelle lettre les Représentans ont renvoyé à la municipalité pour prendre connoissance des faits et faire exécuter les loix relatives aux concierges et détenus.

Le Conseil général considérant que déjà différentes plaintes lui ont été portées relativement aux excès auxquels Coirier se livre envers les personnes détenues dans la maison dont il est concierge, que ces plaintes ainsi que celles faites par la citoyenne Gillet ont été vérifiées et qu'il résulte des informations que divers membres du Conseil général ont été chargés de prendre, que Coirier se comporte dans l'exercice de ses fonctions avec une dureté que les loix et l'humanité condamnent,

Considérant que hors les cas de maladies constatées suivant les formes prescrites, il n'appartient qu'aux tribunaux de faire extraire des prisons les individus qu'ils y ont fait écroués et surtout celles contre lesquelles il est intervenu des jugemens,

Considérant que les loix ainsi que les arrêtés des corps administratifs prescrivent de tenir séparés dans les maisons d'arrêt et prisons les hommes et femmes qui y sont détenus,

Après en avoir délibéré, entendu le citoyen Guerry, officier municipal, faisant pour l'Agent national et son substitut, malades,

Arrête :

1° que Coirier est destitué de ses fonctions de concierge des prisons de cette commune, que les citoyens seront instruits par un avis publié au son de caisse que la place de concierge des dites prisons est vacante, et que ceux qui désireroient obtenir aient à se présenter au Conseil général dans le délai de trois jours ;

2° que sur la partie de la pétition de la citoyenne Gillet tendante à être transférée à l'hospice pour y être employée au soulagement des malades, il n'y a lieu à délibérer ;

3° que la citoyenne Gillet et toutes autres femmes détenues dans les prisons, seront tenues dans les prisons séparées des hommes et occuperont la partie des bâtimens située au nord connue sous le nom d'appartement des femmes et précédemment désignées par les administrations pour contenir les femmes renfermées dans les dites prisons.

Le Dictionnaire des Vendéens (AD85) le dit garde champêtre en 1796 puis en 1800.

 


 

Son parent, FRANÇOIS COIRIER - tailleur de pierre - pendu le mercredi 12 août 1789.

A Fontenay-le-Comte, dans la nuit du 9 au 10 août, une foule d'hommes, de femmes et d'enfants se précipita dans la rue Fontaine, et saccagea la maison du sénéchal Savary de Beauregard, accusé d'accaparement. Le magistrat s'échappa par les toits. Ensuite fut attaquée la boulangerie de Reverseau, réputé son complice. Le boulanger essaya de résister ; il tira un coup de fusil, dont un enfant fut tué. Le peuple exaspéré allait mettre le feu aux halles quand intervinrent une compagnie du régiment de Lorraine et la maréchaussée.

Les commissaires pacificateurs calmèrent la population en taxant le pain au prix qu'elle désirait. Dès le 13, ils remirent au Corps de ville le pouvoir dont ils avaient été révolutionnairement investis. Quant à l'autorité judiciaire et militaire, elle fit arrêter, le 11, et pendre, le 12, par jugement prévôtal, un carrier, François Coirier, accusé d'avoir dirigé l'émeute en même temps était exécuté, en effigie, le boulanger qui avait tué l'enfant. Le 14, à 5 heures du soir, fut encore pendu, dans la Plaine, un postillon, François Brodereau, l'un des meneurs de la rébellion.

Proclamation faite lors d'une délibération de la municipalité, en date du 19 août 1789, sous la présidence de M. Louis-Jacques-Philippe-Nicolas Savary de Calais, maire : "Les halles telles qu'elles existent aujourd'hui, Messieurs, bien loin d'être un objet d'utilité pour les habitans sont au contraire pou eux un objet continuel de frayeur ; car il n'est pas possible de vous dissimuler que dans les troubles qui viennent de nous affliger, on a menacé de les incendier, qu'on y a trouvé des bottes de paille, que l'on y a vu mesme roder deux inconnus, qui poursuivis vivement se sont évadés ... jugés du péril où se seroit trouvé toute la ville si ce complot abominable eut eu lieu ; l'on ne peut donc prendre trop de précautions pour éviter un pareil malheur".

PROCÈS-VERBAL DES ÉVÈNEMENTS QUI SE SONT PASSÉS PENDANT L'ÉMEUTE DU 10 AOÛT 1789, OCCASIONNÉE PAR LA CHERTÉ DES GRAINS, ET PENDANT LES JOURS SUIVANTS ; (10 août 1789)


Aujourd'hui, dix août mil sept cent quatre-vingt neuf, huit heures du matin, dans l'assemblée du maire et échevins de l'hôtel-de-ville de Fontenay-le-Comte, convoquée par billets et tenue à l'hôtel-de-ville en la manière accoutumée, à laquelle a présidé MM. Jacques-Louis-Nicolas Savary de Calais, ancien procureur du roi à la sénéchaussée, maire, et les autres officiers soussignés.

M. le maire a dit que les troubles et les inquiétudes occasionnés par la sédition, arrivée en cette ville la nuit du neuf au dix de ce mois, étant apaisée, il convient de dresser un procès-verbal de tout ce qui s'est passé à cet égard pour justifier la conduite que les officiers municipaux et les autres citoyens ont tenue, et la dépense que l'hôtel-de-ville a été obligé de faire. Les autres officiers ayant été du même avis, le procès-verbal a été rédigé de la manière qui suit.

Dans la nuit du dimanche neuf de ce mois, au lundi, dix, plusieurs particuliers artisants et journaliers de cette ville et fauxbourgs, et plusieurs femmes se sont attroupés sur la place Royale de cette ville, armés de triques et bâtons, sont allés sur les dix heures du soir, criant à la révolte, chez M. Savary de Beauregard, sénéchal de cette ville, rue de la Fontaine, sous le faux prétexte qu'il avait, selon eux, acheté et vendu du blé. Ils ont enfoncé la porte, rompu, brisé, jeté et emporté presque tous les meubles et effets qui étaient chez lui, et, s'il ne se fût sauvé par les toits des maisons, il y a apparence qu'il lui auraient ôté la vie. De là, ces gens sont allés chez le sieur Reverseau, boulanger dans la même rue, et sous le même prétexte. Le sieur Reverseau ayant entendu frapper à sa porte, ou quelqu'un de chez lui, tira par une fenêtre d'une chambre haute, un coup de fusil, chargé à balle, qui atteignit et blessa mortellement le nommé Chaigneau, âgé d'environ quinze à seize ans, qui n'était point du nombre des révoltés. Aussitôt, la troupe séditieuse enfonça les portes et fenêtres du sieur Reverseau, s'introduisit dans sa boutique, et dans ses chambres, rompit, brisa, jeta, et emporta presque tout ce qu'il y avait.

Une partie des officiers municipaux étaient absents pendant cette nuit-là, et les autres, qui étaient couchés n'eurent point connaissance de ce qui se passa. M. le lieutenant-prévôt de la maréchaussée, des cavaliers, et une garde de l'escadron du régiment de cavalerie de Royale-Lorraine, en quartier en cette ville, se rendirent au bruit que faisaient les séditieux. Ils firent tous leurs efforts pour la faire cesser, mais ils ne purent y parvenir, ils obtinrent seulement qu'on ne mît pas le feu. Ils n'osèrent entreprendre d'opposer la force, de saisir quelques-uns de ces gens et de tirer dessus, dans la crainte de les exciter davantage et d'attirer beaucoup d'autre populace de la ville et de la campagne, les esprits étant très échauffés en ce moment, et très disposés à se livrer à toutes sortes d'excès.

Chez Reverseau, qui se sauva aussi sur les toits des maisons, le désordre cessa vers les trois heures du matin. Partie des séditieux furent chez divers boulangers sous prétexte qu'ils voulaient du pain qui avait diminué la veille, et que les boulangers ne voulaient pas, disaient-ils, en donner, par cette raison. On les apaisa en les faisant boire. Quelques-uns des séditieux avaient formé le projet de mettre la même nuit le feu aux halles, qui sont entourées de maisons et ils y avaient porté, à cet effet, deux grosses bottes de paille, mais ayant été occupés et surveillés chez M. le sénéchal et chez Reverseau, ils ne mirent point leur dessein à exécution.

Les officiers de l'hôtel-de-ville rassemblés le lundi matin, M. le lieutenant-prévôt et M. le juge de police prirent leurs précautions, de concert avec les officiers du régiment de Royal-Lorraine, pour arrêter les suites de cette sédition. Les jeunes citoyens de la ville qui (sur le bruit répandu vers la fin de juillet, qu'une troupe de brigands parcourait la campagne et les villes pour les piller et brûler) s'étaient réunis pour offrir leur concours aux autorités, vinrent de nouveau les offrir à la ville qui l'accepta. Une partie d'entr'eux avec le juge de police et un détachement du régiment de Lorraine, alla visiter tous les boulanger, prendre l'état des blés et farines en leur possession, et leur enjoignit de chauffer, cuire et distribuer du pain. D'autres avec le lieutenant--prévôt, conduisirent quelques séditieux dans différentes maisons de la ville, voir ces gens, prétendaient qu'il y avait du blé et des farines ; d'autres se promenèrent dans les rues avec les officiers municipaux pour retenir et calmer la populace, leur exposant qu'ils avaient tort d'agir ainsi ; que s'ils manquaient de pain et de blé, on allait leur en faire donner, et qu'on donnerait même de l'argent à ceux qui n'en auraient pas, et on en distribua effectivement à quelques-uns, d'autres déclarèrent qu'ils voulaient autre chose, sans autrement s'expliquer.

Une ordonnance indiqua un marché extraordinaire de grains et farines à deux heures après-midi, et on enjoignit à tous ceux qui en avaient d'en apporter. Ce marché eût lieu. Quelques-uns des séditieux s'y rendirent, et déclarèrent qu'ils ne voulaient que du froment, qu'ils étaient las de manger de gros blés. L'un d'eux, le nommé COIRIER, tailleur de pierres, qui avait fait une partie de ses classes, auquel on avait fait délivrer, pour les porter au marché, quelques boisseaux de froment qui s'étaient trouvés dans une maison particulière, à cinq livres le boisseau, ne se fit pas de peine de le vendre sur le champ, cinq livres dix sous, sous prétexte, dit-il, qu'on devait payer sa prime.

Pendant ce marché, à deux heures après-midi, il y eût au palais, dans la salle d'audiences, une assemblée, convoquée secrètement et par billets, des maire, échevins, des principaux membres et syndic du corps, corporation et communautés des trois ordres, pour aviser au parti à prendre dans la circonstance. Quelques séditieux ayant vu ou appris qu'on s'assemblaient, se rendirent au palais, les uns armés de bâtons, les autres avec leurs tabliers de boutiques et des marteaux, d'autres avec des bouteilles pleines de vin à la main. Ils s'emparèrent des premières places et se mêlèrent aux personnes convoquées, en les condoyant avec bruit et menaces.

Une autre partie se porta chez M. Guignard, receveur des aides, sans doute pour piller et voler. Les jeunes citoyens en ayant été instruits, y coururent, empêchèrent les insurgés d'y faire du mal, en leur faisant donner seulement du vin et de la bière. Les jeunes gens étant retournés au palais avec une partie des révoltés, le sieur Châtelain, président des jeunes gens, et qui avait su gagner la confiance des séditieux, apaisa un peu ceux qui étaient dans l'assemblée. On proposa de diminuer le pain second et le troisième, à la décharge des gens peu aisés, et d'augmenter le premier. Après plusieurs propositions sur cela communiqués aux mutins par le sieur Châtelain, il fut convenu que le premier pain augmenterait de quatre deniers, que celui des deux autres qualités diminuerait de neuf deniers, par livre, sauf à pourvoir au dédommagement des boulangers. Il fut nommé des commissaires par les séditieux, qu'ils prirent heureusement parmi les notables habitants, pour veiller à l'exécution de cet arrêté qui fût sur-le-champ rédigé, imprimé, publié et affiché. Les individus demandèrent ensuite à l'assemblée la délivrance des prisonniers. On leur observe qu'il y en avait pour crimes, et qu'il ne convenait pas de les mettre en liberté. Ils se bornèrent alors à exiger l'élargissement de trois détenus, l'un pour cause de sédition à Luçon, et les deux autres, pour avoir vendu du vin à la guinguette. On les fit délivrer, et tout cela parût les apaiser un peu. Ils exigèrent ensuite qu'on cassât l'arrêt du parlement, qui, sur un essai fait il y a plusieurs années, avait fixé le prix du pain ; ce qui faisait qu'il était toujours plus cher à Fontenay qu'ailleurs, parce qu'on fût trompé dans l'essai. On leur représenta que cela n'était pas au pouvoir de l'assemblée, mais qu'on ferait son possible pour faire changer cet arrêt.

Les jeunes citoyens ayant appris que les révoltés voulaient aller chez M. Antoine Walsh, à son château de Chassenon, à deux lieues de cette ville, sous prétexte que M. le comte d'Artois et d'autres seigneurs y étaient cachés, et craignant avec raison qu'il n'y fissent du mal, s'ils y allaient attroupés et la nuit, leur proposèrent à la sortie de l'assemblée ci-dessus, de les y conduire, s'ils voulaient se réduire à un petit nombre de gens choisis entr'eux et égal à ceux des jeunes gens qui seraient désignés pour commissaires. Après bien des contestations et des débats à ce sujet, douze personnes furent désignées de parts et d'autres, et celles-ci partirent pour Chassenon sur les cinq heures, accompagnés de sept à huit autres des séditieux. Quelques officiers du régiment de Lorraine s'y rendirent également pour aider les jeunes gens à contenir les révoltés, qui arrivés à Chassenon, visitèrent partout en présence des jeunes gens qui les avaient suivis. Ils n'y trouvèrent qu'un bon repas, et s'en revinrent contents, sur les dix heures du soir, avec les jeunes gens.

Chassenon château z

Pendant le voyage de Chassenon, le surplus des révoltés resta assez tranquille. Les jeunes gens, partie de la noblesse, la maréchaussée, partie des habitants et partie de l'escadron de Royal-Lorraine, s'armèrent et s'assemblèrent secrètement, formèrent des corps de garde et des patrouilles le soir et la nuit du lundi au mardi, et l'on fit illuminer toutes les maisons, ce qui retint les séditieux restés en ville, et ceux qui arrivèrent de Chassenon.
Le mardi matin, les officiers de l'hôtel-de-ville firent avertir, au son de la caisse, tous les bons citoyens de se rendre sur la place Royale, pour y former des compagnies de milice bourgeoise. Il y vint beaucoup de monde. Les séditieux s'y présentèrent aussi en faisant beaucoup de bruit. Le nommé COIRIER, tailleur de pierres, l'un de leurs chefs, se rendit chez M. Hallé, receveur des aides, âgé de 88 à 89 ans, le contraignit de lui rendre vingt-cinq livres que lui et un autre particulier avaient payés, il y avait peu de jours pour droits de vente de vin. Cet individu revint ensuite sur la place pour se faire incorporer dans la milice qu'on devait former. Il raconta ce qu'il venait de faire, et dit à d'autres d'aller à leur tour faire rendre ce qu'ils avaient payé. Quelques-uns s'y rendirent effectivement avec des gens de la campagne ; mais n'ayant pas autant de fermeté que lui, ils ne purent résister aux remontrances que leurs fit le sieur Hallé, et se retirèrent.

Le bruit s'étant répandu sur la place que, la veille, COIRIER avait vendu cinq livres dix sous le blé qu'on lui avait livré à cinq livres le boisseau, ceux qui en avaient acheté s'en plaignirent. Le bruit courut aussi qu'il venait de se faire remettre de l'argent par M. Hallé, que lui et d'autres de sa troupe devaient aller dans toutes les maisons où il y avait des caisses, pour piller et voler, que même leur intention était de mettre le feu dans le bas-quartier, notamment aux halles de la ville, et d'aller voler et piller dans le quartier haut, pendant qu'on serait occupé à éteindre le feu. On résolut d'arrêter ledit COIRIER, de le mener au palais, et de le livrer à la justice pour faire son procès, ce qui fut fait sur-le-champ. Cela occasionna beaucoup de rumeurs. La foule se porta aussitôt vers le palais, qu'on fit garder ainsi que la prison y contiguë, par les habitants qui s'étaient rendus armés sur la place, par la maréchaussée et l'escadron de Royal-Lorraine et les jeunes citoyens. Une partie d'entr'eux fit des patrouilles dans la ville et les fauxbourgs. Tout cela empêcha de former des compagnies de milice.

Dès que COIRIER eut été conduit au palais, le lieutenant-prévôt et les officiers du siège s'y rendirent et firent son procès dans les formes judiciaires et sans déplacer. On alla aussitôt faire la visite chez COIRIER. On y trouva soixante-quinze livres en argent, du blé, du vin et plusieurs pains, ce qui prouvait qu'il n'était pas dans le besoin, et qu'il en avait imposé le jour précédent, en disant qu'il n'avait pas d'argent pour acheter du pain, ce qui avait engagé un citoyen à lui en payer un. L'instruction de son procès commença sur les neuf heures du matin, et dura jusqu'à onze heures et demie du soir. COIRIER fut condamné à être pendu, et sa sentence exécutée à trois heures du matin, devant la porte de la prison de la ville, pour son corps y demeurer vingt-quatre heures, et être ensuite porté aux fourches patibulaires.

Pendant tout ce temps, on fut sous les armes, et des patrouilles circulèrent nuit et jour pour prévenir tout soulèvement, un attroupement, et toutes les fenêtres furent illuminées. Les officiers municipaux firent distribuer des vivres aux soldats du régiment et aux autres personnes qui n'abandonnèrent pas le palais. D'autres séditieux furent également arrêté dans le jour et dans la nuit et incarcérées, notamment le nommé Brodreau, postillon aux lettres de Niort en cette ville, l'un des chefs de la rébellion.  On opéra chez lui une perquisition domiciliaire, et on y trouva quelques effets volés. Son procès fut également instruit dans les formes judiciaires, et il fut pendu vendredi, dernier jour de marché, sur les cinq heures du soir.

Ces exécutions et emprisonnements ; lu, impression, publication et affiche, que les officiers municipaux firent faire dans la ville, les fauxbourgs et paroisses circonvoisines des deux sentences ci-dessus, d'une ordonnance rendue le 11 pour le maintien du bon ordre, des arrêtés de l'Assemblée nationale du 23 juillet dernier et 5 de ce mois, les patrouilles continuelles parcourant jours et nuits la ville et les fauxbourgs intimidèrent la majeure partie des séditieux, et les plus coupables prirent la fuite. On organisa alors six compagnies de milice bourgeoise, dans lesquelles les gentilshommes prirent, avec empressement, des emplois de commandant, officiers et simples fusiliers. On créa aussi une compagnie de cavalerie, et les jeunes gens, au nombre de plus de cent, organisèrent une compagnie de Chasseurs, le tout sous le commandement et les ordre du commandant général. On fit ensuite un règlement pour le service journalier de cette milice.

L'instruction criminelle se poursuivi ensuite vis-à-vis des autres accusés et contre le sieur Reverseau, boulanger, accusé d'avoir tirer le coup de fusil et tué le nommé Chaigneau.

La tranquillité étant rétablie, la ville et les habitants étant en sûreté, les principaux membres du corps, corporations, et communautés, se rassemblèrent au palais le dix-sept de ce mois, pour remédier aux abus qu'avait entraîné l'arrêté du 10, parce que le pain des deux dernières qualités était à très bas prix, les habitants de la campagne préféraient vendre ou acheter leur blé et venir acheter du pain en ville. Quelques personnes en faisait même commerce en achetant au prix fixé et revendant avec bénéfices à des gens de campagne, ce qui avait rendu la consommation considérable, et occasionnait des charges trop fortes pour la ville, parce que la moisson et autres travaux étaient commencées, que tous les journaliers, ouvriers pouvaient travailler et trouver du blé, l'Assemblée arrêta, dès le dit jour, de faire cesser son précédent arrêté du 10, lequel demeurerait sans effet pour l'avenir. Cependant les gens aisés de la ville voulant continuer à donner au moins aisés des preuves de commisération, consentirent à ce que la taxe du premier pain continuât encore pendant quelque temps à être de quarante-deux deniers par livre, au lieu de trente-huit, prix fixé par la dernière ordonnance de police du 8 de ce mois, et que les deux autres qualités fussent diminuées chacune de deux deniers par livre, sur cette trace, afin que le pain de seconde qualité ne fut que de trente-trois deniers au lieu de trente-cinq et que celle du pain de troisième qualité ne fut que de vingt-sept au lieu de vingt-neuf, conformément à l'ordonnance qui serait rendue le dit jour par M. le lieutenant de police. Ces arrêté et ordonnance furent imprimés, publiés et affichés le dit jour, dix-sept de ce mois.

On lut ensuite dans l'assemblée une lettre de remerciements à MM. les officiers du régiment de Lorraine, pour le dévoûment et l'énergie dont ils avaient fait preuve pour soutenir les citoyens à calmer la sédition ; ayant été approuvée et signée, il fut arrêté qu'elle leur serait remise par MM. les officiers municipaux, et qu'elle serait ensuite publiée, ce qui fut fait. Ceux-ci, en allant remercier les officiers du régiment, leur offrirent 260 # pour remettre à leurs hommes ; mais ils refusèrent cette somme, se chargeant eux-mêmes de les gratifier. Après bien des instances, ils acceptèrent cette somme, à condition qu'ils seraient libres d'en disposer en faveur des pauvres, par l'intermédiaire des curés des paroisses de la ville, ce qui fut fait. Les officiers municipaux portèrent ensuite une adresse de remerciments aux jeunes gens, adresse qui fut également imprimée et publiée.

Le même jour, dix-sept, il fut fait état et compte entre les boulangers et les commissaires de la commune en présence des officiers municipaux de l'indemnité due auxdits boulangers d'après l'arrêté du dix ; il se trouve que, du dix au dix-sept, c'est-à-dire pendant sept jours, il s'était consommé douze cent soixante onze boisseaux de farine, que l'indemnité due aux boulangers, à quarante-cinq livres par tonneau de cinquante boisseaux fixée et convenue par un traité du douze, ce qui faisait dix-huit sous par boisseaux, s'élevait à onze cent quarante cinq livres quatorze sous, somme que l'hôtel-de-ville fut chargé de payer aux dits boulangers dans la proportion relative à chacun d'eux.

Ce même jour, plusieurs habitants de la ville, notamment ceux qui demeurent aux environs des halles, ayant représenté aux officiers municipaux et de police, qu'il était à craindre, que dans l'état où se trouvent les dites halles, divisées en plusieurs rangs garnis de planches et bancs, où se trouvent différents magasins et selliers en bois, on y mit le feu d'un moment à l'autre, qu'il était difficile d'illuminer les dites halles et de les garder, qu'il serait convenable de la faire remettre dans leur état primitif, les susdits officiers, prenant en considération les motifs exprimés ci-dessus, ordonnèrent par un arrêté de ce jour, que les dites halles seraient rétablies dans leur premier état, et telles que sont celles de Niort, Luçon et autres lieux circonvoisins, qu'on y laisserait seulement les poteaux pour soutenir les charpentes et couvertures, et ... (illisible) à y placer les échelons nécessaires pour l'étalage des marchandises, que la délibération et ordonnance serait notifiée à la requête des officiers municipaux et de police à M. le Vicomte de Nort, engagiste des dites halles, en la personne du sieur Marourie, son fermier, ou régisse"ur de ses droits, avec sommation d'ôter ou faire ôter dans les trois jours de la dite notification, toutes les barrières, clôtures, planches fixées aux poteaux formant cloison, tous bancs qui se trouvent dans les rangs, magasins et toute autre enceinte qui se trouve sous les halles, et d'en faire transporter les matériaux ailleurs, ajoutant que, faute par lui de le faire dans le temps fixé, le tout serait exécuté à la déligence des officiers municipaux et de police aux frais du dit Vicomte de Nort, sauf au surplus aux dits officiers à faire retirer par la suite la couverture des dites halles, pour qu'elle n'endommage plus les maison y attenantes, et notamment afin qu'il y est un jour suffisant pour éclairer les côtés des halles.

Depuis que la tranquillité est établie, on se borne à faire illuminer les rues par quelques lanternes mises par les habitants de distance en distance, à faire placer pendant la nuit trois sentinelles aux trois entrées des halles, et à faire circuler dans la ville et faubourgs diverses patrouilles qui se rendent le soir au corps de garde, et qui en partent à la retraite.

Fait et rédigé au dit hôtel-de-ville les jour, mois et an que dessus sur l'heure de midi.
Signé : Savary de Calais, maire ; Queneau, ancien avocat, 1er échevin ; Macauld, procureur du roi de la ville ; Belliard, échevin. (copie manuscrite du temps, provenant des papiers de Bouron).

Fils de Nicolas Coirier, journalier et de Marguerite Brillouet, François est né à Fontenay-le-Comte, paroisse Notre-Dame, le 21 mars 1752 et a été baptisé le lendemain.

 

FRANÇOIS COIRRIER baptême 1752 z

 

François avait épousé le 10 janvier 1775, à Fontenay, paroisse Notre-Dame, Madeleine Moreau, fille de François Moreau, journalier, et de Jeanne Neuveu (?) dont il eut 7 enfants, tous nés à Fontenay :

- Charles, né le 11 février 1786 ;
- Pierre-François, né le 20 décembre 1785 ;
- Madeleine-Marguerite, née le 10 février 1783 ;
- Marie-Madeleine, née le 26 avril 1781 ; mariée à François Loriou, jardinier ; décédée à Fontenay le 23 septembre 1868 ;
- Louis, né le 25 août 1779 ;
- Marie-Marthe, née le 10 novembre 1777 ;
- René, né le 2 juillet 1776.

François Coirier signature ZZ

 


AD85 - Registre des délibérations de Fontenay-le-Comte - germinal an II - 11 nivôse an III - vue 139, 141 et 142

AD85 - Registres d'état-civil de Fontenay-le-Comte - Décès an III - Section Ouest

AD85 - Dictionnaire des Vendéens.

AD85 - Registres des délibérations de la municipalité de Fontenay-le-Comte - germinal an II - 11 nivôse an III - vue 3 et 4

La préparation de la guerre de Vendée - Tome premier - Chassin

AD85 - Registre des délibérations de la municipalité de Fontenay-le-Comte - déc. 1780 - janv. 1790 - vue 102

AD85 - E DEPOT 92 1 II 6 - Procès-verbal - vues 2 à 8.

Journal d'un Fontenaisien pendant la Révolution