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Jean Dorival, curé de la paroisse de Cohan, près d'Aurigny, doyenné de Bazoches, dans le diocèse de Soissons, sur lequel il était né le 28 août 1747, à Morienval, près de Crépy-en-Valois. Il était fils de Mathieu, clerc, et de Louise-Angélique Lavoisier.

Dorival Jean baptême z

Il avait d'abord été vicaire au lieu de sa naissance. Il le fut ensuite dans la ville de Verberie d'où, en 1785, il passa comme curé à Cohan. Les erreurs de la Constitution civile du clergé l'y trouvèrent non seulement inébranlable dans sa foi, mais encore très-zélé pour en empêcher les funestes effets dans tout le canton.

Obligé par son refus du serment de quitter sa cure, il n'en resta pas moins occupé de ses paroissiens : ce qui lui attira des vexations toujours croissantes. Il ne put leur échapper, lors de la loi de déportation, qu'en passant en Flandre, où il trouva de nouveaux dangers. Périls pour périls, il préféra ceux au milieu desquels il aurait au moins la satisfaction de remplir ses devoirs de pasteur ; et, en septembre 1793, il revint dans les environs de Cohan. Plus d'une fois, il faillit être pris par des agents de la persécution ; et il ne leur échappa que par une sorte de miracle qui le fit passer à Morienval, et de là à Soissons. Il y resta caché quelque temps chez des religieuses, puis il fut obligé de se sauver dans la forêt de Compiègne. Poursuivi de toutes parts en ce pays, il vint à Saint-Denis, où il trouva un asile chez des religieuses Annonciades, dont il devint l'aumônier.

La persécution s'étant ralentie, ou plutôt déguisée depuis la fin de juillet 1794, il exerça son ministère avec moins de contraintes à Saint-Denis ; et en février 1797, croyant que la persécution avait totalement cessé, il se montra sans défiance, et remplit ses fonctions comme si la paix eût été décidément rendue à l'Église.

Dorival signature z

Sur ces entrefaites, la crise politique du 18 fructidor (4 septembre 1797) donna naissance à une nouvelle loi pénale contre les prêtres non-assermentés. On les rechercha de toutes parts, Dorival fut pris et jeté dans les prisons de Saint-Denis ; bientôt l'agent du Directoire décida qu'il serait déporté à la Guyane.

Amené d'abord à Paris, il en partit le 28 mars 1798, pour être conduit à Rochefort, escorté par des gendarmes ; et, après quarante et un jours de marche, il parvint, le 7 mai suivant, dans cette dernière ville, où, en attendant l'époque de l'embarquement, il fut emprisonné avec quantité d'autres confesseurs qui arrivaient de toutes parts ... Le 1er juin, croyant voir approcher le jour de son embarquement, il écrivit aux religieuses Annonciades de Saint-Denis, pour les consoler, leur disant : "Cessez de me plaindre ; mon sort est bien plutôt digne d'envie que de compassion, puisqu'il m'est un gage de l'amour dont Dieu veut bien me favoriser, en m'honorant de la grâce de souffrir pour lui ..."

Le 1er août, il monta sur la corvette la Bayonnaise qui devait le transporter avec tant d'autres au-delà des mers. Elle le jeta dans le port de Cayenne, le 29 septembre. Pendant la traversée, il avait été atteint d'un scorbut, qui dégénéra bientôt en hydropisie : ses pieds et ses mains en étaient enflés d'une manière désespérante. Cette infirmité pouvait, s'il l'eût voulu, lui faire obtenir de rester dans l'hôpital de Cayenne ; mais, décidé à mourir pour Jésus-Christ, non seulement il ne demanda aucune faveur, mais encore il parut jaloux de n'être pas séparé de ses confrères, qu'on allait reléguer dans le désert de Conanama.

Cayenne pénitenciers flottants z

A tous les fléaux de ce séjour, à la maladie mortelle avec laquelle il y arrivait, se joignit pour lui spécialement une disette absolue de toutes choses. Il n'y résista pas longtemps ; car, le 10 novembre de la même année, il rendit son âme à Dieu, à l'âge de 51 ans. Les tristes effets de sa succession ne furent évalués que 2 francs et 16 sous.

 

Les martyrs de la foi pendant la Révolution française - Abbé Aimé Guillon - volume troisième

AD60 - Registres  paroissiaux de Morienval