LA CHAPELLE DE NOTRE-DAME-DE-LORETTE est située à l'extrémité du faubourg de Salers, à droite de la route qui va au col de Néronne, non loin du château de la Jordanie.

Quelle en est l'origine ?

On sait que les fondations de chapelles dédiées à Notre-Dame de Lorette ont eu pour cause le miracle de la translation de la maison de la Sainte Vierge, de Nazareth à Lorette, en l'an 1291.

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Celle de Salers daterait du XVe et peut-être même du XIVe siècle, d'après M. l'abbé Chabau, le savant historien des Sanctuaires de la Sainte Vierge dans le diocèse de Saint-Flour, auquel nous empruntons les détails qui suivent.

"S'il faut en croire la tradition, dit-il, un chevalier du pays se trouvant aux prises, en Terre Sainte, avec un Musulman, invoqua la protection de la Vierge immaculée et fit voeu, s'il sortait vainqueur de cette lutte à mort, d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette. La Vierge l'exauça. Le Sarrazin fut terrassé et l'héroïque chevalier, fidèle à sa promesse, alla en Italie faire hommage de sa victoire à l'auguste Madone, sa libératrice. De retour dans ses foyers, il voulut consacrer le souvenir de cette miraculeuse protection et fit bâtir à ses dépens un Oratoire à Notre-Dame de Lorette".

La Vierge de cette chapelle ne tarda pas à avoir parmi les habitants de la région de Salers de nombreux implorateurs. Ce fut surtout contre les épidémies et contre les fléaux agricoles tels que l'excès d'humidité ou de sécheresse qu'on prit l'habitude de l'invoquer ...

Le pèlerinage prospéra rapidement, car au XVIe siècle, il fallut "agrandir un oratoire trop étroit au gré de la direction des fidèles". MATHIEU CHALVET DE ROCHEMONTEIX, président de chambre au Parlement de Toulouse, était alors propriétaire du fief de la Jordanie et de la chapelle Notre-Dame, sans doute comme descendant du chevalier fondateur. En 1582, Mathieu vendit la Jordanie à Jacques Chalvet, son parent, et à Marguerite de Rigal, sa femme ; ceux-ci, devenus propriétaires de la chapelle, y firent exécuter des réparations ou même des constructions importantes, comme l'attestaient les armoiries sculptées à la clé de voûte et au maître-autel de l'ancienne chapelle.

En 1649, GUY DUFAYET, seigneur du Fau, devenu également seigneur de la Jordanie, fit, lui aussi, réparer à ses frais le sanctuaire de Notre-Dame de Lorette. Et cent ans plus tard, c'est M. RAFFIN DE LA RAFFINIE, qui, devenu à son tour possesseur de la Jordanie et de la chapelle, en agrandit le porche et le portail.

En 1793, la Vierge noire miraculeuse de la chapelle fut brûlée avec d'autres statues de Saints sur la place de Barouze. En 1813, elle fut remplacée par une nouvelle statue qui fut bénite à Fontainebleau par le cardinal Gabrielli, avec la permission expresse du pape Pie VII.

C'est à l'année 1851 que remonte l'institution de la fête annuelle fixée au dimanche de la Trinité. Ce jour-là, une procession a lieu à travers les rues de la ville ornées de verdure, de fleurs et d'oriflammes ; elle est suivie par une foule de pèlerins venus de tous les points du canton.

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En 1882, M. Pagis, alors curé de Salers, entreprit la reconstruction de la chapelle dont la pauvreté ne lui paraissait pas en harmonie avec le culte que lui portaient ses fidèles. Il commença une quête à cet effet, mais il n'eut pas le temps de mener son oeuvre à bonne fin, ayant été, peu de temps après, nommé évêque de Tarentaise. Le projet de Mgr Pagis fut repris par son successeur, M. Chaumeil. Grâce à l'activité du nouveau curé de Salers, la première pierre de la nouvelle chapelle fut posée le 5 juin 1885, et l'édifice, complètement terminé en 1886, était définitivement consacré, le 8 mai 1887, par Mgr Baduel, évêque de Saint-Flour.

Ce monument est construit dans le style gothique. L'architecte s'est livré, dans l'exécution de la façade, à une fantaisie qui provoque les critiques des uns, tandis que les autres la trouvent fort heureuse. Cette façade est surmontée de trois simili-tours crénelées, destinées plus tard à être couronnées par les statues de la Sainte-Vierge et de deux anges aux ailes éployées.

Elle se compose d'une nef à vaisseau unique surmontée d'un voûtement sur croisée d'ogives, se prolongeant par un chevet pentagonal.

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L'intérieur est classique. Il est orné de jolis vitraux sur lesquels on a eu la bonne idée de faire revivre les anciennes armoiries de la ville de Salers (De gueules, à une tour d'or, surmontée d'une étoile d'argent), du corps des officiers du bailliage (De gueules, à un sceptre royal d'or posé en pal), et de la communauté des prêtres de la ville (D'azur semé de croisettes d'or et un pal de même, brochant sur le tout).

La Chapelle comporte aujourd'hui des désordres importants ainsi que des fissures inquiétantes : fissurations des cerclages extérieurs, altération des maçonneries, oxydation des fers et éclatement des bétons. Un projet de restauration est en cours. En attendant, elle n'est plus ouverte au public.

Salers, notice historique ... par Louis Jalenques - 1912