De tous les départements on envoyait au tribunal de Paris les nobles, les riches, hommes, femmes, tous ceux dont on voulait se défaire au plus vite.

Ce tribunal en effet, plus expéditif, moins scrupuleux que les tribunaux de province, allait vite en besogne. Là les juges étaient des bourreaux ; là sombraient toutes les vieilles gloires et tombaient toutes les nobles têtes.

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Parmi les Auvergnats envoyés à cette boucherie, nous avons nommé M. Dolivier, avocat à Salers, jurisconsulte distingué.

Après la Révolution, voyant sa conduite diffamée par des détracteurs, M. François-Marie Dolivier fit imprimer, pour détruire leurs calomnies, un Mémoire intéressant où il raconte son arrestation et son voyage à Paris. Nous n'avons rien de mieux à faire que de le laisser parler. Son récit apporte un nouveau jour aux évènements de l'époque :

"La ville de Salers avait été, dit-il, le berceau de mes ancêtres ; ils y étaient au rang des familles les plus distinguées ; mon père y avait exercé avec distinction la profession d'avocat depuis 1763, lorsque la Révolution éclata. Le Bailliage royal qui y existait fut alors supprimé et remplacé par un tribunal dit du District, par un décret de 1790.

Mon père aurait été un des juges de ce tribunal, si sa parenté au degré prohibé avec M. Lescurier, ancien lieutenant-général, nommé président, ne l'avait exclu.

Sa famille s'était retirée à la campagne de la Sabie, au Vaulmiet, dans la commune de Saint-Vincent. Mon père en avait été le maire avant d'être juge à Murat. Je le remplaçai et je remplis les fonctions de maire pendant plusieurs années.

Pendant la durée de mon administration, le plus grand ordre régna dans ma commune ; les châteaux, les églises, les clochers y furent respectés, avantage que beaucoup de communes n'ont pas eu ; de nombreux ecclésiastiques, non assermentés, y célébrèrent le divin sacrifice dans des maisons particulières et j'y assistais. Je fus dénoncé à l'administration du District de Mauriac par M.B.D. pour avoir protégé les prêtres réfractaires.

Le prêtre, M.F. (M. Filiol), étranger à la commune, mais de l'arrondissement de Mauriac, condamné à la peine capitale, "comme chef de chouans", et poursuivi, ne craignit pas de venir chez moi pour prendre du repos, s'y rafraîchir, et, s'il se sépara de moi, ce ne fut que dans la crainte de me compromettre.

Lorsque j'appris l'assassinat du malheureux Louis XVI, j'en frémis d'horreur et il existe encore des personnes qui attesteraient m'avoir vu verser des larmes de douleur et m'avoir entendu dire que la mort de cet illustre martyr causerait le malheur de la France.

Nommé, en l'an II, membre de l'administration du département à Aurillac, j'y fus chargé de la partie qui concernait les biens, dits nationaux.

A-t-on vu mon nom sur ces fatales listes qui servirent à dépouiller de leurs biens les amis du trône que la persécution chassa du royaume et qui devinrent un arrêt de mort contre tous ceux qui mirent le pied sur le territoire français ?

Je recevais journellement dans mon bureau les parents des émigrés ; j'écoutais leurs plaintes et je demande quel est celui des malheureux qui n'a pas eu à se louer de ma manière d'agir envers lui ? J'invoque le témoignage de tous sans exception.

"Depuis longtemps la ville d'Aurillac gémissait sous la domination de quelques hommes immoraux ... Le coquinisme s'y était établi en système ..." (Révol. du Cantal)

Ce fut dans ces fatales conjonctures que j'arrivais au département. La place que je devais y occuper était périlleuse et il était presque impossible que j'échappasse aux coups que portait la faction ; en effet elle ne tarda pas à me compter au nombre de ses victimes ... Un arrêté du Comité de sûreté générale du 14 messidor an II (2 juillet 1794) me traduit au tribunal révolutionnaire avec onze autres individus.

Mes compagnons d'infortune étaient M. le comte de Sartiges ; Mme de Laronade ; Mme la marquise de Fontanges ; M. de Faussanges, ancien procureur du roi à Salers ; M. Decours ; M. Falvelly, prêtre ; M. Larguèze, médecin ... Ils étaient bien tous des sans-culottes de mon goût.

J'étais alors en mission dans le département de la Haute-Loire avec deux Messieurs d'Aurillac pour réclamer des subsistances pour le Cantal. Ces deux Messieurs, prévenus que je devais être arrêté, eurent la bonté de m'en prévenir et de me solliciter fortement à me sauver. Je résistai à leurs sollicitations par le motif que ma fuite pouvait compromettre ma famille et occasionner l'arrestation de mon père.

Je me hâtai de terminer ma mission et je partis seul pour Aurillac. J'allais arriver à la Chapelle-Laurent lorsque je vis venir deux gendarmes ; nous allions nous croiser sur la route lorsque m'apercevant qu'ils ne me connaissaient pas, je les abordai et leur dis : "Vous n'avez pas besoin d'aller plus loin, c'est moi que vous cherchez, me voici." Ils me regardèrent ; je leur dis mon nom et je me livrai entre leurs mains.

Nous arrivâmes à Murat où nous couchâmes ; après notre souper, j'invitai les gendarmes à m'accompagner dans une maison honnête de la ville que j'étais bien aise de voir ; ils eurent l'honnêteté de me dire qu'ils s'en rapportaient à moi et que je pouvais y aller seul, ce que je fis. Le lendemain qui était un jour de foire, j'allai librement toute la matinée dans la ville. Qui doutera que je ne fus sollicité à prendre la fuite et qu'il ne fut très facile de trouver un refuge ? Je me refusai aux sollicitations les plus pressantes par le même motif que je ne voulais pas compromettre ma famille. J'ajoutai encore à ce motif celui que j'étais incapable d'exposer les gendarmes qui avaient eu la générosité de me laisser libre, à être fusillés ou destitués ; (un sieur Bonique d'Aurillac était un de ces honnêtes gendarmes, j'ignore le nom de l'autre). J'arrivai dans le même jour à Aurillac. Je fus aussitôt plongé dans un cachot et confondu avec plusieurs scélérats. Mon départ pour Paris fut différé d'un jour parce qu'on fut bien aise de choisir un jour de foire pour m'exposer, chargé de chaînes, aux regards et parce qu'il fallait cela "pour consolider l'opinion publique". Ensuite on célébra cette immortelle journée par un galas, dans lequel il ne manqua à mes égorgeurs, pour rendre la joie complète, que de s'enivrer dans le crâne de leur victime.

Mes bourreaux s'empressèrent d'annoncer à leurs amis mon arrivée prochaine à Paris. "Dolivier arrive, dit Boudier à son frère aîné, et ses notes arrivent aujourd'hui. Il est impudent et cherchera à compromettre ceux qui l'ont démasqué ; ils ne le craignent pas. Veilles-y, et fais-nous en part, les patriotes triomphent et ça va." (Révolution du Cantal)

On avait tout disposé pour me bien recevoir. Je devais cesser de vivre peu de jour après mon arrivée, "car, disait le chef des assassins (Boudier), la chose presse surtout l'arrivée de Dolivier ; la sûreté de sa conscience, sa bonne conduite ne sont pas toujours des égides bien sûrs contre la calomnie ; veille, je t'en prie, pour l'âme qui ne cesse de veiller pour toi." (Révolution du Cantal)

Je ne dois pas laisser ignorer qu'étant arrivé d'Aurillac à Clermont et m'étant fait conduire chez M. Sabatier, lieutenant de gendarmerie faisant alors les fonctions de capitaine, cet estimable officier défendit aux gendarmes de me conduire à la prison et d'après sa recommandation je fus libre d'aller où il me plut. Je cite ce trait généreux de la part de cet officier pour faire voir qu'il m'était aussi facile à Clermont qu'à Murat de me sauver si les raisons puissantes que j'ai expliquées ne m'avaient pas fait faire le sacrifice de ma vie ; je crois que j'aurais eu peu d'imitateurs.

Je n'arrivai à Paris que le 6 thermidor avec trois Messieurs de Rodez que j'eus le bonheur de rencontrer à Clermont et qui avaient eu la bonté de m'accorder une place dans la voiture sur laquelle on les charriait aussi à Paris. De ma vie je n'avais été aussi gai que dans ce voyage qui dura quinze jours ; une dame des plus aimables, épouse d'un de mes compagnons d'infortune, mariée depuis un mois, qui avait eu le courage d'accompagner la fatale voiture et que j'avais vue plusieurs fois dans la route, me disait quelques années après à Paris : "Que vous étiez fou, M. Dolivier ! vous aviez l'air d'aller à la noce !" Est-ce là, je le demande, l'état d'un homme dont la conscience est criminelle ? Non, le coupable traîne partout un fond d'inquiétude que rien ne peut calmer.

Une heure après mon arrivée à la Conciergerie on me conduisit au greffe ; ce fut pour m'enlever tout ce que j'avais sur moi, même la boucle de la ceinture de ma culotte. Je demandai qu'il me fût donné connaissance des motifs de mon arrestation. On me répondit en ces termes : "On te le fera connaître demain au tribunal, tiens-toi prêt." Il paraît qu'on aurait tenu parole car un de mes amis qui était à Paris avait écrit à Aurillac : "Sois tranquille, mon ami, Dolivier est arrivé ce matin, dans deux jours son compte sera fait". (Révolution du Cantal)

Ma mort était assurée, sans les évènements ultérieurs, je ne pouvais pas l'ignorer ; mais j'allais mourir pour mon roi, sur le même échafaud où peu d'années auparavant l'infortuné Louis XVI avait été immolé, et frappé de cette idée, la mort se montrait à mes yeux sous les formes les plus belles.

Je ne conçois pas comment j'ai pu échapper au poignard de mes assassins. "Si la chute de Robespierre fut venue deux jours plus tard, Dolivier était f..." disait Boudier aîné à un de ses camarades. (Révolution du Cantal)

Tout tombait à mes côtés, la mort frappait autour de moi les personnes de tout rang, de tout sexe et de tout âge et, au milieu de tant de têtes et de fortunes abattues, je demeurai ferme comme si le coup devait toujours porter à côté de moi et que j'eusse jeté ici-bas des racines éternelles. Les portes de la prison ne me furent ouvertes que le 21 brumaire an III (11 novembre 1794) et lorsque la justice dût frapper de son glaive l'inventeur des bateaux à soupape.

Je n'avais eu connaissance de la dénonciation faite contre moi au Comité de sûreté générale que le 27 vendémiaire précédent ; j'ai intérêt qu'elle soit connue : "Comité de sûreté général et de surveillance de la Convention : Extrait de la dénonciation du représentant du peuple Carrier contre le dénoncé ci-après : Olivier membre de l'administration du département, contre-révolutionnaire sous les couleurs du feuillantisme et du modérantisme, ne fréquentant que des gens suspects et les feuillans, ayant voulu suspendre par un arrêté frauduleux, la vente d'un bien d'un émigré. Pour extrait conforme à l'original déposé au Comité de sûreté générale, 2 région n° 1228. Signé : Fontaine, secrétaire."

Cette dénonciation renferme en peu de mots mon apologie ;

- Oui j'étais contre-révolutionnaire, c'est-à-dire que j'étais l'ennemi de la Révolution et je conviens qu'avec cette tâche je méritais la mort.

- Oui je ne fréquentais que les "gens suspects", c'est-à-dire les personnes malheureuses et opprimées auxquelles je portais quelquefois des paroles de consolation ; je conviens que c'était alors un crime et que je méritais la mort.

- Oui, je fréquentais les feuillans, c'est-à-dire les modérés et je fuyais avec horreurs ces monstres qui avaient adopté pour patron Jourdan d'Avignon, dit Coupetête. C'était là aussi un crime qui méritait la peine capitale.

Guerre aux terroristes, aux intrigants, aux fripons, voilà ma devise."

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La famille Dolivier est une ancienne famille bourgeoise de Salers, dont nous avons pu surprendre l'existence dès la fin du XIVe. En 1386, son premier représentant connu, Guillaume Dolivier, était déjà notaire, et son frère Jean, curé de Saint-Paul ... Nous voyons ses descendants exercer ces honorables fonctions jusqu'à la fin de l'ancien régime, tandis que les cadets de la famille fournissent un fort contingent de prêtres, de religieux et de religieuses. Nous les trouvons en même temps investis de la confiance de leurs concitoyens. De 1509 à 1585, ils n'occupèrent pas moins de sept fois le consulat à une époque difficile, où la fière petite cité dût être parfois défendue les armes à la main.

JEHAN DOLIVIER, premier consul en 1585, prit une part glorieuse à la défense de Salers, attaqué et surpris par les protestants, qui furent repoussés grâce au courage des habitants. Ici, comme à Aurillac, cinq ans plus tôt, se manifesta la même vaillance et la même union de tous contre l'ennemi commun. Jehan Dolivier fut grièvement blessé sous le sein gauche et mourut probablement des suites de sa blessure.

Suivant les désirs de son fondateur, le premier président Lizet, les Dolivier furent, jusqu'à la Révolution, administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Salers. Sans atteindre la distinction des Lizet, des Chalvet, des Vernyes, des La Ronade, ils tenaient un rang estimé dans la société de Salers, ils marchaient de pair avec les Chazettes de Bargues, les du Fayet, les Vayssières, les Pradel, les Rolland, les Chevalier de Longevialle, les de La Farge, les Sauvage et les autres principales familles de la cité.

A la fin du XVIIe siècle, sans quitter leur ville, ils s'établissent aux champs et deviennent propriétaires terriens à La Sabie, paroisse de Saint-Vincent. En 1747, ils ajoutèrent une montagne à ce domaine. L'année précédente, JACQUES DOLIVIER avait reçu, par donation, le domaine de Lacombe, dans la paroisse voisine du Falgoux. Le revenu de ce dernier était estimé, en 1782 de 709 livres. A la même époque, leur maison de Salers était imposée pour un revenu de 50 livres, et leur domaine de La Sabie pour un revenu de 53 livres, 5 sols.

A La Sabie, ils joignirent aux fonctions héréditaires de notaire, celles de bailli et châtelain de la terre du Vaulmier. Tandis que JACQUES DOLIVIER cumulait longuement ces doubles fonctions, son fils JACQUES-GAUBERT gravissant, semble-t-il, un nouvel échelon, se mêlait aux gens de robe du baillage avec le titre d'avocat en parlement. Il épousait Madeleine Lescurier de Brozelle, fille de François, seigneur de Fournols, et bien qu'il fut l'auteur, au nom de ses frères, de la requête en rectification de nom, il semble avoir affiché quelques prétentions aristocratiques, en désignant ses trois cadets, tous également prénommés Georges, d'un nom de terre : le premier s'appela du Lac, le second de La Prade et le troisième du Fraysse.

Au moment de la Révolution, la famille Dolivier était dans cette situation intermédiaire où l'on risque encore de monter par un savant aiguillage et où il convient de prendre le bon vent, en toute sincérité du reste. Elle accueillit avec faveur les idées nouvelles, mais sa conduite, pendant la Révolution, n'a pas atteint son honorabilité. Les Dolivier surent se défendre du sectarisme que l'on reproche avec raison à leurs compatriotes, SALSAC et VALETTE, et même résister au courant qui emportait alors les esprits, comme le fit l'abbé François Dolivier, curé de Barriac, qui avait accepté tout d'abord une place d'administrateur dans le conseil du district de Mauriac. Jacques-Gaubert fit partie de la nouvelle magistrature.

 

Son aîné, FRANÇOIS-MARIE, dans toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, s'abandonna plus facilement au mouvement irréfléchi qui entraîna avec lui beaucoup de ses camarades et de ses amis. Il fit partie, dès sa fondation, de la Société des Amis de la Constitution de Salers et y joua un rôle assez actif. Membre dès 1792 du conseil du district de Mauriac, dont son oncle, l'abbé Dolivier, venait de se retirer, puis, en frimaire an II, de la commission révolutionnaire établie en cette ville, il fut désigné en pluviôse par le représentant en mission dans le Cantal, Bô, comme administrateur du département. Il faut reconnaître à sa décharge qu'il fit preuve, dans l'exercice de ses fonctions, de beaucoup de modération et de réserve. Sa conduite lui valut d'être incarcéré, heureusement pour lui à la veille des évènements de Thermidor, sur la dénonciation de Carrier : "contre révolutionnaire sous les couleurs de feuillantisme et de modérantisme". C'était bien là, en effet, le portrait fidèle de FRANÇOIS-MARIE DOLIVIER ... Mis en liberté, après quelques mois de détention, il reprit son poste d'administrateur dans le conseil du département et le conserva, sous la constitution de l'an III, dans l'administration centrale jusqu'en l'an VI.

Sous l'Empire, il entra comme substitut dans la magistrature. Il y fut maintenu par la Restauration, qui lui tint, semble-t-il, quelque peu rigueur de son passé politique. S'il fallait en croire un factum imprimé, qu'il publia à cette époque pour se disculper d'imputations de libéralisme gênantes pour son avancement, il n'y aurait point eu au fond, comme il la naïveté ou plutôt l'inconscience de le proclamer dans ce plaidoyer "pro domo", un peu emphatique, de plus fidèle sujet du Roi que "celui qui fut conduit jusqu'au pied de l'échafaud où fut immolé l'infortuné Louis XVI". La Monarchie de Juillet, moins exigeante ou plus conformément à ses origines, l'assit dans un fauteuil de juge titulaire.

FRANÇOIS-MARIE DOLIVIER est le personnage marquant de la famille. Le domaine patrimonial de La Sabie fut aliéné en 1818. La branche cadette issue de Georges Dolivier, dit de La Prade, pour peu de temps du reste, s'établit avec son auteur à Tougouse, commune de Saint-Bonnet de Salers. La famille fut honorablement représentée, au cours du XIXe siècle, dans les professions libérales et les fonctions publiques. Par une singulière destinée, Joseph-Marie-Eugène Dolivier, - le dernier des Doliviers - exerça à Tulle, de 1872 à 1882, les fonctions traditionnelles de notaire, si longtemps héréditaires chez les siens. Mais malgré de très nombreuses générations de huit, dix et onze enfants, que l'on est frappé de voir si fréquemment enlevés dès leur jeune âge, avec lui a disparu son nom.

Dolivier et musée z

La maison patrimoniale des DOLIVIER existe encore à Salers ; C'est une ancienne construction, flanquée d'une haute tour carrée, constituant jadis une habitation bourgeoise assez confortable, où est mort Jacques-Gaubert Dolivier, le 9 octobre 1810. Elle est située dans la rue de Lasbiniols et communique aujourd'hui à la maison des Templiers, avec laquelle elle forme un groupe important ...

FRANÇOIS-MARIE DOLIVIER, chef de la branche aînée, le personnage le plus marquant de la famille ... Après la chute de Robespierre, Dolivier ne sortit de prison que le 21 brumaire an III. Le 23 brumaire (13 novembre), il reçut de la section Guillaume Tell, de la commune de Paris, un passeport pour Aurillac, qui nous donne le signalement suivant : "Agé de 28 ans, taille de 5 pieds 2 pouces, cheveux et sourcils blonds, nez long, bouche grande, menton pointu, front large, visage maigre". Il reprit le 6 brumaire an III (16 novembre 1794), les fonctions d'administrateur du département du Cantal, en vertu d'un arrêté du représentant Musset, qui lui donnait comme collègues : Delzons, Baissac, Altaroche, Bru, Offroy, Dubois, Ganilh et Vanel. Il fut réélu le 24 vendémiaire an IV (16 octobre 1795), par l'assemblée électorale tenue à Murat, le 20 du même mois et destitué le 27 ventôse an IV (17 mars 1798) par un arrêté du Directoire Exécutif, Louis-Géraud-Gabriel Fortet le remplaça en vertu d'un vote de l'assemblée électorale du 24 germinal an VI (13 avril 1798).

Sa situation officielle ne l'avait pas, deux ans avant, empêché de soumissionner, le 20 prairial an IV (8 juin 1796), pour l'acquisition de trois domaines de Valens, dans la paroisse de Moussages, dont la vente était poursuivie à la suite de l'exécution du marquis de Crussol d'Amboise, guillotiné le 8 thermidor an II (26 juillet 1794) ; il versa à titre de provision une somme de 15.000 livres ; mais grâce aux efforts de François-Marie de Bonnefon-Lavialle, agent forestier à Paris, exécuteur testamentaire du marquis aux termes de son testament olographe du 1er janvier 1792, le séquestre fut levé, la soumission annulée et l'envoi en possession prononcé en faveur de ses héritiers naturels le 5 vendémiaire, an IV (25 septembre 1795).

Après sa destitution de l'an VI, il se retira à Mauriac, où il se maria le 14 fructidor an X (1er septembre 1802), avec Jeanne Diernat, fille de Joseph et de Toinette Dolivier. Il ne prend dans cet acte que la qualification d'homme de loi. Installé troisième juge suppléant au tribunal de cette ville le 17 avril 1811, il fut nommé substitut, le 12 mars 1818. A la mort de Chabannes-Sauvat, en 1824, il postula la place de juge, qui fut attribuée à Emile Delalo, et, c'est à cette époque qu'il fit paraître, pour sa justification, le mémoire imprimé, sans date, que nous avons déjà cité plus haut. Ce ne fut que sous la Monarchie de juillet, le 4 septembre 1830, qu'il parvint à recueillir, comme juge titulaire, la succession de Vidal Deronat, transféré à Thiers. Assagi par l'âge et par ses nouvelles fonctions, Dolivier se fit remarquer par la dignité de son attitude et par sa grande science juridique.

Il perdit, le 12 août 1808, sa première femme, morte à l'âge de 27 ans, après lui avoir donné cinq enfants, tous nés à Mauriac :

- Jacques, né le 2 frimaire an XI (23 novembre 1802), décédé le 7 pluviôse an XII (28 janvier 1804) ;

- Joseph, né le 3 pluviôse an XII (24 janvier 1804), décédé le 30 ;

- Georges, né le 12 frimaire an XIII (3 décembre 1804), décédé le lendemain ;

- François, né le 19 septembre 1807, décédé le 26 juin 1832 ;

- François-Adolphe, né le 13 juillet 1808, marié le 30 août 1837 à Gabrielle-Euphémie-Ursule de Montclar ; avocat et juge suppléant à Mauriac, le 4 février 1839, décédé le 16 mai 1858, à la survivance de deux enfants : Pierre-Auguste-Abel, né le 22 août 1840, et Jeanne-Catherine-Claire, née le 1er octobre 1844.

Il convola en secondes noces à Mauriac, le 8 janvier 1812 avec Marie-Catherine-Michelle Mirande, fille de Nicolas, ancien conventionnel, et de Gabrielle-Ursule Chabrier, de laquelle il eut six enfants, aussi nés dans cette ville :

- François-Marie, né le 5 juin 1815, décédé le même jour ;

- Georges, né le 7 avril 1816, décédé le 15 du même mois ;

- Joseph-Frédéric, né le 15 mai 1817, pharmacien à Mauriac, marié le 14 avril 1841, à Marie-Geneviève-Fanny Excourbaniès, décédé à Bort, le 30 octobre 1895, dont deux filles : Marie-Catherine, née le 27 août 1844, décédée le 27 mars 1853 ; Gabrielle-Ursule-Emilie, née le 6 novembre 1845, mariée, le 18 janvier 1867, au docteur Broquin avec lequel elle habitait le Châtelet d'Ydes.

- Nicolas-Hyppolyte, né le 28 novembre 1819, décédé le 4 février 1821 ;

- Marie-Marguerite, née le 8 août 1822, dont nous ignorons la date de décès ;

- Gabrielle-Euphémie, née le 8 janvier 1827, mariée à une époque que nous ne pouvons préciser à Adrien Drappeau, qui était percepteur à Riom-ès-Montagnes, en 1849.

FRANÇOIS-MARIE DOLIVIER (natif du Vaulmier) est mort à Mauriac, à l'âge de 75 ans, le 6 novembre 1838. Son testament olographe, daté du 26 août précédent, porte en exergue ces mots : Horrendum est incidere in manus Dei viventis ; il témoigne de son repentir et de ses sentiments religieux. Sa veuve, Marie-Catherine Mirande, lui a survécu jusqu'au 28 juillet 1864. Elle était âgée de 78 ans.

FRANÇOIS-MARIE DOLIVIER signait, pendant la Révolution comme membre de l'administration départementale : Dolivier et à partir de la chute de l'Empire, comme substitut du procureur du Roi à Mauriac : D'olivier.

 

Dolivier décès z

 

Histoire de la Révolution en Auvergne - Tome 4 - par M. Jean-Baptiste Serres

Revue de la Haute-Auvergne - janvier 1921

AD15 - Registres d'état-civil de Mauriac