UN COCHON FUSILLÉ EN 1794

LA BASSÉE 59z

Les procès-verbaux officiels et imprimés de la Convention contiennent, à la date du 2 ventôse an II (20 février 1794), la mention suivante : "Le Comité de surveillance révolutionnaire de La Bassée, district de Lille, département du Nord, écrit que ses concitoyens ont donné pour les défenseurs de la patrie 165 chemises, 26 paires de bas, etc., etc. La chute du culte catholique dans cette commune a produit 125 livres d'argent et de vermeil et 16.000 litres de métal de cloches. Ces citoyens annoncent que le 20 pluviôse, ils ont célébré l'anniversaire de la mort du tyran".

Cette dernière phrase, bien anodine au premier aspect, cache, peut-être intentionnellement, une des cérémonies les plus grotesques auxquelles ait donné lieu, en 1794, le désir de signaler les opinions républicaines d'un corps constitué, à l'occasion de l'anniversaire du 21 janvier.

Voilà donc la scène extraordinaire que cache la phrase banale du compte rendu officiel. On la trouve relatée dans le post-scriptum inédit de l'adresse du Comité de surveillance et révolutionnaire de la commune de La Bassée à la Convention, adresse conservée parmi les pièces jointes au procès-verbal de la séance du 2 ventôse :

Nous vous annonçons que les citoyens de cette commune célébreront, décadi prochain, l'anniversaire de la mort du tyran, et, pour signes représentatifs, un cochon parsemé de fleurs de lis, décoré d'une croix de chevalier du poignard trouvée dans un château d'émigré, portant cette inscription : Louis Seize sera fusillé.

La Convention ne pouvait moins faire que de répondre, comme cela eut lieu, d'après une note jointe : "Continuez, intrépides montagnards, à mériter la confiance de ce grand peuple qui n'attend son salut que de vous."

Voilà un épisode qui manque à toutes les relations de la mort de Louis XVI et à celles de ses anniversaires, même aux plus récentes et aux mieux documentées.

 

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La Croix - 28 janvier 1893