PARIS XVIIIe z

 

Fils de Louis-Nicolas-Alexis-Sigismond, procureur au parlement de Paris, et de Marguerite Penel, Claude-Louis Bruslé est né à Paris le 5 décembre 1766ayant perdu son père avant sa majorité, il obtint une dispense d'âge pour lui succéder dans l'exercice de sa charge ; mais il n'en jouit pas longtemps, la révolution étant survenue presque aussitôt.

M. Bruslé fut quelque temps militaire, puis il entra dans l'administration de l'armée, fut nommé commissaire du directoire exécutif près le département des Deux-Nèthes en 1797, et député de ce département au conseil des cinq-cents en 1798.

Il fit à la tribune de cette assemblée quelques rapports sur les dépenses communales, et en devint secrétaire le 23 octobre 1799 ; s'étant montré opposé aux vues de Sieyès, il ne passa pas au corps législatif formé après le 18 brumaire.

Cependant il se réconcilia avec le gouvernement consulaire ; et il obtint, en 1801, la préfecture de l'Aube, qu'il conserva jusqu'en 1810, époque à laquelle il passa à celle de l'Oise, par suite de quelques réclamations formées contre lui relativement à la conscription.

Il fut créé chevalier de l'Empire, par lettres patentes du 2 juillet 1808 ; puis baron de Valsuzenay, par lettres patentes du 13 juillet 1810. Il fut confirmé dans la possession héréditaire de ce dernier titre par lettres du Roi Louis XVIII du 31 décembre 1814, obtint en même temps le règlement de ses armoiries.

Bruslé baron de Valsuzenay ZZ

 

Le 14 avril 1813, il fut nommé préfet de la Gironde ; et il se rendit à Bordeaux dans les premiers jours de mai, après avoir été présenté à l'impératrice Marie-Louise. Il y resta jusqu'au commencement de 1814, lors de l'invasion de l'armée anglaise et des approches de S.A.R. le duc d'Angoulême avec la plupart des autorités de la Gironde ; et il ne retourna à son poste que dans le mois de mai lorsque la chute du gouvernement impérial fut consommée.

Le Roi voulut bien le rétablir dans ses fonctions ; et M. Bruslé se trouvait ainsi à Bordeaux, lors du retour de Bonaparte en 1815. Il montra d'abord beaucoup de zèle à seconder les vues de Madame, duchesse d'Angoulême ; mais, après le départ de cette princesse, il se rendit à Paris, où on le vit, dans un repas donné par les députés de la Gironde, porter des toasts analogues aux circonstances. Cependant il ne put obtenir de Buonaparte sa réintégration dans la préfecture de Bordeaux.

Lorsque le Roi revint dans le mois de juillet, ce prince lui confia le département de l'Aube, qu'il avait administré si longtemps, avec le titre de conseiller d'état honoraire.

Admis à la retraite le 1er septembre 1824, Claude-Louis Bruslé de Valsuzenay  est décédé à Paris, le 2 mars 1825.

 

décès z

 

Le cœur du Baron Bruslé de Valsuzenay 1er préfet de l’Aube et ancien propriétaire du château se trouve dans l’église de Barberey-Saint-Sulpice (10), dans une colonne de marbre noir.

Bruslé monument funéraire z

 

États de Services de Claude-Louis Bruslé, énumérés par lui-même dans son dossier à la Chancellerie de la Légion d'honneur :

- 1789, 1790, 1791, 1792 : Officier des grenadiers de la garde nationale parisienne, depuis leur formation jusqu'à leur licenciement.
- Ans II et III : A l'armée du Nord et de Hollande, adjoint à l'adjudant-général César Berthier, chargé de lever les places, de recueillir les mémoires et renseignements pour servir à l'histoire militaire.
- Ans IV et V : chargé de l'organisation du département des Deux-Nèthes et commissaire auprès l'administration centrale ;
- Ans VI et VII : Député au Conseil des Cinq-Cents par le département des Deux-Nèthes ;
- De l'an VIII à l'an XII : Préfet du département de l'Aube, membre du collège électoral.

Claude-Louis Bruslé fut aussi, entre mai et septembre 1793, envoyé en mission en Vendée et nommé Commissaire du Comité exécutif à l'armée de la Vendée. On trouve quelques courriers de lui au Service Historique de la Défense à Vincennes.

Voici comment le citoyen Bruslé considérait la première guerre de Vendée ; cette lettre fut lue à la séance de la Commune de Paris, le 17 mai 1793 ; il décrit au maire de Paris les rebelles comme des lâches fanatisés par le clergé ; seule la faiblesse de nos troupes explique leurs succès ; il faut envoyer des renforts de Paris, car les "vainqueurs de la Bastille" feront merveille :

"Armée de la Vendée,
17 mai 1793.

Lettre du Commissaire Bruslé, envoyé dans les départements révoltés, au Maire de Paris, contenant quelques détails sur la situation dusdits départements et celle des rebelles ; lue dans la séance de la Commune de Paris, le 17 mai 1793.

"Les Brigands occupent dans ce moment une partie du territoire de six départements ; savoir : Indre & Loire, Loire inférieure, La Vendée, les Deux-Sèvres & la Vienne. Ces pays envahis forment un cercle dont le rayon peut avoir 15 à 20 lieues. Le point central est à Chemilly (Chemillé), Cholet et Mortagne ; c'est dans cette dernière ville que sont retenus les Grenadiers de Saumur ; qu'ils ont fait prisonniers après trois jours de combat. Ils ont rassemblé dans cet endroit leurs approvisionnement de réserve, qui consistent principalement dans des troupeaux de boeufs qu'ils laissent paître dans les prairies, ce qui a diminué l'approvisionnement de Paris.

On ne saurait évaluer le nombre des révoltés, il est à peu près égal à la population de ces contrées car ils forcent tout le monde à marcher. Leurs armées sont d'environ 20 à 25 mille hommes. Ils sont armés avec des fusils de chasse, n'ayant ni sabres ni bayonnettes. Ils n'ont en fusils de munition que ceux qu'ils ont pris sur les patriotes. La majeure partie est armée de fourches, broches, bâtons, etc. Ils ont une trentaine de pièces de canon de campagne mais ils n'ont pas de pièces de position. La poudre de guerre leur manque souvent ; & vous n'apprendrez pas sans indignation que ce sont nos propres volontaires qui leur ont vendu des cartouches pour se procurer du beurre, des oeufs et autres objets de la campagne.

Leurs femmes ne suivent pas les attroupements, elles restent dans leurs villages, et leur servent d'espions, en faisant passer de métairie en métairie les nouvelles de la position des armées de la République ; c'est aussi par leur moyen qu'ils ont eu des cartouches des volontaires.

Cependant ne croyez pas que toutes les troupes se soient rendues coupables de ce crime ; et les Bataillons des hommes de la campagne ont fui au premier choc, en jettant leurs armes et ont été effrayés du bruit de nos propres canons, d'autres se sont montrés les dignes enfants de la République. Les Vainqueurs de la Bastille ont soutenu l'honneur de leur dénomination : partout où ils ont donné, ils ont fait fuir l'ennemi, et le nom "Parisien" lui inspire la terreur.

Le mal s'est empiré par trop d'incurie ; il faut terminer cette guerre intérieure mais il n'est pas moins vrai de dire que ces brigands ne sont pas redoutables & que la lâcheté et l'indiscipline des troupes qu'on leur a opposées, ont fait leur force. Les braves gens ont été victimes de leur courage et beaucoup attendent pour retourner au combat, qu'ils puissent se mêler dans les rangs des Parisiens et être sûrs qu'en tenant ferme, il ne seront point abandonnés.

Les Brigands n'ont aucune espèce d'organisation militaire, ils n'ont ni régiments, ni grade d'officier, ni plan de campagne ; ils marchent en colonne de 3 ou 4 hommes de front, dont la tête est dirigée par un de leurs chefs qui seul connaît le point où il doit les conduire. Quand ils combattent, ils se cachent dans les genêts ; on voit d'abord paraître de différents côtés 4 ou 5 hommes qui se glissent le long des hayes et des fossés et tâchent de s'approcher le plus près possible pour tirer sur les soldats qui iraient en avant de ces lignes ; le reste de leurs troupes arrive en foule, courant avec rapidité, sans conserver aucun ordre de bataille, en jettant de grands cris à la manière des sauvages ; ensuite ils s'étendent à droite & à gauche pour enlever nos troupes.

Je ne vous répèterai pas tout ce qu'on dit de leur fanatisme, et des ruses que les prêtres ont employées pour les aveugler sur leurs dangers ; on peut facilement concevoir les effets que le charlatanisme du sacerdoce a pu produire sur des imaginations grossières et sur des hommes aussi brutes que les animaux qu'ils conduisent. Leurs chefs ne se cachent plus, ils signent : Les Généraux de l'armée Chrétienne.

Il paraît que les révoltés n'ont pas en eux une confiance entière, et qu'ils ne sont pas les maîtres de les conduire où il voudraient. Il est certain que les prêtres et les ci-devant nobles voulaient passer la Loire & marcher droit à Paris. Ils espéraient qu'à l'aide des Contre Révolutionnaires qui sont encore dans son sein, ils pourraient dissoudre la Convention, mais les révoltés n'osent pas quitter leur pays & se sont constamment refuser à passer la Loire.

Dans les premiers jours de ce mois, ils ont menacé Angers. On y a porté des forces que l'on a placées au Pont de Cé, poste important, & que les rebelles n'auraient jamais pu emporter. De là ils se sont portés vers Saumur et ont attaqué Thouars qu'ils ont emporté. On croyait qu'ils se porteraient sur Chinon, pour ensuite marcher à Tours ; mais ils ont pris sur la droite pour aller à Parthenay, et ont tourné le dos à la Loire.

Ils sont circonscrits entre Nantes, Angers, Saumur, Tours, Poitiers et Niort. Il sera très facile avec les troupes qui nous arrivent journellement de les envelopper entièrement, et de les prendre par la famine. On peut même présumer que lorsqu'ils se verront entourés d'une force respectable sans espoir d'y échapper, la terreur se mettra parmi eux, et qu'ils se dissiperont. Déjà leurs chefs annoncent sur leurs figures maigres et navrées le désespoir qui les dévore, et la certitude qu'ils ont de ne pouvoir échapper au supplice qui les attends.

Mais si les Parisiens veulent sauver la chose publique, et c'est d'eux que la Nation attend ce grand service, il faut qu'ils se hâtent d'organiser leurs phalanges et de marcher vers ces départemens. Ils n'auront qu'à se montrer pour écraser le dernier soldat du despotisme. (SHD B 5/4-55)

Paris le 20 mai 1793, l'an 2e de la République une et indivisible.

Il est ordonné aux citoïens De la Porte, Besson Barré et Bruslé, Commissaires du pouvoir exécutif à l'armée de la Vendée, à l'effet d'y surveiller le matériel et le personnel de la Guerre, de continuer leurs fonctions de la manière portée dans leur commission sans que personne puisse leur donner, ni souffrir qu'il leur soit donné aucun empêchement. Le présent pour servir d'ampliation à leurs pouvoirs et à leurs passeports.
Donné à Paris, le 22 mai 1793, l'an 2e de la République une et indivisible.
Le Ministre de la Guerre,
J. Bouchotte. (SHD B 5/4-65)

Le 23 mai 1793
Les Commissaires près l'armée des côtes de La Rochelle,
Au citoyen Ministre de la Guerre.
Fontenay le Peuple, ce 23 may deux de la républ.

Nous sommes arrivés à Fontenay le Peuple le surlendemain de la victoire que les patriotes ont remporté sous ses murs. On s'est emparé de 33 pièces de canon sur lesquelles quinze au moins peuvent servir, de douze cents livres de poudre et d'une très grande quantité de cartouches, balles, mitrailles, boulets, sabotis de 4000 étoupilles très bien faites, de plusieurs voitures de vivres car les brigands comptoient venir coucher à Fontenay. Nous avons trouvés toutes ces munitions abandonnées au hasard au milieu de la ville et des champs sans être gardées par un seul factionnaire. Nous avons dénoncé ces faits au département, nous l'avons pressé de faire mettre toutes les munitions en lieu de sûreté, d'en dresser inventaire dont nous vous ferons passer copie.

Cette négligence impardonable peut vous donner une idée du désordre qui règne dans l'armée. Elle s'étend depuis les Sables jusqu'à La Chategneraie : elle est portée dans les états qui nous ont été présentée à 16.000 hommes, il faut bien en oter un cinquième pour avoir l'effectif.

Il y a un Commissaire ordonnateur qui n'a sous lui aucun agent tels que Commissaires des guerres, munitionnaire, garde magasin, commis aux distributions &c, en sorte que lorsque l'on envoÿe à l'armée le pain de munition et le fourrage, il est pillé et la moitié de la troupe en manque, on donne icy du vin au soldat, il est impossible que l'on puisse continüer cette fourniture.

Les citoÿens représentans du peuple ont commis provisoirement des citoÿens à tous les emplois qui sont nécessaires à l'organisation de l'armée. Elle est composé en grande partie de pères de famille qui n'ont quitté leurs foyers que pour quelques semaines et qui demandent à retourner à leurs affaires. Il y a beaucoup de gens de la campagne, qui font de mauvaises troupes, inutiles à l'armée lorsqu'ils sont nécessaires chez eux pour la récolte des foins et la moisson. La position des généraux est à cet égard fort embarrassante, s'ils laissent leurs troupes dans l'inaction, elles demandent des congés ; plusieurs même s'en retournent avant de l'avoir obtenu. D'un autre côté, il est bien dangereux d'agir quand on est à la veille de recevoir des forces supérieures et de risquer la fortune publique lorsque dans peu de jours elle ne sera pas douteuse. Il est à craindre que les généraux qui sont abandonnés à eux mêmes ne soient forcés de hasarder une action qui peut être malheureuse, ou s'ils réussissent ils peuvent pousser les Brigands vers des points qui sont sans déffense.

Nous avons visité l'hôpital militaire, les malades y sont traités avec soins. Il ne contient que 100 à 120 lits et ne peut être considéré que comme un hospice pour recevoir les blessés que l'on ne peut transporter.

Le département de la Vendée qui est chargé de l'approvisionnement de l'armée a environ trois cents tonneaux de grains qui peuvent nourrir douze mille hommes pendant un mois, le département de la Vienne a de quoi en nourrir dix mille jusqu'à la moisson.

L'esprit public est nul dans les départements. Les hommes sont plongés dans une apathie dont les plus grands évènements ne peuvent les faire sortir. La majorité de la population est secrètement d'accord avec les Brigands et l'on assure qu'à Fontenaÿ les billets de logement étoient préparés pour eux.

Après l'affaire du 16, on a repris le poste de la Chategneraie qui couvre Fontenay et Niort. Il paroît que les généraux concertent dans le moment une opération pour s'emparer de la Roche sur Yon et du pont Charron afin d'établir la communication directement de Nantes et La Rochelle et couper en deux les paÿs révoltés. Il seroit à désirer pour agir offensivement que l'armée fut disciplinée, que ses approvisionnemens soient assurés et que l'on put former une seconde ligne.

Dans plusieurs départements et entr'autres dans celui de la Charente, on a contre mandé des gardes nationales qui étoient en marche pour la Vendée avec des vivres pour un mois. Il ne faut pas que l'avantage que l'on vient de remporter ralentisse les mesures de rigueur. Les troupes quoique victorieuses ne sont pas encore revenües de l'effroi qu'elles ont des Brigands et souvent les postes avancés se replient sans avoir vu l'ennemi. Les révoltés n'ont rien perdu de leur audace, ils se proposent de nous attaquer à la Chategneraie avec dix à douze mille hommes. Cependant il n'est encore arrivé aucunes des troupes attendües de Paris et depuis un mois que nous les annonçons partout et que l'on ne les voit pas venir, on commence à ne plus croire seulement à leur existence.
BRUSLÉ  (SHD B 5/4-69)

29 juillet 1793
Les citoyens Commissaires Besson-Barré et Bruslé au Ministre de la Guerre.

Citoyen ministre, nous vous annonçons un évènement qui n'est que la conséquence de la lâcheté ordinaire de nos bataillons, le 27 (ce n'est point le 27 mais le 26 que Les Ponts de Cé ont été attaqués), le Pont de Cé fut attaqué par les rebelles, quinze cent hommes retranché deffendait les hauteurs en avant du pont, ditte les "roches d'érigné", il pouvoient au moyen de leurs retranchements se deffendre contre soixante milles hommes, et bien ils n'ont pas attendu l'ennemi, le général Du Closau qui les commandait les a en vain pressé de se deffendre, ils lui ont répondu par un coup de bayonette, qui heureusement n'a persé que sa botte. Si les représentans ne se décident à décimé ces selerat, notre discipline est nulle, l'on a entendu dire à plusieurs d'entre eux qu'ils n'étoient pas venu pour se battre. Nous recevons à l'instant du Département d'Angers, un coursier qui annonce que la garde nationale d'Angers s'est parfaitement conduitte, qu'elle a chargé les rebelles, les a repoucé et repris le Pont de Cé. Nous vous conjurons de faire examiner la conduite de Fabrefond, outre ses dilapidations et d'avoir excité au pillage, il est le plus louche de l'armée, si son frère Fabre d'Eglantine est bon patriote comme je me plais à le croire, il sera le premier à l'abandoner à la vengeance publique. Nous allons à Saumur, nous vous marquerons le courrier prochain et la situation de notre armée des rives de la Loire et la relation exacte de l'évènement.
Signé : Bruslé, Besson-Barré (SHD B 5/5-123)

Dans la marge : il est faux que ce soit la garde nationale d'Angers qui ait repris les Ponts de Cé : c'est un détachement du bataillon de Jemmappe, un du bataillon du Luxembourg et la compagnie des canonniers du bataillon de l'unité que je commandois, alon j'étois à l'affaire, j'ai tout vu, je puis en parler. Signé : Alexandre Rogue

Alexandre Rogue signature z

 

16 aoust 1793
Saumur ce 16 août 2 de la république une et indivisible

Les citoÿens Bruslé et Besson-Barré, Commissaires du Ministre de la Guerre au citoÿen Ministre.

Depuis nos dernières lettres, il ne s'est passé aucun évènement du côté de Saumur. Le bruit se confime toujours que les ennemis se portent sur Luçon. La correspondance entre les points de l'armée est si mal établie [malgré nos réclamations répétées] que nous ne savons point officiellement qu'elles sont les dispositions que l'on fait à Niort pour deffendre Luçon et les Sables. Il est constant que nous n'avons en face dans le moment qu'environ quatre à cinq mille hommes qu'ils ont laissés pour manoeuvrer et que toutes leurs forces sur portées sur Luçon. Le général Rossignol a fait partir de Saumur une avant-garde de trois mille hommes sous la conduite du général Salomon pour faire diversion et inquiéter l'ennemi. Salomon a poussé jusque Vihiers et les hussards ont éclairé jusqu'à la vüe de Coron où ils ont jetté l'épouvante dans l'armée des rebelles qui ont expédié courriers sur courriers pour avoir du secours. Salomon s'est replié sur Doué après avoir fait des prisonniers, tué une vingtaine d'ennemis et emmené leurs bestiaux. On ne veut rien risquer, ny entreprendre, avant d'avoir reçu les garnisons de Mayence et de Valenciennes, autrement il seroit possible d'enlever Cholet et de délivrer nos prisonniers. Une lettre particulière nous apprend que huit mille Brigands se sont de nouveaux présentés pour attaquer les avant-postes de Nantes et ont été repoussés avec perte. La discipline commence à s'établir dans l'armée, les plaintes contre les militaires sont moins fréquentes, il n'y auroit rien à désirer si l'on pouvoit discipliner les officiers des bataillons de Volontaires. Nous vous engageons à donner des ordres aux généraux pour qu'ils obligent les officiers volontaires à venir aux manoeuvres et à la théorie. Nous avons visité le château de Saumur que l'on travaille à mettre hors d'insultes. Il y a quelques jours qu'au milieu de la nuit, on n'a coupé le cable qui sert à tirer de l'eau du puits qui très profond, on a pu découvrir le coupable. Nos moÿens de surveillance ne sont pas proportionnés au nombre de traitres qui sont parmi nous, il faut que le comité de salut public prenne quelques grandes mesures pour donner toute l'activité possible à la surveillance qui doit découvrir dans nos magasins et dans nos bataillons, les agens de Pitt et les complices de la Vendée. Nous vous dénoncerons également l'abus par lequel des officiers généraux, des aides-de-camp, et des employés dans les vivres, &c, prennent leurs chevaux dans les dépôts de la nation lorsque la loi les obligent de se monter à leurs dépens.
Signé : Besson-Barré, Bruslé. (SHD B 5/6-24)

Armée des Côtes de La Rochelle
20 aoust 1793.
Saumur ce 20 août 1793 2 de la république une et indivisible
Les citoÿens Bruslé et Besson-Barré, Commissaires du pouvoir exécutif près l'armée des Côtes de La Rochelle.
Au citoÿen président du Comité de salut public.

Nous devons vous instruire que malgré les décrets rendus par la Convention nationale pour le rétablissement de la discipline, malgré les exemples de sévérité qui ont été faits, les désordres et les excès les plus condamnables régnent encore parmi nos troupes et surtout dans les bataillons de Paris. Les soldats qui sont cantonnés à Doué, formant l'avant-garde de l'armée de Saumur, s'écartent jusqu'à trois lieües pour piller tout depuis les effets les plus précieux jusqu'à de la vaisselle de fayence. Cette indiscipline peut perdre l'armée et prolonger la guerre de la Vendée jusqu'en 1794, car si l'expédition n'est pas terminée avant la saison des pluies, il ne sera plus possible de pénétrer dans le paÿs. Ces résultats sont trop funestes pour n'avoir pas été calculés par Pitt et la bourg. (sic) Les bataillons de Paris renferment des contre révolutionnaires, des émigrés, des voleurs, formés en compagnies. Citoÿens, au nom du salut de la patrie, prenez donc des mesures pour oter du milieu de l'armée nos plus grands ennemis. Nous sentons qu'il seroit dangereux en les licenciant de les faire rentrer dans Paris. Nous vous proposons donc de ne laisser dans les bataillons que les gens connus pour avoir un domicile à l'égard des autres de les faire passer derrière l'armée dans nos places où ils seroient consignés et soumis à une discipline sévère. Depuis longtems nous écrivons à toutes les autorités sans qu'on y ait remédié au mal. Mais vous sentirez la nécessité de prendre des mesures dans le moment où ces scélérats chercheroient à corrompre nos frères de Maÿence et de Valenciennes qui nous arrivent.
Signé : Besson-Barré, Bruslé. (SHD B 5/6-30)

Armée de La Rochelle
Saumur le 3 septembre 1793 2 de la république une et indivisible.
Les citoÿens Bruslé et Besson-Barré, Commissaires du pouvoir exécutif.
Au citoÿen Ministre de la Guerre.
Citoÿen, il s'est tenu hier à Saumur un conseil de guerre composé des représentans du peuple près l'armée des Côtes de La Rochelle et de Brest et de tous les généraux. Le résultat a été que l'armée de Maÿence marcheroit à Nantes. Les avis ont été très partagés. En la conservant à Saumur on avoit l'avantage d'attaquer les Brigands en deux jours de marche tandis qu'en allant à Nantes, cela retarde les opérations de huit à dix jours et nous ne cesseront pas de répéter qu'il faut prévenir la saison des pluies et qu'il n'y a pas de tems à perdre. Il paroît que le motif qui a déterminé la majorité du Conseil est l'assurance que le général Canclaux a donnée que l'on trouveroit à Nantes 3000 fusils, trente neuf pièces d'artillerie et les subsistances dont on pourra avoir besoin. Ainsi notre armée va seulement se tenir sur la deffensive et nous n'aurons à combattre que les Brigands que les autres armées rejetteront sur nous. Nous avons vu avec étonnement que l'on avoit dit à la Convention qu'il y avoit 20.000 Brigands de tués qu'il n'en restoit plus que six mille à combattre &c. Ces faits sont controuvés et l'on devroit punir les donneurs de fausses nouvelles qui font naître des espérances chimériques pour ensuite plonger le peuple dans le découragement par des craintes imaginaires. Il est vrai que si les mouvemens sont bien dirigés la guerre doit être terminée dans quinze jours ; mais on auroit dû en laisser la conduite aux généraux qui connaissent l'intérieur du paÿs et les ennemis que nous avons à combattre comme le général Rossignol qui est depuis six mois dans la Vendée et qui par la marche des troupes de Maÿence ne se trouvera plus chargé de l'attaque principale.

Nous avons été dans les campagnes des environs de Saumur où nous avons organisé des compagnies de pionniers.

La Société populaire de Saumur a repris ses séances, tous les patriotes s'y rendent exactement et nous réchauffons l'esprit public qui étoit bien refroidi dans cette section de la République.
Signé : Bruslé.  (SHD B 5/6-49)


Poitiers, le 12 septembre 1793 2 de la République une et indivisible
Le Citoyen Bruslé, Commissaire du Conseil exécutif,
Au Citoyen Ministre de la Guerre.

Les détails de l'échec que nos troupes ont éprouvé à Chantonnay n'étaient pas encore connus, les représentans du peuple viennent d'en recevoir le rapport officiel et le transmettent au comité de salut public par un courrier extraordinaire. Cet évènement malheureux sera facilement réparé car la majeure partie des troupes dispersées se rassemblent à Luçon ; mais si nous n'étions pas au moment de la levée du peuple en masse qui ne nous laisse aucuns doutes sur l'anéantissement des Brigands il aurait pû avoir des suites majeures. Vous verrez Citoyen Ministre, que le général Tunck a suivi le sistême perfide que nous avons si souvent dénoncé, et celui de faire des mouvements partiels et de s'avancer dans la Vendée sans se fortifier sur ses flancs et sur ses derrières. La position à Chantonnay avait été jugée mauvaise par tous les militaires d'ailleurs on ne pouvait s'y maintenir sans avoir la Chategnerie qui aurait appuié l'aile droite de l'armée de Luçon. Le général Chalbos qui avait à protéger le poste important de Niort ne pouvait aller plus loin que Fontenay le Peuple, d'ailleurs Tunck devait-il par son entreprenance et sa marche hazardée forcé son supérieur (Chalbos) a des mouvemens qui auraient compromis la sûreté des points que celui-ci avait à deffendre ! Les représentans du peuple lui ont envoyé des ordres de rétrograder et il n'a pas exécuté ces ordres. Je vous dénonce formellement le général Tunck par les mêmes motifs qui m'ont fait dénoncer le général Westermann, auquel il ressemble et pour ses intrigues et même pour des friponneries. Le général Tunck doit être mis en état d'arrestation, il y a plus de faits qu'il n'en faut pour lui faire un procès et il suffit de vous ajouter qu'il a quitté son armée la veille du combat sans laisser au brave Le Comte les notes et renseignemens indispensables pour se défendre.

La levée en masse produira un nombre de combattans au-dessus de ce que nous pouvions attendre, je peux sans exagérer le porter à 200.000 hommes. Les Brigands espéraient que le mouvement produirait des insurrections mais il a été si précipité qu'ils n'ont pas eu le tems de monter leurs manoeuvres, les représentans prennent toutes les mesures nécessaires pour assurer les subsistances. Ils ont donné à cet égard des renseignemens à un citoyen de vos bureaux qui a passé ici pour en recueillir.

Je vous rappelle que cette bataille a été perdue en grande partie par la lâcheté de la Cavalerie, si après la bataille de Fontenay on en avait fait fusiller comme nous l'avons proposé, elle aurait fait son devoir à Chantonnay.
Signé : Bruslé.

Pour copie conforme
Le Ministre de la Guerre.
J. Bouchotte  (SHD B 5/6-65)

15 septembre 1793
Saumur ce 15 septembre 1793 l'an 2ème de la république française une et indivisible
Les Commissaires du Ministre de la Guerre, Besson-Barré et Bruslé,
Au citoyen Ministre.
Citoyen nous nous empressons de vous faire passer les heureuses nouvelles d'hier, nous avons batu l'ennemi sur trois points différents, à Touars, aux Ponts de Cé, et à Doué, nous pouvons vous assurer que dans ce dernier, ils ont esté battu complètement, nous avons reconnu parmi les morts beaucoup de prestres, leurs pertes peut se monter à mille ; nous les attaquons aujourd'hui avec au moins trente milles hommes ; Angers les attaque avec davantage, Hervaux près Touars avec plus de soixante et dix milles hommes. Nous espérons que demain toutte la rive gauche de la Loire sera balaiée, dans deux jours à Chollet. Ensuite la jonction avec l'armée de Mayance ; il étoit bien instant que cella se fit, les pluies de septembre se font déjà sentir, nos soldats pillent toujours mais commencent à se battre, nos hussars font des prodiges. Jeudi dernier, nous eumes une affaire où l'un de nous étoit, il peut vous assurer qu'ils se disputent pour marcher au combat. Nous partons avec les députés, avec qui nous opérons, nous ne manquerons pas de vous marquer exactement tout les objets relatifs à notre mission dans le peu de temps que dura cette guerre.
Signé : Besson-Barré, Bruslé.
P.S. : nous recevons à l'instant la nouvelle de notre rappel. Dès ce moment nous cessons touttes espèces de fonctions, les représentans du peuple a qui nous en avons donné connaissance ont cru que nous leur étions encore essentiels, au moyen de quoi nous resterons quelques jours, après quoi, nous nous rendrons pour rendre compte au Conseil de notre mission.  (SHD B 5/6-72)

Bruslé signature z

 

Claude-Louis Bruslé avait épousé à Paris, le 18 prairial an VIII (7 juin 1800),  Marie-Mélanie de Baussancourt, née en 1774 et issue d'une ancienne famille noble de la Champagne et héritière de la terre de Valsuzenay, près de Vendeuvre-sur-Barse, dans le département de l'Aube. De ce mariage sont nés :

- Marie-Madeleine-Mélanie, née le 16 juin 1802 ; mariée avec Louis-Désiré-Victor de Truchis, comte de Lays ;

- Élisée-Louis-Sigismond, né à Beauvais, le 4 janvier 1804 ; sous-préfet de Fontainebleau et mourut dans cette ville en 1845, laissant deux fils dont le plus jeune, Félix de Valsuzenay, décédé en 1884, fut conseiller général de la Haute-Marne ;

- Anne-Henriette-Mathilde, née à Bordeaux, en 1807 ;

- Marie-Madeleine-Nathalie, née à Bordeaux en 1810.

Sa veuve lui survécut jusqu'en 1867. 

 

PENSION :

Ordonnance du Roi qui accorde une Pension à M. Bruslé, Baron de Valsuzenay, Conseiller d'état, ancien Préfet du département de l'Aube.
Au château des Tuileries, le 26 octobre 1825.

CHARLES, par la grâce de Dieu, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE, à tous ceux qui ces présentes verront, SALUT.
Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'état au département de l'intérieur ;

Vu les lois des 22 août 1790 et [15 germinal an XI] 5 avril 1803, relatives aux pensions de retraites, et le décret du 13 septembre 1806, portant réglement sur cette matière ;

Vu les titres présentés de son vivant par le sieur Claude-Louis Bruslé, baron de Valsuzenay, conseiller d'état, préfet du département de l'Aube, admis à la retraite par ordonnance du 1er septembre 1824, desquels il résulte qu'il était né le 5 décembre 1766, et qu'il comptait vingt-huit ans environ de services, tant militaires que civils, au moment de la cessation de ses fonctions ;

Vu la réclamation élevée par les héritiers du sieur de Valsuzenay pour être admis à toucher les arrérages échus de la pension de retraite à laquelle il avait droit au moment de sa mort, pour le temps écoulé entre son admission à la retraite et le jour de son décès ;

Considérant qu'il est constaté que le sieur Bruslé de Valsuzenay est mort des suites d'une maladie dont il a été atteint dans l'exercice et à l'occasion de ses fonctions, maladie qui a motivé sa mise à la retraite ; qu'il était dans le cas d'exception prévu par l'article 3 du décret réglementaire du 13 septembre 1806 ; qu'il avait les mêmes droits que s'il avait compté soixante ans d'âge et trente ans de services effectifs, et que sa pension, fixée au sixième du dernier traitement d'activité dont il jouissait, devait courir à partir du jour où il avait cessé de toucher un traitement d'activité ;

Vu l'avis donné par notre ministre des finances,
Notre Conseil d'état entendu,
NOUS AVONS ORDONNÉ et ORDONNONS ce qui suit :

ART. Ier. La pension de trois mille trois cent trente-trois francs trente-trois centimes à laquelle avait droit le sieur Claude-Louis Bruslé baron de Valsuzenay, conseiller d'état, ancien préfet de l'Aube, en récompense de ses services civils et militaires, sera inscrite, pour ordre, au trésor royal, et les arrérages en seront payés à ses héritiers à partir du 8 septembre 1814, époque à laquelle le sieur de Valsuzenay a cessé de toucher un traitement d'activité, jusqu'au 2 mars 1825, jour de son décès.
2. Nos ministres secrétaires d'état de l'intérieur et des finances sont chargés de l'exécution de la présente ordonnance.
Donné en notre château des Tuileries, le 26 octobre de l'an de grâce 1825, et de notre règne le second.
Signé : CHARLES.
Par le Roi : le Ministre secrétaire d'état au département de l'intérieur,
Signé : CORBIÈRE.

 

Biographie d'Hommes vivants - volume premier - septembre 1816.

Dictionnaire des Familles françaises - Chaix d'Est-Ange - 1903 - 1929

Bulletin des lois de la République française - Tome troisième - n° 48 à 70 - Mars 1826.

Précis historique de la guerre civile de la Vendée - P.V.J. Berthre de Bourniseaux - 1802

AD85 - SHD Vincennes