Lorient z

JACQUES-JÉRÔME-ANTOINE TRUBLET DE VILLEJÉGU, né à Lorient, le 17 novembre 1746, de Michel Trublet et de Anne-Marguerite de Montigny, appartient à la ville de Saint-Malo par sa famille paternelle, qui était établie depuis plusieurs siècles.

Son père, capitaine des vaisseaux de la Compagnie des Indes, s'était momentanément fixé à Lorient, où il s'est marié.

Jacques Trublet fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique. Il fit ses études humanitaires au collège des Jésuites de La Flèche, sa théologie à Saint-Sulpice, et soutint même une thèse publique en cette Faculté, à Rennes, le 6 mai 1765 ; mais, sa vocation l'attirant ailleurs, il obtint à grande peine de ses parents l'autorisation de se consacrer à la marine.

Le 22 décembre 1767, il s'embarqua comme volontaire sur le Berryer, vaisseau de la Compagnie des Indes, et fit un voyage en Chine.

Son second voyage eut lieu sur le Gange, vaisseau de la même Compagnie, qui fit voile pour Pondichéry et le Bengale.

Après la dissolution de la Compagnie, il prit du service sur les vaisseaux du commerce, et fit, en qualité de premier enseigne, deux campagnes dans l'Inde, à bord du navire le Terray, du port de Nantes.

Le 20 décembre 1779, quoique non reçu capitaine, il obtint des lettres-patentes du Roi, portant dispenses d'examen, pour prendre le commandement du navire la Marie-Anne de Sartine, de Nantes, destiné pour l'Île-de-France.

bataille de Gondelour z

Le 21 décembre 1780, il fut attaché à la marine militaire en qualité de capitaine de brûlot, pour la campagne, et fut embarqué, le 21 février 1781, sur la frégate le Séraphis, capitaine Roche. Cette frégate fut incendiée, le 31 juillet 1781, à la côte de Madagascar, par l'imprudence d'un lieutenant de frégate, qui, présidant à un décantement d'eaux-de-vie, dans la cale, fit sortir les lumières des fanaux. Les esprits s'enflammèrent, et le navire fut totalement brûlé. Jacques Trublet parvint à se sauver à Madagascar, d'où il passa à l'Île-de-France. Le Commandeur de Suffren y étant arrivé, M. Trublet reçut, le 1er novembre 1781, du gouverneur vicomte de Souillac, l'ordre d'embarquer sur un des vaisseaux de l'escadre, le Flamand, capitaine de Cuverville, sur lequel il exerça les fonctions de second. Il fit toute la campagne des années 1781, 82 et 83, avec honneur, et il se distingua notamment au combat du 20 juin 1783, devant Goudelour. M. Perier de Salvert, alors capitaine du Flamand, ayant été tué dès le premier feu, fut remplacé dans le commandement par M. Trublet, qui fit admirer de toute l'armée ses brillantes manoeuvres, dont la hardiesse contribua puissamment au succès de la journée. Combattant l'ennemi à portée de pistolet, il eut plus de cent hommes tués à son bord ; il couvrit le vaisseau le Fendant, où le feu s'était déclaré, et lui permit ainsi de se reparer, pendant que, d'un autre côté, il forçait à la retraite le vaisseau anglais le Gibraltar, qui avait voulu profiter de cet accident pour rompre la ligne de l'armée française. Aussi, après l'action, le général décerna des éloges publics à M. Trublet, et lui remit sa propre croix de Saint-Louis, comme gage de sa promesse de le faire recevoir chevalier de cet ordre. En effet, à son retour en France, le Bailli de Suffren obtint cette distinction pour M. Trublet, qui fut en même temps nommé lieutenant de vaisseau.

Le brevet de chevalier qu'il reçut portait qu'il lui était accordé en raison de la "constante bravoure et de la haute intelligence dont il avait fait preuve pendant la campagne", et le ministre de la marine, maréchal de Castries, lui annonçait en ces termes la double récompense dont il était honoré :

"Les éloges que M. le Bailli de Suffren a donnés aux services que vous avez rendus sous ses ordres pendant la campagne des Indes, et surtout dans le commandement du vaisseau le Flamand, après la mort de M. de Salvert au combat du 20 juin, devant Goudelour, ont engagé le Roi à vous récompenser d'une manière honorable et distinguée, en vous accordant le grade de lieutenant de vaisseau et la croix de Saint-Louis."

Peu de temps après, M. Trublet épousa à Lorient Mlle Carré de Luzançay, sa cousine-germaine.

Le 20 septembre 1786, il fut embarqué sur le vaisseau le Patriote, capitaine de Beaumont, et alla en station aux Antilles.

Le 11 septembre 1790, il fut nommé au commandement de la frégate l'Emeraude, et ensuite à celui de la Résolue.

Vers cette époque, la désorganisation s'introduisait dans la marine militaire. Les idées d'égalité qui travaillaient la nation tout entière devaient surtout trouver un puissant ferment de discorde dans un corps où si longtemps les privilèges de la naissance avaient prévalu sur les services rendus à l'État. Plusieurs officiers du grands corps s'étaient retirés volontairement ; quelques-uns même avaient émigré. Ceux qui restaient étaient en butte aux déclamations soi-disant patriotiques des marins subalternes. L'insubordination en était venue à ce point qu'on voulait déposer le général d'Albert, commandant des forces navales à Brest.

Dans ces conjonctures, la position des officiers intermédiaires restés fidèles à la voix du devoir était des plus délicates. Des mutins, comptant sur les anciens griefs qu'ils pouvaient avoir à venger, et sur l'empressement qu'ils leur supposaient de profiter des évènements pour se pousser aux premiers postes de l'armée ; les mutins, dis-je, se servaient de leurs noms pour exciter à la révolte. De loyaux militaires ne pouvaient souffrir qu'il en fût ainsi, et, d'un autre côté, dans l'intérêt même de la discipline, qui s'en allait de toutes parts, ils devaient tenir à conserver l'ombre d'autorité et de confiance que leur témoignaient les subalternes.

Brest rade z

Dans ces circonstances difficiles, quatre-vingts et quelques lieutenants et sous-lieutenants de vaisseau, ayant à leur tête M. Trublet, se réunirent le 13 octobre 1790, à l'hôtel du commandant de la marine, à Brest, pour y délibérer une adresse à la nation. Dans cette proclamation, ils exposaient leurs véritables sentiments de patriotisme et d'obéissance, protestaient contre l'esprit de révolte, et faisaient entendre à tous le langage de l'honneur, de la discipline et de la conciliation, en même temps qu'ils rendaient un public hommage aux talents et à la bravoure du général appelé à les commander. Cette adresse reçut l'approbation de la municipalité et des commissaires du Roi ; elle fut envoyée à l'Assemblée nationale et publiée.

Excité par cet exemple, un comité formé à Saint-Malo d'officiers de la marine fit paraître, le 14 novembre suivant, une adresse dans le même sens, dans laquelle il votait des remercîments aux marins de Saint-Malo faisant partie de l'armée navale de Brest, pour l'esprit de subordination qu'ils avaient manifesté en cette circonstance. La municipalité de Saint-Malo se joignit à cette démonstration.

Le 28 juillet 1792, Jacques Trublet fut promu au grade de capitaine de vaisseau , et, le 31 du même mois, nommé au commandement du vaisseau l'Apollon.

Enfin, le 6 février 1793, il fut porté sur la liste des capitaines de vaisseau de première classe à prendre rang du 1er janvier précédent.

Mais les terribles catastrophes des 10 août et 21 janvier, et les excès qui les suivirent, avaient profondément blessé les sentiments de M. Trublet, qui, sincère partisan des idées constitutionnelles et de la vraie liberté, ne pouvait voir leur triomphe dans l'empire de la violence et du désordre. Il hésitait à savoir s'il servirait le nouveau gouvernement lorsqu'une maladie grave lui survint. Il acquit en même temps la certitude de la mort d'un de ses frères, massacré par les noirs à Saint-Domingue ; et un autre, officier d'artillerie de marine à Rochefort, fut tué dans un combat contre les Vendéens. Au milieu de ces chagrins qui lui venaient de tous côtés, M. Trublet sollicite et obtient un congé illimité. Il vint se renfermer à Saint-Malo, au sein de sa famille, pour y attendre des temps meilleurs ; mais il ne tarda pas à y devenir suspect. Le comité de surveillance le fit désarmer, arrêter ; et, chose monstrueuse ! ce même comité, composé de citoyens de Port-Malo, comme on disait alors, le déclara, sans autre forme de procès, déchu de son grade dans la marine. Cependant il fut relaxé, mais en lui enjoignant de se retirer à vingt lieues des côtes de la mer. Le représentant du peuple, alors en mission à Rennes, lui permit de fixer sa résidence dans cette ville.

Il occupa les loisirs de cette retraite forcée à recueillir et coordonner les matériaux d'une relation de la campagne des Indes, qu'il publia en l'an X, sous les auspices du premier Consul. Cet ouvrage reçut l'approbation d'un grand nombre d'officiers généraux de la marine, dont la plupart avaient été ses compagnons d'armes dans cette guerre. Parmi ces approbations, nous citerons celles des ministres Forfait et Decrès, des amiraux Villaret de Joyeuse, Rosily, Thévenard, et du préfet maritime Caffarelli ... Il espéra pourvoir profiter de cette faveur pour être réintégré dans le cadre d'activité de la marine, où son grade et sa pension lui avaient été confirmés dès que le calme s'était rétabli dans le gouvernement ; mais ses démarches ne furent pas couronnées du succès qu'il en attendait.

Nommé successivement adjoint au maire de la ville de Rennes, membre du conseil de préfecture d'Ille-et-Vilaine, administrateur du bureau de bienfaisance, la seconde Restauration reconnut ses services militaires et civils, ainsi que l'injustice dont il avait été victime, en lui accordant le grade honorifique de contre-amiral dont il jouît jusqu'à sa mort, arrivée à Rennes, le 21 juin 1829.

décès z

naissance ondoyement z

baptême

 

Antoinette-Charlotte-Laurence Carré de Luzançay, née à Lorient, le 26 mars 1760 ; mariée, par contrat passé en l'étude de Me Foucaut-de-Pavent, notaire royal à Paris, le 24 octobre 1784, et par dispenses du pape, à son cousin-germain maternel, messire Jacques-Jérôme-Antoine Trublet, écuyer, sieur de la Villejégû, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant en juillet 1784, et depuis capitaine des vaisseaux du Roi, d'une famille noble de Bretagne, fils de Michel Trublet, écuyer, sieur de la Villejégû, de la Flaudaye, etc., ancien capitaine des vaisseaux de la compagnie royale des Indes, et de dame Anne-Marguerite-Antoinette de Montigny.
De ce mariage sont issus : Joseph-Constant Trublet, écuyer, sieur de la Villejégû, né à Rennes le 30 floréal an X (20 mai 1802), et deux demoiselles. (Nobiliaire universel de France ... par M. de Saint-Allais - T. 8 - 1872 - 1878)

 

Histoire du Bailli de Suffren - par Ch. Cunat - Rennes - 1852

Archives municipales de Rennes - Registres d'état-civil

AD56 - Registres paroissiaux de Lorient