ANTOINE ALIMANT z

 

Fils de François-Georges Allimant, tonnelier, et de Catherine Kiensler, François-Antoine est né à Saint-Hippolyte, le 11 juin 1773.

A peine âgé de dix-neuf ans, ANTOINE ALLIMANT, entrait au service le 26 juillet 1792 au 7e régiment de chasseurs à cheval. Sa belle prestance autant que les qualités militaires qu'il avait déjà eu l'occasion de montrer, le firent admettre le 7 germinal an IX aux Chasseurs à cheval de la Garde impériale. Il fit dans ces deux corps toutes les campagnes de la République et de l'Empire ; à l'armée du Rhin, en Vendée, à celle de Sambre-et-Meuse, en Suisse sous Masséna, en Italie, à Austerlitz, en Prusse, en Russie, il logera au Kremlin avec la garde impériale, en Saxe ... ; 20 ans de campagne, autant que l'Empereur en personne !

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Pendant la campagne de l'Ouest, en Vendée, il est blessé à deux reprises au genou et à la hanche par des coups de baïonnette.

Le prince Eugène, le futur vice-roi d'Italie, qui avait été son colonel de 1801 à 1805, voulant témoigner sa satisfaction à l'un de ses meilleurs et plus braves sous-officiers lui fit don d'une montre en argent, dite oignon, dans le boîtier intérieur de laquelle il avait fait graver cette légende : "Le colonel-général de Beauharnais à Antoine Allimant pour sa bonne conduite".

Le 14 mars 1806, Allimant est simple brigadier lorsqu'il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Les actions d'éclat ayant motivé cette nomination ne sont pas connues. Nous savons cependant qu'à Austerlitz un coup de sabre lui a profondément entaillé la main gauche. Le 1er février 1808, Allimant devient sous-officier en accédant au grade de maréchal des logis, puis, de lieutenant en second. Il participe donc comme officier à la campagne de Russie en 1812. Dans les rangs de la garde impériale, il pénètre à Moscou le lundi 14 septembre. Il y passe plus d'un mois et assiste à l'incendie d'une partie de la ville. A partir du 19 octobre débute la retraite décidée par Napoléon qui ne peut se résoudre à rester plusieurs mois inactif.

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La tradition orale de la famille Allimant intervient ici et précise dans quelles conditions leur ancêtre reviendra au pays : alors qu'au départ de Moscou la plupart de ses camarades se chargent de bijoux, d'or et d'objets de valeur, Allimant, lui, se procure des pains de sucre et les arrime sur son cheval. Ce sucre lui permettra de rentrer en France, amaigri certes, mais en bonne santé, ainsi que sa monture. Et pourtant le 28 novembre, il aura été un des derniers à franchir la Bérésina.

A son retour en France le 27 février 1813, il est promu lieutenant en premier. Le 2 avril 1814, Allimant est nommé officier de la Légion d'honneur. Son état de services daté du 1er octobre 1815, de Loudun dans la Vienne, son avant-dernière garnison, alors qu'il appartient aux chevaux légers lanciers, nous renseigne sur l'épisode de la campagne de France qui lui vaut cette haute distinction :

"Cet officier étant en reconnaissance avec 17 chasseurs de la Garde entre Arcis-sur-Aube et Mantes, fit 74 prisonniers dont 2 officiers, prit 13 pontons, 2 fourgons, 1 caisson et 99 chevaux. L'Empereur ayant appris cette action lui accorda la croix d'officier de la Légion d'honneur."

Ce sera son dernier fait d'armes. Allimant aura la chance de ne pas participer aux derniers combats marquant la chute de l'Empire, évitant sans doute un sort tragique.

Mais avoir servi comme officier dans la garde et se retrouver à Loudun, puis à Grenade, toute petite garnison du Tarn et Garonne, n'est pas du goût du vieux soldat. L'épopée est bien terminée. Le 1er septembre 1815 il demande sa mise à la retraite. Il lui faudra patienter plusieurs mois avant d'obtenir gain de cause. Un mémoire de proposition destiné au bureau des soldes de retraite du ministère de la guerre est établi à Grenade le 15 novembre 1815, par le conseil d'administration de son régiment. Il comprend un certificat de visite d'un chirurgien, et un certificat de contre-visite de l'officier de santé en chef de l'hôpital de Castelsarrasin ; tous deux concluent à l'admission à la retraite pour causes de blessures et d'infirmités. Allimant souffre, en particulier, de douleurs rhumatismales aux épaules, qui s'avivent lorsque le temps est froid et humide. La solde de retraite lui est enfin accordée par décision du roi le 23 mars 1816 : "Le sieur Allimant Antoine, lieutenant en premier au corps des lanciers de l'ex-garde ..., est admis à la retraite du grade de capitaine officier de la Légion d'honneur". Sa retraite, grâce à ses campagnes, atteint le maximum, c'est-à-dire 1200 Francs par an. Il s'agit de francs-or. A titre de comparaison un autre officier de la garde impériale, le célèbre capitaine Coignet, se trouve en demi-solde à Auxerre. Il raconte dans ses mémoires que sa pension et son logement ne lui coûtaient que 45 francs par mois "avec un petit pot-au-feu d'une livre et demie pour deux jours". Et à Orschwiller la vie est moins chère qu'à Auxerre !

Le capitaine Allimant rentre donc au pays. Il a un peu plus de 42 ans. Son père François-Georges est mort en avril 1815, sa mère est décédée depuis longtemps. En homme sage, il commence à placer son argent et achète plusieurs lopins de terre qu'il saura mettre en valeur. Et puis, il tombe amoureux d'une jeune et jolie fille d'Orschwiller, Barbara Ruhlmann. Elle a vingt ans de moins que lui. Le mariage est célébré le 6 décembre 1816 ; ce jour-là, elle fête son vingt-troisième anniversaire. L'union sera heureuse ; le couple aura une nombreuse descendance ... La tradition orale de la famille veut que le jeune Antoine, lorsqu'il se rendait à Sélestat pour s'engager au 7e chasseurs à cheval, ait rencontré une personne qui allait à Kintzheim pour y faire baptiser un enfant de sexe féminin par un prêtre réfractaire. Ayant eu connaissance du fait, Antoine aurait déclaré à son interlocuteur : "un jour je l'épouserai". Cette fille n'était autre que Barbara. Fiction ou réalité ? Quoiqu'il en soit, cette histoire est trop belle pour ne pas être rapportée ici.

Soignant ses vignes, élevant ses enfants, Antoine Allimant saura également se consacrer au bien public. De 1826 à 1830, il est maire d'Orschwiller. Lorsqu'il décède le 18 septembre 1848, il est entouré du respect unanime et de la considération de ses concitoyens. Pour eux, il est celui qui a combattu à travers toute l'Europe aux côtés du grand Empereur.

 

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Le lieutenant-colonel Jean Pons - Amis de la Bibliothèque humaniste de Sélestat - 1979

Alexandre Dorlan - La Vie en Alsace - revue mensuelle illustrée - août 1938

Archives Nationales - Base Leonore

AD67 - Registres d'état-civil d'Orschwiller