Fils de Pierre-Gabriel De la Rue, capitaine de la brigade de Gouzon (puis directeur général de la liquidation), et de Marie-Thérèse Mauguin, Isaac-Étienne de La Rue est né à Gouzon (Creuse), le 4 janvier 1760.

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Royaliste ardent et déterminé, Isaac-Etienne de Larue avait été nommé  au Conseil des Cinq-Cents par le département de la Nièvre en septembre 1795.

 

chevalier de Larue z

Il s'y conduisit en général d'une manière assez modérée ; il eut même en mai 1796, une querelle relativement à ses opinions, avec le montagnard et spadassin Quirot, qui défiait tous ses collègues, dans l'espoir de les intimider, et finissait par ne se battre avec aucun. Les deux députés se rendirent au bois de Boulogne, et la dispute se termina, selon l'usage du terrible mais prudent Quirot, sans effusion de sang.

De Larue se prononça, surtout en 1797, en faveur du parti modéré, au milieu de l'espèce de lutte qui s'établit à cette époque entre la majorité des Conseillers et celle du Directoire. Il fit notamment le 4 août un rapport sur la marche des troupes que le pouvoir exécutif appelait vers Paris, et sur les manoeuvres employées pour avilir le corps législatif. Il fut en conséquence une des victimes sacrifiées le 4 septembre (18 fructidor an V) aux projets des Triumvirs ; et se trouvant alors un des inspecteurs de la salle du Conseil, il fut arrêté (par Augereau) avec ses collègues, enfermé au Temple et déporté à Cayenne, d'où il s'échappa ensuite avec Pichegru, Barthélémy, Willot, etc.

LISTE NOMINATIVE DES SEIZE DÉPORTÉS A LA GUIANE FRANÇAISE, SUR LA CORVETTE LA VAILLANTE, CAPITAINE LAPORTE, A LA SUITE DU 18 FRUCTIDOR AN V :
- André Daniel-Laffond-Ladebat, natif de Bordeaux, âgé de 50 ans, ex-député, à Cayenne.
- François Barthelemi, d'Aubagne, âgé de 50 ans, ex-directeur, parti pour Surinam, le 15 prairial an VI.
- Izaac-Etienne de Larue-de-Lozon, âgé de 33 ans, ex-député, parti pour Surinam, le 15 prairial an VI.
- François Barbé-Marbois, de Metz, âgé de 53 ans, ex-député, à Sinamary, Cayenne.
- Charles-Honorine Berthelot-Laville-Heurnois, de Toulon, âgé de 48 ans, ex-maître des requêtes, mort le 11 thermidor an VI.
- Philippe-Jacques-Pierre Ramel, de Fontaine, âgé de 30 ans, ex-militaire, parti pour Surinam, le 15 prairial an VI.
- Joseph-Stanislas Rovere, de Benieux, âgé de 49 ans, ex-député, mort le 25 fructidor an VI, d'une fièvre putride et maligne.
- Charles Pichegru Darbois, âgé de 36 ans, ex-député, général, parti de Sinamary pour Surinam, le 15 prairial an VI.
- François Aubry, de Paris, âgé de 49 ans, ex-député, parti de Sinamary, mort à Demerary an VII.
- Antoine-Augustin-Victor Murinais, de Murinais, âgé de 66 ans, ex-député, mort le 17 frimaire an VI.
- André-Charles Brotier, de Tanoy, âgé de 46 ans, mathématicien, mort le 26 fructidor an VI, à Sinamari, Guiane.
- Guillaume-Alexandre Tronçon-de-Coudray, de Reims, âgé de 45 ans, député, mort le 26 fructidor an VI.
- Amédé Willot, de Béfort, département du Haut-Rhin, âgé de 40 ans, ex-député, parti pour Surinam, le 15 prairial an VI.
- Jean-Baptiste Dossonville, dép. d'Eure et Loire, âgé de 46 ans.
- François-Louis Bourdon, du petit Roui, âgé de 37 ans, ex-député, mort le 4 messidor an VI.
- Marai Letellier-de-Frénoy, Lebatar, âgé de 40 ans, attaché à Barthelemi.

Le déporté de fructidor, s'évadait donc de la Guyane. Il s'était réfugié en Angleterre, et la police guettait son débarquement sur la côte ; ce qui n'empêcha point le proscrit de rentrer en France et de gagner le château de l'Étang, près La Charité-sur-Loire, où sa femme, Marie-Suzanne, soeur de Jean-Guillaume, baron Hyde de Neuville, vivait chez Mme Hyde de Neuville, la mère,  et au vu de ses relations avec Pichegru, il fut mis en surveillance dans la Nièvre pendant la période consulaire. 

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Larue vivait donc chez sa belle-mère, sans dissimuler sa présence, mais évitant néanmoins d'attirer l'attention. L'officier de paix Mercié, venu de Paris pour procéder à l'arrestation de l'ex cinq-cents, se présenta au château de l'Étang, flanqué de trois gendarmes, qu'il embusqua, à plat ventre, le long des fossés.

Après une assez longue attente, persuadé que Larue était au château, Mercié y pénétra à l'improviste avec ses hommes, au moment où toute la famille se mettait à table. Mme Hyde de Neuville, la mère, montra peu d'émoi : c'était une robuste femme, grande et énergique, qui en avait vu bien d'autres ! Elle assura que son gendre allait obéir sans résistance, mais comme la route est longue de la Charité à Paris, où le prisonnier devait être conduit sur-le-champ, elle ne voyait pas pourquoi le repas serait interrompu - pour si peu ! Elle invita gentiment l'officier de paix et les gendarmes à prendre place ; les convives se serrèrent et l'on servit le potage.

Les domestiques, cependant, s'empressaient à préparer la malle de Larue. Mme Hyde mère donnait des ordres, se levait de table, veillait à tout. Pour ne pas se laisser troubler par l'extrême agitation de Mme de Larue, elle l'attira dans une pièce voisine de la salle à manger et l'y enferma résolument. "Ma fille, dit-elle, j'ai besoin de tout mon sang-froid ; restez ici et fiez-vous à moi."

Le repas s'achevait et le moment du départ était venu. Un signe furtif avertit Larue que quelque chose se préparait pour sa délivrance. Déjà les adieux s'échangeaient. Tout à coup, Mme Hyde, comme saisie d'une idée subite, s'écria : "Mon fils, vous n'êtes pas assez couvert ; vous êtes malade ; laissez-moi vous aller chercher un vêtement de plus." Alors, ouvrant une porte vitrée, qui jusqu'à cet instant était restée close, elle pénétra dans un très petit cabinet qui semblait ne contenir qu'une vaste armoire, où on la vit prendre un grand manteau de drap. Elle reparut presque aussitôt et se mit en devoir d'en revêtir elle-même son gendre. Il arriva tout naturellement qu'elle se plaça entre lui et les gendarmes, étendant la vaste ampleur du manteau, pendant qu'il présentait le dos pour s'en couvrir, et elle continuait à lui adresser des recommandations pleines de sollicitude.

Mme Hyde, on l'a dit, était grande et forte ; elle masquait de sa haute taille la forme penchée de son gendre, et élevait les bras, secouant la longue pèlerine, comme font les escamoteurs qui s'apprêtent à faire disparaître une personne vivante et naturelle. Tout à coup, elle laissa tomber le manteau et se tourna brusquement vers les gendarmes. Larue avait disparu, volatilisé. "Messieurs, dit la brave femme en se livrant aux soldats, j'ai fait mon devoir, faites le vôtre".

Mais déjà Mercié et ses hommes s'étaient rués dans le cabinet, où évidemment le prisonnier s'était réfugié. Une porte ouverte, donnant sur un escalier dérobé, leur indiqua le chemin qu'il avait pris ; ils se jetèrent à sa poursuite. L'escalier était sombre et mal commode ; ils le descendirent en tâtonnant, se trouvèrent dans une salle basse, laquelle communiquait avec une autre, que suivait une troisième pièce dont la porte ouverte donnait sur la campagne. C'était par là sans doute qu'avait fui Larue. Mercié et les gendarmes battirent les prés et les bois pendant toute la nuit et rentrèrent fourbus - et bredouilles - à la Charité-sut-Loire.

Larue d'ailleurs, à peine dans le cabinet, au lieu de descendre au rez-de-chaussée, était monté à l'étage supérieur où l'attendait un domestique qui l'avait poussé et claquemuré hermétiquement dans une des nombreuses cachettes préparées, à tout hasard, dans la maison. Quand on retrouva sa piste, il était à Bilbao, en Espagne, à l'abri des agents du premier consul.

Cet état de proscription dura jusqu'à la Restauration qui le combla de faveurs. Le 8 octobre 1814, il reçut les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur, des mains du roi. En 1816, il fut nommé chevalier de Saint-Louis et maître des requêtes et garde général des archives du royaume. Le 21 août 1822, il fut promu officier de la Légion d’honneur.

Isaac-Étienne de Larue est décédé le 13 août 1830 à Paris. Il avait 70 ans.

DECES z

 

- Marié à La Charité-sur-Loire, le 6 février 1792 avec Marie-Suzanne Hyde de Neuville ; dont trois enfants :

- un enfant mort très jeune, en 1806, de la petite vérole, à Bilbao ;

- Jean-Baptiste-Armand Delarue de Villeret, , marquis, né le 4 thermidor an XII (23 juillet 1804) ; Attaché à Washington (1820) et à Lisbonne (1822) auprès de son oncle Hyde de Neuville - Élève vice-consul à Hambourg (1825) - Vice-Consul à Hambourg (10 février 1828) - Vice-Consul à Londres (1er août 1831) - Consul de 2ème classe à Savannah (20 mars 1834) - Consul à Richmond (22 octobre 1835) - Consul à Porto (23 août 1837) - Suppression du consulat de Porto (17 avril 1848) - Admis au traitement d'inactivité (14 avril 1848) - Mis à la retraite (2 mai 1848) car il a contracté une cécité - Devient président de l'association paternelle de l'ordre royale et militaire de Saint-Louis et du mérite militaire ; Chevalier de la Légion d'honneur, 27 juin 1850 ; une pension lui est accordée le 19 octobre 1868 ; il est mort en 1875 sans laisser d'héritiers ;

- Théodore-Étienne DE LARUE, Comte DE SAINT-LÉGER, marquis de Bemposta ; né le 27 juillet 1799 à La Charité-sur-Loire ; Officier de la garde royale. Il suivit Louis XVIII à Gand, fit avec le duc d'Angoulême la campagne d'Espagne en 1823, fut attaché à l'état-major du général Maison en Grèce (expédition de Morée, 1828), à l'ambassade du duc de Raguse en Russie, et, en 1831, envoyé comme vice-gouverneur à la Martinique. Aide de camp de l'empereur dom Pedro, en Portugal, dans la brillante et aventureuse expédition qui aboutit au renversement de dom Miguel et à la restauration de doña Maria, il reçut trois blessures au cours de cette campagne (1832-1833) ; il commandait le bataillon français devant Porto. En 1834, il épousa Maria Mância de Lemos Roxas Carvalho e Menezes, comtesse de Subserra (1805-1881), et cette union le fixa définitivement en Portugal. On sait que le baron Hyde de Neuville ayant plus que tout autre contribué par son attitude à sauver la couronne du Portugal, lors des évènements de 1824, avait été fait comte de Bemposta par le roi Jean VI ; il obtint aisément que ce titre fût transféré à son neveu, lequel, en récompense de ses propres services, fut bientôt créé marquis de Bemposta-Subserra, et devint enfin grand maître des cérémonies de la cour de Lisbonne. Il y mourut en 1871.

Sa fille, Maria-Isabelle, la marquise de Rio Maïor, veuve d'Antonio-José-Luis de Saldanha Oliveira Juzarte Figueira e Souza (1836-1891), marquis de Rio-Maïor, pair du royaume et chef d'une des plus illustres maisons du Portugal, fut dame dame d'honneur de la reine, et resta la seule descendante du chevalier de Larue ; née à Lisbonne, le 25 mars 1841, elle est décédée le 16 décembre 1920.

 

Bemposta signature 3 z

 

1853 - Mme Delarue, soeur de M. le baron Hyde de Neuville, vient de mourir à Paris dans un âge avancé. Ses restes mortels ont été transportés au château de l'Étang, près Sancerre, pour être inhumés dans le tombeau de la famille, auprès de ceux de M. Paul Hyde de Neuville et de Mme la baronne Hyde de Neuville. Mme Delarue laisse deux fils : l'un est M. le marquis de Bemposta de Subserra, lieutenant-général au service du Portugal ; l'autre M. Delarue de Villeret, qui a contracté au service de la France une cécité complette. Cette perte déplorable ajoute une douleur nouvelle aux douleurs cuisantes d'un homme bien cruellement éprouvé, qui ne saurait trouver de consolations que dans les principes religieux qui ont réglé la conduite de sa vie et dans les sentiments de l'estime et de la sympathie universelles qui l'ont toujours entouré. (Journal des débats politiques et littéraires - 22 septembre 1853)

Marquise de Rio Maïor z

 

Dictionnaire biographique et historique des hommes marquans ... volume 2 - Londres - 1800

Recueil de pièces imprimées concernant les colonies - Bibliothèque de Moreau de Saint-Mery - 1750-1820

État-civil de Paris en ligne

AD23 - Registres paroissiaux de Gouzon

Journal Le Temps - 6 janvier 1909

La déportation des députés à la Guyane, leur évasion et leur retour en France par Isaac-Étienne de Larue.