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Konkored, que l'on écrit Concoret signifie Vallon des Fées. Cette paroisse est fameuse par le souvenir d'Éon de l'Étoile, qui y naquit. Ce gentilhomme prétendait être le fils de Dieu. Se proclamant le Messie, il parcourut, prêchant sa doctrine, la Bretagne, le Poitou, la Saintonge, etc ; c'était vers 1140. Il fit des prosélytes, à qui il enseignait sa religion. Les habitants de Concoret sont appelés "les sorciers dans tout le pays de Vannes depuis le douzième siècle à cause de la très grande part qu'ils prirent à l'hérésie d'Éon. (Émile Souvestre)".

Cet illuminé vécut d'abord dans un monastère voisin de Concoret. Le chef de cette communauté ayant voulu l'envoyer dans le couvent de Paimpont, il refusa d'y aller et quitta le cloître pour se faire chef de religion. Ses adeptes furent nombreux et ardents. Il les qualifiait du titre d'apôtre, puissances célestes, et les distinguait par des appellations symboliques comme celles-ci : Science, jugement, sagesse, vertu, etc. On ne sait quelle était sa doctrine. Les écrivains qui se sont occupés de lui ont négligé de nous le faire connaître. Othon de Freisingen, chroniqueur allemand, qui fut évêque de cette ville, raconte sérieusement dans sa chronique, composée de sept livres, qu'Éon avait le pouvoir de se transporter d'un bond à des distances prodigieuses, de se procurer de l'or à volonté.

Ce singulier personnage vivait avec ses disciples dans la forêt de Brocéliande près Concoret. Il leur enseigne la magie ; mais il ne bornait pas là ses occupations. Il faisait aussi en leur compagnie des excursions nocturnes sur les terres du clergé, et des nobles et les pillait congrument, ce qui causa sa perte. Arrêté par ordre du duc de Bretagne, en 1148, il fut conduit au Concile de Reims, présidé par le pape Eugène III. Là sa morgue ne l'abandonna pas. Invité à se nommer, il répondit qu'il "était celui qui jugeait les vivants et les morts", forfanterie qui ne lui réussit pas. Estimé fou plutôt qu'hérétique, il fut enfermé dans une prison et y mourut. On traita ses disciples plus cruellement que lui-même. Condamnés au feu, ils se laissèrent conduire tranquillement vers le bûcher, confiants en la parole d'Éon, qui leur avait fait accroire qu'ils avaient le pouvoir de commander les éléments et que les flammes s'écarteraient d'eux à leur injonction ; ils ne recouvrèrent la raison qu'en sentant le feu les dévorer.

 

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L'ABBÉ PIERRE-PAUL GUILLOTIN est né au village du Vaubossard en Concoret, le 24 juillet 1750, d'une ancienne et respectable famille d'artisans et de laboureurs.

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Ordonné prêtre en 1774, il fut successivement chapelain de Telouët, vicaire de Baulon et vicaire de Saint-Servant. C'est dans ce poste que le trouva la Révolution.

Le 5 juin 1791, l'abbé Guillotin fut contraint, à défaut de serment, d'abandonner la cure de Saint-Servan ; il se réfugia à Concoret où il rédigea un journal des évènements survenus dans son voisinage pendant la période révolutionnaire.

"Je me décide, écrit-il dans son journal, à dire la messe et à exercer les fonctions curiales à Concoret, avec beaucoup de précautions, et en craignant toujours quelque trahison des ennemis de la religion. Je n'ose plus coucher chez moi. Je me saisi secrètement du petit calice d'argent et le cache dans un mur.

Le 14 avril 1793, je célèbre la messe pour la dernière fois, en l'église de Concoret, parce que les membres du département du Morbihan, ont menacé la municipalité de poursuites et de garnison, s'ils apprenaient qu'un prêtre réfractaire au serment y dit la messe.  J'ai encore continué de l'y célébrer les jours ouvriers jusqu'au samedi 27 avril. Je purifiai alors le saint ciboire et je fus sommé de le remettre à la municipalité, ainsi que le second calice. Je fus obligé de lui remettre l'ostensoir dès le 22 mars, lors du soulèvement de plusieurs paroisses."

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Le 6 octobre de la même année, l'abbé Guillotin fut dénoncé à la municipalité de Paimpont, pour avoir exercé des fonctions en ladite paroisse, et il y fut décidé de sommer les gendarmes de Plélau et 200 gardes nationaux de Paimpont pour venir le chercher le mercredi soir. Il en fut prévenu et quatre gendarmes vinrent fouiller chez lui au Vaubossard et couchèrent au Rox. Les fusiliers de Paimpont fouillèrent chez ses parents, au bourg, à la Chauvelais, à la rue Éon. L'abbé passa la nuit sur la lande de Renihal.

 

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Un jour, traqué par l'armée révolutionnaire, il s'était réfugié à l'intérieur de l'énorme chêne creux de dix mètres de tour et mille ans d'âge qui faisait l'orgueil du village. Lorsque les bleus passèrent devant l'auguste chêne, ils constatèrent que son ouverture était masquée par une toile d'araignée et abandonnèrent leurs recherches. La légende dit que c'est Notre-Dame de Paimpont qui avait tissé cette toile pour épargner le prêtre fidèle.

Il ne quitta jamais sa paroisse et continua secrètement son ministère pendant tout le temps de la révolution. Dans les seules années 1793 et 1794, l'abbé Guillotin baptisa deux cent trois enfants et bénit soixante-douze mariages.

L'abbé Pierre-Paul Guillotin retourna à Saint-Servant dès le 15 mars 1800 et y mourut le 28 janvier 1814. Son décès fut déclaré à Concoret, par Félix Guillotin, son neveu, étudiant,  le 29 avril 1814.

 

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Les aboyeuses de Josselin - H. de Kernouab - 1888

Le Registre de Concoret : mémoires d'un prêtre réfractaire pendant la Terreur par l'abbé Pierre-Paul Guillotin - 1853

Les lavandières de Brocéliande - Edouard Brasey - 2012

AD56 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Concoret