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Charles, baron de Lichtenheim, serait né, selon ses dires au cours de son interrogatoire, à Prade, capitale de Franconie, en Prusse, vers 1772 ;  lieutenant au régiment de Nassau, cuirassier autrichien depuis 1783 jusqu'en 1793 ; fait prisonnier près de Valenciennes en 1793 et  enrôlé dans l'armée républicaine, les chasseurs de la Montagne ; fait prisonnier et amené à Maulévrier, Stofflet lui donna sa grâce ; par reconnaissance, il resta dans l'armée vendéenne ; aide-de-camp du général.

Charles de Lichtenheim mourut fusillé, aux côtés de son général, le 25 février 1796, il avait 24 ans.


Une lettre adressée par une jeune fille à son frère, officier au bataillon de volontaires, et datée d'Angers le 25 février 1796, jour du jugement et de l'exécution de Stofflet nous renseigne sur Lichtenheim et les autres compagnons de Stofflet :

"Grande et bonne nouvelle, dit-elle ; Stofflet n'existe plus. Il vient d'être fusillé ici, aujourd'hui 6 ventôse (25 février), à dix heures du matin, avec quatre autres qui ont été arrêtés avec lui, dont un est, disait-on, son aide-de-camp. C'est un allemand, âgé de vingt-quatre ans ; son nom est très baroque, je ne me le rappelle pas. Il fut fait prisonnier au commencement de la guerre par les français. Il demanda à servir la république, se mit dans les cuirassiers et fut fait prisonnier par Stofflet, il y a plus de deux ans. Depuis cette époque, il est resté attaché à l'armée royale, a été accusé d'avoir constamment porté les armes contre la République.

Les trois autres étaient : l'un son garde-magasin de fourrages, âgé de trente-et-un ans, natif de Cholet (Pierre Pinot, né à Cholet, tisserand, âgé de 21 ans) ; l'autre son domestique, nommé Moreau, âgé de vingt ans, natif de Cholet (Joseph Moreau, né à Chanteloup, tisserand, âgé de 20 ans), et l'autre son palefrenier, âgé de vingt-et-un ans (Joseph-Philippe Erondelle des Varannes, né à Ancenis, commis au district d'Ancenis, âgé de 31 ans). Le sixième, qui a été condamné à la détention jusqu'à la paix générale, n'était âgé que de quatorze ans (Michel Grolleau, né à Cholet, sans profession, âgé de 14 ans et demi). C'est son jeune âge qui l'a exempté de la mort.

Stofflet et les cinq autres ont été arrêtés, hier 5 ventôse, à deux heures du matin, dans une métairie située dans la commune de la Poitevinière, où ils étaient couchés. Un brave grenadier est entré seul dans la chambre de Stofflet. L'ayant trouvé endormi, il s'est saisi de lui ; mais Stofflet, ayant pris le grenadier à la gorge, le serrait si fort qu'il l'aurait étranglé sans ses camarades qui sont venus à son secours. On n'a pu faire lâcher prise à Stofflet qu'à coup de bourrades et de sabre ; aussi avait-il la tête toute mâchée. Je t'assure qu'il avait bien triste mine. Sa tête était enveloppée d'un mouchoir très sale, son habit était de même. Tout son costume et sa figure ne lui donnaient point l'air d'un commandant en chef.

Il est arrivé (à Angers) hier (24 février), à cinq heures du soir. On le mit de suite à la prison nationale. A dix heures, le Conseil militaire s'assembla pour juger les six accusés. A cinq heures du matin le jugement a été prononcé et mis à exécution à dix. Je passai la nuit à l'interrogatoire ... Stofflet ne s'est nullement défendu avec chaleur. Il a nommé quelques chefs que l'on connaissait déjà, il a nié beaucoup de choses et n'a chargé personne. Pour compléter la fête, il aurait fallu avoir Mgr Bernier, mais il faut espérer qu'il y viendra comme les autres.

Pommelière (Louis Mabille de la Pommelière), ci-devant émigré, ayant été pris les armes à la main dans la Vendée, a été fusillé ici il y a deux jours ..."

 

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La condamnation fut la mort pour les cinq compagnons ; la jeunesse de Michel Grollot le sauva.

Voici le crime que leur reprochaient les juges :

"Le conseil, après en avoir délibéré, déclare Stofflet, Lichtenheim, Devarrannes, Moreau et Pinot atteints et convaincus d'avoir été pris les armes à la main, d'être en outre, savoir : Stofflet, Lichtenheim et Devarrannes, chefs et sous-chefs des révoltés connus sous le nom de Vendéens et lesdits Moreau et Pinot complices de l'assassinat commis sur la personne d'Audious, grenadier.

En conséquence, le conseil les condamne à mort.

Et quant au nommé Grollot, le conseil, - ayant égard à ce qu'il n'est âgé que de quatorze ans, qu'il peut par conséquent avoir été instigué à faire partie des rassemblements, profitant en outre des dispositions de la loi qui accordent la faculté de commuer des peines, - le condamne à la détention jusqu'à la paix générale."

Le lendemain, 25 février 1796, vers neuf heures du matin, cette sentence s'exécuta en présence de la garde nationale et de toute la populace révolutionnaire d'Angers, accourue pour contempler la fin du héros qui naguère la faisait trembler. Stofflet portait la tête haute, comme en un jour de bataille, et montrait une impassible fermeté. Arrivé sur le Champ de Mars, en face d'une manufacture qui, deux ans auparavant, lui servi de redoute pour attaquer la ville, il embrassa ses amis, ses compagnons de victoire et de supplice ; Lichstentein et Devarrannes étaient à ses côtés ; venaient ensuite Pinot et Moreau. Tous se recommandaient aux prières des personnes qui les entouraient et se félicitaient de mourir pour leur Dieu et leur roi. Ils pardonnaient aux juges leur condamnation et aux soldats les coups qui les allaient frapper. Leurs coeurs se reportaient vers les êtres aimés pour leur adresser un éternel adieu. Un souvenir de sa province natale passa dans l'âme de Stofflet ; il demanda si un Lorrain ne se trouvait pas parmi les troupes qui formaient le sombre cortège ; un homme sortit des rangs, et le général lui fit cadeau de sa montre, unique objet dont il pût disposer.

Enfin, les funèbres apprêts sont terminés, le peloton charge ses armes ; le général Flavigny donne l'ordre de bander les yeux des suppliciés. "Éloignez-vous, s'écrie Stofflet, en repoussant le bandeau de sa main mutilée ; je vais vous apprendre une fois de plus qu'un général vendéen n'a pas peur des balles." Puis, tenant d'une main Lichstenheim et l'autre montrant son coeur, il promène un impassible regard sur les soldats et commande le feu d'une voix aussi ferme qu'aux heures joyeuses de la victoire, en criant : Vive la religion ! Vive le roi ! deux mots qui résument toute sa vie guerrière. Morts, le général et son aide-de-camp se tiennent encore unis ; on détache leurs mains avec peine. Ensemble ils ont combattu, ensemble ils ont soufferts, le même feu les jette à terre et ils paraissent ensemble devant Dieu."

 

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"Aujourd'huy quinze germinal an quatre de la République française une et indivisible, après midy.
Par devant moi, Anselme-François-René Papiau, membre de l'administration munidipalle, élu le deux frimaire dernier officier public pour constater l'état civil des citoyens,
Sur la remisse de la notte des décès ci-après, j'en ai fait la transcription ainsi qu'il suit :

- Le trois ventôse an quatre de la République française, Louis Mabile de la Pomelière, âgé de trente un ans, natif d'Angers du département de Maine, est décédé premier arrondissement de cette commune.

- Le sept ventôse an quatre de la République française, Nicolas Stofflet, âgé de quarante quatre ans, né commune de Lunéville département de la Meurthe, est décédé dit premier arrondissement.

- Le sept dudit mois de ventôse an quatre de la République, est décédé dit premier arrondissement, Charles Lichtenhein, âgé de vingt-quatre ans, né commune de Prade, province de Franconie, en Prusse.

- Le sept dudit mois de ventôse an quatre de la République, est décédé sur ledit premier arrondissement, Joseph-Philippe des Varannes, natif de la commune d'Ancenie, département de la Loire-Inférieure.

- Le sept du même mois de ventôse an quatre de la République, est décédé dit premier arrondissement, Joseph Moreau, âgé de vingt ans, natif de la commune de Chanteloup, département de Maine et Loire.

- Le sept dudit mois de ventôse an quatre de la République, est décédé dit premier arrondissement, Pierre Pinot, âgé de vingt un ans, natif de la commune de Chollet, département de Maine et Loire.

 

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Guerres des Vendéens et des Chouans ... Tome 6

Extrait : Stofflet et la Vendée, de Edmond Stofflet - 1875

Un Bataillon de Volontaires (3ème Bataillon de Maine-et-Loire) par Xavier de Pétigny -1908

AD49 - Registres d'état-civil d'Angers