LE GÉNÉRAL BAILLOT (1741 - 1818)

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Antoine-Raymond Farals de Baillot est né à Gramat le 5 septembre 1741. Il était issu d'une famille originaire de Figeac, fils de Louis Farals, seigneur de Baillot, juge, et de Cécile de Laporte.

 

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A 20 ans, le 1er mai 1761, il entame la carrière militaire. Volontaire dans les carabiniers, il est fourrier en 1762 et maréchal des logis en 1763. Il est pourvu sous-lieutenant en 1768 dans le régiment de Bourgogne (cavalerie). La Révolution le trouve premier lieutenant et enfin capitaine dans le même régiment ; il a cinquante ans et totalise 25 ans de service.

En 1791, l'Assemblée législative succède à la Constituante et le 20 avril 1792 vote aussitôt l'entrée en guerre contre l'Autriche. La réaction est vive mais il fallait faire face à de nombreuses difficultés telles que l'anarchie intérieure, la crise financière, une armée et une marine désorganisées. On dut récupérer et enrôler rapidement les officiers et gradés de l'ancienne armée royale pour faire face pratiquement à toute l'Europe.

Baillot bénéficie le 2 mars 1791 d'une promotion au titre de chevalier de l'ordre Royal et militaire de St-Louis et le 4 novembre 1792, il est nommé - provisoirement - colonel. La Nation est en danger. On le retrouve deux ans plus tard, le 26 avril 1794 ; il sert à Troivilles.

Les représentants du peuple l'affectent, avec le grade de général de brigade, auprès de l'Armée du Nord. Il a définitivement choisi son camp, il sera du côté des révolutionnaires, alors que ses deux neveux émigreront en Allemagne.

On lui confie en mai, sous les ordres de Bonnaud, le commandement d'une brigade de cavalerie à Lille. La confirmation au grade de général de brigade est signée par le comité de Salut public ; elle porte la date du 13 juin 1795. Il appartient dès lors à la 6ème division sous les ordres de Delmas.

La guerre de Vendée se rallume bientôt avec le débarquement de Quiberon. Aussi le 15 juillet 1795, le général Baillot est chargé sous les ordres de Bonnaud de conduire 10.000 hommes de l'Armée du Nord à l'Armée des Côtes de Cherbourg.

En 1795 (peut-être en août), le général Baillot reçoit le commandement du Maine-et-Loire à Angers. Par un paradoxe dû à toutes les guerres fratricides, il se trouve désormais face à face avec son neveu et filleul, Pierre-Antoine Maynard de Lavalette officier émigré, colonel des chasseurs royaux à l'Armée des Princes qui débarqua en France en Juillet 1795 pour combattre avec les chouans aux côtés de de Frotté et de Scépeaux.

A cette époque, le Comte de Frotté, trop éloigné du centre de la chouannerie bretonne, se contentait de poursuivre des opérations isolées et d'occuper le plus de troupes qu'il pouvait, dans toute la Normandie. Il pratiquait couramment la levée d'une contribution plus ou moins forte sur les acquéreurs des biens nationaux et l'arrestation des diligences chargées des deniers de l'État. Ces mesures excitèrent la colère des Républicains, des confins de la Bretagne et de l'Anjou, jusque dans les environs d'Alençon, qui réagirent violemment en égorgeant sans motif plusieurs familles inoffensives.

Le 5 décembre 1795 une colonne de Bleus aux ordres du commandant Joseph Frère se porte sur le village de Bercé ; les habitants sont passés au fil de l'épée. Le 7 du même mois, le général Baillot permet à ses soldats le pillage des maisons sans distinction. Les soldats mettent tout à feu et à sang sur leur passage. Il faut que la férocité ait été poussée bien loin pour que Bonnaud, le nouveau général en chef de l'Armée Des Côtes de Cherbourg, en remplacement d'Aubert-Dubayet appelé au ministère de la guerre, se crut obligé d'écrire d'Alençon le 22 frimaire an IV (13 décembre 1795) aux administrateurs du département de Maine-et-Loire :

"Je n'ai reçu que ce matin, citoyens administrateurs, votre lettre du 14 frimaire. J'écris par la même occasion au général Baillot. Je me plains de ce qu'il a attendu que ce soit vous qui m'avez appris ces horreurs ; je lui ordonne de prendre de suite des mesures nécessaires pour découvrir les coupables de tous ces crimes et en attendant, de faire mettre au conseil militaire les officiers commandant ces détachements lorsque ces excès se sont commis, que pour sûr ils sont coupables.
Plus j'étudie cette guerre, plus je vois combien notre position est critique et désagréable pour ceux qui comme vous et moi voudraient en voir la fin (...).
Oui, respectables amis de la Liberté, nous triompherons à travers tous ces obstacles mais combien il en coûte à des âmes sensibles de voir les maux qui se présentent avant d'arriver au port ! Cette conduite de la part de nos soldats n'est pas celui le moins difficile à prévenir et celui qui déchire le moins mon coeur".

De semblables lettres n'étaient pas destinées à devenir publiques, mais dans leur style incorrect, elles expliquent avec tant de naturel les causes de la guerre civile et la position prise dans les provinces de l'ouest par les armes républicaines, qu'il est bon de les publier. Les plaintes qu'elles font entendre sur les pillages et l'indiscipline des troupes prouvent enfin qu'il y avait quelque chose de fondé dans les reproches que les Royalistes leur adressaient.

Le soir du 23 février 1796, le général Mesnage sur l'ordre de Caffin expédiait de Chemillé un détachement de 200 fantassins et 25 cavaliers sous la conduite de Liégeard, aide de camp de Caffin, et de Loutil, chef du 7ème bataillon de Paris. C'est ce détachement qui arrêta Stofflet.

Devant le conseil militaire formé à Angers par le général Baillot, commandant la 5ème subdivision de l'Est de l'Armée des Côtes de l'Océan, Stofflet ne fit aucune révélation. Le jugement rendu d'après le rapport du général Mesnage, constatant que les accusés ont été pris les armes à la main, porte la peine de mort pour Stofflet et quatre de ses compagnons [Lichstenheim - Devarrannes - Moreau et Pinot]. Ils furent fusillés au champ de Mars d'Angers, le 25 février 1796.

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Quelques semaines plus tard, une suite non interrompue de succès remportés par les Blancs servait à entretenir les espérances de Puisaye et à lui en faire rêver de plus décisifs. Parmi ces succès, nous notons une rencontre entre les troupes républicaines et les Blancs au château de la Ferrière près de Gennes. Huit cents Républicains commandés par le général Baillot cernent le château ; ils sont aussitôt dispersés. Leur frayeur est si grande que d'Andigné entre seul dans la cour d'une métairie où ils se trouvaient au nombre de deux cents, les met tous en déroute en donnant des ordres à une colonne qui ne le suivait pas et qu'une ruse de guerre lui fit improviser.

Pour couper court au conflit entre les autorités civiles et le gouvernement militaire, aussitôt après la capture et l'exécution de Stofflet, le Directoire exécutif s'était occupé, sur le conseil de Hoche lui-même, du choix d'un Commissaire spécial, étranger au pays vendéen et n'y ayant aucun intérêt personnel, d'autant plus capable de servir d'arbitre entre les ci-devant rebelles et les réfugiés rentrant, de substituer les nouvelles lois civiles aux procédés d'ancien régime et d'obtenir, dans le délai le plus bref, le complet rétablissement de l'ordre républicain.
Le 2ème Commissaire spécial, chargé d'opérer dans les départements de Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres, Dumas, arriva à Angers le 28 avril 1796. Dans son 1er rapport au Directoire du 4 mai, il dit :

"Depuis mon installation à Angers, où je suis arrivé le 28 avril au soir, les autorités constituées, le général de brigade Baillot, commandant la division d'Angers, beaucoup de vrais amis de la République, beaucoup de réfugiés s'empressent, sur les intentions que je leur ai manifestées de votre part, de m'aider des instructions qu'ils possèdent sur ces pays. Ils m'assurent que le désir général des habitants des communes de ce département, situées au midi et sur la rive gauche de la Loire est de voir enfin s'organiser le régime constitutionnel, comme le seul moyen de ramener au milieu d'eux : la paix, l'abondance et la sûreté. Ils m'ont aussi annoncé la résolution des chouans qui occupent la rive droite de la Loire de mettre bas les armes et de se rallier à la République Française (...)."

En mai 1796, l'on vit la soumission de beaucoup de communes et sous-chefs de la division du comte d'Autichamp, successeur de Stofflet. Quelques chefs de chouans imitèrent ainsi les Vendéens et le 1er mai 1796, le vicomte de Scépeaux dont les bandes avaient été battues en diverses rencontres par la colonne mobile du général Baillot, lui fit demander par Mme de Turpin un passeport pour se rendre avec un de ses officiers au quartier général de Hoche. Une année auparavant Hoche avait eu recours à la vicomtesse de Turpin pour traiter de la pacification avec les Blancs ; une deuxième fois il en appelait à la vertu de Baillot comme délégué du vicomte de Scépeaux ; elle remet à celui-ci une lettre à faire passer à Hoche.

Le 25 mai 1796, Hoche écrivait :

"Je vous ai mandé que d'Autichamp voulait se rendre. Il a tenu parole et est venu me trouver à Candé. D'abord j'avais l'envie de l'envoyer avec Bernetz au château de Saumur. Mais j'ai réfléchi que cette mesure pourrait empêcher la reddition de quelques uns de leurs camarades. J'ai donc préféré le mettre sous la surveillance du Général Baillot à Angers pendant le temps que Bernetz passerait à faire rendre le reste des chefs de son parti, les armes de quelques chasseurs et un dépôt de poudre, qu'ils m'ont avoué avoir conservé jusqu'à ce moment. Après cette opération, ils doivent l'un et l'autre se retirer dans l'intérieur pour y vivre sous la surveillance des corps administratifs."

Puisaye ne voulait pas entendre parler de paix ou tout au moins, il espérait en discuter les clauses ainsi que Charette l'avait fait à la Jaunais. Mais pressé par les évènements et surtout par les exécutions que les généraux Républicains avaient autorisées, de Scépeaux et Chatillon firent leur soumission le 31 mai 1796 (12 prairial an IV). Quand à Sapinaud et ses frères, revenus de l'émigration, ils allèrent à Nantes déposer leur soumission entre les mains du général Duthil.

Les détenus ne furent transportés nulle part et on les fit vite sortir de prison ; on les mit d'abord en surveillance au chef-lieu départemental. Il en fut ainsi sans doute dans les Deux-Sèvres et en Maine-et-Loire.

D'Autichamp, par exemple, et son inséparable Bernetz étaient internés à Angers dans une chambre avec 15 hommes de garde. L'un des anciens lieutenants de Stofflet, Louis Monnier, raconte qu'appelé par le général Baillot, il se rendit, avec un autre chef des Mauges, Lhuilier, en cette ville.

"Vous allez au château vous constituer prisonniers, nous dit le général, c'est l'ordre que j'en ai du gouvernement. Je lui dis : si j'avais su que c'était pour cela j'aurais apporté des vêtements et de l'argent pour vivre". Et bien ! fit-il vous aurez la ration comme les autres prisonniers. Nous ne sommes que des criminels pour être ainsi traités - Eh bien ! promettez vous de revenir ? Allez et vous apporterez tout ce qu'il faut.

Nous retournâmes voir M. d'Autichamp qui nous dit : "Vous êtes très heureux d'avoir cette permission, mais ne revenez pas, je vous y engage. Pour moi, je ne sais pas comment cela va aller."

Le général obtint cependant son élargissement pour aller à ses affaires dans le pays de Poitiers où étaient les propriétés de sa dame."

Malgré l'estime et l'appréciation flatteuse de Hoche qui le tenait pour un officier zélé et capable, et malgré l'appui de ce dernier pour une proposition au grade de général de division, Baillot fut placé le 8 brumaire an IV (26 octobre 1797) en situation de réforme. Il avait 56 ans.

Sa carrière militaire se terminait là, avant être admis définitivement à la retraite en 1805. Il vécut désormais les vingt dernières années de sa vie à Gramat, sa ville natale. C'est là qu'il reçut le 26 novembre 1803 la croix de chevalier de la Légion d'honneur et la Restauration en 1814 lui décerna, sans rancune, la croix de commandeur de l'Ordre Royal et militaire de St-Louis.

Antoine-Raymond Farals de Baillot, maréchal de camp, est décédé à Gramat, le 18 août 1818, dans la maison de son neveu, M. Maynard, sans alliance et sans descendance.

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G. Maynard de Lavalette
Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot - Janvier 1996

Archives nationales - Base Leonore

AD46 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Gramat