Étienne Botineau, fils de Mathurin et de Marguerite le Fou naquit à Champtoceaux, le 3 mai 1738.

BOTINEAU z

A peine âgé de 15 ans, ne sachant que lire, écrire et compter, il vint à Nantes : l'aspect du port et des navires qui s'y trouvaient, décida son goût pour la navigation.

Il commença par être pilotin sur les bâtiments de commerce ; puis à Brest, sur ceux de la marine royale ; il s'embarqua ensuite sur les vaisseaux de la compagnie des Indes, et y exerça divers emplois.

En 1764, il fut employé dans la conduite des travaux de génie, à l'Île-de-France. Ce fut vers ce temps qu'il prétendit avoir découvert un moyen certain de reconnaître les terres et les vaisseaux en mer à une distance de 250 lieues, en combinant les effets qu'ils produisent sur l'atmosphère et sur la mer. Dans un Mémoire d'où sont tirés ces détails, M. Botineau dit que le bruit de sa découverte, dont il fit la première annonce en 1770, excita l'envie de plusieurs personnages puissants, lui attira la haine, et fut pour lui une source de persécutions ; que le gouverneur même le condamna, pour ainsi dire, à l'esclavage, en l'envoyant à Madagascar pendant la guerre de 1778. Toutefois, la confiance qu'on avait dans la découverte de M. Botineau était telle, qu'on hasarda souvent d'envoyer au-devant des convois dont il avait annoncé la prochaine arrivée, et ce fut presque toujours avec succès.

En 1785, il se rendit à Paris, pour faire part de son invention au ministre de la marine, et en solliciter la récompense. Il était muni de certificats de l'intendant et du gouverneur de la colonie, qui attestèrent que cette découverte était digne de l'attention du gouvernement, et que l'évènement avait très-rarement manqué de justifier les prédictions de son auteur. Malgré ces titres, M. Botineau ne fut pas favorablement accueilli du maréchal de Castries.

Il retourna, quelque temps après, à l'Île-de-France, emportant des espérances qui ont été péniblement déçues. On a su, par des habitants de cette île, qu'il continuait à l'habiter, ne cessant de se plaindre du sort et des hommes. Ces colons croient à la possibilité d'un moyen physique, qui lui fasse préjuger l'arrivée d'une flotte ou d'un convoi. Il a si souvent rencontré juste, qu'on doit quelque croyance à ses calculs : cependant, comme il s'est parfois trompé, leur certitude ne peut être admise sans examen. Quoiqu'il en soit, l'objet était assurément digne de considération ; et l'on ne peut se défendre d'un sentiment pénible, en songeant qu'une découverte qui pouvait avoir les plus importants résultats, sera vraisemblablement perdue, et pour la société, et pour l'homme actif et ingénieux auquel elle est due, et dont elle devait assurer la fortune et la célébrité.

Voici les titres des ouvrages qu'il a publiés relativement à cet objet :

- Mémoire sur la découverte d'un moyen physique qui annonce les vaisseaux et les terres, jusqu'à 250 lieues de distance, in-4° - 1785 ;

- Recueil des journaux de ces annonces, et des extraits de ces journaux, qui prouvent l'exactitude même de celles qui étaient douteuses, in-4°, joint au précédent ;

- Extrait du Mémoire de M. Bottineau sur la Nauscopie, ou l'art de découvrir les vaisseaux et les terres, à une distance considérable, 1786, in-8° de 87 pages.

Le Dictionnaire de biographie mauricienne, publié périodiquement par la Société de l'Histoire de l'Île Maurice à Port-Louis, indique qu'Étienne Botineau est décédé à "Maurice" le 17 mai 1813, à l'âge de 74 ans. La lettre du médecin Alphonse Leroy le concernant, transcrite ci-dessous, situe sa mort en 1802 à Pondichéry. Apparemment, personne n'a jamais vraiment su où et quand il est mort ...

Voici un passage de la préface de son Mémoire qui montre combien Botineau était un brave homme et à quel point les injustes attaques dont il était l'objet l'avaient découragé :

"Je ne suis point un de ces hommes avides de célébrité, d'honneurs et de biens, qui, sous l'apparence d'un profond savoir et de connaissances mystérieuses, cherchent à surprendre l'admiration du public et les récompenses du gouvernement.

Né dans l'obscurité, je sens que mon plus grand bonheur serait de n'en point sortir.

Je ne donne pas ma découverte comme le fruit d'un génie supérieur et de connaissances privilégiées, mais comme celui d'une heureuse observation, que tout autre aurait faite également, s'il se fût trouvé dans les mêmes circonstances. Peut-être même n'y avait-il qu'un homme, peu versé dans les connaissances physiques, capable d'une pareille observation, qui, par son contraste avec les notions reçues, ne devait pas naturellement se présenter à l'idée d'un homme instruit.

La gloire qui me revient de cette découverte n'efface dont celle de personne, et les savants, en la perfectionnant, trouveront bientôt le moyen de me faire oublier ...

Il me tarde de me rétablir dans la considération du gouvernement et du public.

S'il ne faut pour cela que dévoiler à leurs yeux le principe secret de mes connaissances, si ce n'est qu'à ce prix que je peux espérer de conserver à mes concitoyens la jouissance d'une découverte prête à leur échapper, je ne me refuse point à ce sacrifice.

Loin de moi toute idée de crainte et d'alarmes sur les inconvénients d'une pareille franchise ; ce n'est pas sous un monarque généreux et bienfaisant, sous un gouvernement empressé à chercher le mérite et à le récompenser, que de pareilles inquiétudes sont permises, et bien loin de diminuer rien de mes droits, mon désintéressement ne fera que les accroître et les assurer ..."

 

Dumont-d'Urville z

Jules-Sébastien-César Dumont d'Urville

Dans le journal du Voyage autour du monde de Dumont-d'Urville, à la date d'octobre 1828, et lors du séjour de l'auteur à l'Île-de-France, nous voyons qu'il se félicite d'avoir fait connaissance avec un M. Faillafé, nauscope émérite, qui lui paraît être un homme de bonne foi dans sa prétendue science, que, d'ailleurs, il n'est pas seul à posséder dans le pays, car il existe aussi à l'Île-de-France une dame Dufailly, élève de Boutinot (lisons Botineau), le grand nauscope avant Faillafé - lequel avait été lui-même devancé par une demoiselle Ribourdin ..."

Ailleurs, Dumont-d'Urville rapporte que, selon M. Faillafé, l'image des navires se refléterait dans le firmament sous la forme d'un nuage brun, mince, délié aux extrémités et dirigé parallèlement à l'horizon. Ce nuage occuperait un, deux, trois degrés, suivant que le navire serait plus ou moins proche, et les accidents de configuration en feraient reconnaître la nature, la voilure, la route ... Une fois que le navire est lui-même visible à l'horison, son nuage céleste disparaît tout à fait.

"A Maurice (capitale de l'Île-de-France), ajoute l'illustre explorateur, M. Faillafé jouit de la plus haute réputation de véracité, et du reste on ne fait qu'une légère attention à son talent nauscopique, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde'.

Les habitants de Maurice étaient, comme on dit, payés pour en juger ainsi, puisque les nauscopes semblaient être un produit naturel du sol. (Revue La Mosaïque - 1876)

 

Botineau - portrait Alphonse Leroy z

Portrait du médecin Alphonse Leroy par Jacques-Louis David - 1783

 

En juillet 1802, Alphonse Leroy, professeur à l'École spéciale de médecine de Paris, adresse une lettre aux Rédacteurs de la Décade philosophique :

"J'apprends avec chagrin, par la voie des journaux, que Botineau vient de mourir à Pondichéry, dans une extrême misère. C'est malheureusement le sort trop ordinaire de ceux qui font des découvertes utiles à l'humanité. Vivans on les repousse, morts, on les regrette.

La découverte de Botineau qui consiste à annoncer les vaisseaux à plus de deux cents lieues en mer, du lieu de l'observateur, ne doit pas être confondue, comme l'ont fait certains journaux, avec le magnétisme et le somnambulisme. De semblables rapprochements peuvent étouffer le germe d'un art précieux à l'humanité ; et il n'y a que des hommes peu attentifs et légers, qui puissent oser y mêler du ridicule.

L'histoire de la "nauscopie" prouvera à la postérité que, jadis lorsqu'en France le talent ne fut point appuyé par le crédit, rarement le gouvernement sut chercher les hommes utiles et obscurs. Cependant j'espère qu'aujourd'hui, pour le bonheur de l'humanité, la découverte de Botineau ne sera point perdue.

Je possède beaucoup de données de Botineau lui-même. Avec elles, je pense mettre sur la voie de deviner le secret et d'en faire un art.

M. le bailli de Suffren, dont j'ai eu l'honneur d'être l'ami, faisait le plus grand cas de cette découverte ; il n'en parlait qu'avec admiration, et s'indignait du mépris qu'on en faisait.

L'art de découvrir les vaisseaux en mer jusqu'à deux cents lieues, est un art, j'en ai la preuve, qui fut connu des ancien, mais cet art veut de l'apprentissage.

En 1786, M. de Chevreau arriva de l'Isle-de-France, où ayant été intendant, il avait singulièrement servi M. de Suffren dans sa glorieuse campagne de l'Inde. Revenu pauvre et sans fortune, il croyait être accueilli par les sollicitations et les récompenses du gouvernement ; mais il fut mal reçu, et accusé de dépradation. De douleur de cette fausse inculpation, il se donna la mort dans un bain. Il rapportait dans ses papiers, un mémoire qui lui avait été donné en 1782 par Botineau, ainsi qu'à M. de Souillac. Je possède ce mémoire de Botineau. J'ai pris dans le tems beaucoup de notes de M. de Chevreau, et avec les matériaux que je n'ai cessé de recueillir depuis [de] longues années, et l'art des rapprochemens, j'assure qu'on peut former la science de la "nauscopie". M. de Suffren lui-même n'a jamais pu être écouté sur cette découverte, avec l'attention qu'elle méritait. A quoi cela tenait-il ?

Les étrangers ont voulu attirer à eux Botineau ; il est resté incorruptible, et il est mort dans une affreuse misère, plutôt que de leur découvrir un moyen qui aurait pu nuire à sa patrie. Si l'on eût eu Botineau sur la flotte qui se rendit en Égypte, les Anglais ne seraient pas venus nous surprendre ; nous n'aurions pas perdu notre escadre devant Alexandrie, et le vainqueur de l'Italie et de l'Égypte, eût été le vainqueur de la Méditerranée ...

La perte de l'escadre de M. d'Orvillets, qui fut forcé d'obéir aux ordres qu'il avait de sortir, quoiqu'il fût en présence d'une flotte anglaise beaucoup plus considérable que la sienne, a conduit à l'art du télégraphe. Il ne serait pas sorti, s'il avait pu communiquer à la cour la position des Anglais. On sait ce qu'il en résulta, et tel fut à peu près toujours l'effet des guerres dirigées de l'intérieur des cabinets. J'ai désiré que la perte de notre escadre devant Alexandrie, nous conduit à l'art ded la "nauscopie", et j'avais présenté à l'un des cinq directeurs quelques données sur cet objet ; mais comment être écouté sur les plus grandes profondeurs de la physique par des gouvernans, quand des objets instans ne leur laissent pas le tems de s'occuper des sciences ? Il faut pour cet effet les aimer après les avoir cultivées.

Botineau avait refusé de l'argent pour sa découverte ; mais il avait demandé au gouvernement français une récompense honorifique dans la marine royale : les lois de la marine royale la lui firent refuser.

Botineau était sans connaissances ; en sorte qu'il m'a fallu rassembler, rapprocher tout ce qu'il a dit et écrit sur cet objet, pour écarter les absurdités et avoir les principes d'un art véritablement précieux pour la marine.

Cet art n'est point perdu par la mort de Botineau. Les matériaux restent. Je peux démontrer qu'avec de l'attention et de la science, on peut retrouver ce que le pur hasard avait appris à Botineau.

L'antique Égypte eut ce secret.

J'en ai parlé, il y a deux ans, au ministre" de la marine ; mais il était question d'aller chercher dans l'Inde Botineau, homme obscur, pauvre, honnête, aimant sa patrie et sans intrigue ; l'on négligea mes avis dictés par un pur zèle. L'homme mort, on va regretter sa découverte, et je désire pour l'avantage de ma patrie et de l'humanité qu'elle en recueille les matériaux.

Quand la flotte hollandaise fut battue et prise à Sardenbé par une flotte anglaise, Botineau avait prédit qu'il existait un grand nombre de vaisseaux à l'ouest du cap de Bonne-Espérance.

Botineau avait gâté sa découverte par quelques principes ridicules, qu'il employait pour ne se pas laisser deviner.
Il est digne du siècle où l'on a découvert les lois de l'électricité, où l'homme poursuit la nature physique et chimique du principe qui le vivifie ; où l'homme s'est emparé du domaine des airs, de s'emparer d'une découverte qui rivalise toutes les autres, et qui lui montre ce que ses sens ne peuvent communément apercevoir.

Puisse donc la mort de Botineau, en faisant regretter cet homme précieux, faire faire plus d'attention à sa découverte, et aux moyens propres à la rendre utile à la nation française, qui sans doute, s'en emparant la première, en tirera des avantages immenses !"

 

vaisseau z

 

Une lettre de F. Chamoulaud, datée de Paris, 29 fructidor an X, adressée au Journal des débats et des décrets, publiée le 18 septembre 1802 tente d'expliquer la découverte d'Étienne Botineau :

"Hypothèse servant à expliquer comment M. Botineau pouvoit découvrir les Vaisseaux à cent cinquante lieues.

Dans le feuilleton de ce journal, du 27 de ce mois, il a été question de M. Botineau, cet homme extraordinaire qui avoit le talent de découvrir les vaisseaux à cent cinquante lieues. L'on a paru disposé à ranger sa découverte dans la classe du magnétisme animal : je suis loin d'adopter le sentiment du rédacteur de cet article. Peut-être le système que j'ai conçu, pour expliquer le moyen qu'employoit M. Botineau, a-t-il réussi à m'ôter tout le merveilleux de sa découverte, sans rien diminuer de sa beauté et de son importance.

Ce sont mes idées sur cet objet que je vais soumettre au public, et que je lui présente seulement comme hypothétiques. Si elles ne lui paroissent pas satisfaisantes, elles auront du moins le mérite de la nouveauté et de la simplicité.

J'observerai d'abord qu'il ne m'est pas permis de douter de la vérité des résultats, en faveur de la découverte de M. Botineau : quand des faits ont eu pour eux le témoignage du brave et estimable Suffren, de l'honnête vicomte de Souillac, ancien gouverneur de l'Isle-de-France, enfin de la majeure partie des habitans de cette colonie, il y auroit de l'absurdité à ne pas vouloir y ajouter foi.

Tel fut mon raisonnement, lorsqu'au mois de décembre 1786, il me tomba entre les mains, au Bengale, où j'étois alors, un journal de l'Isle-de-France qui faisoit mention de la belle découverte de M. Botineau, et des désagrémens qu'on faisoit éprouver à cet homme intéressant.

Forcé, en conséquence, d'admettre la vérité des faits, je cherchai dans mes connoissances physiques la solution d'un problème aussi difficile.

Voici le résultat de mes réflexions :

Dans une nuit sereine, la mer, comme un miroir, est susceptible de réfléchir dans l'atmosphère des rayons de lumière, quelques foibles qu'ils soient, elle y produit, en conséquence, un clair plus ou moins fort ; mais si, dans quelque point de ce miroir, il se trouve un corps opaque un peu considérable, tel qu'un vaisseau, par exemple, alors il formera une ombre dans ce clair qui règne dans l'atmosphère, et qui est produit par la réflexion de la mer. M. Botineau aura su distinguer ce point obscur dans cette clarté, par le secours de ses yeux, ou plutôt d'une lunette acromatique. Cependant, ce ne pouvoit être que jusqu'à une certaine distance qui alloit pour lui jusqu'à cent cinquante lieues d'éloignement du navire ; mais on sent que la terre étant ronde, et le point visuel formant une ligne droite, l'espace de son oeil au point obscur devoit se trouver moins considérable. Cette distance auroit pu s'étendre plus loin, sans doute, avec de meilleurs instrumens. Le point d'obscurité lui paroissoit plus ou moins gros, en raison de la grandeur du vaisseau : une longue habitude et un grand exercice auront pu seuls lui faire juger de leur éloignement et de leur grosseur, au moyen des différents degrés d'étendue du point d'obscurité. Ainsi, qu'on ne pense pas que toute personne soit capable d'apprécier sur-le-champ ces objets. Autant d'ombres _il apercevoit, autant il comptoit de vaisseaux : si l'ombre étoit continue, alors il jugeoit que c'étoit une terre. C'est ainsi, suivant moi, qu'il a pu annoncer, dans son voyage pour France, vingt-sept vaisseaux et trois terres, comme l'ont attesté tous ceux qui se sont trouvés avec lui sur le même bâtiment.

D'après une pareille explication, il est aisé d'apercevoir pourquoi il a échoué dans l'examen que lui a fait subir au Havre, la ci-devant Académie des Sciences. Les nuits obscures et nébuleuses, presque continuelles dans ces parages, aussi bien que les tempêtes, devoient être tout-à-fait contraires à sa découvertes ; mais en pleine mer, à quelque distance de ce continent et au-delà des tropiques, les nuits jouissant constamment de la plus grande sérénité, ses indications se trouvoient toujours justes.

En admettant mon hypothèse, on voit que cette découverte, qui paroît d'abord incroyable, devient très sensible, et est fondée sur un effet physique, ainsi que M. Botineau le déclaroit. J'engage donc les savans et les marins de toutes les nations, qui iront dans les belles mers et au-delà des tropiques, à soumettre ce système a une longue expérience : j'offre, s'il est nécessaire, d'entrer avec eux dans le plus grands détails sur la manière dont j'imagine que M. Botineau se sera familiarisé avec son espèce de prophétie ; mais je dois les prévenir qu'ils ont besoin de s'armer de patience, s'ils veulent compter sur quelque succès.

J'ai cru utile de publier ce système, parce qu'il pourra donner lieu à des recherches précieuses : heureux si je pouvois par-là contribuer à recréer une découverte aussi intéressante pour la marine, et qu'il paroît que son auteur, digne d'un meilleur sort, a voulu enfermer avec lui dans sa tombe."

 

ICI un article très détaillé sur les travaux de Botineau sur la Nauscopie par M. Delauney, lieutenant-colonel d'artillerie de marine - 1897.

 

Galerie Historique des Contemporains ou Nouvelle Biographie - tome premier - 1817

AD49 - Registres paroissiaux de Champtoceaux

Journal La Décade philosophique, littéraire et politique - juillet 1802

Journal des débats et des décrets - 18 septembre 1802