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ADRESSE DE LA COMMUNE D'ORGEVILLE :

La commune d'Orgeville, canton de Pacy, district d'Évreux, département de l'Eure, à la Convention nationale.

"Représentants,
Et nous aussi, je voulons bien mériter de la patrie ; c'est lui rendre service que de la purger des mauvaises bêtes qui l'empoisonnent. J'en avons une dans not'commune d'une espèce bien dangereuse ; ça vous tourmente le pauvre monde de toutes les manières ; ça fait enrager les vivans, ça s'acharne jusques sur leurs cadavres. Si y a des diables dans l'enfer, comme je le croyons bien, c'tila s'en est échappé pour notre malheur à tretous ; il a pourtant face humaine, mais le coeur d'un vrai démon, et l'âme aussi noire que sa souguenille ; c't' animal-là s'appelle un curai, ou bien M. Flichy. Eh bien ! je vous déclarons que je ne voulons pas de ce M. Flichy, ni de son eau bénite ; il y a trop long-temps qu'il nous fait croire que des vessies sont des lanternes ; qu'il aille conter à d'autres ses fariboles, et qu'il nous tourne les talons grand train. Mais comme il ne veut pas nous croire, je vous prions, législateurs, de vouloir bien li signifier ça de notre part, par un petit bout de décret ; ça fait douze bons cents francs dont je faisons cadeau à la République, et c'est douze cent mille fois plus qu'il ne vaut. Je vous enverrions bien le calice et le ciboire ; mais excusez, c'est que depuis qu'il est dans not'commune ça nous a été volé. Adieu nos braves législateurs ; tenez ferme, vous y faites merveilles ; je vous soutiendrons, et ça ira, ou le diable nous emportera tous.
Salut et fraternité".
Suivent 18 signatures

EXTRAIT DES DÉLIBÉRATIONS DE LA COMMUNE D'ORGEVILLE

Du onzième jour de novembre mil sept cent quatre-vingt-treize, et le deuxième de la République une et indivisible.

Nous, [Thomas Corneille], maire, officiers municipaux et notables, composant le conseil général, et les habitants de la commune d'Orgeville assemblés,
Le Procureur de la commune a dit :
"Citoyens,
Les mauvais procédés, les noirceurs et les méchancetés du sieur Flichy, notre curé, nous ont déterminés à le dénoncer dans une adresse à la Convention nationale en date du 8 septembre dernier, et à demander son remplacement par un homme plus vertueux.
Nous voyons malheureusement qu'il n'existe pas de prêtre vertueux, et quoique nous n'ayons pas à craindre d'en trouver un aussi méchant que le sieur Flichy, nous pourrions cependant n'en pas rencontrer un aussi bon que nous le désirons.
Pour ne pas tomber dans de nouveaux inconvénients, je crois que nous ferons mieux de nous en passer tout à fait. Ceux qui voudront aller à l'office divin pourront y aller s'ils le veulent dans les communes voisines.
Je demande donc que l'assemblée veuille bien délibérer sur cet objet."


ADRESSE DE LA COMMUNE D'ORGEVILLE, DÉPARTEMENT DE L'EURE

COMPTE RENDU du Bulletin de la Convention - second supplément au Bulletin du 3 frimaire an II (samedi 23 novembre 1793).

La commune d'Orgeville, canton de Pacy, district d'Evreux, département de l'Eure, à la Convention nationale.

"Justice nos bons législateurs, vous nous l'avez déjà rendue ; j'venons de voir dans le Bulletin comme vous avez reçu not'pétition des vérités que j'vous avons dites sur le compte d'not hipocrite d'curai Flichi ; c'est trop d'honneur pour nous que d'faire mention honorable de c'que nous vous demandons ; mais ça prouve qu'vous aimais la véritai toute crue et toute franche : eh ben ! j'allons encore vous la dire. Vous ne croyais pas que cte vilaine bête dont j'vous avons parlé, trouve des protecteurs ; et dans qui ? dans un président du comité d'Evreux. V'là-t-il pas que le président s'donne des airs d'écrire à not comité mai dam ! sur un ten... Vraiment, c'monsieur-là prend des petits airs de despote ; j'avons, ma foy, cru d'abord que le roy Buzot étoit ressuscitai, car il nous parle comm' les roys parloient à leux esclaves. Il est bon de vou dire qu'j'avons itou un comitai d'surveillance qui va remouver les aristocrates, les fédéralistes, et tous les animaux de ce poil là, dam faut voir. Vla-t-il pas que ct'animal de Flichi a eu peur que juli serrions les pouces ; il a été trouvai et Hultot qui é'dit président du comité du département de l"Eure ; il y a assurément fait cent menteries sur not commune, et pis monseigneur Hultot nous écrit que j'sommes ben ardis d'avoir fait un comité sans sa permission, et que j'ne nous avisions de faire arrêter personne sans y en demander avis. Note, que not commune est à trois lieues et demie d'Évreux : et que j'n'avons rien à demeler avec celle d'Évreux ; es que ça s'rait encore comme par le passai, que les gros mangions les petits ! et que j'avons pas les mêmes droits tretous ? es que j'avons controlai M. Hultot dans ses opérations ? le bon guieu sai comment. Et pourquoi ce M. Hultot s'donne les airs d'nous menacer comme si nous étions de la canaille ? Ah ! mais dam, j'vous disons franchement que la moutarde nous monte au nez, et qu'il faut que ça finisse ; j'somme d'bons San-culottes campagnard, mais, entendai-vous, j'avons nos comité suivant la loi, j'en voulons jouir, et n'entendons pas qu'Hultot met son nai dans nos affaires. On dit com' ça qu'el Flichy, not ci-devant curai, est son parent ; eh ben ! il est diablement encanayai ; j'li en faisons not compliment ; mais in'faut pas moins qu'il déloge de cheux nous, ou on li ficheroit le tour. Quand il sera sorti d'sa tannière, j'somme ben d'avis, pour la purifier, d'an faire not maison commune, comité d'surveillance et assemblée populaire ; j'l'avons bâtie d'nos degniers, c'est ben juste que j'en jouissions ; j'croyons ben que vous n'nous refuserais pas ça. C'est pourquoi qu'j'vous l'demandons. Aguieu, bon législateurs ; Guieu confonde vos ainnemis, qui sont les nôtres. Dites, j'vous prions, à M. Hultot, président du comité d'Évreux, qu'il ait la bontai d'nous laisser les maîtres cheux nous et de n'pas s'déclarer l'protecteur dais coquins et dais hypocrites.

J'vous demandons l'Bultin, com'vous l'envoyez aux autres assemblées populaires : adressé au comité d'surveillance d'la commeune d'Orgeville, par Pacy-sur-Eure."

 

Archives parlementaire de 1787 à 1860 - Convention nationale - 23 brumaire an II - 13 novembre 1793

 

C'est en octobre 1791 que l'abbé Flichy est arrivé en la paroisse d'Orgeville ; jusqu'à ce moment, c'était l'abbé Pierre-Joseph Duvieux qui officiait et cela depuis juillet 1778.

Flichy signature z