L'AFFAIRE DE VARAIZE

VARAIZE EGLISE Z


Varaize connaît à la fin du XVIIIe siècle la domination dure et rigoureuse de la veuve du comte Amelot  ; elle est secondée par son régisseur Latierce, fidèle défenseur de ses intérêts et qui devient maire de la commune an 1790. Les paysans de Varaize vont trouver dans leur lutte contre les droits seigneuriaux très active de la région angérienne, un allié de poids avec l'avocat Laplanche qui s'installe cette année dans la commune. Ce dernier, mêlé à plusieurs affaires de contestation anti-seigneuriale, rédacteur de plusieurs pétitions, se trouve pousser à la tête du mouvement anti-seigneurial.

L'affaire éclate en octobre, après la messe, avec la lecture d'une requête rédigée par Laplanche à la demande des paysans. Ils y protestent contre les exactions du seigneur et décident de ne plus payer aucun droit tant que la comtesse n'aurait pas montré ses titres primitifs. Dans l'attroupement qui suit, le maire, Pierre-Nicolas-Joseph Latierce, est violemment pris à partie, incident somme toute assez banal.

Tout dérape avec l'arrestation de l'avocat Laplanche, dénoncé par Latierce  comme le meneur du mouvement. L'huissier et les soldats venus l'arrêter perdent leur sang froid ; la fusillade éclate tuant trois femmes et un homme sans compter de nombreux blessés. En quelques heures, toutes les communes environnantes, une trentaine, se mettent sous les armes au son du tocsin et accourent à Varaize. La solidarité villageoise joue ici à plein.

varaize carte z

Cet évènement du 21 octobre mettait Latierce dans une facheuse position. Il ne se faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, car c'était lui qu'on accusait d'avoir dénoncé Laplanche et qu'on rendait responsable du sang répandu. Il cherchait à se réfugier à Saint-Jean-d'Angély et, afin de dissimuler sa fuite, il marchait dans le lit même de la rivière, dont les bords, à cette époque, étaient plantés de haies, derrière lesquelles le fugitif espérait se cacher. Mais arrivé au Pont-Achard, il fut rencontré par des habitants de Fontenet, qui se rendaient à Varaize, à l'appel du tocsin. Ceux-ci lui reprochèrent sa fuite dans un moment si grave et le forcèrent de retourner avec eux. Ainsi, les habitants de Fontenet, inconsciemment sans doute, allaient être la cause du premier crime commis par les révolutionnaires.

Latierce fut accueilli à Varaize par des cris de fureur. Il avait déjà la corde au cou et allait être pendu à l'aile d'un moulin à vent lorsqu'on fit remarquer qu'il était préférable d'en faire un otage et de l'échanger contre Laplanche. Latierce fut enfermé dans un toit à porcs, et dès le lendemain matin, trois délégués de la commune se rendirent à Saint-Jean-d'Angély pour réclamer la mise en liberté de Laplanche.

La municipalité de Saint-Jean, avertie par le fils de Latierce (Michel-Adélaïde-Pierre, né le 22 février 1766) du danger que courait le maire de Varaize, envoya de son côté trois de ses membres pour ramener le calme dans les esprits et demander la mise en liberté de Latierce. Mais ils étaient sans armes et sans escorte. Ils faillirent rester détenus et furent laissés libres seulement pour faire savoir que si le lendemain, à six heures du matin, Laplanche n'était pas en liberté, dix mille hommes marcheraient sur la ville.

Les insurgés arrivèrent en effet le lendemain. Ils n'étaient point dix mille, mais environ quinze cents ayant à leur tête les officiers municipaux et les curés des paroisses, forcés de marcher avec l'insurrection dont ils cherchaient à arrêter les excès. La plupart n'avaient d'autres armes que des bâtons, et à deux reprises, ce cri : "Voilà les chasseurs bretons ! ..." produisit une telle débandade, que le groupe qui gardait Latierce resta un moment isolé. Une attitude énergique pouvait en cette occasion tout sauver ; mais la municipalité de Saint-Jean-d'Angély fit preuve de la plus honteuse faiblesse ; d'ailleurs, par opposition à l'administration du District, elle favorisait secrètement l'insurrection.

La garde nationale ne fut point appelée sous les armes ; les chasseurs bretons restèrent consignés dans leur quartier ; on imposa au juge criminel l'élargissement de Laplanche. Il fut ramené en triomphe sur la place Matha, où se tenaient les insurgés ; mais, lorsqu'on réclama la remise de Latierce, la foule, qui ne connaissait aucun chef, refusa de le rendre et proféra des cris de mort. Une seule voix, celle de Laplanche, aurait eu quelque chance d'être écoutée ; il n'intervint pas et eut l'infamie de désigner lui-même Latierce aux coups des assassins. En vain les officiers municipaux prodiguaient-ils leurs déclamations patriotiques : autour de l'infortuné maire de Varaize les bâtons s'élevaient et s'abaissaient, car chacun tenait à honneur de lui porter un coup. Il était presque assommé, quand un homme généreux et intrépide, Izambard, curé de Ternant, essaya d'arracher la victime à ses bourreaux ; il charge Latierce sur ses épaules et le transporte dans une maison voisine qui malheureusement n'avait pas d'isszue. La porte est bientôt enfoncée, et, au milieu des cris sauvages, le malheureux reçoit enfin le coup de couteau qui met fin à sa longue agonie. Longtemps, son cadavre, abandonné le long d'une muraille, demeura exposé aux regards avides des enfants qui venaient le contempler. A la nuit, la municipalité le fit inhumer dans le cimetière de Saint-Eutrope. Ce triste évènement se passa le 22 octobre 1791.

La ville et ses campagnes environnantes ne sont reprises en main que par une expédition militaire de 700 hommes qui encercle les villages révoltés et arrête plus de cent suspects.

La procédure traîne jusqu'en septembre 1791 où tous les accusés bénéficient de l'amnistie proclamée à l'occasion du vote de la Constitution. La Révolution généreuse pardonne à ses paysans égarés.

 

VARAIZE LATIERCE MAIRE

 

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Le seigneur de Varaize à ce moment-là était Michel-Charles Amelot de Gournay, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes de son hôtel et président à Mortier au Parlement de Paris. Sa femme, Suzanne-Adélaïde de Belloy était à Varaize à cette époque. Latierce était leur régisseur dévoué.


Les victimes du 21 octobre 1790 furent :

- Michel Boutinet ; époux de Magdelaine Doussain ; âgé de 36 ans ; mort d'un coup de feu ;

- Marie Jonchères ; épouse de Jacques Morillon ; âgée de 36 ans ; morte d'un coup de bayonnette ;

- Louis Morin ; âgé de 37 ans ; mort le 1er novembre des suites d'un coup de fusil reçu à l'épaule gauche lors de l'émeute du 21 octobre ;

- Marie Berton, femme du précédent ; âgée de 45 ans ; épouse de Louis Morin ; morte de coups de fusil ;

- Madeleine Salmon ; âgée d'environ 45 ans ; épouse de Jean Ranson ; morte d'un coup de fusil.

VARAIZE BOUTINET

VARAIZE BERTON JONCHERE

VARAIZE SALMON MORIN

 


Histoire de la Révolution Française en Poitou - Charentes - Jacques Peret - 1988

Fontenet (990 - 1903) - notice historique par l'abbé C. Fouché - 1903

AD17 - Registres d'état-civil de Varaize et de Saint-Jean-d'Angély