Jean-Pierre Du Teil 3

JEAN-PIERRE DU TEIL, baron du Teil, seigneur de Pommiers-lès-Saint-André, de Chars, des Rousselières, et fils aîné de François II du Teil, seigneur de Beaumont et de Marguerite de Chambaran, naquit le 15 juillet 1722, au château de Pommier-de-Beaurepaire, près la Côte-Saint-André, et fut baptisé le lendemain à Châbons. Il entra comme cadet dans l'artillerie et servit à dix ans à l'armée d'Italie, de 1733 à 1735 ; à celle de Bohême, de 1741 à 1748, et à celle d'Allemagne de 1757 à 1760.

En 1747, Jean-Pierre du Teil prit part au siège de Berg-Op-Zoom ; il dirigea l'attaque de gauche dans le dernier assaut, et fut, après la prise, nommé major de la place. Il portait alors le nom d'un de ses fiefs et était appelé dans l'armée M. de Saint-André. Au commencement de cette même année, M. du Teil, un de ses parents d'une autre branche, remplaça le marquis de Puysieux comme plénipotentiaire aux conférences de Bréda.

Il assista à plus de vingt sièges et de douze batailles, et fut nommé fort jeune chevalier de Saint-Louis, en récompense de sa valeureuse conduite à la bataille d'Hasteimbeck, où son oncle Jean-Ange du Teil fut nommé colonel.

A la bataille de Crevelt, où il était capitaine, il parvint à force d'énergie et de sang-froid à ramener ses pièces, dont les attelages et les canonniers avaient été fort maltraités, et que l'ennemi menaçait d'enlever. Les mémoires du temps disent que ce fut la seule batterie d'artillerie conservée complète après la bataille qui ne fut qu'une déroute, et un des généraux de cour se fit un mérite de cette action, dont la mémoire nous est restée de tradition. Jean-Ange du Teil se fit tuer pour ne pas survivre à la défaite.

Jean-Pierre du Teil fut nommé colonel du régiment de la Fère, en 1776, maréchal de camp en 1784, puis lieutenant-général. Il avait été appelé, dès 1779, au commandement de l'école d'artillerie d'Auxonne ; c'est là qu'il eut sous ses ordres le lieutenant Bonaparte. Frappé des qualités transcendantes du jeune officier, il le distingua, et saisit toutes les occasions de le faire briller, entre autres lors d'une inspection du prince de Condé, où il fit exécuter des manoeuvres et une petite guerre qu'il lui donna à commander en passe-droit d'officiers plus anciens et plus gradés ... C'est à cette circonstance et à d'autres que se rapportait Joseph Bonaparte lorsque, à la Malmaison, il fit tous ses efforts pour décider Napoléon à ne pas faire fusiller le duc d'Enghien, et lui rappelant plusieurs occasions où il avait reçu des marques de bienveillance du prince de Condé.

L'empereur n'oublia pas l'affection et l'estime que son ancien général lui avaient montrées. On lit dans le quatrième codicille du testament de Napoléon Ier :

"Nous léguons aux fils ou petit-fils du baron du Teil, lieutenant général d'artillerie, ancien seigneur de Saint-André, qui a commandé l'école d'Auxonne avant la Révolution, la somme de cent mille francs, comme souvenir de reconnaissance pour les soins que ce brave général a pris de nous, lorsque nous étions lieutenant et capitaine sous ses ordres."

Jean-Pierre du Teil s'était fait remarquer, dès les premiers jours de la révolution, par son dévouement au principe monarchique, et par son énergie dans la répression d'insurrections militaires qui éclatèrent en Bourgogne, en 1789 et 1790. Dans l'une de ces occasions difficiles à Auxonne, en 1789, le général du Teil avait pris pour aide de camp le lieutenant Bonaparte qui lui fut très-utile.

Dans une autre occasion, des émeutiers le menaçant de mort en criant : Tuons le général, ce sera un aristocrate de moins, il leur imposa silence en disant ; Tuez-moi, ce sera un aristocrate de moins, mais vous serez douze cents misérables de plus.

Le général du Teil se refusa toujours à émigrer, malgré toutes les instances qui lui furent faites, disant que la place de la noblesse était en France à la tête de la résistance. Il fut arrêté pendant la terreur à Grenoble et conduit à Lyon pour y être jugé révolutionnairement.

Quelques mois auparavant il était en Lorraine, près de Metz, au château d'Ancy-sur-Moselle qui lui appartenait et où il avait envoyé ses filles, ce pays étant plus tranquille que le Dauphiné.

Des poursuites furent dirigées contre lui, et les sbires de la République vinrent faire une visite domiciliaire la nuit pour s'emparer de sa personne. Il eut le temps de se réfugier sur un arbre et fut sauvé par l'énergie et le sang-froid de ses filles, qui grisèrent les émissaires de la police et trouvèrent le moyen de les renvoyer. Ce fut cette nuit-là qu'elles brûlèrent ses papiers compromettants, où étaient toutes les lettres du prince de Condé, avec lequel il correspondait intimement.

Jean-Pierre 4

Moins heureux à Grenoble, où n'ayant pas voulu se mettre à l'abri dans un pays où il avait toujours dominé, il fut arrêté et conduit à Lyon.

Un seul de ses fils, Marie-Césaire du Teil, qui avait alors vingt ans, l'accompagna ou fut le rejoindre, il a souvent raconté sa dernière entrevue avec son père :

Ce fut le matin même du jour du jugement, qui devait être aussi celui de la mort. Jean-Pierre du Teil, convaincu de son sort, voulut tromper son fils jusqu'au dernier moment et l'éloigna sous différents prétextes du lieu où siégeait la commission militaire ; seulement, en l'embrassant pour la dernière fois, il lui donna sa montre en lui disant : "Césaire, je veux que tu conserves ce souvenir ; on ne sait pas ce qu'il peut arriver dans les temps où nous vivons".

 

Lyon place des Terreaux z

 

Le jugement fut prompt et l'exécution eut lieu sur la place des Terreaux, devant l'hôtel de ville, le 4 ventôse an II  (22 février 1794).

Marie-Césaire, revenant de faire les démarches que son père lui avait indiquées pour l'éloigner, entendit le feu du peloton d'exécution, feu que le général du Teil commanda lui-même.

L'émotion de Césaire fut si forte qu'il demeura comme fou pendant quelque temps, et, obligé lui-même de se cacher parce qu'il avait pris part au soulèvement du Vivarais et des Cévennes, il passa en Suisse et vint à Lausanne, où il fut recueilli par une dame suisse, qui est restée seulement connue dans les souvenirs de la famille sous le nom de tante Louise ...

Jean-Pierre blason z

Jean-Pierre, baron du Teil, avait épousé, par contrat passé à la Côte-Saint-André le 24 janvier 1750, Marie-Madeleine Fay de Peirault, fille de messire Joseph Fay de Peirault, conseiller du roi, et de Marie-Fleurie Collin de la Marche. La famille Fay de Peirault est une branche de la maison Fay de la Tour-Maubourg, venue s'établir en Dauphiné où elle fonda les branches de Peirault et de Virieu ...

Les ossements de Jean-Pierre du Teil sont à Lyon, rangés avec de beaucoup d'autres victimes, dans le caveau de la chapelle des Capucins, aux Brotteaux.

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Généalogie historique de la maison Du Teil - 1879

Photos de la crypte : Bibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTL0081 07 - CC BY-NC-ND 2.0 FR

 

Château de Pommier-de-Beaurepaire

 

L'ancien château delphinal et la seigneurie de Pommier furent vendus avec faculté de rachat à Maître Humbert de Lionne, maître à la chambre des comptes, le 28 juin 1633. Ce fut probablement un membre de cette famille qui fit construire le château de Pommier dont nous connaissons l'aspect, par une gravure ancienne. Plaque commémorative des séjours de Bonaparte : " Le Baron du Teil, Lieutenant Général des armées du Roi reçut plusieurs fois dans son château de Pommier Napoléon Bonaparte, Officier d'artillerie, qui lui rendit une dernière visite en août 1791 ".

plaque château de Pommier z

De son mariage, sont nés :


- Claude-Jean-Joseph-Pierre du Teil, né le 3 juillet 1757 ; entra dans le corps royal d'artillerie et fut nommé chevalier de Saint-Louis. Il était colonel à l'époque de la Révolution, émigra en 1791 et rejoignit l'armée des Princes où il servit en qualité d'aide de camp du commandeur de Buffévent, maréchal de camp, cousin germain de son père.
A l'époque du siège de Lyon, il rentra en France pour se jeter dans cette place, fit fortifier les hauteurs qui dominent la Saône, et contribua efficacement à la longue et glorieuse défense de cette ville. Lyon s'étant rendu, sa tête fut mise à prix ; il courut les plus grands dangers avant de pouvoir atteindre la frontière et se réfugier en Suisse.
Sa femme, Angèle de Berbis, arrêtée à Pontarlier où elle passait pour aller rejoindre son mari, fut traduite devant le tribunal révolutionnaire de Besançon, puis devant celui de Paris. Elle périt sur l'échafaud avec sa femme de chambre, qui, n'ayant pas voulu la quitter, paya de sa vie son dévouement.
Le colonel du Teil se trouvait à Marseille lors des soulèvements fédéraux royalistes de 1795, car Fréron, dans ses Mémoires, aux pièces justificatives, page 134, dit qu'il fut reconnu comme l'un des chefs de la Compagnie de Jésus, qui ordonna et prit part au massacre des terroristes emprisonnés au fort Saint-Jean. C'était à la même époque où M. de Mévouillon commandait les fédéraux royalistes de Manosque et de Sisteron, et le marquis de Lestang ceux de Saint-Paul-Trois-Châteaux et de Montélimar ; ce dernier était le principal chef, et Fréron l'appelle le Charette de ces contrées, Dauphiné, Comtat et Provence.
Le baron du Teil revint, après la fin de ces soulèvements sanglants, vivre à son château de Pommiers, où il mourut après 1820 ; les terres et le château furent alors vendus pour faire face aux exigences de sa succession ... ;


- Jean-Michel du Teil, né le 16 septembre 1759 ; capitaine au régiment de Saintonge, infanterie, servit d'abord dans les guerres d'Amérique. Il émigra en 1791 et entra dans le corps des gentilshommes dauphinois, à cheval, sous les ordres du duc de Bourbon. Il passa ensuite dans l'armée de Condé et périt glorieusement au combat de Bertsheim, près de Hagueneau, en Alsace, le 22 décembre 1793. Il était sans alliance ;


- Jean-Augustin du Teil, né le 19 novembre 1760, officier au régiment de Lorraine, infanterie, mort en 1788.


- Alexandrine du Teil, mariée à N. de Patris de Congousse, gentilhomme du Rouergue, capitaine au corps du génie, chevalier de la Légion d'honneur, tué au siège de Tarragone pendant la guerre d'Espagne, en 1810 ou 1811 ; Alexandrine, après la mort de son mari, se retira à Metz auprès de son oncle, le général Jean du Teil, et de son frère Marie-Césaire. Lors du passage de Napoléon à Metz, avant l'ouverture de la campagne de Russie, Mme de Patris, voulant obtenir une pension, chercha à s'approcher de l'empereur ; elle était fort petite et il lui était d'autant plus difficile de s'ouvrir un chemin à travers les grosses épaulettes et les personnages qui formaient l'entourage. Enfin son insistance fit sensation et elle put aborder l'empereur, qui lui dit : "Comment ! c'est vous, ma petite Alexandrine, que j'ai fait si souvent danser sur mes genoux, qu'on ne voulait pas laisser approcher de moi !" Puis il lui demanda ce qu'elle voulait et lui promit de le faire. Le brevet de sa pension fut signé de Moscou, et elle en a joui jusque bien après 1864, époque de sa mort, à Metz, à quatre-vingt-sept ans. Elle avait une fille, Eugénie de Patris, morte à Metz vers 1870.
Alexandrine a souvent raconté la dernière entrevue de son père avec Napoléon : ce fut au château de Pommiers ; Bonaparte se rendait alors au siège de Toulon ; ils passèrent deux jours ensemble, enfermés avec des cartes et ne s'occupant que des moyens de reprendre la place sur les Anglais.


- MARIE-CÉSAIRE DU TEIL, quatrième fils de Jean-Pierre, baron du Teil, et de Madeleine Fay de Peirault, naquit au château de Pommier le 8 décembre 1773.

Il entra au service comme officier d'artillerie le 28 mars 1788, émigra en 1791, fit la campagne des Princes dans les gardes d'Artois, cavalerie, puis servit dans l'armée de Condé.

Il revint en France plusieurs fois pendant la Terreur et fut arrêté à Lyon après la mort tragique de son père, mais il parvint à s'évader. Chargé par les Princes de missions importantes, il rentra de nouveau dans sa patrie et se jeta dans les montagnes du Vivarais avec plusieurs gentilshommes de ses amis, entre autres M. de Berbis, beau-frère de son frère aîné.

Voici quelques épisodes racontés par lui-même à ses petits-fils l'année avant sa mort (1841) pendant les soirées d'hiver, dans le bourg de Pont-en-Royans, en Dauphiné.

Pendant la révolte du Vivarais, Marie-Césaire se jeta dans la montagne entre Aubenas, Pradelles, le Puy, Privas et Annonay. Les villages de Burzet, Entraigues, Montpezat et Mezillac furent pris et repris plusieurs fois par les troupes républicaines et les montagnards royalistes, et, au dire des témoins oculaires, ces combats étaient, comme ceux de la Vendée, sans merci ni pitié ; des surprises continuelles, des exécutions sommaires, enfin la guerre de partisans avec toutes ses péripéties.

Marie-Césaire convenait que, en suivant le précepte : "Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne nous tue", les montagnards ne faisaient pas de quartier ...

Ne pouvant faire une plus longue résistance, les montagnards se débandèrent et les chefs furent obligés de chercher une retraite.

Marie-Césaire gagna la Loire par les montagnes et s'embarqua sur un bateau rempli de passagers. Parmi ceux-ci se trouvait un sous-officier de l'armée qui se faisait remarquer par ses propos incendiaires et ses diatribes contre les aristocrates et les prêtres ; il proférait de si terribles menaces que Marie-Césaire l'évitait autant que possible ; mais le sous-officier s'y prit de telle façon qu'il finit par l'aborder en tête-à-tête et lui dit à brûle-pourpoint : "Vous êtes un ci-devant et un officier, taisez-vous et soyez tranquille, je vous sauverai : vous avez des papiers faux et vous serez arrêté à la première ville ; voilà une feuille de route du régiment, qui vous mettra en règle. Si je fais l'énergumène, c'est pour rendre service."

Une autre fois, voulant rentrer à Metz avec son frère aîné, arrivant à cheval d'Allemagne, il lui donna le conseil de descendre et d'entrer comme un promeneur dans la ville ; puis lui-même, montant un bon cheval et conduisant l'autre en main, sut si bien se servir de l'éperon, que la sentinelle ne voyait pas "que le cheval pointât, caracolât et se défendit comme un furieux" ; la foule s'assembla, et, tout en ne paraissant pas maître de sa monture, il lui fit passer peu à peu porte et pont-levis et entra en amusant la curiosité du public et toujours criant aux gardes qu'il ne pouvait maîtriser son cheval et qu'il lui était impossible d'arrêter pour faire voir ses papiers.

Il courut aussi danger de la vie dans le bourg de Tullins, près Pommiers, en Dauphiné ; là il était connu et arrêté comme noble et aristocrate, pendant qu'on le conduisait en prison ; la foule l'entourait, et un cordonnier entre autres l'apporchait pour lui planter son tranchet dans le corps. Marie-Césaire, voulant au moins en tuer un ou deux avant de succomber, chercha à sortir ses pistolets ; un autre des assistants vit le mouvement et se précipita sur lui en disant à voix basse : "Vous voyez bien que si vous faites un signe de résistance vous serez écharpé" ; il contribua à le pousser plus vite à la prison. Une fois enfermé, la foule vociféra encore. La nuit venue, chacun rentra chez soi, et le maire, profitant du calme relatif, amena lui-même un cheval et laissa s'échapper Marie-Césaire du Teil.

Rayé plus tard de la liste des émigrés, Marie-Césaire, qui avait besoin d'une position, alla trouver Bonaparte pour lui demander de l'aider. "César, lui dit celui-ci, je sens que je ferai mon chemin et je vous conseille de vous attacher à ma fortune en reprenant du service". Mais, voyant sa répugnance à servir activement un gouvernement dont les principes avaient fait périr ou dispersé toute sa famille, il n'insista pas et le fit nommer inspecteur des forêts.

Marie-Césaire revint habiter le château d'Ancy, près Metz, qui avait appartenu à son père et qui était encore une propriété de sa famille. Il y épousa Marie-Thérèse de Waïde, veuve de messire de Verpy, écuyer, seigneur de Saulny, officier au régiment de Saintonge.

Louis XVIII octroya à Césaire du Teil des lettres patentes du titre héréditaire de baron que portait déjà sa branche ; elles furent enregistrées à la cour royale de Metz le 12 mai 1820.

Le baron du Teil fut inspecteur général, puis administrateur général des eaux et forêts de France ; il avait été b'reveté par le roi chef de bataillon d'artillerie et nommé plus tard officier de la Légion d'honneur, étant déjà chevalier de Saint-Louis.

Il fut chargé trois fois par le roi de présider le collège électoral de Thionville, qui lui conféra son mandat. A la Chambre des députés, où il siégea jusqu'en 1830, il se fit remarquer par son dévouement à la monarchie et prononça plusieurs discours remarquables sur l'organisation de l'administration et l'aménagement des forêts.

Charles X lui témoigna en plusieurs occasions une bienveillance toute particulière. A la mort du conseiller d'Etat, directeur général des eaux et forêts, il fut chargé par intérim de ces fonctions importantes. Déjà il était désigné par l'opinion publique pour le remplacer, lorsqu'une combinaison ministérielle amena un autre choix, mais la raison vraie est qu'il avait refusé de faire partie de la Congrégation.

Marie-Césaire du Teil mourut le 18 décembre 1842, laissant quatre enfants :

- Joseph-Henri-Césaire
- Anne-Henriette-Aimée du Teil, mariée à Charles-César du Teil, son cousin germain ;
- Eulalie du Teil, mariée à Antoine-Dominique-Eugène de Lanti
- Louise du Teil, morte à Toulouse au couvent des Dames Auxiliatrices, le 10 octobre 1876.

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