UN DESCENDANT DE CALAS ET LA COMMUNE AFFRANCHIE DE LYON

LYON 3 Z


Un jeune homme s'était distingué entre tous par sa valeur au siège de Lyon.

Chargé d'un commandement dans l'armée insurrectionnelle, il avait toujours couru, en tête des siens, au poste le plus périlleux ; plus d'une fois il avait été blessé, et à peine prenait-il le temps de faire panser ses blessures pour retourner au combat.

Aussi, après la prise de la ville, fut-il signalé l'un des premiers à la vengeance nationale. Il parvint à se cacher quelque temps ; mais enfin il fut découvert et traduit devant la commission temporaire.

Il y parut avec une noble assurance et reçut, à bout portant et sans s'émouvoir le moins du monde, la bordée d'injures que lui lança le président Parrein, en forme d'exorde ; puis vint la première question d'usage :

- Ton nom ?
- Calas.
- Calas, dis-tu ?
- Oui.
- Es-tu de la famille de l'infortuné Calas que les bourreaux fanatiques du parlement de Toulouse ont condamné à être rompu vif ?
- Je suis l'un de ses petits-fils, et en voici la preuve.

Et ici Calas lui présente son acte de naissance avec les papiers qui établissent sa filiation.

Parrein, après les avoir parcourus, les lui rend en disant : "Cela est vrai. Va-t'en donc et sois libre, ton aïeul t'a sauvé."

(Souvenirs Thermidoriens par G. Duval, t. II, p.196, 197)
La Révolution française, revue historique - Juillet 1881

CALAS Portrait z


Toute l'Europe est instruite du fort déplorable cas de Jean Calas. Par arrêt du Parlement de Toulouse du 9 mars 1762, cet infortuné père a été condamné au supplice de la roue, comme atteint & convaincu du crime d'homicide sur la personne de Marc-Antoine Calas, son fils aîné. Il a été exécuté, & jusqu'au dernier soupir, il n'a cessé de protester de son innocence.

"Le sieur Calas, père, est âgé de 67 ans, né à la Cabarede, au diocèse de Castres, il est établi dans cette ville depuis environ 40 ans, et il y a vécu avec honneur.

Il contracta mariage dans le mois d'octobre 1731 avec la demoiselle de Cabibel, née de parens réfugiés en Angleterre.

La Demoiselle Cabibel est issue, par son aïeule maternelle, de la maison de Lagarde de Montesquieu ; ainsi elle a l'honneur d'appartenir à une partie de la noblesse la plus distinguée de cette province. Elle est cousine, remuée de germains, du marquis de Montesquieu d'aujourd'hui & des Seigneur de Polastron-Lahillère ; & nièce à la mode de Bretagne de la Dame de Marsillas, dont l'époux est mort Brigadier des Armées du Roi, des sieurs de Saint-Amans, dont l'un est Capitaine de Grenadiers du Régiment de Lorraine, des sieurs de Riols Desmazier, du sieur Descalibert, ancien Capitaine, Chevalier de Saint-Louis. Enfin toute la parenté illustre de la maison de Montesquieu est celle de la Demoiselle Calas. Elle n'a pas appris l'art funeste du parricide dans ce sang si noble & si pur.

Le mariage des Sieur & Demoiselle Calas a été béni de la naissance de six enfants, deux filles, Anne et Anne-Rose & quatre garçons. MARC-ANTOINE CALAS, dont la fin tragique fait le malheur de sa famille ; LOUIS CALAS qui a embrassé la Religion Catholique ; PIERRE CALAS qui est dans les fers, & LOUIS-DONAT CALAS, qui est dans le commerce, à Nîmes.

Pendant que le sieur Gaubert Lavaysse étoit à Toulouse, il avoit des liaisons avec les sieurs & Demoiselles Calas ; il étoit lié surtout avec MARC-ANTOINE CALAS.

Le sieur Lavaysse, arrivé de Bordeaux à Toulouse le 12 octobre, va rendre le soir même au sieur Cazeing des Lettres dont il étoit chargé, dans le dessein de partir le lendemain pour aller joindre sa famille à la campagne : le sieur Cazeing le pria d'accepter chez lui un souper & un lit.

Le sieur Lavaysse chercha le lendemain des chevaux pour aller joindre sa famille à la campagne, & n'en trouva pas. Passant dans l'après-midi devant la boutique des sieurs Calas, il y voit des Demoiselles de Caraman ; il entra pour les saluer, & le sieur Calas lui fit promettre de souper ce soir avec sa famille.

Pierre Calas lui offroit de se joindre à lui pour lui procurer un cheval pour le lendemain ; des personnes qui vinrent achetter des marchandises, suspendirent quelque temps leur sortie ; ils sortent vers cinq heures, rentrent vers sept heures un quart, l'on se mit à table.

MARC-ANTOINE CALAS quitta la table le premier ; il étoit dans l'usage de sortir l'après-souper pour aller jouer au billard : il passa un instant à la cuisine & descendit.

Lorsque le sieur Lavaysse voulut se retirer vers neuf heures & demie, PIERRE CALAS prit un flambeau pour l'accompagner ; ils voient ouverte la porte de la boutique, & MARC-ANTOINE CALAS pendu entre les deux battans de la porte, qui conduit de la boutique. Ils se précipitent dans le courroir & volent dans l'escalier, appelant le père à grands cris.

Le sieur Lavaysse arrête la mère qui se présentoit sur l'escalier. Ce spectacle n'atoit pas fait pour elle. Il vole ensuite chez le Chirurgien ; delà il court appeler le sieur Cazeing pour venir consoler avec lui ces infortunés.

La mère n'étant plus arrêtée n'avoit point tardée à descendre. Quelles douleurs, quels cris, quelles plaintes ! D'un côté le voisinage accourut, de l'autre les Capitouls furent mandés.

Les sieurs Calas père & fils, le sieur Lavaysse qui étoit rentré, & la Servante de la maison furent emmenés à l'Hôtel-de-Ville ; ils crurent, & ils avoient lieu de le croire, que c'étoit simplement pour tirer d'eux les circonstances de cette funeste aventure.

Il faut apprendre au public ce que c'est que cette Servante : une vieille fille servant depuis trente ans dans la maison, qui en a vu naître tous les enfants : Catholique zélée & d'une piété édifiante, qui approchoit du Sacrement de la Pénitence une fois la semaine, & de la Sainte Table deux fois ; qui avoit communié trois jours avant ce malheur.

Le procès-verbal de cette descente a été dressé, dit-on, dans l'Hôtel-de-Ville ; & un Rapport de deux médecins & de deux Chirurgiens que les Capitouls avoient mandés, a été dressé de même dans leurs maisons.

Les Capitouls firent une seconde descente à la maison trois jours après : & Maître Lamarque, Chirurgien, fut employé le 15, pour faire l'ouverture du Cadavre, & vérifier les alimens qui se trouveroient dans l'estomac.

Ce qui a suivi est assez connu ..."

Au terme d’une enquête expéditive, les juges, convaincus par les témoignages des voisins selon lesquels son fils souhaitait se convertir au catholicisme contre l’avis de son père, condamnèrent Jean Calas au supplice de la roue.

3 ans plus tard, le 9 mars 1765, Jean Calas et sa famille seront réhabilités, grâce à la pugnacité de Voltaire.

"Les Calas étaient tous innocents ; cela est démontré, mais ils s'étaient contredits ; ils avaient été assez imbéciles pour vouloir sauver d'abord le prétendu honneur de Marc-Antoine leur fils et pour dire qu'il était mort d'apoplexie lorsqu'il est évident qu'il s'était défait lui-même. C'est une aventure abominable, mais on ne peut reprocher aux juges que d'avoir trop cru aux apparences". Voltaire, 1769

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Pour adoucir le sort des Calas, on couvrit la charité du voile d'une souscription populaire : un dessin de Carmontelle représentant la famille Calas à la Conciergerie fut gravé par La Fosse et mis en vente. Plus d'un grand seigneur paya de cinquante louis cette gravure cotée à 6 livres. Voltaire en avait une au chevet de son lit.

A la mort de Voltaire, la veuve Calas et ses deux filles accompagnèrent le cercueil au Panthéon.

CALAS ZZZ

Cette famille Calas allait s'éteindre : Pierre et Donat moururent les premiers ... Nanette, l'amie des Visitandines, mariée avec un pasteur protestant, n'est morte qu'en 1820. Louis passa en Angleterre et Lavaysse mourut à Lorient en 1786.

La Révolution réveilla en France le souvenir des Calas.

Au mois de Brumaire de l'an II, la Convention réhabilita leur mémoire, et LOUIS CALAS et ses deux soeurs se présentèrent à sa barre pour la remercier. Louis Calas sollicita même des secours d'argent : la Convention se borna à décréter que la nation prendrait à sa charge les dettes du père. Louis était devenu Jacobin, c'est Barère qui le disait ainsi à la tribune : "Vous devez réhabiliter la mémoire de Calas dont un rejeton se fait remarquer aux Jacobins par la pureté de son patriotisme".

A la séance du 25 pluviôse, la Convention, en mettant à la charge de la nation les dettes de Jean Calas, décréta aussi qu'il serait élevé sur la place Saint-Georges de Toulouse, une colonne en marbre avec cette inscription : "La Convention nationale à la nature, à l'amour paternel, à Calas victime du fanatisme."

Le marbre devait être "arraché au fanatisme par la raison dans les églises supprimées du département."

La place devait prendre aussitôt le nom de place Calas.

Cette colonne n'a jamais été élevée et la place Saint-Georges a gardé son nom.

 

- Mémoire à consulter pour les enfans de défunt Jean Calas, marchand à Toulouse - 1765
- Mémoire pour le sieur Jean Calas, négociant de cette ville ; Dame Anne-Rose Cabibel son épouse ; & le sieur Jean-Pierre Calas un de leurs enfants