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Le baron de Vitrolles, Eugène-François-Auguste, était né le 11 août 1774 (baptisé le 12), au château de Vitrolles, dans un repli des Alpes les plus abruptes. Il était le fils d'un conseiller au Parlement d'Aix, et suivant la marche normale des évènements, il devait être destiné à remplacer son père dans la charge que remplissait celui-ci ... Son éducation paraît avoir été empreinte d'une certaine austérité, à peine tempérée par la bonté solide de sa mère, née de Pina, d'une excellente famille du Dauphiné.

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Il ébaucha ses études au collège de Monistrol, près du Puy, sous la direction générale de son oncle, l'abbé de Pina, vicaire général du diocèse, et sous la férule effective d'un pédagogue alors célèbre, l'abbé Proyart.

Rarement deux influences plus contradictoires vinrent-elles s'affronter dans une même éducation.

L'abbé de Pina était le type achevé d'un de ces prélats fins et courtois de l'ancien régime, dont la piété n'avait rien de sévère, et qui trouvaient le moyen de concilier les douceurs d'une vie assez mondaine avec les convenances d'une profession dont les austérités s'atténuaient pour eux. L'abbé Proyart (1), au contraire, était le modèle du cuistre intransigeant, et sa rigidité excessive ne paraît pas avoir laissé des souvenirs bien attrayants à son ancien élève, qui préférait de beaucoup la tutelle bienveillante et latitudinaire de son oncle. En 1789, l'oncle et le neveu allèrent en Suisse, près de Lausanne, rejoindre le reste de la famille qui avait jugé à propos d'aller y faire un court séjour en attendant les évènements que semblait annoncer la réunion des États-Généraux.

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Ce fut là que, brusquement, au cours de sa seizième année, le jeune de Vitrolles se trouva face à face avec la Révolution, et devint, sans le savoir, et sans l'avoir positivement voulu, du moins au début, l'un des membres de ce flot d'émigrés qui coula hors des frontières de France, et pendant une dizaine d'années se répandit sur toute les nations de l'Europe. Il n'eut pas, en réalité, à choisir son orientation. D'une part, ses traditions familiales, ses relations, sa discipline morale, toutes ses tendances naturelles, le portaient invinciblement à prendre parti du côté de la royauté menacée ; et d'autre part, aucune influence contraire ne se trouvant à portée de combattre ses sentiments, la gêne commençant aussi à faire sentir sa pointe aiguë parmi les Français hors de France, il dut chercher bientôt où il pourrait le mieux servir la cause à laquelle l'attachait un dévouement si naturel. Et comme dans notre pays, à tous les degrés et en tout temps, la jeunesse a le sang chaud, que la noblesse, en particulier, a toujours professé le culte de la carrière des armes, M. de Vitrolles eut tôt fait de troquer ses espérances parlementaires - d'ailleurs fort compromises déjà, - contre l'habit bleu fleurdelysé du corps de Bussy, qui portait fièrement le nom de Chevaliers de la Couronne. Il fit les campagnes de 1792 à 1794.

En mars 1800, il arrivait à Paris. Il y demeura quelque temps, puis reprit le chemin de Vitrolles où il se fixa, tout en conservant de fréquents contacts avec la capitale. Il ne tarda pas à être désigné comme maire de sa commune et conseiller général du département des Hautes-Alpes. Peu à peu, Bonaparte se transformait en Napoléon. M. de Vitrolles, fidèle à ses anciens maîtres, n'en fut point ébloui. Une ironique intrigue de bureaux fit un jour de lui un inspecteur des bergeries impériales. Il n'y avait là ni de quoi le séduire, ni de quoi l'attacher.

En 1813, prévoyant la chute de l'Empereur, il vint à Paris pour conférer avec les royalistes, et se rendit de lui-même au congrès de Châtillon [sur Seine], en février 1814, pour y servir la cause des Bourbons. Il suivit le quartier-général des coalisés, et conféra plusieurs fois avec les ministres étrangers. Ses amis ont assuré qu'il a beaucoup contribué à déterminer l'empereur Alexandre à rompre toute négociation avec la famille de Napoléon. Il fut envoyé au comte d'Artois, à Nancy, pour lui annoncer la décision des puissances étrangères, et retourna au quartier-général muni de pleins pouvoirs délivrés par ce prince. Arrêté en route par les troupes impériales, il parvint à s'échapper, et rentra dans Paris, occupé depuis peu de temps par les étrangers.

Monsieur, à son entrée dans la capitale, le nomma secrétaire d'Etat provisoire, et Louis XVIII le confirma dans ses fonctions. Il est le seul qui ait contre-signé la déclaration de Saint-Ouen et les premiers actes du nouveau gouvernement, jusqu'au mois de mars 1815.

Au retour de Napoléon, il conseilla au roi de se défendre dans Paris, ou de se retirer dans le midi, et il fut envoyé dans cette contrée pour arrêter la marche de l'Empereur. Il tenta inutilement d'organiser à Toulouse un centre de gouvernement royal, et y fut arrêté le 14 avril. Waterloo le rendit à la liberté, et il rentra au conseil du roi comme ministre d'Etat et secrétaire des conseils.

Le département des Basses-Alpes l'envoya à la chambre de 1815, où il chercha à calmer l'effervescence des ultra-royalistes. Il publia dans cette circonstance sa brochure "Du ministère dans un gouvernement représentatif". La place de secrétaire des conseils fut supprimée en août 1817 ; dès la fin de 1815, elle ne conférait plus le droit d'entrer au conseil des ministres.

Enfin, M. de Vitrolles fut rayé de la liste des ministres d'État, par une ordonnance royale du 24 juillet 1818. Confident du comte d'Artois, M. de Vitrolles ne pouvait plus, en effet, rester en contact avec les ministres quasi-libéraux qui se sont succédés dans cet intervalle.

Après son avènement au trône, Charles X récompensa M. de Vitrolles, en lui donnant l'ambassade de Turin, qui a été pour ce dernier une véritable sinécure, puis celle de Florence, en 1828.

Depuis les évènements de 1830, M. de Vitrolles est rentré dans la vie privée.

A part une cécité qui allait en s'aggravant de jour en jour, il avait conservé, dans l'âge le plus avancé, la plénitude de toutes ses facultés, la chaleur de son coeur, l'extraordinaire lucidité de son intelligence, lorsque dans les derniers jours de juillet 1854, une maladie accidentelle vint tout à coup briser sa verte et vigoureuse vieillesse. Il s'aperçut le premier que sa fin était proche et s'y prépara avec une résignation très chrétienne. Il s'éteignit le 2 août 1854, dans son appartement, au n° 54 de la rue Saint-Lazare, où tant d'affections sincères et dévouées étaient venues si souvent le chercher et l'entourer. Son corps fut transporté de Paris à Vitrolles où il fut inhumé le 7 août 1854.

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M. de Vitrolles fut l'homme le plus haï de son temps. Et cette haine ne visa pas uniquement ses convictions et ses idées. Comme toujours en France, elle chercha - sans y réussir - à atteindre l'homme et à le déconsidérer. Il n'en avait cure, étant de ceux qui savent ce que vaut la popularité et à quel prix elle s'achète. Il voyait plus haut, et cherchait plus loin. Jamais homme ne consentit moins à sacrifier ce qu'il jugeait vrai à ce qui pouvait seulement lui être utile.

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M. de Vitrolles avait épousé à Erfurt (Allemagne), en février 1795,  la fille adoptive de la princesse de Bouillon, Mlle Maria-Thérésia-Wilhelmine-Joséphine-Antoinette de Folleville, née à Ruremonde (Pays-Bas) en 1773 et décédée à Vitrolles, le 9 octobre 1839. De ce mariage, sont nés : Auguste-Oswald, né en 1796, mort en 1876 ; Amélie-Edwige-Joséphine-Emma-Philippine, née le 10 juillet 1797, à Altenbourg, en Saxe, morte le 23 août 1829, à Florence ; et Guillaume, né en 1802, officier de marine, démissionnaire en 1830, vice-président du Conseil général de l'Ardèche, décédé à Tournon, le .mai 1876.

 

(1) L'abbé Louis-Bonaventure Proyart (1743-1808), auteur d'assez nombreux ouvrages, fut avant la Révolution sous-principal du collège Louis-le-Grand, puis principal du collège du Puy. Il émigra en 1790, rentra en France sous le Consulat, fut emprisonné à Bicêtre en 1808 pour avoir publié un livre intitulé Louis XVI et ses vertus, et mourut des suites d'une maladie contractée dans sa prison. Deux de ses ouvrages ont eu quelque célébrité : ce sont l'Ecolier vertueux ou vie édifiante d'un écolier de l'université de Paris (1772, Paris, 1 vol. in-12 ; réimprimé plusieurs fois ; 10eédition en 1810), biographie du jeune Décalogne, élève du collège Louis-le-Grand, mort en 1768 à l'âge de seize ans et demi ; et le Modèle des jeunes gens dans la vie de Claude Le Pelletier de Sousi, étudiant en philosophie dans l'université de Paris (fréquemment réimprimé), biographie du fils d'un ministre de Louis XIV, mort à l'âge do. dix-sept ans. L'abbé Proyart a publié aussi un livre intitulé : De l'éducation publique et des moyens de réaliser la réforme projetée dans la dernière assemblée du clergé, 1785, 1 vol. in-12 ; cet ouvrage n'a pas été recueilli dans les oeuvres complètes de l'auteur, publiées à Paris en 1822 en 17 volumes.

 

- Souvenirs autobiographiques d'un émigré
- Les Sénateurs du Consulat et de l'Empire, par Léonce de Brotonne - 1974
- Registres paroissiaux et d'état-civil de Vitrolles
- Armorial historique de la noblesse de France - par Henri-James-Gabriel de Milleville - 1845