1786

BRANVILLE z

 

L'abbé Foulain, curé de Caugé, a consigné l'histoire suivante dans ses registres :


Il arriva pendant le cours de cette année 1786, deux malheurs dans la paroisse de Branville, notre voisine.

Un nommé Bon-Pain, propriétaire et laboureur de la principale ferme dudit lieu, avoit une femme Doutil, n'étoit pas trop aimé, mais qui auroit un nommé Maurice Moutier, garçon, grand et bien fait, originaire de l'endroit, et charron de son métier.

Le dit Bon-Pain souffloit cependant chez lui le galant de sa femme, pour des raisons sans doute de convenance.

Le samedi vingt-quatre décembre, ledit Maurice Moutier ayant soupé chez le sieur Bon-Pain, lui proposa, dit-on, sur les neuf heures du soir, en attendant la messe de minuit, d'aller voir s'il n'y avoit personne qui fut à piller son bois, quoiqu'il fit très noir et de la neige ..., ce que ayant accepté, ledit Bon-Pain, qui fut trouvé, le jour de noël, tué d'une bale, qui lui avoit percé le derrière de la tête qui lui avoit fait sauter un oeil ; ce qui avoit été fait probablement avec un pistolet en marchant derrière lui ; ledit Moutier, revenant sur les neuf heures et demie chez le sieur Mahiet, son curé, pour lui aider à chanter la messe.

Après l'office, il fut faire réveillon avec la femme dudit Bon-Pain où il fut mangé un lièvre. Lorsque le landemain matin, on eut trouvé ledit Bon-Pain mort, il dit qu'il l'avoit quitté à sa porte, qu'il n'avoit point voulu aller avec lui à son bois, et qu'il lui avoit même conseillé de n'y point aller ; mais qu'il n'avoit pas voulu l'écouter, il fut avertir les parens du mort, ainsi que la justice, qui ayant sa visite, fait assigner le plus grand nombre des habitans, les domestiques et ledit Maurice Moutier pour aller témoigner à Evreux ; il ne vint point.

Au terme de l'exploit, quoique les voisins l'eussent été chercher, il remit la partie au landemain, disoit-il. Mais pendant la nuit des huit jours qui étoit également le samedi, on le trouva tué d'un coup de fusil chargé à bale, qui s'étoit donné au-dessous de l'estomac proche une croix nommée la Croix Blanche qui fait le partage de Neuville et de Branville. La justice y fit sa descente comme n'ayant point de témoins de son suicide, elle ordonna qu'il fut inhumé dans le cimetière de Branville ; laditte femme est restée avec deux enfans, étant enceinte. Lors de la mort de son mari, il n'y a eu aucune atteinte contre elle, n'ayant que ledit Moutier qui eu pû la charger si elle avoit été coupable.

 

AD27 - Registres paroissiaux de Caugé - S (1747-1812) 8Mi956