ANNE LEMOYNE DE LIVONNIÈRE (L'Yvonnière)

Échos_du_bocage_vendéen Anne Lemoine de Livonnière


Née à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, le 13 janvier 1713, elle était fille unique de Charles Lemoyne, avocat au Parlement, et de Marie Renaudineau, veuve en premières noces de Michel Guillon, sieur de Matifeux. Son père, qu'elle perdit de bonne heure, était versé dans la connaissance de l'ancien droit coutumier et possédait une bibliothèque assez importante. Il se qualifiait de Livonnière, comme ses ancêtres, d'un arrière fief situé sur la paroisse d'Évrunes, près de Mortagne, dans les Marches communes du Poitou, de Bretagne et d'Anjou. Longtemps possédé indivis entre les familles Lemoyne et Pocquet, alliées l'une à l'autre, ce domaine resta définitivement, par suite de partage, à cette dernière, dont provenait le célèbre jurisconsulte angevin Claude Pocquet de Livonnière, né à la Gravoire en Vallet (Loire-Inférieure), le 18 juillet 1651. Madame la générale de la Motte-Rouge, femme charmante, officieuse, dont le mari a longtemps commandé la quinzième division militaire à Nantes, en descendait également.

La main d'Anne Lemoyne fut très recherchée, parce qu'elle était fort belle, ainsi qu'il ressort de son portrait, et que "l'amour est une affection qui, par les yeux, dans le coeur, entre". Aussi lisait-on au-dessous le distique suivant :
C'est ici Madame Dugas,
Qu'on ne peut voir sans l'aimer pas.

Elle possédait, en outre, de l'instruction, ce que caractérise le livre qu'elle tient entr'ouvert de la main gauche, des arts d'agrément, et de la fortune, trois accessoires qui ne nuisaient point au tableau. Toutefois elle ne se décida au mariage qu'après avoir perdu sa mère qu'elle aimait beaucoup. Ce fut son cousin germain, Pierre Dugast, sieur de la Bernerie, avocat au Parlement et procureur au présidial de Nantes, qui obtint la préférence. C'était lui qu'elle avait chargé de défendre ses droits dans le partage contentieux de la succession de sa mère avec son demi-frère Michel Guillon. L'adroit praticien, qui était un maître-clerc, ne s'occupa point seulement des intérêts de sa cliente ; il cultiva son coeur et parvint à le gagner. Ce fut "l'amour procureur", non moins subtil que "l'amour médecin". L'isolement, l'ennui de procès avec ses parents, et, plus que tout cela, les sentiments mutuels du cousin et de la belle cousine, les déterminèrent à s'unir. Leur mariage fut célébré à Saint-Léonard de Nantes, le 8 janvier 1742. Ils étaient l'un et l'autre âgés de vingt-neuf ans, étant nés tous deux en 1713.

C'est vers la même époque ou peu avant que fut exécuté, par un artiste de Nantes, nommé Jacques-André Portail, depuis garde des plans et tableaux du roi à Versailles, membre de l'ancienne Académie de peinture et de sculpture, l'un des peintres de la galanterie au XVIIIe siècle, le portrait d'Anne Lemoyne de Livonnière, dont la physionomie indique, en effet, une personne de cet âge. Son mari, ou plutôt son futur, fut également peint avec elle pour servir de pendant ; mais on en a fâcheusement laissé pourrir le tableau, au point de ne pouvoir même pas le reproduire, comme celui-ci, qui, quoique fort endommagé, avait un peu moins souffert. Il a été recopié, avec beaucoup de soin, par M. Birotheau, artiste de talent, fort exercé dans le genre du portrait, alors professeur de dessin au collège de Fontenay et maintenant à Rennes. L'original était cependant supérieur à la copie, mais il n'a pu être restauré par suite d'une déchirure survenue à la vieille toile.

Devenue veuve, en 1765, après vingt-trois ans de ménage et avoir eu douze enfants, elle en resta mère tutrice, se consacra du mieux qu'elle put à leur éducation et mourut à Nantes (paroisse Sainte-Croix), le 12 novembre 1779, âgée de soixante-six ans.

 

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Échos du bocage vendéen - Année 1885 - n° 1