M. DE RICHETEAU, GUILLOTINÉ A ANGERS

Le 5 janvier 1794, la municipalité de Notre-Dame-d'Allençon écrivait au citoyen Lugan, commandant de la place des Ponts-de-Cé :

Il est passé ce matin à 10 h. 1/2 dans notre commune un homme qui nous a déclaré avoir été arrêté par quatre hommes armés. Nous te prévenons qu'il est menteur et que c'est un scélérat qui a assassiné un honnête républicain. Il s'appelle René-Louis de Richeteau. Il est parti ce matin de Thouarcé. Il est porteur de dépêches pour Francastel, représentant du peuple, Besson, commissaire du pouvoir exécutif près les représentants du peuple et autres. Il se dit porteur d'un brochet pour le représentant du peuple. Nous t'invitons à donner ordre à tous les postes de l'arrêter. Il est monté sur un cheval noir de moyenne taille.

Cette lettre arriva aux Ponts-de-Cé un quart d'heure après le passage de René de Richeteau ; ce dernier avait déclaré à Lugan être porteur de dépêches de la part du général Grignon pour le représentant du peuple, Francastel, et il était parti en toute hâte pour Angers. Le commandant envoya aussitôt une estafette au représentant. Francastel, qui avait reçu une autre lettre de la municipalité d'Allençon, procéda le même jour, 5 janvier, à l'interrogatoire du dénoncé :

René-Louis de Richeteau, grenadier de la garde nationale, demeurant à Argenton-le-Peuple. Parti à 9 heures du matin de ce lieu, le 15 nivôse (4 janvier), avec une dépêche pour les représentants du peuple, pour Besson, commissaire national, et pour Martin, de Saint-Florent-le-Vieil. Par Vihiers, Thouarcé, les Ponts-de-Cé. Couché à Thouarcé, où il est arrivé à 9 heures du soir, pris un guide une demi-lieue en deça de Thouarcé. Reparti le 16 nivôse (5 janvier) à 7 heures du matin, passé à Allençon vers midi ou 1 heure ; il y a pris un guide, qui l'a accompagné à une très petite distance. Avant d'arriver à Allençon il avait été arrêté par quatre hommes qu'il appelle brigands, habillés l'un en gris de fer, les autres en veste blanche, qui lui ont demandé la bourse ou la vie : il a renversé l'un d'eux. Arrivé à Angers, il avoue n'être point venu sur-le-champ remettre sa dépêche, mais être allé pour loger au faubourg Bressigny à l'auberge du général Grignon.

Il demeure à Argenton-le-Peuple depuis un mois et demi. - Il a servi dans la légion Nantaise. - Il a été dans le régiment ci-devant d'Armagnac, a été fait prisonnier à l'affaire de Jemmapes, est resté six mois chez les Autrichiens, est revenu en France en se sauvant de chez les ennemis.

Renvoyé au Comité Révolutionnaire d'Angers par Francastel, René de Richeteau fut interrogé une seconde fois, le même jour 5 janvier :

Demandé ses nom, âge, profession, lieu de naissance et domicile ?
- René-Louis de Richeteau, marié depuis quatre mois, 26 ans, commerçant, natif de La Coudre, district de Bressuire, domicilié à Argenton-le-Peuple.
Depuis quel temps il a quitté le lieu de son domicile ?
- Hier
Pour quelles raisons ?
- Il est venu par ordre du général Grignon apporter des dépêches aux représentants du peuple.
Depuis quand il est sorti de La Coudre ?
- A son arrivée de Nantes, l'ayant trouvé brûlé, il dut se réfugier à Argenton.
Combien de temps il est resté à Nantes et ce qu'il y faisait ?
- Huit mois, et il y a toujours fait le service dans la 1ère compagnie des grenadiers du 1er bataillon de la légion Nantaise.
Où il était avant d'aller à Nantes ?
- Il demeurait chez son père, où il s'était retiré depuis 17 à 18 mois, sortant de chez les Autrichiens ; il fut fait prisonnier par ces derniers étant blessé à l'affaire de Jemmapes. Il se trouva à cette affaire servant dans le régiment d'Armagnac, corps dans lequel il servit 18 mois sous le capitaine Lachèse.
Où il était avant de s'engager dans ce régiment ?
- Il s'était engagé en sortant de Nantes, où il était en pension chez le nommé Buret, tonnelier, chez qui il a demeuré trois mois.
S'il ne tient point à l'ancienne caste privilégiée appelée noble ?
- Oui.
S'il a des frères et soeurs ?
- Il a trois frères émigrés ; il en a eu un quatrième, chef de brigands, qui fut fusillé après l'affaire de Bressuire par jugement militaire. Il a à Angers deux soeurs chez de Narcé, ci-devant noble, une troisième au Puy chez Rabouin, toutes trois religieuses (Bénédictines de la Fougereuse. Toutes trois furent emprisonnées au Calvaire d'Angers pendant la Terreur) ; il en a une quatrième émigrée, ainsi qu'une belle-soeur aussi émigrée.
Par où il est passé en venant à Angers ?
- Par Allençon et Brissac.
Quels sont les individus qu'il dit avoir rencontrés et par qui il prétend avoir été arrêté ce jour ?
- Ce sont quatre brigands qui ont tiré sur lui 7 à 8 coups de fusil.
Dans quel endroit il a rencontré ces brigands ?
- A une demi-lieue d'Allençon et à une lieue et demie de Thouarcé.
S'il connaissait ces brigands ?
- Non.
Deux lettres arrivées d'Allençon prouvent qu'il n'a point été attaqué, qu'il n'y a point eu de coups de fusil de tirés, que lui seul a été l'agresseur, qu'en un mot il a assassiné un excellent républicain ?
- Il a été attaqué par un individu qui avait un bâton et qu'il a pris pour brigand ; d'ailleurs lui, de Richeteau, était ivre.
Où il a pris un poids de chanvre qui se trouve dans sa valise ?
- Chez un particulier du village de Bonnezeaux, appelé Nicolas Ménard, auquel il a pris également un assignat de 100 sols.
D'où il tient un sabre de hussard ?
- D'un officier de hussards de ses amis.
Depuis quel temps il s'est fait faire l'habit d'uniforme national qu'il porte ?
- Depuis le mois d'août.
Si son habit était fait depuis le mois d'août, même depuis un an, il n'y aurait pas dessus des boutons au nom du roi ?
- C'est le tailleur qui les a fournis de même.

Il était tard, le Comité Révolutionnaire remit sa délibération au lendemain. Le 6 janvier, le Comité, "considérant que le particulier interrogé est ci-devant noble, frère de trois frères et de deux soeurs émigrés, et d'un autre frère chef de brigands ; qu'il est presque certain que celui-ci a émigré et est rentré pour se mettre avec les brigands ; qu'il est prouvé qu'il a volé un poids de chanvre et un assignat de 100 sols ; qu'il a assassiné un républicain", le fit définitivement arrêter et enfermer à la prison nationale.

Le 7 janvier, le tribunal criminel du département de Maine-et-Loire reçut du juge de paix de Thouarcé le procès-verbal de l'assassinat de René Blot. Comme il s'agissait d'un militaire, l'accusateur public renvoya cette pièce à la Commission Militaire, seule compétente en l'espèce ; le même jour René de Richeteau comparut devant la Commission dans l'ancienne église des Jacobins, lieu ordinaire de ses séances publiques :

Sa profession ?
- Volontaire du bataillon d'Argenton-le-Peuple.
Quel commerce il fait ?
- Il fait son service de soldat.
Pourquoi il a dit au Comité Révolutionnaire qu'il était marchand ?
- Il fait du commerce depuis la Révolution.
S'il est ci-devant noble ?
- Son père en avait une teinture, mais il l'a abolie en faisant le service de la république.
Ce que faisait son père ?
- Il faisait valoir, n'étant pas fortuné.
Où il est présentement ?
- Il est mort.
Où sont ses soeurs ?
- Deux sont à Angers et l'autre en arrestation.
Où est son frère chef de brigands ?
- Il a été tué à Bressuire. Il en a trois autres émigrés, et il ignore où ils sont.
S'il peut donner la preuve qu'il ait été fait prisonnier en Prusse ?
- Sa femme en a la preuve, et il est bon patriote.
Ce qu'il voulait faire d'un brochet dont il était porteur ?
- Le général Grignon le lui a donné pour le représentant du peuple avec des lettres.
Ce qu'il a fait des lettres que ses frères lui ont écrites ?
- Il n'en a point reçu.
Pourquoi il est allé depuis peu à Bonnezeaux chez le citoyen Ménard lui prendre un poids de lin et un assignat de 5 livres ?
- Etant ivre, il l'a pris sans dessein de le voler, et il a été attaqué par quatre brigands.
Il est prouvé que c'est lui qui a attaqué et assassiné un citoyen ?
- On voulait le tuer, il s'est défendu le mieux qu'il a pu contre quatre.
Il a déclaré qu'il n'y en avait qu'un ?
- Le fait est vrai tellement qu'en se sauvant il a entendu tirer huit coups de fusil.
Quelle arme portait le citoyen qU'il a tué ?
- Un gros bâton de longueur, et les autres lui disaient : "Tue ce maudit patriote".
Dans quel temps il a eu l'habit d'uniforme ?
- Il l'a acheté à Nantes il y a huit mois.
Pourquoi il porte sur cet habit des boutons au nom du tyran ?
- Ils sont imperceptibles et c'est la faute du tailleur.
Comment il a tué ce citoyen ?
- Etant attaqué par lui, il l'a tué de trois coups de sabre, et il en a fait sa déclaration à la municipalité d'Allençon.
C'est cette municipalité qui le dénonce comme assassin de ce citoyen ?
- La dénonciation est fausse ; il ne l'a tué qu'à son corps défendant.
S'il a dit au général Grignon qu'il était ci-devant noble ?
- Il le sait bien et le connaît pour bon républicain, ayant épousé une roturière.
Si celui qu'il a tué était ivre ?
- Il n'en sait rien, mais ayant été attaqué par lui il a manqué d'être renversé par son cheval qui avait eu peur.
Pourquoi il a pris à un citoyens un poids de chanvre et un assignat de 5 livres ?
- Il les lui a donnés, et il a offert de les lui rendre.
Comment se peut-il qu'un homme à pied armé seulement d'un bâton ait osé attaquer un cavalier armé d'un sabre ?
- Il avait autant d'avantage que lui avec son grand bâton, à l'aide duquel il pouvait casser la lame de son sabre.
S'il a demeuré à Paris ?
- Non, ce sont ses frères.

(Toutes ces pièces sont extraites des archives de la Cour d'Appel d'Angers).

Séance tenante, RENÉ-LOUIS DE RICHETEAU fut condamné à mort pour vol, assassinat et conspiration envers la république française.
Le même jour, 7 janvier, à 3 h 1/2, il était guillotiné sur la place du Ralliement. (19 messidor an II)

L'Anjou Historique - juillet 1909


 

Richeteau armes z

 

Cette famille, originaire des environs de Thouars, ou du moins qui a longtemps habité cette ville, vint vers le milieu du XVIIe siècle s'établir dans la ville de Poitiers, à laquelle elle a donné trois maires, plusieurs conseillers au présidial, etc. Elle a eu aussi des représentants aux armées. A noter qu'il ne s'agit pas de la famille DE RICHETEAU, mais de la famille RICHETEAU ! L'acte de naissance, entre autres, d'une des soeurs de René-Louis le confirme :

RICHETEAU DE LA COINDRIE Z

Elle se divisait en trois branches :

1° Celle du Moiré, qui s'est éteinte dans la famille de Tusseau par le mariage d'Éléonore-Rose-Charlotte, baptisée le 2 avril 1781, et mariée le 22 janvier 1798 à René-Jacques de Tusseau. Elle est décédée le 14 octobre 1835. Cette branche a possédé le marquisat d'Airvault, qui devrait s'écrire Airvau (Aurea Vallis) ;

2° Celle du Poiron qui acheta cette terre le 22 septembre 1604 et en rendit aveu le 18 juin 1613. Le dernier représentant de cette branche a été René Richeteau, seigneur du Poiron, l'Espinay, la Roullière, Moiré, le Grand-Soussigny, la Carlière, marquis d'Airvault, qui fut mousquetaire de la garde du roi, 1ère compagnie, puis capitaine de cavalerie, reçu dans l'ordre de Saint-Louis le 22 juillet 1778. Il acheta, le 1er janvier 1785, la terre et marquisat d'Airvault de Marie-Charles, marquis Duchilleau, maréchal des camps et armées du roi. Il fut membre de l'assemblée d'élection de Poitiers, en 1787, pour l'ordre de la noblesse. Il avait épousé, le 7 novembre 1779, Gabrielle-Henriette Chasteigner de Rouvre, fille de Jean-Henri, marquis de Chasteigner, dont il n'eut qu'une fille, Éléonore-Rose-Charlotte, mariée à René-Jacques de Tusseau, qui fut, pendant une partie de la Restauration, membre du conseil d'arrondissement. René Richeteau fut le fondateur de la paroisse d'Adilly.

Richeteau marquis d'Airvault Artnet ZZZ

3° Celle de la Coindrie et de Ville-James.

Armoiries : la famille de Richeteau porte d'or à un mûrier de sinople chargé de mûres, élevé sur une terrasse de même, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or".


RENÉ-LOUIS RICHETEAU était fils de Henri-Charles-Urbain-René Richeteau, Seigneur de la Coudre et de dame Catherine-Mélanie Hunault de la Chevalerie. Il est né à La Coudre, le 1er septembre 1768. Les registres paroissiaux de la Coudre, n'ont conservé que les actes de naissance de deux de ses soeurs. 

Ses frères et soeurs :

– René Louis Pierre (°1754)

– Marie Adélaïde (°1755)

– Radegonde (° 1756)

– Reine Mélanie (°1758)

- Paul-Esprit-Marie, baptisé le 13 novembre 1759 dans l'église paroissiale de Saint-Hilaire de La Coudre ; ancien gendarme de la garde ; servit aussi à l'armée des princes , comme fourrier de la compagnie des gardes du corps du comte d'Artois ; il était, en 1816, major dans la maison militaire de Monsieur, frère du Roi, et chevalier de l'ordre de Saint-Louis. Il s'est distingué au siège de Maëstricht où il a été blessé ; marié avec Anne-Adélaïde de Terves de Margat dont ils eurent un fils et deux filles. Le fils est mort sans postérité et les deux filles ont épousé les deux frères : Pauline et Marie-Charlotte-Adélaïde ; cette dernière fut mariée avec Amant-Hippolyte Tripier de Lozé. Paul-Esprit-Marie serait décédé en 1818 ;

Marie-Nicole-Sophie-Renée, née à La Coudre, baptisée le 3 janvier 1762 ;

Charlotte-Louise, née à La Coudre, baptisée le 8 août 1763 ;

- Louis-Alexandre-François, seigneur de Villeguay, né le 4 mars 1766 et baptisé le même jour, au même lieu ; fusillé à Thouars, le 28 août 1792.

A propos de sa mort, plusieurs versions sont avancées :

- André Collinet écrit dans ses cahiers : "Le 22 août, les attroupés furent à La Forêt-sur-Sèvre, et pillèrent la maison du sieur Bujou, ils étois environs 3.000, la moitié marcha sur Châtillon qui n'opposa aucune résistance ... L'autre moitié vint assiéger Bressuire par la porte du Petit Bois, lorsque ces scélérats furent à 400 toises de Bressuire, ils s'arrêtèrent et députèrent les sieurs Dufau (De Feu), Du Richeton (Richeteau de la Coindrie) et Richardière (Cousseau de la Richardière), c'étoit trois de leurs chefs, pour soumettre les habitants de Bressuire de se rendre ; sinon que tout seret mis à feu à sang. Les Bressurois mirent en prisons les trois députés, mais ils eurent encore le coeur assé bon pour élargir le sieur Richardière, qui leurs promit en livrant ses deux associés pour otages de rappeler sa troupe à la raison, et ce gredin le plus traître peut-être des scélérats n'eut pas plus tôt joint sa bande, qu'il la fit aussitôt marcher sur Bressuire ...

Le lendemain, nouvelle attaque à Bressuire par la porte de la Barre [Bâte] et le vendredy 24, la troupe qui avet marché sur Châtillon se réunit à celle de Bressuire, ils marchèrent encore au nombre de 3.000 sur Bressuire par la porte Saint-Jacques ...

Hier on nous a assuré que les gardes nationaux qui sont actuellement à Bressuire, firent la revue de leurs prisonniers, et qu'ils écartellèrent les deux députés et du Richeteau, après avoir tiré sur eux deux cents coups de fusil, on assure le Sr Baudry arrêté" (AD85 - 13e carnet en un cahier - par André Collinet - Du 19 septembre 1792 - 144 J 13 - Vue 4)

- La Marquise de La Rochejaquelein, dans ses Mémoires, dit qu'après l'affaire des moulins de Cornet, Louis-Alexandre-François se cacha pendant trois jours, puis, fut pris et fusillé à Thouars, le 28 août 1792.

- Bélisaire Ledain dans son Histoire de la ville et baronnie de Bressuire dit à ce propos : "Le lendemain 25 août ... les deux malheureux otages, de Feu et Cousseau, furent fusillés sur la place du marché. Richeteau et le maréchal ferrant subirent la même peine à Thouars". [Ce maréchal ferrant pourrait bien être René Baudry, également officier municipal de Chambroutet, époux en premières noces de Marie-Anne Chiron (décédée le 1er octobre 1785, à l'âge de 20 ans) et en secondes noces de Louise Nauleau.]

- L'abbé Deniau, dans son Histoire de la Vendée (tome 1er - 1878), nous dit ceci : "MM. de Calais, de Feu et de Richeteau, dont les têtes avaient été mises à prix, se cachèrent tout l'hiver dans les fermes du pays ... De Calais réussit à échapper à toute poursuite, mais de Feu et de Richeteau finirent par être arrêtés et ils furent fusillés à Bressuire".

- Joseph-Louis-Marie, né le 15 août 1767, baptisé le même jour, au même lieu.

– Marie Elisabeth.

Quand à René-Louis, il est né le 1er septembre 1768, ondoyé à la maison à cause de danger, et a reçu le supplément des cérémonies du baptême dans la même église.

 

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest - 1859 (SER1, T9) 1861

Recueil de certificats de noblesse délivrés par MM. Chérin père, Berthier ...

Mémoires - Société historique et scientifique des Deux-Sèvres - 1805 (A1)


1833 - VOL CHEZ LE SIEUR DE RICHETEAU DE VILLEJAMES

Le 15 novembre 1833, cinq chouans armés se présentent chez un vieux gentilhomme, le sieur de Richeteau de Villejames, qui occupait une habitation isolée dans la commune de La Coudre : ce sont Petit, Merlet, Pierre Bonnin, Bichon et Bédault. Petit monte la garde à la porte de la maison. Les quatre brigands demandent d'abord une somme de 1.000 fr. ; puis, sur les observations du propriétaire, ils veulent bien se restreindre à 500 fr. Le sieur de Richeteau n'a point cette somme à sa disposition ; les chouans prennent alors le vieillard au collet et le maltraitent ; l'un d'eux lui assène un coup de poing dans la poitrine, on le couche en joue à plusieurs reprises, et la commode et le secrétaire de la chambre sont enfoncés. Deux fermiers étant alors entrés, le sieur de Richeteau emprunte de l'un d'eux 497 f. qu'il remet à Petit ; puis les brigands s'en vont en menaçant de tuer le sieur de Richeteau, s'il osait porter plainte.

Tous les coupables ont été reconnus, ils ne nient point d'ailleurs le fait. Bichon et Béchault ont dit, pour leur défense, que le sieur Richeteau de Villejames était un des nobles qui avaient engagé les jeunes gens du pays à mener la vie de réfractaire ; qu'il les avait même excités à s'adresser de préférence aux libéraux pour se procurer de l'argent ; qu'en ayant besoin dans ce moment, ils s'étaient crus autorisés à lui demander des secours. Merlet a prétendu qu'il n'était allé chez le sieur de Richeteau que parce que celui-ci l'avait mandé, et que cette somme de 500 fr. était un subside volontaire de sa part. Mais les aveux des autres coaccusés, et la scène de violence dont plusieurs personnes ont été témoins, démentent la spontanéité du paiement. Peu de temps après la confrontation, le sieur de Richeteau est décédé.


(Cour royale de Poitiers - Arrêt qui renvoie à la cour d'assises de Niort, François Petit et 41 autres individus - 17 avril 1835)