LE CHEVALIER VIALA
Général de brigade
Officier de la Légion d'honneur, Maire de Rodez,
inscrit sur l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile.

La Mouline Rodez z

Sébastien VIALA naquit le 11 mars 1763, au village de la Mouline, près de Rodez, et fut baptisé le lendemain, en la paroisse Saint-Amans.

 

Viala baptême

 

Incorporé comme simple soldat au régiment de Vermandois, le 11 mars 1781, il séjourna en Corse jusqu'en mai 1783, et passa successivement caporal le 25 juin 1784, caporal-major le 19 juillet 1785, sergent-fourrier le 25 avril 1787, pour être congédié le 9 octobre 1789.

Mais, sur ces entrefaites, les idées avaient marché ; les évènements se précipitaient dans l'orage ; l'émigration avait suscité vingt ans de guerre ! Le pays organisa des milices pour repousser l'invasion et Viala fut nommé par ses concitoyens capitaine de la garde nationale de Rodez, et plus tard commandant en deuxième dans la guerre d'Autriche.

Capitaine de volontaires le 14 janvier 1792, il assista, comme chef du 2e bataillon de l'Aveyron, aux campagnes de 1792, 93, 94, 95 et 96 dans les armées des Alpes et d'Italie.

Viala signala principalement son courage à la prise de Puget-Tenières, à la tête de deux cents hommes, avec lesquels il s'empara de Rodda et d'une foule de prisonniers, - à Isola, Guillaume-Saint-Etienne et autres lieux du comté de Nice, et occupa la vallée de Morin. Au siège de Toulon, où Bonaparte s'ouvrit avec tant d'éclat sa belle carrière, il contribua puissamment à la prise de la redoute de Pharon.

En Italie, sa valeur se fit remarquer à la prise de Saorgio, aux attaques de Ceva, Saint-Michel, Mondovi.

Embarqué ensuite sur le lac de Guarda, Viala mit pied à terre à Torbola, marcha de là sur Roveredo, pourchassa les Autrichiens la baïonnette dans les reins, et vint prendre sa part de dangers et de fatigues à la prise de Pavie.

De même, en l'an V, aux attaques de Ségonzano, des postes du Pinet, de Rizzolaga et de la Piazza. Muni seulement de trois bataillons, il soutint toute une journée l'effort d'un corps de 10.000 hommes, assurant, par cette défense sans exemple, la retraite de l'armée française. - Après avoir coopéré, le 1er frimaire an V, à la reprise de Rivoli, il permit à la 2e brigande, battant en retraite, de se rallier, à la 2e brigade, battant en retraite, de se rallier, en arrêtant la marche de l'ennemi avec quelques grenadiers, qui firent plus de 800 prisonniers. Le gain de la bataille de Rivoli doit être pour une bonne part attribué à Viala, qui fit tomber en son pouvoir 8.000 prisonniers. Culbutant ensuite les Autrichiens à Carpino, sa colonne se dirigea sur Trente, commandant tout le cours de l'Adige jusqu'à Bedout.

Compris dans l'expédition d'Orient en floréal an VI, il assista à l'attaque de l'île Gozzo, et à la prise de Malte, le 24 prairial suivant. Dans les campagnes d'Égypte et de Syrie de l'an VI à l'an IX, la plupart des combats furent témoins du déploiement de ses qualités militaires et de sa valeur : occupation d'Alexandrie, le 14 messidor an VI ; bataille de Chebreiss, le 25 du même mois ; bataille des Pyramides, le 3 thermidor ; combat d'Elhanka contre les mamelucks d'Ibrahim-Bey, le 18 thermidor ; combat d'El-Arisch, le 21 pluviôse an VII, et siège de Saint-Jean-d'Acre. - Chargé de conduite jusqu'à Jaffa un convoi de chameaux et d'artillerie, Viala mit en déroute des corps d'Arabes, ainsi qu'à son retour en portant une provision de munitions à Saint-Jean-d'Acre. Le général en chef Bonaparte le créa chef de la 85e brigade sur le champ de bataille même, le 30 floréal an VII.

Le 29 ventôse an VIII, à la bataille d'Héliopolis, au camp de Belbeys, à celui de Koraïm, à la reprise du Caire, à la bataille d'Alexandrie notamment (30 vendémiaire an IX), où il reçut à la tête un coup de feu, sa bravoure se signala encore. Il traversa les rangs des Turcs et des Anglais qui bloquaient le Caire de très près, et jeta dans la place cent dromadaires en portant aux assiégés une dépêche de Menou.

De retour en France, après la convention du 9 messidor an IX, Viala tint garnison à Sarre-Libre en l'an X et en l'an XI. Il commanda la 3e division au camp de Bruges (ans XII et XIII), et fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 19 frimaire an XII, et officier, le 25 prairial an XIII.

Il fit les campagnes d'Autriche, de Prusse et de Pologne (de l'an XIV à 1807) avec la 3e division du 3e corps de la grande armée.

Arrêtons-nous un instant sur sa conduite à la célèbre bataille d'Iéna (14 octobre 1806) ; nos armes lui doivent une belle part de leur succès dans cette glorieuse journée.

Le général Viala, commandant le 85e régiment, y faisait partie du corps aux ordres du maréchal Davoust, fort de 26.000 hommes, lequel formait la gauche du principal corps d'armée, posté à Iéna, où se trouvait Napoléon en personne. L'Empereur crut avoir affaire au gros de l'armée prussienne. Il n'en était rien : le principal corps de l'armée prussienne se composait de 80.000 hommes commandés par le roi en personne, et par le maréchal de Brunswick, général en chef. Ces dernières forces, pendant que Napoléon était occupé à Iéna par un autre corps prussien, se dirigent tout-à-coup vers la gauche pour écraser le corps de Davoust. Placé à la hâte par ce général, à l'avant-garde, le 85e occupa le village de Hassen-Hausen, et "il s'y comportant, - dit M. Thiers dans son Histoire du Consulat et de l'Empire, - avec une valeur héroïque. Refoulé dans l'intérieur du village, il en barrait le passage avec une indicible fermeté, répondant par un feu continu et adroitement dirigé à la masse épouvantable des feux prussiens. Ce régiment avait perdu la moitié de son effectif, qu'il tenait ferme sans s'ébranler." Le 85e perdit à Hassen-Hausen, 1.400 hommes, dont 38 officiers. Le colonel Viala prodigua si vaillamment sa personne, qu'il eut deux chevaux tués sous lui, et le cinquième bulletin le porta parmi les morts. Une blessure d'arme à feu lui avait traversé le côté droit, et il ne dut d'être rappelé à la vie qu'aux soins affectueux d'une négresse qu'il avait achetée en Égypte, et qui l'accompagna depuis sous des habits d'hommes dans ses campagnes.

Après cette mémorable bataille, l'Empereur éleva le colonel Viala, avant toute proposition, comme le constate une lettre du général Gudin, au grade de général de brigade.

Les puissances belligérantes ayant déposé les armes au traité de Tilsit, le général Viala revint avec la 9e division le 10 septembre 1807.

Créé chevalier de l'Empire en mars 1808, le général Viala, remis un peu de ses blessures d'Hassen-Hausen, fut appelé successivement au commandement du département des Basses-Pyrénées et d'une colonne mobile en Catalogne, et chargé de pénétrer dans l'importante place de Figuières, qui était bloquée par des forces considérables. Viala se comporta partout avec sa bravoure accoutumée ; mais l'état de sa santé continua à inspirer de vives inquiétudes, et à lui interdire les dangers et les fatigues des terribles campagnes qui se préparaient. L'Empereur le nomma gouverneur de Figuières, et, sur son propre désir, l'appela au commandement de l'Aveyron, son pays natal. Sa santé ne se rétablissant pas, Viala demanda la retraite qu'il n'obtint définitivement le 12 avril 1811, qu'après avoir refusé la nomination de commandant de l'hôtel des Invalides de Louvain.

Il était âgé alors de 48 ans.

Viala fut nommé maire de Rodez à deux reprises, et laissa plus d'un souvenir honorable de son administration.

Le général Viala est mort dans sa maison du Petit Languedoc, à Rodez, le 20 janvier 1849, à l'âge de 85 ans ... Il était veuf de Rose Julien.

Viala décès z

Quelques jours après son décès, le Journal de l'Aveyron publiait, dans son numéro du 24 janvier 1849, une notice sur son compte, due à la plume du général Tarayre, qui voulut ainsi payer un tribut à l'amitié qui l'unit si longtemps à son vieux compagnon d'armes.

On y lit "que le général Viala fut toujours aimé de ses officiers et de ses soldats pour la bravoure, la justice et la bienveillance. Les qualités militaires qui le distinguaient, étaient le sang-froid, un courage au-dessus de tous les évènements, la résignation la plus complète. Personne mieux que lui ne savait, dans les circonstances où la fatigue domptait la valeur de ses soldats, se mettre à propos à leur tête, leur communiquer son énergie et ranimer leur élan".

Le général Viala avait eu un fils, qui était lieutenant d'infanterie à la désastreuse bataille de Leipsick, où il fut tué. Il était très jeune et sortait de l'école militaire.

 

118666170-002

 

Aug. Montvel - VIALA (Le chevalier) ... - Paris. Imp. de Mme de Lacombe, r. d'Enghien, 12 - 1854

B. LUNET - Ordres équestres ... - 1861 - Imprimerie de N. Ratery, rue de l'Embergue, 21.

AD12 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Rodez