LOUIS-AUGUSTE, COMTE DE CORNULIER DE LA LANDE DE LA CARATERIE

Cornulier Louis de


Colonel Louis de Cornulier de la Caraterie
Chevalier de Saint-Louis
Officier dans l'armée vendéenne de Charette en 1793
Chef de la division de Machecoul en 1815.

 

Fils puîné de Charlemagne de Cornulier et de Rose-Charlotte de Goyon, naquit à Nantes le 19 septembre 1778, ondoyé le même jour, et fut baptisé à Paulx, le 15 novembre suivant.

Élevé avec beaucoup de soin par ses parents, il fut imbu de bonne heure des sentiments religieux et monarchiques auxquels il dévoua sa vie. Surprise par la tempête révolutionnaire, sa famille ne tarda pas à se disperser ; ses deux frères aînés étaient déjà partis pour les bords du Rhin, mais son père le retenait près de lui ; encore enfant, il ne lui permit pas de prendre part au premier soulèvement de la Vendée en 1793.

En apprenant la mort de Louis XVI, il éprouva une de ces douleurs profondes et indignées que ne saurait plus guère comprendre, aujourd'hui une génération égoïste et blasée. "Je me félicitais, disait-il, de l'insurrection qui éclata au mois de mars suivant avec cette imprévoyance de la jeunesse qui applaudit à tout ce qui est noble et généreux sans en voir les conséquences ; je gémissais de l'inaction à laquelle mon père me condamnait."

Enfin, ayant atteint l'âge de quinze ans, il lui fut permit de débuter dans la carrière des armes et de prendre part aux dangers et aux fatigues de cette guerre terrible et impitoyable. Confié aux soins de M. de Couëtus, qui commandait en second l'armée de Charette, il ne tarda pas à perdre ce protecteur bienveillant, tombé entre les mains des soldats de la République et fusillé à Challans en 1795 ; dès lors il se trouva livré à ses seules inspirations.

Poursuivi par un ennemi implacable, Charette marchait sans trêve et sans repos ; chaque jour avait ses combats, chaque village, chaque champ était le théâtre de rencontres imprévues, de résistances désespérées.

Blessé dans quatre de ces engagements, d'une balle dans la poitrine et de plusieurs coups de sabre, LOUIS DE CORNULIER fut du petit nombre de ceux qui, ayant fait abnégation de leur vie, accompagnèrent leur général jusqu'au dernier jour. "Nous n'étions plus que quarante autour de Charette, raconte-t-il dans une lettre adressée à sa mère ; treize de mes amis et moi, accablés de fatigue et à qui les chevaux refusaient tout service, restâmes en arrière de la petite colonne et nous jetâmes de côté pour éviter la rencontre des républicains qui nous poursuivaient. Ceux-ci, arrivés au point de bifurcation, la reconnurent à la trace de nos chevaux, et se séparèrent eux-mêmes pour continuer leur poursuite dans les deux directions. Atteints par le détachement qui nous avait suivis, douze des nôtres furent tués ou pris ; j'échappai seul, comme par miracle, avec M. Ménager." Quelques heures plus tard, Charette était prisonnier de la République.

Quand l'épée du grand homme fut brisée, le silence se fit dans les solitudes de la Vendée, et la guerre abandonna pour quelques jours ces champs bien-aimés du carnage. Une amnistie fut proclamée pour tous ceux qui rendraient leurs armes ; LOUIS DE CORNULIER acheta la tranquillité du moment en apportant un mauvais fusil, et retourna près de sa mère donner aux joies de la famille les loisirs de la pacification. Il respira quelques jours de calme, heureux de cet amour filial qui, pour lui, fut toujours un culte. Cette pauvre mère avait senti toutes les angoisses dont Dieu éprouve souvent ses privilégiés ; loin de tous les yeux, elle cachait, depuis quatre années, ses inquiétudes pour ses trois fils proscrits. Son coeur maternel, déchiré tant de fois, avait pleuré prématurément la mort de l'un d'eux, échappé par miracle au désastre de Quiberon ; il vint un soir heurter mystérieusement à ce foyer triste et solitaire, apparut comme une vision d'un monde évanoui, et la pauvre femme connut encore la joie, car elle put presser à la fois sur son sein deux têtes chéries.

En 1799, comme un cratère toujours bouillant, la Vendée s'insurgea de nouveau. La division de Machecoul avait eu à sa tête, dans la prise d'armes précédente, M. Dubois, alors absent et proscrit. Pressés de se donner un chef, les paysans proclamèrent LOUIS DE CORNULIER, qui avait combattu dans leurs rangs ; mais, par un sentiment d'abnégation bien rare, celui-ci fit reconnaître pour commandant M. Donné, fils d'un serrurier de Machecoul, qui avait eu le second rang sous M. Dubois. Au reste, les évènements de cette campagne furent courts et précipités ; la division de Machecoul n'eut qu'un seul engagement à Bois-de-Cené, après quoi une nouvelle pacification rendit le repos au pays.

Comme la plupart des gentilshommes qui avaient pris parti dans les mouvements de l'Ouest et s'y étaient fait remarquer, le pouvoir impérial fit offrir à LOUIS DE CORNULIER une place dans ses armées ; mais les séductions de l'Empire le trouvèrent inaccessible : c'est que, chez lui, les convictions politiques n'étaient pas un caprice du coeur ou de l'imagination, mais bien, comme la pensée religieuse, quelque chose d'austère et de sacré. Son âme, noble et généreuse, avait adopté sa cause comme un culte : royaliste, il croyait au Roi ; comme chrétien, il croyait à Dieu.

En 1815, pendant les Cent-Jours, il commanda la division de Machecoul, prit part au combat de Rocheservière, et fut un de ceux qui protégèrent la retraite du général de Suzannet, blessé mortellement dans cette rencontre. Après Waterloo, le pays insurgé resta sous les armes, autant pour le maintien de la tranquillité que pour protester contre l'occupation étrangère.

A la rentrée des Bourbons, il fut nommé colonel des gardes nationales du pays de Retz, et chargé de leur organisation. Il eut encore à remplir une tâche délicate : celle de mettre sous les yeux du Roi les états de services d'une foule de braves qui avaient droit aux récompenses. Il s'en acquitta avec sagesse et dévouement ; ses compagnons d'armes furent contents du zèle qu'il mit à leur être utile ; lui seul s'était oublié !

Heureux d'avoir vu triompher la cause pour laquelle il avait dévoué sa vie, retiré au milieu des siens, LOUIS DE CORNULIER fuyait, comme d'autres les recherchent, les occasions de se mettre en évidence. Satisfait de la considération dont il était entouré, il n'eût sacrifié qu'à regret sa chère obscurité. Nommé chevalier de Saint-Louis par Louis XVIII, il reçut cette distinction comme une récompense qui payait généreusement ses services ; jamais depuis une seule faveur ne le visita. Cependant une circonstance l'obligea à se produire en public, ce fut l'inauguration de la statue élevée à Charette dans le bourg de Legé, le 4 septembre 1825 ; il fut l'un des douze chefs de division des armées royales de la Vendée qui assistèrent à cette cérémonie à la tête de leurs anciens soldats. Inaperçu du pouvoir, ignoré de lui-même en quelque sorte, il préférait le repos de la vie privée aux agitations de la politique, et c'est ce qui lui fit refuser, en 1827, les suffrages des électeurs royalistes du collège de Saint-Philbert, qui voulaient le porter à la députation, tout en étant flatté d'une marque de confiance qu'il n'avait ni sollicitée ni désirée.

LOUIS DE CORNULIER devait rencontrer encore une Révolution qui allait s'emparer de cette existence tranquille pour la livrer de nouveau aux hasards et aux orages. Dégagé de toute ambition, spectateur paisible de la lutte des partis et des efforts des factions déchaînées depuis 1830, resté le même au milieu de toutes les convictions chancelantes, on vint un jour, de la part d'une princesse de Bourbon insultée et proscrite, demander au vieux Vendéen s'il avait encore du sang à donner à ses maîtres ; et, fidèle aux traditions de sa jeunesse, il répondit sous la double inspiration du gentilhomme et du royaliste. Et pourtant il ne se jetait pas en aveugle dans ces évènements gros de menaces et de dangers ; mais son dévouement ne recula pas devant l'inutilité du sacrifice. A la veille du combat, il crut que ce n'était pas à lui de consulter les augures ; il obéit donc et partit, accompagné de deux de ses fils, pour entrer de nouveau dans cette lice où il avait exercé sa jeunesse.

Paulx La Caraterie Z

A la tête d'un détachement de la division de Machecoul, il eut un léger engagement avec un bataillon du 56e de ligne, près de la Caraterie ; quelques hommes furent tués de part et d'autre. Cette affaire, qu'il considérait comme un début, devait être la fin des évènements ; mais d'autres épreuves lui étaient réservées. Bientôt étouffé, le mouvement de 1832 n'eut d'autre résultat que de livrer des hommes de coeur aux proscriptions du pouvoir. La maison de LOUIS DE CORNULIER fut livrée au pillage, ses biens séquestrés ; atteint lui-même par une sentence de mort, il dut chercher son salut dans l'exil. Au bout de quatre ans, enfin, il vit sa vieille fidélité traduite à la barre d'une Cour d'assises. Sur ce banc, où venait s'asseoir la défaite, il n'apporta pour toute défense que le témoignage de sa vie entière. Interpellé sur les motifs qui l'avaient, au déclin de sa vie, jeté dans de nouveaux troubles, il répondit que, Madame la duchesse de Berry étant venue réclamer son concours, chevalier de Saint-Louis et gentilhomme, il s'était vu doublement engagé à la servir. Les animosités politiques s'éteignaient ; ses juges, frappés de cette vie qui avait traversé tant de Révolutions et vu passer tant de bannières, toujours attachée au même serment comme au même drapeau, ne voulurent voir en lui que la fidélité vaincue et la victime du dévouement ; à la loyauté de ses convictions, ils répondirent par un verdict qui le rendait à sa famille, et quittèrent leurs sièges pour serrer la main du proscrit.

Il passa encore quelques années au milieu des siens, puis remonta doucement vers Dieu, jetant un regard tranquille de l'autre côté de la tombe, car il y rencontrait une espérance.

Telle fut cette vie simple et modeste, mêlée comme malgré elle aux discordes civiles, et qui se flattait à la fin de sa carrière de n'avoir jamais eu d'ennemis, et surtout d'avoir la certitude que personne n'avait un motif raisonnable pour l'être.

LOUIS DE CORNULIER mourut à Nantes le 27 février 1843.

Madame, duchesse de Berry, écrivait à sa veuve, le 5 avril suivant :

"J'ai appris la perte cruelle que vous venez de faire ; je veux vous dire moi-même combien je prends part à votre douleur. Je remplis un devoir en vous exprimant combien je regrette votre brave et fidèle mari, qui méritait, à tant de titres, ma reconnaissance et celle de mon fils. Lorsque je m'adressai à lui, en 1832, son passé m'était un garant de l'avenir, et mon fils sait que j'avais bien jugé celui qui, sur un ordre de moi, a exposé à la Caraterie une vie que Dieu devait lui enlever plus tard à Nantes, au milieu de sa famille, mais trop tôt pour ses amis, trop tôt surtout pour la sainte cause dont il était l'un des défenseurs les plus fermes et les plus intelligents. Puisse le roi de France être un jour à même de prouver à vos enfants qu'il n'a point oublié votre admirable dévouement, Madame, et la glorieuse conduite du chef vendéen aimé et regretté de tous."

Cette lettre autographe était adressée à la comtesse de Cornulier par une princesse qui, pour elle, avait la qualité de régente de France ; la veuve et ses enfants virent dans sa suscription un titre d'honneur conféré par une main souveraine.

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Le comte LOUIS DE CORNULIER avait épousé à La Garnache, le 10 février 1810, Adélaïde-Bonne-Marie de Lespinay, née au château des Clouzeaux, en Bois-de-Cené, au mois de mars 1789, veuve en premières noces de Louis-Jacob de Lespinay de la Roche-Boulogne, dont elle avait un fils, qui fut officier de la marine royale, et qui est mort sans alliance en 1842. Elle était fille de Charles-Alexis de Lespinay des Clouzeaux et de Gabrielle-Félicité de Buor de La Lande. Son père avait épousé en secondes noces, en 1797, Angélique Josnet de la Doussetière, dont il n'eut pas d'enfants. Cette seconde femme, qui a vécu jusqu'en 1820, était elle-même veuve de deux maris : 1° de Louis-Joseph Charette de Boisfoucaud ; 2° de François-Athanase Charette de la Contrie, le célèbre général vendéen.

La comtesse Louis de Cornulier, femme d'un grand caractère, est morte à Nantes, le 21 février 1856, ayant eu de son second mariage six enfants :

Cornulier Auguste de

Auguste-Louis-Marie de Cornulier, né à Nantes (3e et 4e cantons) le 23 septembre 1812 ; se destinait à la carrière des armes et était page du roi Charles X, en 1829. La Révolution de Juillet l'obligea à renoncer à cette vocation. De retour dans ses foyers, il prit part, avec son père, au mouvement légitimiste de la Vendée, en 1832. Dans une rencontre avec la troupe, il essuya un coup de feu à bout portant, et n'échappa à la mort que par une sorte de miracle. Arrêté à la suite de ces évènements, il subit, dans la prison de La Roche-sur-Yon, une détention préventive de quatre mois avant d'être rendu à la liberté par une ordonnance de non-lieu. Après être resté longtemps en dehors des affaires publiques, un jour vint où il consentit à accepter l'administration de sa commune. Ce qu'il y fit de bien est immense ; il suffit de dire qu'il entreprit et mena à bonne fin un long et difficile procès qui procura à sa chère commune des ressources précieuses. Depuis 1868, il était membre du conseil général de la Vendée et maire de la commune de Saint-Hilaire-de-Loulay, près de Montaigu, où est situé son château de la Lande. C'est malgré lui qu'il fut élu sénateur par le département de la Vendée, le 30 janvier 1876, et c'est encore en lui faisant violence que les électeurs sénatoriaux le renommèrent le 8 janvier 1882, alors qu'il avait manifesté la résolution de se retirer de la vie politique. Il avait su garder dans son pays toute l'estime, la considération et la popularité dont son père y jouissait ; de là la violence honorable faite à son inclination. Il est mort à Paris le 13 février 1886, et a été inhumé à Saint-Hilaire-de-Loulay. Homme de devoir avant tout, d'un caractère modeste, aimable et conciliant, il s'était fait de nombreux amis, et ceux-là mêmes qui ne partageaient pas ses convictions lui accordaient sans réserve leurs respects, et reconnaissaient sa capacité administrative. Au Sénat, il vota constamment avec la droite. Il est décédé à Paris en 1886.

Le comte Auguste de Cornulier avait épousé, à Saint-Laurent-de-la-Salle (Vendée), le 11 août 1846, Caroline-Pauline Grimouard de Saint-Laurent, née à Vouvant, le 23 juin 1819.

HENRI-VICTOR-MARIE DE CORNULIER, né le 3 septembre 1815, accompagna son frère dans la prise d'armes de la Vendée en 1832 ; fut élu membre du Conseil d'Arrondissement de Nantes, par le canton de Machecoul, le 27 août 1848 ; fit partie des volontaires de Nantes qui marchèrent au secours de Paris au mois de juin de la même année. Fut porté à la députation aux élections de mai 1868 dans une des circonscriptions de la Loire-Inférieure ; bien que sa candidature eût été improvisée au dernier moment, il ne laissa pas que d'obtenir 12.610 voix contre son concurrent, qui, grâce à l'attache officielle, en réunit 19.946. Cette minorité fut considérée comme une victoire morale. Henri de Cornulier a été élu membre du conseil général de la Loire-Inférieure en 1872 et y a toujours siégé depuis comme représentant du canton de Machecoul. Il fut aussi membre du conseil municipal de Nantes. Il est décédé à Nantes en 1896.

ARNAUD-VICTOR-MARIE DE CORNULIER, né à Nantes (3e et 4e cantons) le 7 septembre 1818, mort au château de la Lande, en Saint-Hilaire-de-Loulay, près Montaigu, le 8 août 1823.

HENRIETTE-ADELAÏDE-ROSE DE CORNULIER, née le , morte le 3 août de la même année.

ADELAÏDE-ROSALIE-GABRIELLE-MARIE DE CORNULIER, née à Nantes, le 7 novembre 1813 (3e et 4e cantons), mariée à Nantes (1er et 2ème canton), le 7 janvier 1833, à Henri-Victor, vicomte de Lespinay des Moulinets, son cousin germain, fils d'Alexis-Gabriel de Lespinay et d'Armande-Victoire-Cécile-Joséphine Le Boeuf. Elle est morte sans postérité, le 9 novembre de la même année, au château des Moulinets, dans la commune de Sainte-Cécile, en Vendée, et son mari est entré dans les ordres sacrés. Après avoir été longtemps grand vicaire de l'évêché de Luçon, cet ecclésiastique distingué est mort à Nantes le 20 avril 1878.

MARIE-ANNE-ROSE DE CORNULIER, née à Nantes (1er et 2e cantons) le 1er avril 1822, mariée à Nantes, le 11 octobre 1843, à René-Félix, comte de Romain, fils de Félix, comte de Romain, ancien colonel d'artillerie, chevalier de Saint-Louis, et d'Anne-Amélie-Dominique du Chillau. Elle en a eu deux fils, l'un desquels, officier de la marine royale, a épousé Mlle de Pennelé. Elle est décédée à La Possonnière (49), le 8 octobre 1889.

Généalogie de la maison de Cornulier ... - Orléans, H. Herluison, libraire-éditeur, 17 rue Jeanne-d'Arc - 1889

AD44 - Registres d'état-civil de Nantes

AD85 - Registres d'état-civil de Saint-Hilaire-de-Loulay