FRANÇOIS-AUGUSTIN BRICHET
DÉPUTÉ DE MAINE-ET-LOIRE (1764 - 1842)

Contigné z

M. Brichet, ancien notaire, ancien député, conseil général de Maine-et-Loire, conseiller municipal d'Angers et membre de l'administration des hospices de cette ville, mourut à Angers (2ème arrondissement) le 1er février 1842.

Voici la notice que lui consacra le Journal de Maine-et-Loire.

Brichet baptême z

François-Augustin Brichet naquit, le 28 août 1764, à Contigné, où son père exerçait les fonctions de notaire. Il fut placé, avec trois de ses frères, au collège de Châteaugontier ; là se manifestèrent ses heureuses qualités et son goût pour l'étude. Il y obtint de brillants succès, et en sortit avec la croix du cours de rhétorique, seule décoration qu'il ait jamais reçue et qu'il a conservée avec amour ; c'était le fruit d'un travail consciencieux, et la récompense donnée au véritable mérite. En 1782, son père l'envoya suivre les cours de mathématiques et d'arpentage à Paris, d'où il le rappela pour le faire son collaborateur, l'aîné de ses enfants s'étant destiné à l'administration de la marine.

Une éducation aussi bien dirigée dans une nature virile et une organisation généreuse, signala le jeune praticien à l'estime du pays, et bientôt il reçut de ses concitoyens le premier mandat qui constituait l'indépendance de chaque commune érigée en municipalité par la loi du 14 décembre 1789 ; il fut élu maire aux suffrages des habitants de Contigné. En même temps, son père lui avait transmis sa charge de notaire. Il fut mis à l'épreuve dès les premiers jours de la Révolution : assailli dans sa maison par les insurgés, qui voulaient s'emparer des archives de la mairie, il soutint seul, les armes à la main, leurs instances menaçantes, et se replia de suite sur Châteauneuf-sur-Sarthe, dont il préserva les administrateurs du district contre pareille irruption. Il devint ensuite un de leurs collègues.

La loi du 26 février 1790 ayant créé les administrations départementales, il fut appelé aux fonctions d'administrateur de celui de Maine-et-Loire. C'est là que se déploya son immense activité, toujours féconde parce que l'ordre la dirigeait. Il fut chargé de l'organisation des bataillons de volontaires, et on sait comment ils se créèrent tout d'un jet, animés de cette vie civique et militaire qui porta les drapeaux de 1790 par delà nos frontières.

Mais déjà les opinions nées des passions et des systèmes avaient divisé les Français. A l'Assemblée Constituante et à l'Assemblée Législative avait succédé la Convention, corps politique, pouvoir exécutif et judiciaire tout à la fois, gouvernant par ses propres membres lancés avec colère sur tous les points du territoire, qu'on livrait ainsi aux décrets révolutionnaires et à la discrétion de ses redoutables émules. Le Maine-et-Loire était alors dévolu à Choudieu, Bourbotte et Richard.

Le directoire de ce département avait osé exprimer des regrets à la retraite du ministère Rolland, donner de la publicité aux protestations des quatre députés du département à la Convention contre les évènements du 31 mai, dire au peuple dans une proclamation imprimée le 24 juillet 1792 : "Citoyens, reconnaissez les révolutionnaires par métier, ces éternels agitateurs dont la plupart sont aveugles de bonne foi, et quelques-uns incroyablement corrompus, ces hommes qui vantaient, il y a quelques mois, la Constitution française comme le chef-d'oeuvre de l'esprit humain et comme devant servir de code à l'univers, et qui n'en parlent plus maintenant que comme d'une imparfaite ébauche qui pourra fournir quelques principes au nouveau gouvernement qu'on propose, c'est-à-dire je ne sais quelle république, digne à peine de mépris et de pitié, si elle ne soulevait pas contre ses inventeurs la haine et l'indignation de tous les gens de bien."

- On savait que deux députés du Calvados étaient venus à Laval et à Châteaugontier faire des propositions de fédéralisme aux membres du directoire de Maine-et-Loire, propositions qui toutefois n'avaient point été agréées. - Enfin les administrateurs du directoire étaient un obstacle à l'absolutisme des volontés révolutionnaires des représentants, qui entendaient surtout avec impatience les protestations de Brichet contre l'arrestation de son ami Brevet de Beaujour, dont tout le crime était la résistance à leurs excès. Ils prirent, le 6 octobre 1793, à Saumur, un arrêté dont voici l'article premier : "Les citoyens Dieusie, président, Brichet, Bardet, Lavigne, Papin, Mamert-Coullion, Coulonnier, membres du département, sont destitués."

Le plus laborieux de ces administrateurs, M. Brichet, resta officieusement à l'oeuvre pour mettre les nouveaux au courant des affaires ; mais il n'en fut pas moins enfermé au château d'Angers dès le 16 octobre, puis le 20 mis en route pour la tour d'Amboise avec 25 suspects, à pied, attachés deux à deux par le bras, passant au milieu des soldats indisciplinés que Paris envoyait dans nos contrées, et qui, en les voyant, criaient : "A la guillotine !" Renfermé dans cette tour d'où l'on ne sortait alors que pour aller à l'échafaud, M. Brichet eut le bon esprit de ne pas demander sa mise en jugement et le bonheur d'y être oublié jusqu'au 9 thermidor. Il en sortit alors avec plusieurs Angevins d'opinions bien opposées aux siennes, mais qui, gagnés par la sûreté de son caractère, la sérénité de son âme et la bonté de son coeur, sont devenus depuis ses clients les plus sincèrement attachés. Il rapporta dans son modeste bagage des traductions de l'italien, des méthodes pour apprendre cette langue, des copies de poèmes qui avaient sinon charmé, au moins adouci sa captivité.

Rentré dans ses foyers, M. Brichet épousa, le 1er nivôse an III (21 décembre 1794), Mlle Marie-Marguerite-Joséphine Coustard, de Chanzeaux, aussi dévouée à son mari qu'elle fut excellente mère.

La Constitution du 5 fructidor avait créé le Corps législatif, composé du conseil des Anciens et du conseil des Cinq-Cents. Ses concitoyens nommèrent M. Brichet député à cette dernière assemblée, où il siégea de l'an VI à l'an VIII. Ses travaux dans les bureaux et comme rapporteur en firent un des membres les plus utiles. Nous touchons à une époque délicate de sa vie politique ; mais une conscience si pure peut soutenir l'examen de tous ses actes, M. Brichet fut le rapporteur de la loi des otages. M. Brichet resta au Conseil des Cinq-Cents jusqu'au 18 brumaire an VIII, qu'il subit avec le déchirement de coeur d'un bon citoyen qui croyait voir dans l'organisation et la volonté du pouvoir dont il était membre, le moyen de réaliser pour la patrie l'ordre à l'intérieur, la gloire et la paix au dehors, objet de toutes ses pensées et de tous ses efforts. Cependant le pouvoir Consulaire qui, par instinct, préludait déjà aux mesures absolues de l'Empire, mit hors de toutes fonctions publiques les députés qui avaient osé résister à ce coup d'État.

M. Brichet se souvint qu'il avait été heureux pendant qu'il était notaire, et il demanda encore son bonheur à cette belle et honorable profession, dont alors l'immense avenir n'était cependant pas senti. Nommé à ces fonctions au commencement de l'an VIII, par les soins de son fidèle ami Leterne-Saulnier, que le bon génie du pays avait toujours maintenu aux fonctions publiques après la destitution du directoire, il subit pendant quelque temps l'influence des circonstances ; deux actes seulement marquent son ministère pendant six mois de cette année. Mais l'on vit bientôt ce que peut la probité unie aux lumières et au travail. Son étude devint une des plus importantes. Les clients de toutes les opinions venaient y chercher cette connaissance, cette consciencieuse appréciation des lois anciennes, transitoires ou nouvelles, ce style clair et précis, dégagé des formules surannées, qui disait à chacun ses droits d'une manière intelligible et affranchie des attaques de la chicane. M. Brichet, avec la modeste annonce de "notaire public" restée inscrite au-dessus de sa porte jusqu'en 1825, traversa le Consulat, l'Empire et la Restauration, et transmit à son fils un cabinet, riche patrimoine d'honneur et source de fortune. Il reçut de ses collègues le titre de notaire honoraire.

Mais il ne voulut pas rester inutile à ses concitoyens, ou courir avec la foule après de plus grandes richesses que celles qu'il avait acquises ; il voulut, pour ainsi dire, en payer l'intérêt au public par son dévouement dans les fonctions gratuites de membre du conseil municipal où il siégeait depuis 1815, et d'administrateur des hospices qu'il exerçait depuis 1827.

Il fut du nombre des conseillers municipaux qui, en voyant se retirer les pouvoirs de la Restauration devant la révolution de Juillet, pensèrent qu'ils devaient rester fidèles au pays défendant ses lois. M. Brichet, dans ces journées et au milieu de ces nuits orageuses, répondit à tous les appels et apporta la prudence de ses conseils au milieu de l'agitation des passions généreuses, mais trop ardentes, qui pouvaient troubler la cité. Il put être du Conseil général, le 24 novembre 1833.

Dans tous ces conseils, avec quel plaisir et quel respect ne voyait-on pas cette tête blanchie par les années, cette figure pleine de franchise et de bonté ; avec quelle confiance n'entendait-on pas cette voix qui avait toujours dit la vérité au milieu des périls de toutes les époques !

M. Brichet s'était surtout voué sans réserve à l'administration des hospices ; rien ne pouvait l'en distraire, pas même la maladie ; et dans ses derniers jours, il était entièrement appliqué à la fondation des nouveaux édifices qui doivent apporter une si grande amélioration dans ces établissements.

Le 31 janvier 1842, il avait réuni à sa table ses collègues dans cette administration, avec plusieurs de ses amis, qui le félicitaient sur sa santé et sa force morale. Ils lui annonçaient encore de longs jours. Il les quitta plein de confiance dans ces promesses de l'amitié. - Un jour était à peine écoulé, et la Providence lui envoyait ce sommeil paisible auquel succéda la mort sans douleur et inaperçue pour lui ; mais si douloureuse pour ses enfants, pour ses amis et pour tous ceux dont il soulageait les souffrances.

Brichet décès z

 

L'Anjou historique - septembre 1912 - p. 153 à 158

AD49 - Registres paroissiaux de Contigné et d'état-civil d'Angers